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Ballets

par Catherine de Parthenay (rep. 1592)
  • Pré-édition
  • Transcription, Modernisation et Annotation : Nina Hugot
  • Encodage : Nina Hugot et Michaela Lagegna
  • Relecture : Nina Hugot et Milène Mallevays

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BALETZBALLETS
REPRESENTEZREPRÉSENTÉS DEVANT
LE ROY A LA VENUE
de Madame à Tours 1593.


À TOURS,
Chez Jamet Mettayer, Imprimeur
Ordinaire de sa Majesté
 
 
--- 3 ---

AU BALETBALLET DE MADAME

Les porte-flambeaux

Monsieur de Bally.Monsieur de Cangillon.Monsieur de Bouville .Ceux-cyCeux-ci estoientétaient habillezhabillés d’incarnat
Monsieur de RohanMonsieur de PardaillanMonsieur de SoubizeCeux-cyCeux-ci estoientétaient habillezhabillés de blanc
L’ordre des Nymphes.
Madame de Panjas Madame MadamoiselleMademoiselle du Bouil MadamoiselleMademoiselle d’Aubeterre MadamoiselleMademoiselle de Moncaut Ces cinq Nymphes cyci-dessus estoientétaient habillées de blanc ayant les corps incarnatzincarnats
MenoitMenait
Mademoiselle de Monguion MadamoiselleMademoiselle Catherine de Rohan MadamoiselleMademoiselle de la Patriere MadamoiselleMademoiselle de Soucelles MadamoiselleMademoiselle de Rohan Ces cinq Nymphes estoientétaient habillées d’incarnat ayant les corps blancs
MadamoiselleMademoiselle Anne de Rohan representoitreprésentait Amour. DianeRaison
 
--- 4 ---

LA NYMPHE

PARLE AU ROY

GRAND Apollon où caches-tu tes rais ?

Où sont tes feuzfeux, et ton arc, et tes traictstraits ?

Où as-tu mis cestecette belle lumierelumière,

Dont tu souloissoulais esclaireréclairer à ta seursoeur,

5Qui maintenant privée de lueur

Ne nous rend plus sa clarté coustumierecoutumière ?

 

Elle languistlanguit parmyparmi nous sans clarté,

Aucun signal de sa Divinité

Ne la remarque entre ses vierges belles.

10Depuis le jour qu’absente de ton œil

Le sien voilé de tristesse et de dueildeuil

Fut eclipsééclipsé d’ombres perpetuellesperpétuelles.

 

Du bout du monde elle est venue icyici,

Pour te chercher, et ses Nymphes aussyaussi.

15Retourne donc tes yeux devers sa face,

Et tout soudain les siens luisansluisants et beaux

Feront d’un coup que tous autres flambeaux

Perdront leur feu, leur lumierelumière, et leur gracegrâce.

Diane entre avec les Nymphes dançantdansant un BaletBallet.
--- 5 ---
APRES LE BALETBALLET

Amour

entrant dans la Salle parle à soy mesmessoi-même.

Je ne sçauroissaurais souffrir qu’on me donne la loyloi.

20Je ne suis pas enfant, non ce n’est pas à moymoi

Qu’il faut lier les mains, limitant ma puissance.

Je leur monstreraymontrerai bien que je suis hors d’enfance.

Ils ont sans m’appeler tenu conseil aux Cieux,

Ou faisant assembler la grand troupe des Dieux

25Qui au ciel, à la terre, et aux enfers commande

(Ma meremère seulement n’a estéété de leur bande)

Ils ont chassé encor la Jeunesse et le Jeu,

CraignansCraignant que par ces deux leur conseil ne fustfût sceu1,

Qui sont mes chers amis. Mais ce petit follastrefolâtre

30Le Jeu feignant sortir, et s’en aller esbattreébattre

SoubsSous la robe de Flore il s’est allé cacher,

Pour ouïr leurs discours, puis m’est venu cercherchercher,

Pour me donner advisavis de leur belle ordonnance.

C’est qu’ils ont resolurésolu de me faire deffencedéfense

35D’aller plus sans raison, moymoi je n’en ferayferai rien.

Suis -je pas Dieu comme eux ? mon arc est-il pas mien ?

Que peuvent-ils sur moymoi ? qu’ils facentfassent de leurs armes

Tout ce qu’il leur plaira, je n’envyenvi’ point leurs flammes,

Leur foudre, leur trident, leurs serpensserpents enlassezenlacés.

40Qu’ils en ayent2 un cent, s’ils n’en ont pas assez.

Je ne m’en meslemêle point, je n’en ayai point affaire,

Je n’ayai point resolurésolu aussi de leur complaire.

--- 6 ---

Mais n’ont -ils pas donné un arrestarrêt à propos ?

Je suis jeune et gaillard, j’ayai des ailes au dos.

45CesteCette lourde raison desjadéjà toute chenuëchenue

Ne sçauroitsaurait faire un pas qu’avant qu’elle remuëremue

De la place où elle est n’ayeaie en ses doigts conté

Si elle ira de l’un ou de l’autre costécôté

Qui a du plomb aux piedzpieds, et dedans la cervelle.

50Comment penseroientpenseraient-ils que j’allasse avec elle ?

Vrayement3 si elle peut et veut suivre mes pas,

S’il luylui plaistplaît de venir je ne l’empescheempêche pas.

Car je m’asseureassure bien qu’avant qu’un jour se passe

Si elle l’entreprend elle sera fort lasse.

55Mais cependant qu’au ciel ils discourent en vain

Je suis venu icyici faire un coup de ma main.

Je voyvois ce m’est advisavis une troupe de filles.

Ha je les cognoyconnais bien, sont les Nymphes gentilles

De la sœur de Phoebus, voilà bien mon gibier.

60Sont ces Nymphes icyici qui m’osent deffierdéfier,

Qui se mocquentmoquent de moymoi, qui disent que mes flammes

Flambent dedans leurs yeux, mais non dedans leurs amesâmes,

Qu’amour n’y peut loger, et que la chasteté

Y a premier que moymoi son logis arrestéarrêté.

65Je leur monstreraymontrerai bien que leur grand chasseresse

Ne les peut garantir de ma main vangeressevengeresse.

C’est elle qui là -haut m’a joüéjoué ce bon tour,

Car elle seulement ose braver l’Amour.

Sa troupe en patirapâtira, et puis qu’elle m’offenceoffense

70Par l’Amour de l’Amour je ferayferai la vengeance.

--- 7 ---

Raison

parle à l’Amour.

Où vas-tu petit fol ? qui t’ameineamène en ces lieux ?

PourquoyPourquoi vas-tu sans moymoi ? sçaissais-tu pas que les Dieux

T’ont commandé là -haut d’estreêtre en ma compagnie ?

TousjoursToujours quand tu es seul tu fais quelque folie.

Amour

faisant un pas.

75Hé qu’en as-tu affaire ? attenattends, tu le verras,

Mais qu’est-ce que je sens qui me retient le bras ?

QuoyQuoi je ne puis tirer il faut que je m’advanceavance.

Quelque autre deitédéité empescheempêche ma puissance.

Ce n’est pas toytoi Raison, tu n’as pas le pouvoir

80Avec tous tes efforts d’empescherempêcher mon vouloir.

Tu sçaissais que mille fois que je t’ayai combattuëcombattue

Tu as crié mercymerci à mes pieds abbatuëabattue.

Mais je m’approcherayapprocherai de si presprès à ce coup

Qu’elles ne pourront pas se garantir du coup.

Raison.

85Où va cet enragé ? il faut que je le suive.

Amour.

Quelle Nymphe est-ce là que je voyvois qui arrive ?

La Nymphe

parlant à Diane.

