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Chant Natal

par Barthélémy Aneau (1539)
  • Pré-édition
  • Transcription : Luca Coluccini (Università degli Studi di Perugia)
  • Modernisation et Annotation : Luca Coluccini
  • Encodage : Nina Hugot
  • Relecture : Nina Hugot et Milène Mallevays

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Chant Natal,
CONTENANT SEPT NOELZNOËLS,
ungun chant PastouralPastoral, et ungun chant Royal,
avec ungun MystereMystère de la Nativité, par per-
sonnages. ComposezComposés en imitation verbale
et musicale de diverses chansons.

RecueillizRecueillis sur l’escriptureécriture
sainctesainte, et d’icelle
illustrezillustrés.

APUD SEB. GRYPHIUM
LUGDUNI,
1539.

Aneau, B., Chant Natal

Introduction

Le recueil de textes intitulé Chant Natal de Barthélémy Aneau, publié à Lyon chez Sébastien Gryphe en 1539, réunit sept Noelz, c’est-à-dire de courts poèmes accompagnés de musique et consacrés à la naissance du Christ, un Chant Pastoural dialogué, un Mystère de la Nativité, et un Chant Royal. À première vue, l’œuvre pourrait n’apparaître que comme un recueil de « pièces d’inspiration religieuse, monologiques ou dialogiques »1, dont le statut théâtral n’est pas immédiatement évident. En effet, il s’agit d’un volume à caractère miscellané, contenant « davantage de textes poétiques que dramatiques »2, même si, en réalité, il représente un exemple à part entière de théâtre pédagogique.

L’auteur était maître en rhétorique, régent au Collège de la Trinité de Lyon, une « école séculière subventionnée par la municipalité lyonnaise »3 ; il faisait partie d’une génération d’hommes de lettres à mi-chemin entre Moyen-Âge et Renaissance, « à la fois dramaturges et pédagogues »4, sachant concilier le théâtre et l’école. Le but d’Aneau était, en ce cas, de proposer aux élèves, auxquels il s’adresse dans son dizain liminaire, une façon de s’entraîner à la diction dans leur langue maternelle, de « domestiquer, de façon ludique, leur voix et leurs gestes »5.

Il n’est pas possible de déterminer avec certitude si les textes contenus dans le Chant Natal « form[aient] un spectacle unique, ou si le recueil rassemble divers exercices d’interprétation, proposés à différentes occasions »6, par exemple pendant les dimanches de l’Avent. Cependant, si l’on considère les Sept Noelz comme des chansons en contrafactum 7, interprétées par un chœur en tant qu’intermèdes des textes proprement théâtraux (à savoir le Chant Pastoural et le Mystere de la Nativité), cette hypothèse suggérerait la possibilité d’une représentation unique, donnant à plusieurs élèves la possibilité d’y participer.

Les sources des Noelz sont toujours indiquées par l’auteur, qui en cite les compositeurs, c’est pourquoi la composante musicale du recueil acquiert un rôle crucial dans la représentation. Nous reproduisons ci-dessous les sous-titres choisis par Aneau en les commentant.

  1. Noel, ou chant spirituel de l’ame à Jesus Christ, confessant la macule et laidure de son peché : et la purgation d’icelluy en la grace de Dieu et au sang de Jesus Christ. Imitation de Marot sur la chanson, Pourtant si je suys brunete. Tant en la lettre, que en la musique. (Cinq dizains d’heptasyllabes inspirés par une chanson de Clément Marot, mise en musique par Claudin de Sermisy).
  2. Noel en suite de la Royalle chanson, Doulce memoire en voix et parolle, réduisant en memoire la pensée Chrestienne, le Benefice de Dieu envers l’homme (Cinq huitains de décasyllabes sur un texte attribué à François Ier et mis en musique par Pierre Regnault dit Sandrin).
  3. Noel en imitation de la chanson, Content desir. En verbe et chant ; protestant le desir de Dieu a rachapter l’homme, et le contentement de l’homme espérant la Nativité de Jesus Christ (Cinq quatrains de décasyllabes à rimes croisées, contrafactum d’une chanson de Claudin de Sermisy sur un texte tiré de La Fleur de la poesie francoyse imprimée par Alain Lotrian).
  4. Noel sur le chant, C’est une dure departie, en son, et en dicté, declarant départements d’essence et lieux, appartenants à la Nativité de nostre seigneur Jésus-Christ. Et admonnestant du dernier depart de ceste vie humaine (5 huitains d’octosyllabes sur une chanson de Claudin de Sermisy).
  5. Noel en imitation de C. Marot, sur la lettre et le chant de la chanson J’ay le désir content, temoignant l’esperance des mortelz contentée, par plenitude de grace envoyée de Dieu par son filz Jesus Christ conceu du saint esprit : et né de la Vierge. (5 sizains d’alexandrins : texte marotique mis en musique par Claudin de Sermisy).
  6. Noel branlant, sur le chant Barptolemy mon bel amy (6 huitains d’octosyllabes et hexasyllabes, dont la source reste inconnue. Ce Noel est placé entre le Chant Pastoural et le Mystere de la Nativité).
  7. Noel mystic, sur le chant, Le dueil yssu (3 dizains de décasyllabes. La musique a été composée par Pierre de Villiers, musicien actif à Lyon et contemporain d’Aneau. Ce Noel est placé juste après le Mystere de la Nativité).

Il faut également considérer le fait que cette œuvre ait pu être soumise à une double réception. Même si les élèves du Collège de la Trinité étaient « enfants de bourgeois aisés, marchands-banquiers, hommes de lois et riches artisans, parmi lesquels se recrute aussi un certain nombre d’échevins »8, seul un public adulte de lecteurs aurait pu « comprendre les références liturgiques et bibliques du Chant Natal »9. À cet égard, on peut supposer qu’Aneau voulait publier « une proposition […] à la communauté enseignante sur la manière dont le Collège de la Trinité faisait usage du théâtre – en français – […] en comparaison avec le théâtre produit dans les collèges parisiens »10, dont la langue principale était le latin, car « les écoles principales de nombreuses villes […] se trouvaient encore sous l’autorité du Chapitre de la cathédrale »11

Le premier texte véritablement dramatique de ce recueil est le Chant Pastoural, écrit en forme de dialogue entre trois bergers (Rogelin, Raguel et Ruben) et une bergère (Rachel), un genre très employé au XVIe siècle et très apprécié par le public dans le cadre des mystères. Il s’agit d’un texte inspiré par la chanson Vous perdez temps de me dire mal d’elle, chanson de Marot mise en musique par Sermisy. Avec ses 90 vers (9 dizains de décasyllabes et hexasyllabes), ce Chant Pastoural alterne entre le registre religieux qui introduit le mystère et l’adoration des bergers et le registre joyeux, voire grossier, qui n’exclut pas « des plaisanteries à caractère sexuel appuyé »12. Le décor de ce mystère est un décor à compartiments : le Chant Pastoural représenterait la première des scènes juxtaposées, où beaucoup d’acteurs étaient présents simultanément, À cet égard, les bergers vont réapparaître dans la section suivante du recueil.

Le Mystere de la Nativité constitue toutefois le centre névralgique du recueil de Barthélemy Aneau. La division en trois séquences est nette, et chacune d’entre elles possède des caractéristiques précises. En premier lieu, le voyage vers Bethléem, le refus de l’hôtelier d’héberger Joseph et Marie et la naissance du Christ occupent dix dizains. Cette première section dialogique « reste globalement narrati[ve] et suit une progression linéaire »13. C’est avec la deuxième séquence, l’annonciation aux pasteurs par l’Ange, que le ton des répliques devient plus lyrique, avec le refrain constitué par le Gloria in excelsis Deo en latin, qui ferme chaque huitain. La troisième et dernière séquence, la venue et adoration des pasteurs, imposait aux élèves-acteurs « une quête toujours plus exigeante d’harmonie sonore et, pourrait-on dire, chorégraphique »14, avec des refrains plus longs, reprenant souvent le mot « Noël » et s’inspirant toujours d’une source métrique et mélodique préexistante.

Le recueil d’Aneau se clôt par un Chant Royal en huitains, dont les personnages sont David, Hérode et les rois Mages, avec une strophe d’envoi « Pour Jesuschrist Roy », qui pourrait représenter « un commentaire de la scène, comme on en trouve souvent à la fin des moralités »15. Vraisemblablement, Barthélemy Aneau lui-même aurait pu réciter cette section, le dernier Noel mystic s’adressant directement au public pour l’inviter à « se joindre aux acteurs pour célébrer la naissance du Christ »16.

La structure du Chant Natal peut donc être lue comme un ensemble complexe de pièces destinées aussi bien à la représentation et au chant qu’à la lecture. Les Noelz assurent une « exhibition de l’hypotexte »17, aussi bien biblique que marotique, avec un « ‘exercice’ de conversion littéraire [qui] est bien connue de la littérature évangélique et réformée »18. De plus, la présence de gloses marginales citant les Écritures suggère un public de lecteurs érudits « dans et hors d’un contexte scolaire »19 qui s’en servaient « pour enrichir leur réflexion et leur méditation »20. Cependant, la théâtralité de l’ouvrage, dont témoignent les didascalies ainsi que l’emploi d’un grand nombre de personnages, n’est pas remise en question, d’autant plus qu’il s’inscrit « dans la lignée des mystères médiévaux »21, en s’adaptant au contexte pédagogique de référence, puisqu’il « ménage [ses stratégies de publication] entre jeux scolaires et recueils imprimés »22.

Résumé de la pièce

Barthélemy Aneau, enseignant de rhétorique au Collège de la Trinité de Lyon, présente le Chant Natal comme un volume recueillant plusieurs pièces monologiques ou dialogiques destinées aussi bien à la représentation par ses élèves qu’à la lecture des érudits. Le Chant Pastoural met en scène trois bergers – Rogelin, Raguel et Ruben – et la bergère Rachel alternant des répliques plaisantes, voire grossières, et la préparation à l’adoration du Christ. Le Mystere de la Nativité est au cœur du recueil et se compose de trois sections : le voyage vers Bethléem de Joseph et Marie, le refus de la part de l’hôtelier de les héberger et la naissance de Jésus ; l’annonciation de l’Ange aux pasteurs ; l’adoration des pasteurs. Le volume s’achève avec un Chant Royal qui insiste sur l’honneur du Christ à travers le dialogue entre David, Hérode et les Mages. Les Sept Noelz, des contrafacta sur des textes marotiques ou bibliques, auraient eu la fonction d’intermèdes, tout en conférant à l’ouvrage une dimension lyrique en offrant à plusieurs élèves-acteurs la possibilité d’y participer.

Bibliographie

Édition de référence

Aneau, B., Chant natal contenant sept noelz, un chant Pastoural, et ung chant royal, avec ung Mystère de la Nativité, par personnages. Composez en imitation verbale et musicale de diverses chansons. Recueilliz sur l’escripture saincte, & d’icelle illustrez, Lyon, Sébastien Gryphe, 1539. En ligne : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k700681.image

Études critiques sur la pièce

Doudet, E., Ferrand, M., Lavéant, K., Introduction : Théâtre et pédagogie au XVIe siècle, les jeux scolaires de Barthélemy Aneau, « Cahiers de Recherches Médiévales et Humanistes », 2011, 22, p. 359-361. En ligne :chrome-extension://efaidnbmnnnibpcajpcglclefindmkaj/https://hal.science/hal-04226840/document

Ferrand, M., Le théâtre de Barthélemy Aneau. Écriture dramatique et pédagogie de l’actio, « Cahiers de Recherches Médiévales et Humanistes », 2011, 22, p. 363-378. En ligne : https://journals.openedition.org/crmh/12556

Laveant, K., Contexte et réception du théâtre scolaire de Noël, « Cahiers de Recherches Médiévales et Humanistes », 2011, 22, p. 379-393. En ligne : https://journals.openedition.org/crmh/12557

Sitographie

Catalogue de la Chanson Française à la Renaissance – Université de Tours : http://ricercar-old.cesr.univ-tours.fr/3-programmes/basechanson/index.htm

[1] Doudet, E., Ferrand, M., Lavéant, K., Introduction : Théâtre et pédagogie au XVIe siècle, les jeux scolaires de Barthélemy Aneau, « Cahiers de Recherches Médiévales et Humanistes », 2011, 22, p. 359-361 : 359.
[2] Laveant, K., Contexte et réception du théâtre scolaire de Noël, « Cahiers de Recherches Médiévales et Humanistes », 2011, 22, p. 379-393 : 383.
[3] Ibid., p. 381.
[4] Doudet, E., Ferrand, M., Lavéant, K., op. cit., p. 360.
[5] Ferrand, M., Le théâtre de Barthélemy Aneau. Écriture dramatique et pédagogie de l’actio, « Cahiers de Recherches Médiévales et Humanistes », 2011, 22, p. 363-378 : 364.
[6] Ibid., p. 366.
[7] « Il s’agit en effet de chanter, sur le timbre d’une chanson profane, un texte sacré qui vient se substituer au texte d’origine » (Ibid., p. 367).
[8] Laveant, K., op. cit., p. 384.
[9] Ivi.
[10] Ibid., p. 387.
[11] Ibid., p. 384.
[12] Ibid., p. 390.
[13] Ferrand, M., op. cit., p. 370.
[14] Ibid., p. 371.
[15] Laveant, K., op. cit., p. 390.
[16] Ibid., p. 391.
[17] Ferrand, M., op. cit., p. 368.
[18] Ibid., p. 369.
[19] Laveant, K., op. cit., p. 393.
[20] Ibid., p. 392.
[21] Ibid., p. 393.
[22] Doudet, E., Ferrand, M., Lavéant, K., op. cit., p. 361.
--- a1v ---

B. ANEAU À SES DISCIPLES

Louez EnfansEnfants, le seigneur, et son nom :23

Les chants qu’à vous je dediedédie, chantants

Chants, mais quelzquels chants, de PoësiePoésie ? Non,

Mais chants NatalzNatals, que requis haa le temps :

Car des enfants, et petitzpetits allaictantsallaitants 24

Dieu par leur bouche haa parfaictparfait sa louange.

Et tout esprit celestielcélestiel, ou ange

Chante avec vous de l’enfant la naissance

Qui faire vient de Dieu à l’homme eschangeéchange,

Donnant à vous, et à tous innocence.

[23] [note de l'auteur] Laudate pueri dominum, laudate nomen domini. Psal. 112.
[24] [note de l'auteur] Ex ore infantium, et lactentium perfecisti laudem. Psal. 8.
 

NoelNoël, ou Chant spi-
RITUEL DE L’AMEÂME À
JESUSJÉSUS CHRIST,
Confessant la macule et laidure de son pechépéché : et la purgation
d’icelluyicelui en la gracegrâce de Dieu, et au sang de Jesus ChristJésus-Christ.

 
--- a2r ---
Imitation de Marot sur la chanson, : "Pourtant
si je suyssuis brunetebrunette.", tant en la lettre, que qu'
en la musique

Pourtant si je suyssuis brunetebrunette

Par pechépéché noire d’esmoyémoi,

Dieu m’a faictefaite blanche, et netenette,

ArrousantArrosant son sang sur moymoi.

5L’Ange clair damné je voyvois,

Des blanches essences l’une,

Qui fussent dessus la Lune.