Deesse Déesse qui la nuictnuit nous fais veoirvoir un beau jour,

Reprensreprends ton teinctteint d’argent, fayfais luire cestecette Cour.

Voilà ton cher Phoebus, qui de ses rais t’esclaireéclaire,

90J’apperçoyaperçois redoubler l’esclatéclat de ta beauté,

Et chacun recongnoistreconnaît que ta belle clarté

DespendDépend entieremententièrement des beaux yeux de ton frerefrère.

--- 8 ---
Diane levelève son Croissant.
Amour la recognoistreconnaît.

Amour.

He quoyquoi voilà Diane. O DeesseDéesse, comment

Es -tu du Ciel venuëvenue ainsi soudainement ?

95Je ne te voyoyvoyais pas. Mais j’ayai sentysenti ta force,

Je cognoyconnais bien qu’en vain contre toytoi je m’efforce,

Ton arc, ton feu, tes traictstraits sont plus forsforts que les miens,

Tien, prensprends encor ceux-cyci, ils sont encoresencore tiens,

Les armes je te quitte, et vaincu je te prie

100Qu’en ta belle prison je sois toute ma vie.

Diane prentprend les armes d’Amour
et les baille à la Raison.

Raison

parlant à Diane.

Ne veux-tu pas donner à ton frerefrère Apollon

CesteCette despoüilledépouille icyici, et mesmemême ce felonfélon ?

Allons donc luylui mener, il haussera ta gloire

T’apprenant comme il faut user de la victoire.

Ils vont tous ensemble devant le RoyRoi, la Raison luylui presenteprésente l’Amour, et ses armes, et chante ce vers avec Diane et les Nymphes.

<Raison>

105PrenPrends des mains de la chasteté

C’est Amour qui t’est presentéprésenté,

À qui la raison sert de guide.

Mais ne le laisse pas aller,

Tu le verras bien tostbientôt voler

110Si Raison ne luylui tient la bride.

--- 9 ---

Prince le favoritfavori des Cieux,

Qui as planté en mille lieux

Les tropheestrophées de ta victoire,

De cet arc, et de ces traictstraits d’or

115Honore ton triumphetriomphe encor.

Ce sera ta plus belle gloire.

[1] Nous mainyenons cette forme pour la rime.
[2] Nous maintenons cette forme pour le compte syllabique.
[3] Nous maintenons cette forme pour le compte syllabique (prononcer vra-ye-ment).

 

AU BALETBALLET DE MADAME de Rohan

Les personnages

MedeeMédée. Quatres Nymphes. Deux Chevaliers FrançoisFrançais.
Deux Chevaliers Espagnols. L’Oracle. La Sibylle.
Les quatre Nymphes.
MadamoiselleMademoiselle de Rohan.MadamoiselleMademoiselle Catherine de Rohan.
Soucelles. Beauvois.
Les deux Chevaliers FrançoisFrançais Messieurs de Rohanet de Soubize.
Les deux Chevaliers Espagnols Messieurs de Genissac et de Boitenan.
La Sibylle MadamoiselleMademoiselle Anne de Rohan.
 
--- 10 ---
A LA PORTE DE LA SALLE CES vers furent recitez à Madame.

PRINCESSE qui as eu ton heureuse naissance

De ce beau Lis Royal qui commande à la France,

Dont le tige passant d’un long tige en la main

Des AyeulzAyeux est escheuéchu à ton brave Germain,

5Je t’apporte à regret une triste nouvelle.

C’est qu’une fierefière, helashélas ! ou DeesseDéesse mortelle,

Je ne sçaysais pas lequel, dans ce prochain pourpris

Par son charme a logé autant de noirs esprits

Qu’onques en assembla Thessalique sorcieresorcière,

10Ou des arts prohibezprohibés ToledeTolède nourricierenourricière.

Son enseigne reluit de la riche Toison,

Que conquistconquit en Colchos l’Argonaute Jason,

Qu’elle entreprend hausser, et faire recognoistrereconnaître

À nous, à noznos enfansenfants, à ceux qui sont à naistrenaître,

15Voire d’assujectirassujetir soubzsous sa meschancetéméchanceté

Le bien tant precieuxprécieux de nostrenotre liberté.

Sans puissance outre bord desjadéjà se voit anchréeancrée,

DesjaDéjà gistgît languissant des Lis la fleur sacrée,

Et l’EscussonÉcusson transmis du haut du ciel çaçà bas

20Endure indignement le marcher de ses pas,

Et ne nous reste plus en si grande souffrance

--- 11 ---

Que de ton bon secours la dernieredernière esperanceespérance.

VienViens donc Nymphe RoyalleRoyale, et oppose au sçavoirsavoir

Des DemonsDémons ennemis le celestecéleste pouvoir,

25Aux tenebresténèbres le jour qui ton chef environne,

À ses efforsefforts lascifs la pudique couronne

Convenable ornement de ta virginité,

Au vice la vertu, et sa divinité,

Car à toytoi, non à autre appartient cestecette cure,

30Et à toytoi, non à autre, eschetéchet cestecette adventureaventure,

Dont je te suis venu semondre tout expresexprès,

Et que tu trouveras sans grand’peine icyici presprès.

ApresAprès cela on ouvrit le Pavillon qui couvroitcouvrait la Medee, laquelle estoitétait assizeassise en une chaire, ayant à costécôté d’elle un pillierpilier, au haut duquel estoientétaient les armes d’Espagne, et au bas celles de France et de Navarre renversées, et aux deux costezcôtés estoientétaient les deux Chevaliers Espagnols.
Lors queLorsque le RoyRoi et Madame furent entrezentrés, et que chacun eut pris place, on fit jouërjouer quelques artifices de feu autour de la Medee, puis la Medee chanta ces Stances.

MedeeMédée.

QUI de Medee a ignoré le nom ?

Qui n’a tremblé au bruit de son renom ?

35Qui ne me craint au Ciel, et en la terre ?

J’ayai de Phoebus le visage obscurcyobscurci

Quand il m’a pleuplu, et de sa sœur aussi,

Et à JuppinJupin arraché son tonnerre.


--- 12 ---

Je sçaysais comment par un vers rechanté

40Ou le venin d’un herbage enchanté

L’on peut osterôter ou redonner la vie,

TesmoinTémoin en est du renaissant Aeson

Le poil doré, qui jadis fut grison,

Trompant le temps, et la mort, et l’envie.

 

45Par mon secours le parjure Jason

Fut possesseur de la riche Toison,

Dont je me suis derechef emparée.

Puis d’une gent je l’ayai mise au pouvoir,

Qui a dressé escholeécole à mon sçavoirsavoir,

50Et dont je suis à peu presprès adorée.4

 

Les miens vassaux sur un fragile bois

J’ayai faictfait voler jusqu’au rivage Indois,

SoubsSous autre ciel, et nouvelles estoillesétoiles.

Je les ayai faictfait par art autre qu’humain

55Fiers des tresorstrésors cachezcachés de longue main

À leur retour voguer à pleines voillesvoiles.

 

Je veux encor soubzsous mes pieds honnorezhonorés

Joncher la fleur des Lis d’or azurezazurés

Tant respectezrespectés en cestecette terre basse.

60Car ma Toison je pretendsprétends desormaisdésormais

Rendre plus belle et noble que jamais,

Malgré les Dieux et des hommes l’audace.


--- 13 ---

J’endormirayendormirai tellement les esprits

De la splendeur de mes lingots épris,

65Et apastezappâtés de si puissante amorce,

Que le FrançoisFrançais sans le glaive dompté

Pour un vil prisprix vendra sa liberté,

MonstrantMontrant de l’or, et de mon art la force.