Doncq’Donc au contre Lucifer :

MieulxMieux vaultvaut blanchir estantétant brune,

10Que noircir blanche en enfer.

 

Pourtant si je suyssuis noiretenoirette,25 26

NoyreNoire suyssuis : bien je l’octroyoctroi'.

Si suys jesuis-je belle filletefillette,

Fille de paix, si je croycroi'.

15PourcePour ce le souverain RoyRoi

M’a s’amour abandonnée27,

Et en sa chambre mainéemenée.

--- a2v ---

Le RoyRoi, c’est Dieu eterneléternel.

L’ameâme suis, qu' il haa donnée

20De gracegrâce, et lieu supernel28.

 

Pourtant si je suis infaicteinfecte,

29

Par pechépéché faictfait soubzsous la LoyLoi :

Par gracegrâce suis mundemonde30 faictefaite,

En la piscine de FoyFoi.

25Asperse31 serayserai de toytoi

(ÒÔ Seigneur de tout le monde)

D’hyssope aspersoir tresmundetrès monde,

Et mundemonde faictefaite serayserai.

Te le laveras en undeonde :

30Et sur neige blanchirayblanchirai.

 

Pourtant que ne suis honnestehonnête,

Et que trop noire forme ayai :

Pour la noirceur deshonnestedéshonnête,

De laquelle me formayformai :

35ÒÔ cieulxcieux (comme au mois de Maymai)32

EspandésÉpandez d’enhaulten haut rosée :

Nues en liqueur rosée

Pleuvent le juste laveur,

Ainsi la terre arrosée

40Germe pour fruictfruit le SaulveurSauveur.

 

Pourtant en FoyFoi je proteste,

Que le haulthaut ciel Dieu comprit.33

--- a3r ---

Rosée et pluie celestecéleste

DemonstrentDémontrent le sainctsaint esprit

45Qui descendit, et chair prit

En pure terre, non noire,

C’est la Vierge : ainsi faultfaut croire.

JesuschristJésus-Christ, le fruictfruit nouvel,

Duquel à l’honneur, et gloire

50Chantons ensemble, NoelNoël.

[25] Jeune femme aux cheveux noirs.
[26] [note de l'auteur] Nigra sum, sed formosa, filiae Hierusalem : ideo dilexit me rex, et introduxit me in cubiculum suum. Cantic. I.
[27] Son amour (au féminin).
[28] Céleste, supérieur, suprême.
[29] [note de l'auteur] Peccatum non cognovi, nisi per legem Rom. 7
Ubi abundavit delictum, superabundavit gratia. Rom. 5.
Est autem Hierosolymis in probatica piscina, quae cognominatur Bethseda. Ioan. 5.
Asperges me domine hyssopo, et mundabor : lavabis me, et super nivem dealbabor. Psalm. 50.
[30] Pure.
[31] Aspergée.
[32] [note de l'auteur] Rorate cæli desuper, et nubes pluant iustum : aperiatur terra, et germinet salvatorem, et justitia orietur simul. Esaiae 45.
[33] [note de l'auteur] Et de nocte consurges, expresso vellere, concham rore impleuit. Judic. 6.

 

NoelNoël en suite de la RoyalleRoyale chanson, Doulce"Douce memoiremémoire",
en voix et parolleparole, réduisant en memoiremémoire à la pensée
ChrestienneChrétienne, le BeneficeBénéfice de Dieu envers l’homme.

 

DoulceDouce memoiremémoire en plaisir consommée,

ÒÔ sieclesiècle heureux, qui cause tel scavoirsavoir :

Nativité de Dieu tant reclaméeréclamée :

Qui à noznos maulxmaux as sceusu si bien pourveoirpourvoir :

5Or maintenant as monstrémontré ton povoirpouvoir :

Rompant le but d’infernale puissance,34

Donnant exemple à tous joyeux à veoirvoir.

FinyFini le mal, le bien soubdainsoudain commence.

 

DoulceDouce memoiremémoire aux hommes proclamée

10Par Gabriel l’ange : faisant scavoirsavoir,

Que d’une vierge, en gracegrâce conferméeconfirmée35

Pour l’esperit36 sainctsaint de Dieu concepvoirconcevoir :

Maintenant né on pœutpeut appercevoirapercevoir

Couvrant ungun Dieu, soubzsous humaine naissance

15L’homme mortel pour faire concepvoirconcevoir

--- a3v ---

L’immortel bien de la divine essence.

 

DoulceDouce memoiremémoire en nous est informée,

ImaginantzImaginant le RoyRoi des roysrois reveoirrevoir,

En une creichecrèche, assez lourde formée,37

20Son premier gistegîte en ce vil monde avoir.

Les pastoureaux des champs le venantzvenant veoirvoir.

Et d’Orient roysrois, Mages en science,38

OffransOffrant Encens, Or, Myrrhe, et tout avoir :

De Dieu, RoyRoi, homme ayantzayant signifiance.

 

25DoulceDouce memoiremémoire en doulxdoux chant afferméeaffirmée :

RememorantRemémorant comme au divin vouloir

Le fort armé, avec sa force armée,39

Par ungun enfant est mis hors son manoir.

Le fort armé, du diable hydeuxhideux et noir :

30L’enfant vaincqueurvainqueur, de Christ faictfait demonstrancedémontrance 40,

Qui l’ennemyennemi, voulant tous decepvoirdécevoir

Chasse du monde, et surmonte à oultranceoutrance.

 

DoulceDouce memoiremémoire en amour allumée

Doncq’Donc en noznos cueurscœurs bien debvonsdevons concepvoirconcevoir.

35Et celebrercélébrer la festefête renommée,

La celebrantcélébrant ferons nostrenotre debvoirdevoir

Car l’eterneléternel voulut chair recepvoirrecevoir :

En estreêtre enfant pour nous rendre innocence.

Certes c’estoitétait merveille, à dire voir :41

40VeoirVoir l’ancien des jours en son enfance.

[34] [note de l'auteur] Portae inferi non praevalebunt adversus eam. Mattheaei 16
Post tenebras speranda lux. Iob 17.
[35] [note de l'auteur] Ave gratia plena. Luc. 1.
[36] Esprit. Nous maintenons cette forme pour le compte syllabique.
[37] [note de l'auteur] Inuenerunt infantem positum in praesepio. Luc 2.
[38] [note de l'auteur] Magi ab Oriente venerunt Hierosolyma. Matt. 2.
[39] [note de l'auteur] Fortius armaus custodit atrium suum. Si autem fortior illo superve niens vicerut eum, etc. Luc. 11
Princeps huius mundi eiicietur foras. Io. 12.
[40] Se montre, apparaît.
[41] [note de l'auteur] Throni positi, sunt, et antiquus dierum sedit. Daniel 7.

 
--- a4r ---

NoelNoël en imitation de la chanson, "Content desirdésir." en ver-
be, et chant ; protestant le desirdésir de Dieu à rachapterracheter
l’homme, et le contentement de l’homme espérant en la
Nativité de JesuschristJésus-Christ.

 

Content desirdésir, qui cause tout bon heurbonheur,

Heureux scavoirsavoir qui tout esprit renforce :42

ÒÔ forte amour43, qui rend enfer sans force,

Donnant secours à peine et à douleur.

 

5Content desirdésir du prevaricateurprévaricateur,

44

Tant desiradésira de la pomme la morse,

Que par pechépéché du feu d’enfer l’amorseamorce

La mort entra au monde forfaicteurforfaiteur.

 

Content desirdésir puyspuis contenta le cueurcœur

10Quand le vrayvrai fruictfruit de vie feitfit recourse

Sur l’arbre humain prenant humaine escorceécorce

Pour nous donner de sa gracegrâce liqueur.

 

Content desirdésir eut Dieu le createurcréateur

Donner son filzfils à la mortelle extorceestorse45

15Pour delierdélier la corde qu’avions torse

D’ondDont prinspris estionsétions du calumniateurcalomniateur.

 

Content desirdésir a doncq’donc le redempteurrédempteur

46

De nous saulversauver. Et nous saulversauver s’efforce

Jusque Jusqu'à la mort. Rien ne voulant, forshors ce

20Que nous croyons qu’il est le servateur47.

[42] [note de l'auteur] Elevamini portae aeternales. Psal. 23.
[43] Mot féminin.
[44] [note de l'auteur] Tulit de fructu illius, et comedit : deditque; uiro suo, qui comedit. Genes. 3.
Per peccatum mors intravit in orbem terrarum. Rom. 5
Arbor homo, a fructu operum. in Evangelio, Facite arborem bonam, et fructum eius bonum.
Funis peccatum. Vae qui trahitis peccata velut funem longum.
[45] Action de tordre ; Fait de s'emparer par la force du bien d'autrui, extorsion ; Choc, coup.
[46] [note de l'auteur] Christus factus est pro nobis obediens usque ; ad mortem : mortem autem crucis. Hebr. 5.
[47] Conservateur.

 
--- a4v ---

NoelNoël sur le chant, : "C’est une dure departiedépartie", en son, et en
dicté, declarantdéclarant divers departementsdépartements d’essence et lieux,
appartenantsappartenant à la Nativité de nostrenotre seigneur JesusJésus
christ-Christ. Et admonnestantadmonestant du dernier departdépart de cestecette vie
humaine.

 

C’Est une dure departiedépartie

Du filzfils de Dieu le createurcréateur

Venant du ciel : user sa vie

En terre, hermitaigeermitage a langueur.

5Dond’Dont tous les jours en contrictcontrit cueurcœur

Irons chanter sur terre dure,

SoubzSous le couvert du protecteur,

La peine que pour nous endure.

 

C’est une belle departiedépartie

48

10Du ciel, de l’ange admonnesteuradmonesteur49

Des pasteurs, nouvelle advertieavertie,

PartantsPartant pour veoirvoir le bon pasteur :

Les princes n’eurent pas cestcet heur

En droictdroit de primogenitureprimogéniture,

15Premiers veoirvoir le grand empereur

soubzsous humaine genituregéniture.

 

C’est une noble departiedépartie

Des RoysRois venants à tresbontrès bon heur

De l’OrientalleOrientale partie

20Pour faire au RoyRoi des RoysRois honneur :

ChescunChacun d’iceulxiceux luylui fut donneur

--- b1r ---

D’encens, d’or, et de myrrhe pure,

MonstrantsMontrant en substance, et teneur,

De Dieu, RoyRoi, homme la nature.

50

25C’est une dure departiedépartie

De l’innocent plein de doulceurdouceur

L’enfant JesusJésus, faisant sortie

51

De son pays trop mal asseur52,

Pour en AegypteÉgypte avoir lieu seur53,

30Fuyant l’enragée morsure

Du chien HerodesHérode meurtisseurmeurtrisseur54,

Mettant innocensinnocents à mort seure55.

 

C’est une dure departiedépartie

De l’ameâme et du corps forfaicteurforfaiteur,

35Le corps tourne en terre amortie,

L’ameâme au vouloir de son facteur :

Mais né est le mediateurmédiateur

De Dieu et de la creaturecréature :

ParquoyPar quoi chantons au RedempteurRédempteur

40NoelNoël, pour sa bonne adventureaventure.

[48] [note de l'auteur] Pastores erant in regione eadem vigilantes, et custodientes vigilias noctis super gregem suum : Et ecce angelus domini stetit iuxta illos. Luc. 2.
[49] Qui donne des avis, des conseils.
[50] [note de l'auteur] Apertis thesauris suis obtulerunt ei munera, aurum, thus et myrrham. Matth. 2.
[51] [note de l'auteur] Consurgens acceptit puerum et matrem eius nocte, et secessit in Aegyptum ibidem. Herodes mittens occidit omnes pueros qui erant in Bethleem, et in omnibus finibus eius, a bimaru et infra. Matth. 2
Donec revertaris in terram, de qua sumptus es. Genes. 3.
Unus enim deus, unus et mediator Dei et hominim, homo Christus Iesus. 1. ad. Timoth. 2.
[52] Qui est en sécurité.
[53] sûr.
[54] Meurtrier.
[55] sûre.

 

NoelNoël en imitation de C. Marot, sur la lettre et le chant
de la chanson : "J’ayai le desirdésir content." temoignanttémoignant l’espeespé-
rance des mortelzmortels contentée, par plenitudeplénitude de gracegrâce en-
voyée de Dieu par son filzfils JesuschristJésus-Christ conceuconçu du saint
esprit : et né de la Vierge.

 

J’ayai le desirdésir content : et l’effecteffet resolurésolu :

J’ayai le scavoirsavoir certain, puys quepuisque Dieu l’a voulu.

--- b1v ---

ParquoyPar quoi je tientiens mon bien de divine pensée

En tresbientrès bien regardant que ne soit offensée,

5DondDont pour ma liberté à Dieu je m’abandonne :

56

Car le moins de son plus, trop mieulxmieux que moymoi me donne.

 

J’ayai le desirdésir content pour le jour revolurévolu,

Auquel Dieu du haulthaut ciel en terre est devoludévolu,

Apportant aux pecheurspécheurs sa gracegrâce dispensée,

10Qui la faultefaute d’Adam a bien recompenséerécompensée :

57

Car le sainctsaint esperit amour de sa part donne,

Et pour l’amour du filzfils le perepère nous pardonne.

 

J’ayai le desirdésir content, que l’homme soit tollu58

(DictDit Dieu le createurcréateur de l’infernal palu59 :

15Adoncques60 Gabriel la nouvelle a noncée61

62

À Marie, disant, Salut vierge exaulcéeexaucée :

UngUn filzfils tu concevras Dieu et homme en personne,

Nommé Emmanuel, qui avec’ nous Dieu sonne.

 

J’ayai le desirdésir content, Mais le corps impollu63

20DistDit la vierge, écoutant de l’ange le salut :

Comment faire se peut que je soyesois engrossée.

Du sainctsaint esprit sur toytoi sera gracegrâce adressée.

VoicyVoici de Dieu l’ancelle, à le servir m’adonne :

Me soit faictfait tout ainsyainsi, que ta parolleparole ordonne.

 

25J’ayai le desirdésir content, et mon temps absolu,

DistDit le vielvieil SymeonSiméon de poil chanuchenu velu,

--- b2r ---

En tenant JesuschristJésus-Christ enfant en sa brassée :

Ainsi nous, qui croyons sa naissance passée,

Ayons desirdésir content. Et tant que l’air en tonne

30ChescunChacun de nous NoelNoël à haultehaute voix entonne.

[56] [note de l'auteur] Lex libertatis. Rom. 8.
[57] [note de l'auteur] Et sicut in Adam omnes moriuntur : ita et in Christo omnes vivificabuntur. I. Corinth. 15.
[58] Participe passé du verbe ‘Tolir’ : Enlever, ôter (souvent avec une idée de force, de violence, d'injustice...).
[59] "L'infernal palud./Les infernaux palus" : "l'enfer".
[60] À ce moment-là, alors.
[61] A annoncée.
[62] [note de l'auteur] Missus est Angelus Gabriel a Deo in civitatem Galilea ad virginem. Luc. 1.
Emanuel, nobiscum Deus, Matt. 1.
Quomodo fiet istud quoniam virum non cognosco. Luc. 1
Ecce ancilla Domini, fiat mihi secundum verbum tuum, ibidem.
Symeon accepit eum in ulnas suas et benedixit Deum et dixit: Nunc dimmitis. Luc. 2.
[63] Qui n'est pas souillé, qui est sans tache.