ApresAprès cela les Nymphes sortirent dançansdançant en forme de BaletBallet au son des Violons jusquesjusque devant la Medee, et lors s’arresterentarrêtèrent, et dirent.

MadamoiselleMademoiselle de Rohan.

O Dieu qui vois cela, Quelle cruelle guerre

70Peut ravir aux FrançoisFrançais le cœur et la raison ?

Ma sœur voyez-vous pas les Lis couchezcouchés par terre

De leur cheutechute honoranshonorant l’EspagnolleEspagnole Toison ?

MadamoiselleMademoiselle Catherine.

HelasHélas ma sœur je veoyvois ce Castillan barbare

Regorgeant de tresorstrésors acquis injustement,

75Qui foule encor aux piedzpieds l’EcussonÉcusson de Navarre,

Et faut qu’à son tropheetrophée il serve d’ornement.

Soucelles.

Mais d’où nous peut venir cestecette triste advantureaventure,

Qui a peupu des FrançoisFrançais les courages changer,

Pour violer ainsi les loixlois de la nature,

80Et les faire courber soubzsous un joug estranger ?

--- 14 ---

Beauvois.

On dit que c’est par l’art d’une Magicienne,

Qui, soufflant son venin dans le cœur des François,

Fait que la Toison d’or, et les croix de Lorraine

Triomphent de l’honneur des legitimeslégitimes Roys.

MadamoiselleMademoiselle de Rohan.

85Je l’ayai ainsi appris, et que c’est celle mesmemême

Qui gardoitgardait autresfoisautrefois la Colchique Toison,

Et depuis de despitdépit, et de furie extremeextrême

FaictFait guerre à tous les preux qui ressemblent Jason.

MadamoiselleMademoiselle Catherine.

Ma sœur n’est-ce point là cestecette insigne sorciere sorcière ?

90Voyez ses yeux trenchantstranchants messagers du trespastrépas,

Voyez ses gestes fiers, et sa façon altierealtière,

C’est elle sans faillir, je ne me trompe pas.5

Soucelles.

HelasHélas, où sont les preux de la saison passée ?

Où sont tant de HerosHéros occis injustement ?

95Ils n’eussent pas souffert la France ainsi pressée

Si long tempslongtemps soubssous le joug de cestcet enchantement.

Beauvois.

Que fussent-ils vivansvivants pour abattre l’audace

De ces rouges Tyrans infracteurs de noznos loixlois.

Mais n’est-il point resté quelques -uns de leur race,

100Pour relever encor la gloire des François ?

--- 15 ---
-dessus les Violons sonnerentsonnèrent un autre especeespèce de BaletBallet, et les Chevaliers FrançoisFrançais firent quelques pas à cestecette cadence, puis s’arresterentarrêtèrent, et dirent

Rohan.

Je me trouve saisi d’une nouvelle ardeur,

Qui eschauffeéchauffe mon sang et anime mon cœur :

Je sens une fureur qui boultbout dans mes entrailles.

Je ne respire rien que combats et batailles.

105Il me semble que Mars nous reserveréserve cestcet heur

De pouvoir aujourd’huyaujorud’hui monstrermontrer nostrenotre valeur,

Et qu’avant que du Ciel la face soit obscure

Nous devons mettre à fin quelque belle adventureaventure.

Qu’en dites -vous mon frerefrère ?

Soubize.

Et que diroisdirais-je là ?

110Je ne suis pas devin pour presagerprésager cela.

Mais cherchons seulement des sujects sujets pour combattre.

De moymoi, je suis tousjourstoujours en humeur de me battre.

Rohan.

Allons, enquerons enquérons-nous si nous pourrons trouver

Quelque digne adventureaventure, afin de l’esprouveréprouver.

115Une trouppetroupe je veoyvois de gentilles pucelles,

Peut estreêtre y pourroitpourrait-on en sçavoirsavoir des nouvelles.

Soubize.

Allons-y, car au moins, si nous ne pouvons mieux,

De leurs rares beautezbeautés nous repaistronsrepaîtrons noznos yeux,

Ainsi nostrenotre chemin ne sera qu’agreableagréable,

120Trouvans, sinon l’utilutile, au moins le delectabledélectable.

--- 16 ---
IcyIci les Violons reprirent leur dernier BaletBallet, au son duquel les Chevaliers et les Nymphes s’approcherentapprochèrent les uns des autres. Lors les Nymphes parlerentparlèrent en cestecette façon.

<Quatres Nymphes>

Chevaliers, qui vous meut parmyparmi tant de miseresmisères

De venir visiter ces antres solitaires ?

Qui vous faictfait rechercher cestcet envieux sejourséjour,

QuittansQuittant le jeu, le bal, les festins, et l’Amour,

125Pour paistrepaître vozvos esprits des tristes fantasiesfantaisies,

Dont ordinairement noznos amesâmes sont saisies ?

Rohan.

Mesdames, le devoir de tout cœur genereuxgénéreux

Nous induit à chercher d’un desirdésir valeureux

Quelque digne subjectsujet, pour employer noznos armes :

130Que si quelque ennemyennemi vous travaille d’alarmes ;

Si quelque fier GeantGéant trouble vostrevotre repos,

Ou si quelque Satyre a blessé vostrevotre los ;

Faictes Faites-le nous sçavoirsavoir. Nous avons le courage,

Le bras, et le vouloir de venger vostrevotre outrage.

MadamoiselleMademoiselle de Rohan.

135Ha, courtois Chevaliers, ainsi tousjourstoujours les Cieux

À vozvos braves desseins se monstrentmontrent gracieux,

N’ayez pour ce jourd’huyjourd’hui de nous nyni soingsoin nyni cure.

Mais puis quepuisque vous cherchez quelque digne adventureaventure,

Voyez cestecette sorcieresorcière enyvreeenivrée du sang

140De tant de noznos FrançoisFrançais, dont elle ouvre le flanc.

Voyez ces Chevaliers, dont la fierefière arrogance

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TriumpheTriomphe de l’honneur de Navarre et de France

Tournez là vostrevotre estoc, faisant qu’à leur malheur

Ils sentent ce que peut la FrançoiseFrançaise valeur.

Rohan.

145Mesdames, puissions nous aussi tostaussitôt vous complaire

Comme nostrenotre desirdésir seroitserait bien de le faire,

Mais nous avons appris que les sacrezsacrés destins

Ont donné quelque temps à ces peuples mutins

Pour exercer leur rage, et que ce prefixpréfix terme

150Sans pouvoir s’accourcir demeure stable et ferme,

Dont nous sommes contraints d’en attendre la fin.

Car ce n’est aux humains de forcer le destin.

MadamoiselleMademoiselle Catherine.

Mais qui pourroitpourrait sçavoirsavoir de ce dur temps l’espace,

Peut estre-être on trouveroittrouverait que le terme se passe.

Soubize.

155Frappons seulement ferme, et d’un bras non lassé,

Et puis on trouvera que le temps est passé.

Soucelles.

Assez presprès de noznos champs un Oracle se treuve6,

Dont les bergers d’autour ont souvent fait espreuveépreuve.

Vous y pourriez apprendre en l’allant consulter

160Ce temps que les Destins ont voulu limiter.

Beauvois.

D’ici je voyvois le temple, et la voute dorée,

choisistchoisit son sejourséjour la Sibylle sacrée,

Qui sçaitsait interpreterinterpréter aux favoris des Dieux

De l’Oracle ambigu le stilestyle captieux.

--- 18 ---

MadamoiselleMademoiselle de Rohan.

165Allons le consulter si vous me voulez croire.

MadamoiselleMademoiselle Catherine.

Peut estre-être il donnera promesse de victoire.

Rohan.

De ce joyeux espoir desjadéjà le cœur me bat.