 

Chant pastouralpastoral, en forme de Dialogue, à trois ber-
giersgers, et une bergierebergère, contenant l’annonciation de l’an-
ge aux pasteurs, la departiedépartie d’iceulxiceux pour aller veoirvoir
l’enfant, et l’adoration. Sur le chant, et le verbe de, : "
Vous perdez temps".

Les personnages

ROGELIN, premier berger RAGUEL, second berger RUBEN, troisième berger Rachel, bergère
 

ROGELIN, premier bergierberger.

64

Vous perdez temps, pasteurs, et pastourelle

Corner65, muser66, cornemuse, meschanteméchante

Tant de plaisir n’aurez pas autour elle,

Comme à l’oiseau du ciel qui lassus67 chante

5Que le filzfils de Dieu naiscenaisse :

À vostrevotre advisavis rien n’est ceest-ce ?

N'est ceest-ce rien de sa gracegrâce, NoelNoël

Laissez moy-moi cestecette garce68

Seule dancerdanser la belle tire liretirelire.

10Et me suyvezsuivez couranscourant tous d’une tire.

RAGUEL, second bergierberger.

69

VoyVois qu’est cela ? c’est ungun homme qui vole,

Jamais oyseauoiseau n’eut tel langaigelangage en caigecage.

RUBEN, tiers bergierberger.

70

Oncq’Onc PerrucquetPerroquet n’eut si bonne parolleparole,

Et le Phœnix n’a point si beau plumaigeplumage.

ROGELIN.

15Dieu par luylui nous demande,

AllonAllons où il nous mande.

--- b2v ---

RAGUEL.

est ceest-ce que tu trottes NoelNoël

Ainsi parmyparmi ces crottes ?

Je m’en vais veoïrvoir l’enfant né de la vierge,

20C’est de Jessé71 la florissante verge.

72

RUBEN.

Ce bel oyseauoiseau, qui haa si belles ælesailes,

C’est ungun esprit, qui bien ressemble ungun ange,

Qui haa noncé73 sur noznos veilles nouvelles,

Que gloire à Dieu esès haulxhauts cieulxcieux, et louange.

74

RACHEL bergierebergère.

75

25Sa parolleparole ainsi sonne,

Comme d’une personne,

Et chante à voix serenesereine NoelNoël

Plus doulxdoux qu’une SyreneSirène.

RUBEN.

In76 n’ai veuvu loup, neni geu soubzsous la ramée

77

30Ainsi que moymoi, qui ayai voix enrouée.

RAGUEL.

Mais par ta foyfoi, qu’a ila-t-il dictdit ?

ROGELIN.

Or devine .

RUBEN.

Il a noncé qu’en BethleemBethléem Judée

Est né l’enfant de l’essence divine,

Et d’y aller la nouvelle a mandée.

ROGELIN.

35AllonAllons, la nuictnuit est claire,

Et le ciel nous esclaireéclaire.

RAGUEL.

CesteCette nuictnuit est bien froide NoelNoël

Mais il faultfaut courir roide78

--- b3r ---

Pour s’eschaulferéchauffer sans robe, ou hoppelandehouppelande79

40Lore du bois80, au long de cestecette lande.

RUBEN.

PrenPrends ton flajol81 Rogelin, et y suble82

Et sonne noussonne-nous l’antiquaille legierelégère.

ROGELIN.

Et toytoi Ruben, ton chapperonchaperon affuble

Vent de l’aulnay83 souffle au cul la bergierebergère.

RAGUEL.

45BergiereBergère Rachel prens leprends-le

Si danceronsdanserons ungun branle84.

Mais garde sur la glace NoelNoël

Tomber, car il verglace.

AbasÀ bas : debout : trop les jambes tu haulseshausses,

50Cache ton cul, car tu n’as point de chaulseschausses.

RACHEL.

Couvre moy-moi doncq’donc tombée à la renverse,

Gentil bergierberger, si j’ayai la cuisse haultehaute :

Car bien souvent telle charrette verse,

Par trop avoir d’ungun bon lymonnierlimonier85 faultefaute.

RAGUEL

55Sus doncq’donc bergierebergère habile,

Nous sommes à la ville

Je voyvois le filzfils, la meremère. NoelNoël

VoyVois la belle commerecommère

Et le bon hom’ tous trois en une grange

60Pour l’adorer, chescunchacun de nous s’arrengearrange.

ROGELIN

AdoronAdorons doncq’donc l’enfant trèstous86 ensemble,

--- b3v ---

L’aigneauagneau qui toult87 tous les pechezpéchés du monde.

88

RACHEL.

C’est ungun aigneauagneau, au moins bien il ressemble

À noznos aigneaulxagneaux, ainsi blanc, pur, et mundemonde.

RUBEN.

65Mais qu’il haa bonne gracegrâce :

Si la balievrebalèvre grasse,

De mon lard je n’avoyeavais, NoelNoël.

VoluntiersVolontiers baiseroyebaiserais

Son musequin89, et sa vermeille bouche :

70Mais premier faultfaut que me torche, et me mouche.

RAGUEL.

Il gistgît tout nudnu sans drap de soyesoie, ou laine,

90

Le petit filzfils en une povrepauvre creichecrèche :

RACHEL.

L’asneâne et le bœuf l’eschaulfentéchauffent de l’aleinehaleine :

AumoinsAu moins s’il eusteût ungun peu de paille freschefraîche.

91

RUBEN.

75FaisonFaisons luy-lui tous hommaigehommage.

RAGUEL.

Je luylui donne ungun fromaigefromage.

RACHEL

MoyMoi, ungun plein pot de cresmecrème. NoelNoël.

ROGELIN

Mais donnondonnons luy-lui nous mesmenous-même :

Garde n’aura nous simples esconduireéconduire :

80Je le voyvois bien : car il s’en prend à rire.

Tous ensemble.

ÒÔ petit filzfils, qui presentprésent viens de naistrenaître,

NaistreNaître fayfais bien les petites herbettes :

--- b4r ---

OÔ bon pasteur, de tous pasteurs le maistremaître,

92

Nous te prionprions guardergarder tes brebietesbrebiettes

85De ce grand loup horrible

93

Comme ungun lyonlion terrible,

Qui tous les soirs tournoyetournoie

Pour devorerdévorer sa proyeproie,

En ce noir bois s’il la trouvoittrouvait seulleteseulette

90Assomme leAssomme-le, de la croix ta houlletehoulette94.

[64] [note de l'auteur] Rogelim : ducens(?) eos deorsum. Hieron.
[65] Sonner du cor, de la trompe (plus généralement d’un instrument à vent).
[66] Jouer de la musette.
[67] Là-haut.
[68] Fille ou femme de mauvaise vie ; Jeune fille de basse condition.
[69] [note de l'auteur] Raguel : Pastor dei. Hierony.
[70] [note de l'auteur] Ruben : videns filium. Hiero.
[71] Père de David.
[72] [note de l'auteur] Egredietur virga de radice Jesse et flos de radice ejus ascendet, Esaiae 11.
[73] a annoncé.
[74] [note de l'auteur] Gloria in excelsis deo. Luc. 2.
[75] [note de l'auteur] Rachel ovis, aut videns Deum: aut, videns principium. Hieron.
[76] Faut-il lire "il"?
[77] [note de l'auteur] Lupi Merin uidens priores (?) Aegl. 9.
[78] Raide, raidement.
[79] Ample vêtement de dessus (de différentes longueurs), ouvert par devant, porté par les hommes et par les femmes.
[80] L'orée du bois.
[81] Petite flûte, flûte de pâtre, flûte de Pan, pipeau.
[82] Siffle.
[83] Toponyme, il faudrait une majuscule.
[84] Type de danse populaire.
[85] Cheval, mulet qu’on utilise pour tirer une voiture à limons.
[86] Absolument tous.
[87] Enlève. Verbe ‘tolir’.
[88] [note de l'auteur] Ecce agnus dei, qui tollit peccata mundi. Joan. 1.
[89] Petit museau, minois.
[90] [note de l'auteur] Nudus egressus sum de ventre matris meae. Job 1.
[91] [note de l'auteur] Filius hominis non habet ubi reclinet caput suum. Matth. 8.
[92] [note de l'auteur] Christus pastor bonus. I Joan. 10.
[93] [note de l'auteur] Adversarius vester diabolus tanquam leo rugiens circuit, quaerens quem devoret. I. Pet. 5.
[94] Bâton de berger (Probablement une référence à la crosse épiscopale).

 

NoelNoël branlant, sur le chant, : "BarptolemyBarthélémy,
mon bel amyami".

 

HAuHo Rubeny, mon bel amyami

95

VienViens si tu me veulxveux croire :

Presque à demydemi, suyssuis endormyendormi,

Oyant de Dieu la [gloire] :

5Clarté nous esclaireéclaire, claire,

Clarté nous esclaireéclaire :

C’est l’ange messaigemessage saigesage,

C’est l’ange messaigemessage.

 

Il dictdit, qu’ennuyctanuit96 à la minuyctminuit

10Le filzfils Dieu voulut naistrenaître :

Toute la nuyctnuit point ne m’a nuictnuit97

Veillant par ce champ estreêtre :

LaissonLaissons parc champestrechampêtre paistrepaître,

LaissonLaissons parc champestrechampêtre :

15AllonAllons grand alleure, à l’heure,

AllonAllons grand alleure98.


--- b4v ---

Trotte menu99, est ilest-il tenu

De demourerdemeurer derrierederrière :

Je suyssuis venu, ungun pied tout nudnu,

20Ouvrez moyOuvrez-moi la barrierebarrière.

Dieu gardgard' la commerecommère, meremère,

Dieu gardgard' la commerecommère :

De JesséeJessé la verge vierge,

De JesseJessé la verge.

 

25Dieu gardgard' l’enfant, tant triumphanttriomphant,

De qui l’ange nous prescheprêche :

Le beufbœuf soufflant, l’asneâne rouflantronflant

L’eschaulfentéchauffent en la creschecrèche :

Le beufbœuf d’une lesche100, leichelèche

30Le beufbœuf si le leichelèche :

D’aultreautre part l’alainehaleine l’asneâne101

D’aultreautre part l’alainehaleine.

 

NoelNoël, NoelNoël l’enfant nouvel

Chanter nous admonnesteadmoneste :

35NoelNoël, NoelNoël, EmanuelEmmanuel,

De chanter est honnestehonnête,

Une chansonnetechansonnette netenette,

Une chansonnetechansonnette :

Tant que l’air resonne, et sonne,

40Tant que l’air Resonne.

 

OÔ Dieu, qui feisfis ce petit filzfils

--- c1r ---

D’eternitééternité profonde

Je creucrus si feisfis, que crucifix

Il seroitserait pour le monde :

45Sa meremère fut mundemonde au monde

Sa meremère fut mundemonde

Ainsi le faultfaut croire, voire,

Ainsi le faultfaut croire.

[95] [note de l'auteur] Rubeni videns filium meum. Hier.
[96] La nuit qui vient.
[97] nui.
[98] Allure (On ne modernise pas afin de ne maintenir la rime).
[99] Trotter dur et menu (vieilli), marcher vite et à petits pas.
[100] Blessure.
[101] L'âne souffle sur lui.

 

MystereMystère de la Nativité de nostrenotre Seigneur JesuschristJésus-Christ :
par personnaigespersonnages sur divers chants de plusieurs chansons.
Et premièrement,
Le voyage en BethleemBethléem, en l’enfantement de la vierge, sur
le chant, : "Le plus souvent tant il m’ennuyeennuie".

Les personnages

Marie Joseph L'hostelierhôtelier L'ange Le premier bergierberger Le second bergierberger Le tierstroisième bergierberger La BergiereBergère
 

MARIE

commence.

JOseph, cher espouxépoux, homme juste,

En BethleemBethléem nous faultfaut aller :

Car l’empereur CesarCésar Auguste

A faictfait son edictédit publier,

5En une somme ronde,

Pour nombrer tout le monde,

Et ungun denier offrir :

Combien que nous confonde

Froidure, et nous morfonde,

10Il nous convient souffrir.

JOSEPH.

HelasHélas cherechère dame Marie,

Sur toutes pleine d’amytiéamitié,

CraincteCrainte et amour mon cueurcœur varie,

Ayant de vostrevotre corscorps pytiépitié

--- c1v ---

15Car vous estesêtes enceinte

De la parolleparole sainctesainte

Voire sans faictfait humain :

ToutesfoisToutefois la contrainctecontrainte

Ne faultfaut que soit enfraincteenfrainte

20De l’empereur Romain.

MARIE.

ObtempererObtempérer convient au prince

Tant supernel102 que terrien :

PourcePour ce partons de la Province

Tirons tout droictdroit en BethleemBethléem :

25PovretéPauvreté si nous charge

En sa piteuse barge,

Qui conduyctconduit nous sera

N'ayants escuécu neni targe103 :

Mais Dieu qui est tant large,

30Ne nous delaisseradélaissera.

JOSEPH.

Nous avons ungun beufbœuf de pasturepâture,

Qui compaigniecompagnie nous sera :

UngUn asneâne aussi, qui la porture104

De vostrevotre tendre corps fera,

35Combien que par droicturedroiture

Trop plus noble monture

Dame vous appartient.

Mais telle est l’adventureaventure

Pour endurer on dure.

40Or partir il convient.

--- c2r ---

MARIE.

IlzIls vont.

Marchez devant le plus habile :

Les hommes sont les plus hardis.

JOSEPH.

CouraigeCourage allons voicyvoici la ville,

Des lieues desjadéjà plus de dix

45Nous avons cheminées :

Je voyvois les cheminées

Fumer flamber leansléans105 :

Voyez les tours fermées,

Les maisons bien fermées :

50Lieu bel est BethleemBethléem.

MARIE.

IlzIls sont en BethleemBethléem.

Or gracesgrâces à Dieu nous faultfaut rendre,

Venus sommes en la cité :

Ne reste plus que logis prendre

Pour nostrenotre grand’ nécessité :

55Car desjadéjà l’heure approche,

Où me faultfaut sans reproche

De mon fruictfruit delivrerdélivrer.

Pour ce mon amyami proche

Quelque maison ou porche

60Je vous prypri' de trouver.

JOSEPH

Quelque logis parmyparmi la ville

Pour Dieu je m’en vais requerirrequérir :

Car nous n’avons neni croix neni pille

Pour au besoingbesoin nous secourir.

65Je voyvois à main senestre106

--- c2v ---

D’ungun grand logis le maistremaître :

Sans plus longue saison

LuyLui vais faire requesterequête

Pour nous, et pour noznos bestesbêtes,

70D’ungun coingcoin de sa maison.

En parlant à l’hostelierhôtelier.

HelasHélas seigneur moymoi et ma femme

Pour Dieu vous plaist ilplaît-il hebergerhéberger.

L’HOSTELIERHÔTELIER.

Allez vous enAllez-vous-en vieillard infameinfâme,

Vous me ressemblez ungun bergierberger:

75Le logis que je baille107

N’est pas pour truandaille108 :

Mais pour gens de cheval.

Entre vous coquinaille109

N'avez denier neni maille110,

80Allez à l’hospitalhôpital.