Soubize.

Tout m’est bon s’il nous peut envoyer au combat.

Ce faictfait les Violons sonnerentsonnèrent un autre BaletBallet, et les deux Chevaliers, et les quatre Nymphes dancerentdansèrent, et sur la fin s’advancerentavancèrent jusques aupresauprès d’une voustevoûte, où estoitétait l’Oracle, qu’ils invoquerentinvoquèrent en cestecette façon.

MadamoiselleMademoiselle de Rohan.

Souverain Jupiter, dont l’arrestarrêt eterneléternel

170Conduit l’ordre certain des loixlois de la nature,

Qui seul peux maistrisermaîtriser le sort de l’adventureaventure,

Et guides les Destins d’un cours perpetuelperpétuel.

 

FayFais nous sçavoirsavoir la fin de ce charme cruel,

Qui enchante la France, et de quelle mesure

175Est ordonné le temps de sa miseremisère dure,

Avant que d’esprouveréprouver ton secours paternel.

 

VoicyVoici deux Chevaliers, qui d’un brave courage

Sont prestsprêts de s’opposer à l’EspagnolleEspagnole rage,

Pour rabaisser l’orgueil de la fierefière Toison.

--- 19 ---

180Plaise toytoi nous monstrermontrer si tu l’as agreableagréable,

Ou si tu ne veux estreêtre à leurs veuxvœux favorable,

Car ton juste vouloir nous sera pour raison.

ApresAprès cela les Violons sonnerentsonnèrent une especeespèce d’air, durant lequel se fit quelque esclairéclair ; Puis une voix de dedans le cabinet chanta ces vers ;

L’Oracle.

Quand le frerefrère, et la sœur, qu’un bon heur vous ameineamène,

TirezTirés du sang divin d’Hercule et de PyrenePyrène

185Porteront l’un au front, l’autre au sein les Beaux Lis,

Vous verrez de Medee une autre tragedietragédie,

Et ses enchantements de honte ensevelis

CheoirChoir de la Toison d’or la gloire trop hardie.

Ce fait la Sibylle sort du Cabinet, et dit,

Sibylle.

Je suis de Jupiter la Sibylle sacrée,

190Que mille ans ont tenu dans mon antre enserrée,

Dont je sors maintenant à pas foiblesfaibles et lents,

Pour vous interpreterinterpréter de l’Oracle le sens :

Aussi mon petit corps r’acourcyraccourci de vieillesse

Par mon beguebègue discours tesmoignetémoigne ma foiblessefaiblesse.

195C’est ce qui me contraint parler en peu de mots,

Car mon aageâge ne peut souffrir un long propos.

SçachezSachez donc Chevaliers, que la sœur, et le frerefrère,

SoubzSous qui vous est promis un succezsuccès tant prospereprospère

--- 20 ---

Sont ces deux Astres clairs tant honorezhonorés de vous,

200SoubzSous qui tous vraysvrais FrançoisFrançais flechissentfléchissent les genoux.

Le frerefrère est ce HenryHenri, dont la rare vaillance

FaictFait trembler l’univers au seul bruit de sa lance,

À qui les destins ont par ses actes guerriers

Orné la main de Lis, et le front de Lauriers.

205Sa sœur, dont la vertu toutes autres surpasse

A surmonté l’hyverhiver, les neiges et la glace,

Pour voir ce frerefrère cher, son desirédésiré souhait,

Signe seursûr que l’Oracle aura bien tostbientôt effecteffet.

Ja desjadéjà le Destin pour espouxépoux lui ordonne

210Un Prince, dont le nom toute l’Espagne estonneétonne,

Et dont la brave race au bon heurbonheur des François7

Fera le Castillan obeïrobéir à ses loixlois.

Assez proches de vous sont la sœur, et le frerefrère

Pour vaincre par leur heur l’influence contraire

215Des destins ennemis. Allez donc seulement,

Car leur nom prononcé rompt tout enchantement,

Et du fier Castillan la fatale ruine

Doit honorer le los d’Henry et Catherine.

Voilà ce que je puis, veuvu ma tremblante voix,

220Et mes foiblesfaibles poulmonspoumons prononcer cestecette fois.

Mais lisez ce papier excusant mon vieil aageâge,

Vous y pourrez encor apprendre davantage.

ApresAprès que la Sibylle eut parlé, les Chevaliers et Nymphes dirent.

Rohan.

GracesGrâces au Souverain pour ce bon heurbonheur promis.

--- 21 ---

Soubize.

Allons, que tardons nous ? le Destin l’a permis.

MadamoiselleMademoiselle de Rohan

225Puissiez vous rapporter de ce combat la gloire.

MadamoiselleMademoiselle Catherine.

Nous allons preparerpréparer les chapeaux de victoire.

Là ils se departirentdépartirent. Lors les Chevaliers avant desmarcherde marcher dirent.

Rohan.

De l’invincible HenryHenri le nom et la valeur

J’appelle en ce combat, pour me porter bon heurbonheur.

Soubize.

Et moymoi j’invoquerayinvoquerai la faveur et la gracegrâce

230Du nom, dont le chiffre8 est gravé sur ma cuirasse.

ApresAprès cela les Trompettes sonnerentsonnèrent, et les Chevaliers marcherentmarchèrent à cestecette cadence jusquesjusque devant la Medee, et les Nymphes s’y rendirent par un autre costécôté. Puis les Chevaliers deffierentdéfièrent ceux de la Medee en cestecette sorte.

Rohan.

Chevaliers qui gardez l’Espagnole Toison,

Je viens pour soustenirsoutenir que les armes de France

Sont par vous mises bas contre droictdroit et raison,

Avec l’espeeépée au poing j’en prendrayprendrai la deffencedéfense.

Soubize.

235Chevaliers, je soustienssoutiens que veritablementvéritablement

--- 22 ---

La maison de Castille imite la viperevipère,

De celle de Navarre elle eut commencement,

C’est contre tout devoir qu’elle meurtristmeurtrit sa meremère.

Les Chevaliers de la Medee respondirentrépondirent,

Genissac.

MiserablesMisérables FrançoisFrançais, foiblesfaibles audacieux,

240Osez -vous bien mouvoir à l’Espagnol la guerre,

L’Espagnol chef du monde, et favoritfavori des Dieux ?

À Jupiter le ciel, à Philippes la terre.

Boitenan.

Hà pauvre outrecuidé, quel superbe dessein

Pour glorieusement te rendre miserablemisérable !

245HelasHélas n’attensattends les coups de ma pesante main,

Un tel trespastrépas pour toytoi seroitserait trop honorable.

Rohan.

Chevaliers, ce n’est pas de bouche nyni de voix

Que je veux contre vous ce combat entreprendre.

Mais relevez les Lis, et9 chaisnonschaînons Navarrois

250Ou bien tout maintenant pensez à vous deffendredéfendre

.

Genissac.

Ha ? pressant importun, nostrenotre bras glorieux

Pour Vaincre cent FrançoisFrançais ne peut honneur acquerre10.

Las n’entreprenez plus sur la race des Dieux.

255L’Espagnol est du ciel, le FrançoisFrançais de la terre.

Soubize.

Vous en avez mentymenti, Castillan bazannébasanné,

Je rendrayrendrai cestecette place en votre sang trempée.

--- 23 ---

Le FrançoisFrançais a souvent l’Espagnol dominé,

Je le vous soustiendraysoutiendrai avecques11.mon espeeépée.

Boitenan.

260O Ciel, pourroispourrais-je bien retenir mon courroux,

Voyant ainsi braver ces enfansenfants de la poudre ?

Mais, allez, le desdaindédain que nous avons de vous

GarentiraGarantira vozvos chefs12 du traicttraits de nostrenotre foudre.

Rohan.

C’est trop perdu de temps en ces langages vains,

265Point ne nous font trembler ces bravades frivollesparoles.

Soubize.

Mettez l’espeeépée au poing, et venons tosttôt 13 aux mains.

Le FrançoisFrançais veut l’effecteffet, et non pas les parollesparoles.

Lors ils mirent tous quattrequatre la main à l’espeeépée en disant,

Genissac.

Vive le grand Philippe au malheur des François14.

Boitenan.

Vive la belle Infante en vertu tant insigne15.

Rohan.

270Vive le grand HenryHenri rare honneur de noznos RoysRois.

Soubize.

Vive sa cherechère sœur l’Illustre Catherine.

Là dessus les Trompettes sonnerentsonnèrent la charge, et les Chevaliers combatirentcombattirent. En finEnfin les Espagnols se monstrerentmontrèrent vaincus, et les FrançoisFrançais redresserentredressèrent les armes de France et de Navarre. Lors les Trompettes changerentchangèrent de son, et sonnerentsonnèrent quelques fanfares, et sur cela les Nymphes crierentcrièrent à pleine voix,
--- 24 ---

MadamoiselleMademoiselle de Rohan.

Meure cet Espagnol barbare.

MadamoiselleMademoiselle Catherine

Vive la France et la Navarre.

Soucelles.

Meure ce Castillan poltron.

Beauvois.

275Vive Allebret, Vive Bourbon.

Lors les Chevaliers FrançoisFrançais lierentlièrent les Espagnols avec leurs escharpesécharpes, et leur osterentôtèrent leurs espeesépées et habillemenshabillements de testetête, et les Nymphes lierentlièrent la Medee aussi avec une escharpeécharpe, et tous s’en allerentallèrent devant le RoyRoi et Madame, menansmenant chacun leurs prisonniers à la cadence d’un PassemezePassemèze, et les leur presenterentprésentèrent de cestecette façon.

Rohan.

Grand RoyRoi, dont le bon heurbonheur rend la victoire nostrenôtre,

Le prisonnier est vostrevôtre, à vous seul je le doydois,

Je le vous offre donc, car puis que je suis vostrevôtre,

C’est à vous qu’appartient tout ce qui est à moymoi.

Soubize.

280Madame, vostrevotre nom a peupu vainqueur me rendre.

C’est à vous par raison qu’est deu mon prisonnier,

Ce n’est pas le premier que vous avez peupu prendre,

Je croycrois qu’il ne sera encoresencore le dernier.

Lors les Nymphes presenterentprésentèrent Medee à Madame, et dirent.
--- 25 ---

MadamoiselleMademoiselle de Rohan

Madame, nous offrons au pied de vostrevotre Altesse

285Medee, que le sort contraint de confesser

Que son sçavoirsavoir exquis cedecède à vostrevotre Sagesse,

Et que vostrevotre vertu peut son art surpasser.

MadamoiselleMademoiselle Catherine.

Madame, puissions -nous veoirvoir par un heur semblable

Du reste de l’Oracle un bien-heureuxbienheureux effecteffet ;

290Si que dans peu de jours un Hymen agreableagréable

Vous facefasse recevoir contentement parfaictparfait.

Soucelles.

Madame, puissiez -vous avecques mesmemême gloire

Voir au vouloir du RoyRoi tous les FrançoisFrançais soubzmissoumis,

Et vostrevotre heureux destin par semblable victoire

295Vous facefasse triompher de tous vozvos ennemis.

Beauvois.

Madame, puissiez -vous d’une heureuse ligneelignée

Appuyer les EstatzÉtats FrançoisFrançais et Navarrois,

Si que du grand HenryHenri la valeur fortunée

Puisse par eux dompter tous infidellesinfidèles RoysRois.

Lors la Medee chanta les Stances qui s’ensuivent.

<MedeeMédée>

300Las ! qu’est-ce cyceci ? quelle Divinité

Rend convaincu mon art de vanité ?

Me faut-il donc souffrir une maistressemaîtresse ?

Ah ! c’est de toytoi que les DemonsDémons grondansgrondant

Le los forcé disoientdisaient entre les dents,

305TresvertueuseTrès vertuese et tresnobletrès noble Princesse.


--- 26 ---

Que tu seroisserais l’exemple de Bonté

Douceur, ClemenceClémence, et toute honnestetéhonnêteté,

Et digne sœur de ce grand RoyRoi ton frerefrère,

Qu’au temps troublé vozvos celestescélestes flambeaux

310Comme Soleils, ou comme les Jumeaux

Illustreront le FrançoisFrançais hemispherehémisphère.

 

Que de ton lictlit par un Hymen heureux

NaistroientNaîtraient au RoyRoi des nepveuxneveux valureuxvaleureux,

Quand tu voudras en honorer un Prince,

315Qui ressemblansressemblant à la meremère en beauté,

Et leurs majeurs en pure loyauté,

JoindroientJoindraient au Lis mainte estrangeétrange province.

Puis la Sibylle ressortir encoresencore, qui dict.

<La Sibylle.>

Nymphes, et Chevaliers, qui devez respecter

Mon aageâge, et le vouloir du grand Dieu Jupiter,

320Je vous fais de sa part une ordonnance expresse,

Que vous monstriezmontriez ici quelques traictstraits d’alegresseallégresse,

CelebransCélébrant la victoire, et le bon heurbonheur promis

Au frerefrère, et à la sœur, par les Destins amis.

Ainsi vive HenryHenri de toute gloire digne,

325Et son Illustre sœur l’unique Catherine.

- dessus les quatre Chevaliers et les quatre Nymphes se reculerentreculèrent à la cadence d’une PassemezePassemèze, et les Nymphes desarmerentdésarmèrent les Chevaliers, puis dancerentdansèrent tous huicthuit un BaletBallet ensemble.
[4] L’imprimé porte la répétition du pronom « je », que nous supprimons.
[5] L’imprimé présente la répétition de la préposition sans, que nous ne maintenons pas.
[6] Nous maintenons cette forme pour la rime (comprendre « trouve »).
[7] Nous maintenons cette forme pour la rime.
[8] Note marginale droite :"C’estoitétait le chiffre de Madame, dont sa cuirasse estoitétait semée."
[9] Note marginale gauche : Les armes de Navarre sont des chaisnes.
[10] Nous maintenons cette forme pour la rime (comprendre « acquérir »).
[11] Nous maintenons cette forme pour le compte syllabique.
[12] Vos têtes.
[13] vite.
[14] Nous maintenons cette forme pour la rime (comprendre « Français »).
[15] remarquable.

 
--- 27 ---

AUTRE BALETBALLET REPRESENTEREPRÉSENTÉ
Devant Madame à Pau le 23.23e Jour
D’AoustAoût 1592.

Les personnges.

Quatres Chevaliers, deux FrançoisFrançais, et deux BearnoisBéarnais Quatre Nymphes de Diane. Mercure Amour
Les deux Chevaliers FrançoisFrançais Messieurs de Rohan et de Soubize
Les deux chevaliers BearnoisBéarnais Messieur de Genissac Messieur de Boitenan
Nymphes MadamoiselleMademoiselle de Rohan MadamoiselleMademoiselle Catherine de Rohan Les Bessons et Soucelles
 
--- 28 ---
Les Chevaliers entransentrant les premiers, et ayansayant faictfait un tour de salle en forme de Ballet, s’arresterentarrêtèrent devant Madame, et les BearnoisBéarnais commencerentcommencèrent ainsi.