JOSEPH.

Trouver logis n’est pas possible

Sans argent pour l’amour de Dieu :

La chose est notoire et visible

Que povretépauvreté n’haa point de lieu.

85Mais voicyvoici une estableétable,

Aux gens inhabitable,

Où convient demourerdemeurer.

Le lieu n’est pas notable

Pour Roy ou ConnestableConnétable :

90Il nous faultfaut endurer.

--- c3r ---

MARIE.

Or maintenant l’heure est venue

De rendre le fruictfruit precieuxprécieux,

Sans ma virginité rompue,

Par le vouloir du RoyRoi des cieulxcieux.

95Car la divine essence

VeultVeut prendre sa naissance

De moymoi presentementprésentement :

Par divine puissance

Sans d’homme cognoissanceconnaissance

100VoicyVoici l’enfantement.

IcyIci naistnaît JesuschristJésus-Christ.

Comme conceuconçu sans violence

Le filzfils de la divinité,

Ainsi est né sans doleancedoléance,

OultreOutre le sort d’humanité.

105Nature s’esmerveilleémerveille,

Le monde en haa merveille,

Enfer tremble en douleur.

L’asneâne et le bœuf le veille

Qui sur sa chair vermeille

110AleineHaleine la chaleur.

Elle l’adore.

ÒÔ saulveursauveur de l’humain lignaigelignage

Divinité soubzsous corps humain

Je te rendzrends ma foyfoi et hommaigehommage

Comme au filzfils du RoyRoi souverain.

115RedempteurRédempteur de nature

ConceuConçu sans corrupture111

--- c3v ---

Miraculeusement.

Je povrepauvre creaturecréature

Ainsi qu’il est droicturedroiture

120Te salue humblement.

 

Ce n’est pas cyci fallefaille112 tendue,

NeNi chambre de grand parement :

Louange soit à Dieu rendue,

Qui naistnaît en la creichecrèche humblement :

125Au lieu de couverture,

Et royalleroyale vesturevêture,

D’estrainétrain113 sera son lictlit

Pour r’achepterracheter nature,

De la grand’ forfaictureforfaiture

130De son mal et delictdélit.

JOSEPH.

HelasHélas cherechère dame Marie

Le filzfils de Dieu de vous est né :

Ainsi que par la prophetieprophétie

AvoitAvait esteété determinédéterminé.

135Orgueil et felonniefélonie

Si soit de nous bannie :

Car le vrayvrai filzfils de Dieu

En humble compaigniecompagnie,

Mais de vertu garnie

140NasquitNaquit en povrepauvre lieu.

--- c4r ---
L’annnuciationannonciation aux pasteurs, sur le chant du second
couplet extraictextrait d’ungun ancien NoelNoël, Et se chante sur
le branle de, Jolyet est mariede "Joliet est Marie" avec une reprinsereprise ; et une
queue sur le Gloria in excelsis Deo.

L’ange.

Pasteurs, qui veillez aux champs,

bis

 

Oyez mes dictzdits, et mes chants :

bis

 

Je vous nonce114 la nouvelle

Joyeuse pour vous,

145Dieu est né d’une pucelle,

Pour rachapterracheter tous.

Allez, et l’adorez à genoux :

Gloria in excelsis Deo.

Le premier bergierberger.

BergiereBergère as -tu point ouyouï,

bis

 

150Ce que m’a tant resjouyréjoui,

bis

 

Une voix chantant si claire,

Mais je ne scaysais où,

Elle est bien d’aultreautre manière

Que celle du loup.

155EncoresEncore m’est advisavis que je l’o115.

Gloria in excelsis Deo.

La BergiereBergère.

J’ayai bien le son entendu,

bis

 

Qui du ciel est descendu,

bis

 

De MessiasMessie le grand maistremaître

160C’est l’advenementavènement,

Qui vient en ce monde naistrenaître

Pour le saulvementsauvement

--- c4v ---

De noznos premiers perespères, et de nous.

Gloria in excelsis Deo.

Le second bergierberger.

165Allons visiter l’enfant,

bis

 

Le filzfils de Dieu triumphanttriomphant :

bis

 

De veoirvoir cellecette grand’ merveille

J’ayai grand appetitappétit,

Je donneraydonnerai ma bouteille

170À l’enfant petit,

Et ungun quartier de formaigefromage mol :

Gloria in excelsis Deo.

Le tiers bergierberger.

Je luylui donraydonn'rai sans prier,

bis

 

Pour le garder de crier,

bis

 

175Mon flajol, duquel je sonne,

Quand il n’est pas tard :

Je l’euzeus dessus le pont de SaoneSaône116

Pour ungun beau patard117,

Aux foires de toussainctztoussaints118 l’aultreautre jour :

180Gloria in excelsis Deo.

Le premier.

Marchons tosttôt comme le vent :

bis

 

Le second.

Suyvez moySuivez-moi je vais devant :

bis

 

Le tiers.

J’appercoyaperçois desjadéjà la grange,

Où est le cadet :

185Le beufbœuf presprès de luylui se range,

Et l’asneâne baudet .

--- d1r ---

La bergierebergère.

Entrons et lui disons le bon jour :

Gloria in excelsis Deo.

La venue, et adoration des pasteurs, Sur le chant, : " Sonnez
my doncqdonc quand vous irez".

Tous ensemble.

Chantons NoelNoël, quand nous irons

190 Garder nos brebietesbrebiettes, sur l’herbe, sur l’herbe.

Le premier bergierberger.

Salut au petit enfant,

Et sa meremère Marie.

Le second.

Honneur au Roy triumphanttriomphant,

Et gloire autau fruyctfruit de vie.

Le tiers.

195Vive le Roy d’Israël,

NoelNoël, NoelNoël, EmanuelEmmanuel.

La bergierebergère.

Le filzfils de Dieu sempiternel,

Du perepère eterneléternel verbe.

Tous ensemble.

Chantons NoelNoël quand nous irons

200CesteCette nuyctnuit vint Gabriel

À l’heure de matine119,

Du pays celestielcélestiel

En lumierelumière tresdignetrès digne :

En disant ungun chant nouvel,

205NoelNoël, NoelNoël, [Gloire] au haulthaut ciel

Et paix en terre à tout mortel.

Tel estoitétait son proverbe

Chantons NoelNoël.

--- d1v ---

Le premier

Je presenteprésente au RoyRoi nouveau

210UngUn quartier de formaigefromage.

Le second.

Et moymoi ma bouteille d’eau,

Par faultefaute de vinaigevinage.

Le tiers.

Et moymoi mon flajol si bel,

NoelNoël noelnoël, à L’æterneléternel.

Tous ensemble.

215Nous sommes venuzvenus tous chantanschantant

Et dansansdansant dessuzdessus l’herbe.

Chantons NoelNoël.

Nous te prions petit filzfils

Donner bon pasturaigepâturage,

220Et de garder nos brebis

De la morsure et raigerage

De ce grand loup infernel120,

Fiel et cruel, NoelNoël, noelnoël

Adieu disons, et retournons

225Garder nos brebietesbrebiettes sur l’herbe, sur l’herbe.

Chantons NoelNoël.

[102] Céleste.
[103] Monnaie émise par le duc Jean V de Bretagne (1399-1442).
[104] Fait de porter quelque chose.
[105] Là-dedans, en ce lieu.
[106] Gauche.
[107] la maison que je dirige.
[108] Ceux qui truandent, la canaille.
[109] Bande de coquins.
[110] Pièce de monnaie (de cuivre) valant un demi-denier (monnaie de faible valeur).
[111] Défloration, souillure.
[112] Sorte d’étoffe de soie à gros grain.
[113] De grosse paille.
[114] Annonce.
[115] Entends. Forme du verbe ‘Ouïr’.
[116] Référence au contexte géographique lyonnais.
[117] Monnaie (de cuivre) frappée en Flandres par le duc de Bourgogne Philippe le Bon.
[118] Foires typiques lyonnaises.
[119] Première prière du matin.
[120] Infernal.