Genissac

PRINCESSE illustre de BearBéarn

Avec l’espeeépée et le poignard

TousjoursToujours pretsprêts pour vostrevotre deffensedéfense,

Nous nous vantons de soustenirsoutenir

5Ce que nous voulons maintenir

À cestecette heure en vostrevotre presenceprésence.

 

C’est que Nature n’a rien faictfait

En ce monde de si parfaictparfait

Qui vous esgaleégale, ou vous ressemble,

10Et que nul ne meritemérite l’heur

D’estreêtre des beaux dons possesseur

Qu’en vous le Ciel a mis ensemble.

 

Que donc nul Prince tant heureux,

Tant grand, tant brave, ou vertueux

15N’est de vostrevotre bel amour digne,

Et qu’à nul n’est deu tant d’honneur

D’ estreêtre advouéavoué pour serviteur

De vostrevotre beauté si Divine :


--- 29 ---

Que vous ne devez rien aimer,

20Puis que nul ne peut s’estimer

Digne de si celestecéleste flame.

Mais plustostplutôt vostrevotre brave cœur

Se doit roidirraidir à la rigueur,

Sans que jamais l’Amour l’entame.

 

25Que comme seul est le Phenix,

Bien que l’on coignoisseconnaisse infinis

Les OyseauxOiseaux des autres especesespèces,

Aussi doit seule demeurer

Celle qu’il nous faut honorer

30Comme le Phoenix des Princesses.

 

Que si quelqu’un veut contester

Qu’un Prince puisse meritermériter

Une Princesse si divine,

Nous le ferons bien ressentir

35Et soudainement repentir

De sa temeritétémérité insine16

Les FrançoisFrançais respondansrépondant

Rohan.

Madame, en toute humilité,

AyansAyant le respect apporté

Que nous devons à vostrevotre Altesse,

40Nous soustiendronssoutiendrons d’un cœur hautain

L’espeeépée et la dague à la main

Ceux à qui ce deffydéfi s'addresseadresse.


--- 30 ---

Nous confessons bien avec tous

Qu’il n’est rien si parfaictparfait que vous,

45Qu’en tout vous estesêtes accomplie,

Que nul ne vous peut meritermériter,

Et s’il le falloitfallait disputer

Nous y despendronsdépendrons nostrenotre.

 

Mais nous ne pouvons confesser

50Que pourtant vous deviez passer

VostreVotre aage âge en solitude telle,

NyNi que vostrevotre Altesse eusteût honneur

D’user d’une telle rigueur

Vers tout ce qui est moindre qu’elle.

 

55Du monde le divin flambeau

Daigne bien de son lustre beau

EsclairerÉclairer ceste cette terre basse.

Et mesmesmême la Divinité

Daigne abaisser sa Majesté

60Favorisant l’humaine race.

 

Donc Madame ces deux Soleils

De vozvos yeux, qui sont sans pareils

Ne doivent desdaignerdédaigner de luire

Sur quelque Prince valeureux,

65Pour faire qu’au port bien heureux

Par eux il se puisse conduire.

 

Que si quelqu’un veut s’appresterapprêter

Pour le contraire disputer,

Nous sommes prestsprêts pour le deffendredéfendre,

70 PourveuPorvu que vostrevotre auctoritéautorité

--- 31 ---

Nous donne cestecette liberté

De combattre en vostrevotre presenceprésence.

Genissac.

Et quoyquoi ? seroitserait-ce donc raison

Qu’aucun, tant fustfût plein de prouësseprouesse,

75VinstVînt jusquesjusque dans nostrenotre maison,

Pour nous ravir nostrenotre Princesse ?

Rohan.

Et quoyquoi ? faudroitfaudrait-il que tousjourstoujours

VesquistVécût en tristesse profonde,

Sans heur, sans plaisir, sans amours

80La sœur du plus grand RoyRoi du monde ?

Genissac.

Sans heur elle n’est nullement,

Ses vertus la rendent heureuse,

Et son juste gouvernement,

Dont sa Province est glorieuse.

Rohan.

85Mais sur toutsurtout les peuples François17

La conjurent par sa naissance,

Et par ses ancestresancêtres leurs RoysRois,

D’augmenter la race de France

Boitenan.

De France ? ha il n’en sera rien,

90NostreNotre Princesse est BearnoiseBéarnaise

Soubize.

Allez, on vous monstreramontrera bien

Dans peu de jours qu'elle est FrançoiseFrançaise.

--- 32 ---

Si n’en quittons nous nostrenotre part,

Elle est nostrenôtre désdès son enfance.

Rohan.

95À Madame est deu le Bear,

Mais elle se doit à la France.

Genissac.

À peine nous endurerons

L'eclipseéclipse de ceste cette lumierelumière.

Rohan.

MalaisementMalaisément nous souffrirons

100Qu’elle vous demeure plus guereguère.

Boitenan.

Si est-ce qu’elle a bonne part

À la Vache18 désdès sa naissance.

Soubize.

Messieurs, les Vaches de Bear

CedentCèdent aux fleurs de Lis de France.

Genissac.

105QuoyQuoi cedercéder ? le bras me promet

De vous faire ce motdesdiredédire.

Rohan.

Si son Altesse le permet

Nous vous sçauronssaurons bien contredire.

Boitenan.

Nous vous en ferons repentir,

110Si vous le voulez entreprendre.

--- 33 ---

Et nous vous en ferons mentir

Tout maintenant sans plus attendre.

Genissac.

C’est trop tardé, c’est trop songé,

Aux armes, il faut s' entrebatreentrebattre

Rohan.

115Madame avec vostrevotre congé

Nous allons noznos vies debattredébattre

Boitenan.

Nous sçavonssavons de bien tirer l'art.

Soubize.

Et nous bien manier la lance.

Genissac.

Vive la Vache et le Bear

Rohan.

120Vive le Lis, vive la France.

S'ensuytensuit le debatdébat, à la fin duquel les BearnoisBéarnais laissanslaissant tomber leurs espeesépées, l'esclairéclair et le tonnerre se font, et Mercure sort, et en mesmemême temps le Luth et autres InstrumensInstruments joüerentjouèrent une PassemezePassemèze, durant laquelle Mercure se promenepromène, puis apresaprès la PassemezePassemèze achevée, dit.

Mercure

Par le commandement du grand maistremaître des Dieux

Je viens de traverser les estagesétages des Cieux,

Et me suis transporté vers la gent Bearnoise

Pour appaiserapaiser icyici le debatdébat et la noise

--- 34 ---

125Qui boultbout dedans le cœur de quatre Chevaliers,

Qui le monde ont remplyrempli de leurs exploictsexploits guerriers,

Et maintenant poussezpoussés d’une loüablelouable envie

TaschentTâchent de maintenir aux despensdépens de leur vie,

Les uns qu’il ne faut pas que cestcet Astre luisant,

130Qui reluistreluit dans le Bear, l’abandonne à presentprésent,

Et face ses rayons esclaireréclairer dans la France,

Le privant du bon heur de sa douce presenceprésence.

Les autres plus vaillansvaillants, et plus remplis de cœur,

VoulansVoulant l’espeeépée au poing monstrermontrer que telle fleur

135Ne doit pour tout jamais demeurer inutile

Dans les gueretsguérets pierreux d’une terre infertile,

Mais ainsi qu’une plante on desplantedéplante souvent,

Pour la planter apresaprès en terroir plus plaisant,

Là où avec le temps estantétant bien cultivée

140Rend riche un laboureur d’une belle levée :

Ou ainsi qu’à la vigne on conjoinctconjoint un Ormeau.

De mesmemême ces HerosHéros disent que le flambeau

D’un Hymen bien heureux doit conjoindre Madame

À quelque demydemi-Dieu, qui bruslebrûle de la flameflamme

145Qu’eslancentélancent ses beaux yeux combien qu’il ne soit rien

Qui se puisse estimer digne d’un si grand bien.

VoilaVoilà le fondement de toute leur querelle,

LacquelleLaquelle chacun d’eux à grands coups d’allumelle

TaschentTâchent de maintenir, et s’entr'ouvransentrouvrant le flanc

150Empourprent leurs estocs des sources de leur sang.

Or mon perepère craignant que la lame meurtrieremeurtrière

Ne prive quelqu’un d’eux de la douce lumierelumière,

--- 35 ---

JoinctJoint qu’il n’appartient pas à un homme mortel

D’enchaisnerenchaîner dans les ceps d’un hazardeuxhasardeux duel

155Son arrestarrêt eterneléternel, m’a faictfait icyici descendre

Pour vous faire par moymoi tout son vouloir entendre.

Doncques pour un petit mettez les armes bas,

OÔ valeureux HerosHéros, finissez vos debatzdébats.

Car ce n’est pas à vous que la charge est commise

160De pouvoir mettre à fin une telle entreprise.

Mettez les armes bas, vous vous peinez en vain,

Vous ne pouvez venir à bout d’un tel dessein.

Car la sœur du Soleil, DeesseDéesse montagneuse,

D’un si brave dessein est sur vous envieuse,

165Vous avez eu prou d’heur, vous avez excité

Par un hautain oser une Divinité.

Maintenant de Jupin escoutezécoutez l’ordonnance

Et prestezprêtez attentifs l’oreille à sa sentence.

Il vous mande par moymoi que le chaste escadron

170Des filles de la sœur du divin Apollon

CombatrontCombattront ce jourd’hui l’enfant de CythereeCythérée

Pour luylui ravir son arc, et sa flecheflèche acereeacérée

Son bandeau, et ses feusfeux, et son doré carquois,

Et le faire captif obeïrobéir à leurs loixlois.

175Que si de cestcet enfant elles ont la victoire,

Les Chevaliers BearnoisBéarnais emporteront la gloire

Du combat entrepris, et Madame tousjourstoujours

Vivra sans savourer le bruvagebreuvage d’amours.

Mais si de Cupidon la dextre valeureuse

180De ce brave combat revient victorieuse,

--- 36 ---

Soudain pour esgayerégayer sa guerriereguerrière valeur

Les Nymphes luylui viendront faire hommage et honneur

De leurs arcs, et leurs traictstraits. Et si apresaprès Madame

EschaufferaÉchauffera son cœur d’une divine flame,

185Afin que le flambeau d’un Hymen bien heureux

LuyLui baille19pour marymari quelqu’un des demydemi-Dieux

Du royaume Gaulois. Par ainsi vozvos querelles

Seront mises à fin par ces chastes pucelles.

Elles entrent desjadéjà, Amour les suit apresaprès

190MunyMuni d’arc, et de feux, de flechesflèches, et de traictstraits,

BoüillantBouillant d’un chaud desirdésir, et d’une belle envie

D’en emporter le prix, ou d’y perdre la vie.

ApresAprès cecyceci Mercure se retira en sa premierepremière place, et les Nymphes entransentrant tenanstenant en la main droite un javelot, et en l’autre leurs arcs, et dançansdançant une forme de BaletBallet, Amour les suit, leur tirant ses flechesflèches. En finEnfin elles sont vaincues, et se retirent aupresauprès des ChevaliersBearnoisBéarnais. Sur cela se faictfait encor l'esclairéclair, et le tonnerre, et la Musique jouëjoue un PassemezePassemèze comme devant, et Mercure retourne, qui dit.

Mercure.

VoicyVoici de Cupidon la dextre glorieuse,

Qui de ce beau combat revient victorieuse.

195Vainqueur il a vaincu cestcet escadron chasseur,

Qui hardyhardi du combat pensoitpensait avoir l'honneur

Du grand Dieuportefeuxporte-feux, et des Nymphes vaincues,

--- 37 ---

Lors quLorsqu' une mer de fleurs ondoyeondoie20par les rues.

Qu'on luylui dresse un triomphe, et son chef soit couvert

200De myrthemyrte, de rameaux, de laurier toujours vert,

Qu'on luylui dresse une pompe, et la voix esclatanteéclatante

De cent et cent clairons sa victoire nous chante,

Cent fiffresfifres, cent tabourstambours, et cent luths doux sonnanssonnant

Nous chantent la vigueur de ce bras triomphant,

205Que les plus chers mignons des filles de MemoireMémoire

Dans leurs vers doux-coulanscoulant viennent chanter sa gloire.

Ce petit Archerot tendret il a dompté,

Et mis dessoubzdessous ses pieds toute autre DeitéDéité.

L’air, la terre, les Cieux reverentrévèrent sa puissance.

210Tout ce qui vit çaçà bas luylui rend obeissanceobéissance.

Les poissons de la mer, les mignards oiselets,

Et tout cela qui vit és ombreuses forestsforêts.

Or bien qu’il ait dompté l’air, les cieux, et la terre,

Qu’il ait mis soubzsous son joug le maistremaître du tonnerre,

215Si n’est-il prou puissant, pour bruslerbrûler vostrevotre cœur

D’un brandon chaleureux, d’une amoureuse ardeur,

Il ne vous peut dompter s’il n’emprunte la flameflamme

Dedans vozvos yeux divins pour vous bruslerbrûler Madame.

Non, non, il ne le peut : et quand il le pourroitpourrait,

220ToutesfoisToutefois vous desplairedéplaire en rien il ne voudroitvoudrait.

Ce n’est pas un cruel, un Dieu plein de malice,

Ains21un Dieu de douceur, d’Amour, et de justice.

Il est en ce païspays vagabond estrangerétranger.

Madame il vous requiert de le vouloir loger

225Dedans vozvos yeux divins, et dans vostrevotre poitrine

--- 38 ---

Cacher les chastes feuzfeux de sa torche divine.

Il veut tant seulement caché dedans vozvos yeux

Vous choisir pour marymari un Prince valeureux,

Jeune, heureux et hardyhardi, qui ait sa renommeerenommée

230Par ses braves exploictsexploits en mille lieux semée,

Et qui ait courageux par ses beaux faictsfaits guerriers

Sur son front genereuxgénéreux planté mille lauriers,

Afin que joinctjoint à luylui par un sainctsaint mariage

Vous puissiez passer le reste de vostrevotre aageâge

235En cent mille plaisirs, et qu’au bout de quatre ans

Bear22vous puisse voir meremère de quatre enfansenfants,

Qui quelque jour parmyparmi les effets de Bellonne

Courageux soustiendrontsoutiendront la RoyalleRoyale Couronne,

Et pour le grand HenryHenri rare honneur de noznosRoysRois

240Iront reconquester23le sceptre Navarroys24

Et chassanschassant les haineux du royaume de France

Planteront dans les Cieux leur guerriereguerrière vaillance,

Qui seront la frayeur des peuples ennemis,

L'amour de leurs subjectssujets, et qui rendront soubmissoumis

245Au vouloir de leur RoyRoi les peuples IberidesIbérides,

Replanteront les Lis és terres Gebusides,

Et versansversant leur fureur sur les champs Milanois25

Feront les fiers Lombards obeïrobéir à leurs loixlois.

Et vous vaillansvaillants HerosHéros, dont l'ameâme genereusegénéreuse

250Dedans les bataillons, ardente, et courageuse,

À travers mille maux cherche le lictlit d'honneur,

Finissez vos debatsdébats, tournez vostrevotre fureur

Sur les perturbateurs du repos de la France,

--- 39 ---

C'est un tresbeautrès beau subjectsujet pour monstrermontrer sa vaillance.