 

Chant Royal à six RoysRois faictfait par huictainshuitains pour la suysui-
te de la chanson, sur laquelle il est faictfait, qui est, : "Si mon tra-
vail.", contenant la prophetieprophétie du RoyRoi David : la dissimu-
lation du RoyRoi HerodesHérode : à l’adoration et oblation des
troystrois RoysRois : et au renvoyrenvoi la gracegrâce du RoyRoi JesuschristJésus-Christ

Les personnages

David Herodes Balthasar Jaspar Melchior
 

DAVID ROYROI

parlant par esperitesprit propheticprophétique.

UngUn RoyRoi, ungun Dieu, pour mort au bois souffrir

121

NaistraNaîtra, auquel viendront tresnoblementtrès noblement

--- d2r ---

Les RoysRois de l’isleîle et TharseTarse dons offrir,

122

RoysRois d’Arabie, et de Sabe123 humblement,

5Et tous les RoysRois universellement

L’adoreront. Et moymoi j’espereespère encore

De veoirvoir le lieu spirituelementspirituellement

Où il est né affinafin que je l’adore.

HERODESHÉRODE ROYROI,

parlant aux
RoysRois d’Orient.

Si le travail vous prenez à plaisir

10De veoirvoir le RoyRoi venu nouvellement,

Ne pensez pas m’en faire desplaisirdéplaisir

(ÒÔ saigessages RoysRois) neni m’en donner tourment :

Puis qu’Puisqu’il est RoyRoi desdès le commencement,

C’est bien raison aussi que je l’honore.

15Allez yAllez-y doncq’donc, et sachez seurementsûrement

Où il est né, affinafin que je l’adore.

BALTHASARBALTHAZAR ROYROI.

Puis qu’Puisqu’il te plaistplaît saufconduit elargirélargir,

124

Nous y allons tous d’ungun consentement :

L’estoilleétoile au ciel præcedeprécède à nous regirrégir,

125

20Et sur le lieu s’arrestearrête droictementdroitement.

Au RoyRoi des RoysRois au Christ presentementprésentement

De presentprésent d’or sa main humaine dore,

Me prosternant au lieu reveremmentrévéremment126,

Où il est né, affinafin que je l’adore.

JASPARGASPARD ROYROI.

127

25 Or maintenant voy jevois-je le grand desirdésir,

Que tout le monde esperoitespérait fermement.

--- d2v ---

Or maintenant voy jevois-je en vil lieu gesirgésir

CelluyCelui, qui haa parfaictparfait le firmament.

Faisant de Myrrhe hommaigehommage loyaulmentloyal'ment

30Au filzfils de l’homme, à l’enfant TheodoreThéodore,

128

De Dieu donné, cyci gisant povrementpauvrement,

Où il est né, affinafin que je l’adore.

MELCHIOR ROYROI.

129

GracesGrâces à Dieu, qui m’a donné loysirloisir,

En mon vivant de veoirvoir mon saulvementsauvement.

35GracesGrâces à Dieu, qui haa voulu choisir

130

Corps virginal pour naistrenaître purement.

Oblation je luylui fais largement

De pur Encens, qui bonne odeur odore :

Le croyant Dieu au povrepauvre hebergementhébergement

40Où il est né, affinafin que je l’adore.

Pour JesuschristJésus-Christ ROYROI.

Princes offroyentoffraient, et agreablementagréablement

JesuschristJésus-Christ RoyRoi, printprit leur noble pandore131.

132

GraceGrâce me doint133 chanter l’avenementavènement

Où il est né, affinafin que je l’adore.

[121] [note de l'auteur] Dicite in nationibus, regnavit a ligno Deus.
[122] [note de l'auteur] Reges Tharsis et insulae : munera offerent, reges Arabum et Saba dona adducent. Et adorabunt eum omnes reges terrae. Ps. 71.
Mane astaba tibi: et videob. Psal. 5.
[123] Saba.
[124] [note de l'auteur] Balthasar divitias devorans. Hieron.
[125] [note de l'auteur] Et ecce stella quam viderant in Oriente praecedebat illos donec progressa staret supra locum in quo erat puer. Matth. 2.
[126] Avec révérence, déférence.
[127] [note de l'auteur] Jaspar, florem salutans.
[128] [note de l'auteur] Theodorus, a Deo datus.
[129] [note de l'auteur] Melchior, Rex montium.
[130] [note de l'auteur] Elegit eam Deus, et praelegit eam.
[131] Instrument à cordes pincées de la famille des luths, utilisé aux XVIe et XVIIe siècles.
[132] [note de l'auteur] Pandora, omnium dona.
[133] Donne.

 

NoelNoël mysticmystique, sur le chant, "Le dueildeuil yssuissu."

 

LE jour yssuissu de lumierelumière incertaine

Me mectmet aux yeulxyeux à peu presprès de plourerpleurer,

De l’endurer le bien passe la peine,

OncquesOnques ne vyvis telle nuictnuit esclaireréclairer,

5ÒÔ quel bon heur haa voulu procurer,

--- d3r ---

Que Dieu voulut corps virginal choysirchoisir :

C’est double bien qu’il nous vient declairerdéclarer

Si son travail nous pœutpeut donner plaisir.

 

NoelNoël, noelnoël si haulthaut que l’air en tonne,

10Non l’homme seul, mais tout animant dictdit

Le grand Lyon son gros organorgan' entonne,

134

NoelNoël, noelnoël, à haultehaute voix bondit,

UngUn chant plaisant fondé sur ungun bon dictdit

Le Rossignol vyvis lier par accords,

135

15Et ungun AigneauAgneau bailantbêlant luylui responditrépondit,

136

NoelNoël chantant, et à crizcris et à cors.

 

Le Gryphon d’or y haa planté sa gryphe137,

138

Et maint NoelNoël engravé par escriptécrit :

Pour demonstrerdémontrer, que point n’est apocryphe,

20Tout ce qui est chanté de JesuschristJésus-Christ :

Tout animant, tout homme, tout esprit

139

Donne louange à cestcet enfant nouvel :

ParquoyPar quoi chantons le chant que nous apprit

L’ange du ciel noelnoël, noelnoël, noelnoël.

 

FIN.

[134] [note de l'auteur] Lyon.
[135] [note de l'auteur] Villiers.
[136] [note de l'auteur] Aneau.
[137] Comme l'indique la note marginale, référence à l'éditeur, Sébastien Gryphe : nous ne modernisons pas le terme (griffe) pour maintenir l'allusion.
[138] [note de l'auteur] Gryphe.
[139] [note de l'auteur] Omnis spiritus laudat dominum. Psal. 150.
--- d3v ---

DixainDizain de la venue de JesuschristJésus-Christ, et de Charles le quint
Empereur venu en France, l’an 1539.

Il viendra tosttôt, il vient, il est venu.

Qui ? L’Empereur, le Roy, le grand Seigneur.

Sus : qu’on luylui facefasse (ainsi qu’on est tenu)

Entrée, et dons, feuzfeux de joyejoie, et honneur.

Qui est celluycelui ? est ceest-ce point l'Empereur

Venu en France, est ceest-ce Charles d’AustricheAutriche ?

NennyNenni , nennynenni140, c’est bien ungun aultreautre riche

De beaucoup plus, et plus haultehaute maison :

C’est l’aigneauagneau doulxdoux simple, sans fraude ou triche.

Charles n’en haa sinon que la toison.

--- d4r ---
[140] Non.