255Allez vistevite, courez, endossez les harnois26

Pour rengerranger les Ligueurs soubzsous le joug de vozvos loixlois,

Passez les Pyrenés27 et domptez la furie

Des traistrestraîtres nourrissons de la fierefière IberieIbérie,

Le neigeux Apennin, et les monts Piemontois28

260CourbansCourbant leur dos hautain sur les piedzpieds des GaulloisGaulois.

Et couranscourant plus avant, allez courir fortune,

JettezJetez vozvos bornes loingloin sur le dos de Neptune,

RegaignezRegagnez le terroir, auquel VillegaignonVillegagnon

Du vaillant CollignyColigny planta jadis le nom.

265Allez cœurs Martiaux, que de rechefderechef la GreceGrèce

Des Chevaliers FrançoisFrançais esprouveéprouve la prouësseprouesse.

CecyCeci faictfait, Mercure demeura aupresauprès de Madame, luylui d'un costécôté, et Amour de l’autre, et lors les Chevaliers BearnoisBéarnais rendirent les armes aux FrançoysFrançais, et dirent ce qui s’ensuit.

Genissac.

C’est à vous braves Chevaliers

Dignes de commander aux autres,

D’ordonner sur ces faictsfaits guerriers,

270Nous et noznos armes sommes vostresvôtres.

Les Chevaliers FrançoisFrançais mettent les armes aux piedzpieds de Madame, et disent.

les Chevaliers Français

Madame, nous vous offrons tous

NozNos armes et nostrenotre prouësseprouesse.

FaictesFaites entier estatétat de nous

Au service de vostrevotre Altesse.

--- 40 ---
Puis les Nymphes rendansrendant leurs arcs à Amour luylui dirent.

MadamoiselleMademoiselle de Rohan.

275Amour servez vousservez-vous de noznos arcs,

Pour armer vostrevotre main divine,

Car seulement les chastes dards

Pourront blesser nostrenotre poitrine.

MadamoiselleMademoiselle Catherine de Rohan.

Amour, bien que vostrevotre courroux

280Les Dieux, et les hommes condamne,

Si ne pouvez rien sur nous

Qu’avec les armes de Diane.

Les Bessons.

Amour, puis qu’ores Jupiter

Vous permet de blesser Madame,

285Il vous faudra bien emprunter

NozNos traictstraits, et nostrenotre chaste flameflamme.

Soucelles.

Amour armez vostrevotre costécôté

Des traictstraits de la chaste DeesseDéesse,

Car icyici sans la chasteté

290Vaine seroitserait vostrevotre prouësseprouesse.

Amour respondrépond aux Nymphes.

Amour.

Bien que ma forte main facefasse trembler les Dieux,

Bien que cent et cent fois mon bras victorieux

Aux plus braves HerosHéros ait monstrémontré sa puissance,

--- 41 ---

Si est-ce que mes traictstraits si souvent esprouvezéprouvés

295Sans force, et sans vertu se sont tousjourstoujours trouveztrouvés

Contre ce cœur d'acier, qui m'a faictfait resistancerésistance.

Mais puis qu’ores je suis armé de chasteté,

Que j'ayai joinctjoint au pouvoir de ma grande DeitéDéité

La force et le secours de la chaste DeesseDéesse,

300J'entreprensentreprends librement ce combat glorieux,

EsperantEspérant que deux Dieux des plus grands des haultshauts Cieux

Vaincront de l’univers la plus grande Princesse.

Disant ces derniers vers, Amour tire une flecheflèche contre Madame, au bout de laquelle y a un petit roulleaurouleau où sont escritsécrits ces quatre vers.

Si l'amour faictfait du glorieux,

Excusez -le Nymphe divine,

305Car il prentprend son feu dans vozvos yeux,

Et ses traictstraits dans vostrevotre poitrine.

Cela faictfait les Nymphes chantent la chanson qui s'ensuit.

<Quatres Nymphes>

Chantons la Divine flameflamme,

Dont le chaste Amour, Madame,

Embrasera vostrevotre cœur.

310Chantons sa gloire immortelle,

Quand par un amant fidellefidèle

De vous il sera vainqueur.

 

Que puissions nouspuissions-nousen cestecette anneeannée

Ainsi chanter vostrevotre HymeneeHyménée.


--- 42 ---

315Chantons l’heur de ce grand Prince

Que la FrançoiseFrançaise Province

Vous destine pour espouxépoux.

Chantons l’union Divine

Que peut faire une AndrogineAndrogyne

320De ce HerosHéros et de vous.

 

Que puissions nouspuissions-nous en cestcette année, etc.

 

Ce Prince quel qu'il puisse estreêtre,

Que les Dieux ayansayant faictfait naistrenaître

SoubzSous un astre tant heureux,

325Puisse tant de los acquerre29

Qu’il remplisse Ciel et terre

De ses actes valeureux.

 

Que puissions nouspuissions-nousetc.

 

Que les gracesgrâces le cherissentchérissent,

330Que les Nymphes retentissent

Son nom sur leur double mont,

Qu’Amour son visage peigne,

Qu’il ait le Lis pour enseigne,

Et le Laurier sur le front.

 

335Que puissions nouspuissions-nous,etc.

 

Que la France divisée

Par son bon heurbonheur appaiséeapaisée

Sente le fruictfruit d'une paix,

Et soubzsous le regnerègne prospereprospère

340Du grand HenryHenri vostrevotre frerefrère

Reste heureuse pour jamais.

 

Que puissions nouspuissions-nous,etc.

 

Puissiez vousPuissiez-vous bien tosttôt, Madame,

BruslerBrûler d'une sainctesainte flameflamme,

345Pour ce Prince heureux et bon,

Et soubzsous un sainctsaint HymeneeHyménée

RenouvellerRenouveler la ligneelignée

De Navarre et de Bourbon.

 

Que puissions nouspuissions-nousen cestecette anneeannée

350Joyeux en chanter HymeneeHyménée.

La chanson finie Mercure dit ce qui s’ensuit.

Mercure

Chevaliers qui avez appointé vos querelles

Par le moyen d’Amour, et des chastes pucelles

De la sœur du Soleil, et qui pleins de bon heurbonheur

Avez à coups d'estoc monstrémontré vostrevotre valeur,

355JuppinJupin vous faictfait sçavoirsavoir, qu'avant que vostrevotre lance

S'employeemploie à ruiner les haineux de la France,

Il veut que pour monstrermontrer que vous estesêtes d'accord,

Et que vous avez mis fin à vostrevotre discord,

Pour l’amour de Madame, et des chastes pucelles

360Qui vous ont accordé, vous dansiez avec elles

Un BaletBallet gracieux, ainsi le Dieu d'Amours

VozVos genereuxgénéreux desseins favorise à tousjourstoujours.

 
Ce faictfait les quatre Chevaliers prennent les quatre Nymphes par la main, et dancentdansent un BaletBallet ensemble.
[16] Nous maintenons cette forme pour la rime (comprendre « insigne, remarquable », ici pris en mauvaise part).
[17] Nous maintenons cette forme pour la rime (comprendre « Français »).
[18] Note marginale gauche : Les armes de Bearn sont des Vaches.
[19] donne.
[20] Prononcer on-do-yeie.
[21] Mais.
[22] Béarn.
[23] reconquérir.
[24] Nous maintenons cette forme pour la rime (comprendre « Navarrais »).
[25] Nous maintenons cette forme pour la rime (comprendre « Milanais »).
[26] Nous maintenons cette forme pour la rime (comprendre « harnais »).
[27] Nous maintenons cette forme pour le compte syllabique.
[28] Nous maintenons cette forme pour la rime (comprendre « Piémontais »).
[29] Nous maintenons cette forme pour la rime (comprendre « acquérir »).