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Cléophon
- Pré-édition
- Transcription, Modernisation et Annotation : Quentin Siegel
- Encodage : Milène Mallevays
- Relecture : Nina Hugot, Jérémy Sagnier et Milène Mallevays
TRAGÉDIETRAGEDIE
Conforme et semblable à celles que
la France a veues vues durant les
Guerres CivillesCiviles.
Par J.D.F
À PARIS,
Chez François Jacquin Imprimeur,
demeurant rue des PoireesPoirées, vis à visvis-à-vis
la porte de Sorbonne.
1600
À tres-vertueuxtrès vertueux, tres-prudenttrès prudent, et docte Seigneur, Monsieur François Miron, Seigneur du Tremblay, et de LignieresLignières, Conseiller du RoyRoi, en son Conseil d’EstatÉtat et Privé, et Lieutenant Civil ésès1 ville PrévostéPrévôté et Vicomté de Paris.
MONSIEUR,
Aussi tostAussitôt que j’eueus donné vie à ce poême poème pour vous le dédier, aussi tosttôt me prit-il envyeenvie d’estred’être sa Médée, reconnoissantreconnaissant sa mauvaise gracegrâce et sa defectuosité défectuosité. Mais la reputationréputation que vous avez (et qui n’est faussefaulse) de regarder plustostplutôt à la volonté de celui qui vous dediedédie quelque œuvre, qu’à ce qui vous est dédié, m’effaça du courage cestecette mauvaise volonté et me deliberaydélibérai de le vous présenter avec toute sa laideur, jugeant qu’estant soubzqu’étant sous la sauvegarde de vos vertus resplendissantes, les vices ne seroientseraient si remarquables couverts de leur lumièrelumiere, et que les censeurs esblouiséblouis d’icelle2, le tiendroienttiendraient pour passable, jouissant de ce bonheur par vous je vous supplie jouir,
MONSIEUR,
De la très-affectionnéetres-affectionnée servitude de votre très obéissanttres obéissant. J. D. F.3
LES ACTEURS
Cléophon. RoyRoiCLEOPHONCLÉOPHON
ACTE I
Mégère
Je quitte les horreurs, les effroyseffrois et les rages,
Les chartres5, les prisons, les cachots, les servages
De l’ErebeÉrèbe sans joyejoie, où demeure la mort,
Où Minos va jugeant tout le monde qui sort,
5 Du siègesiege des humains, où les gesnesgênes bourrelles
Cavent6 les nerfs pressez des trouppes criminelles,
Que l’homicide main des fileuses des jours
EngoufreEngouffre sans merci dans les sombres destoursdétours
Du Prince de la nuit qui tient toujours ouvertes
10 Les portes de ses lieux, pour recevoir les pertes
Des peuples mutinez que je veux infecter
Des maux que les Enfers fecondsféconds peuvent jetterjeter
De leurs gouffres hideux; je veux que les Furies
EnyvrentEnivrent l’univers de rougeastresrougeâtres tueries.
15 Je veux, pleineplaine de fiel, qu’elles sementsèment par toutpartout
Des instruments bastantsbattant pour ruiner ce grand Tout.
Je veux, dis-je, je veux qu’elles leventlèvent la bonde
D’assassins égorgeurs, pour déluger7 le monde
Dans une mer de sang, et que de tous costéscôtés
20 On voie8 des tombeaux pour les mortzmorts apprestez apprêtés.
--- 2 ---Je veux que l’univers dans l’univers trepassetrépasse,
Et que Diadotime à soy-mesmesoi-même pourchasse
La fin de sa dureedurée et qu’elle n’aye en soysoi,
Pour mieux se demembrerdémembrer, amour, pitié, nin'y foyfoi.
25 Je veux finir la paix, et que la paix finie,
Chacun s’arme le cœur d’une aspreâpre felonniefélonie,
Qui tygressetigresse par tout s’acharne sur les corps
Remplissant les CitésCitez de montagnes de morts.
Que les morts et leur sang derobentdérobent aux rivieresrivières
30 La couleur de leurs eaux, empeschantsempêchant leurs carrierescarrières
De parfaire leur train, et que leur train rompu
Ne porte plus dequoyde quoi un peuple soit repeurepu,
Que le peuple attendant sa carrierecarrière engourdie
N’ayant dequoyde quoi manger, sente en soysoi refroidie
35 La vigueur de ses sens, que ses sens affamésaffamez
Se voient de palleurpâleur et de faim consumésconsumez.
Du brehaigne9 terroir de la triste ScytieScythie
Où le froid BoreeBorée hurle, où n’est jamais sortie
CeresCérès aux blonds cheveux pour y donner son grain :
40 Je veux faire venir en ces quartiers la faim,
Elle accourt, elle accourt, avec l’indigence,
L’appétit de manger, et la sècheseiche soufrancesouffrance
Je voyvois déjàdes-ja son chef d’un poil rude herisséhérissé,
Je voyvois son front terny, et son œil enfoncé,
45 Je voyvois bêerbéer sa bouche, aussi seichesèche et flectrieflétrie
Qu’une fleur que le chaud bruslebrûle en plainepleine prairie
Je voyvois sa peau aride, et ses hideux costezcôtés,
Je voyvois son corps nûeuxnoueux d’estrangesd’étranges pauvretéspauvretez
Ses os veufzveufs de leurs peaux, et son retiré ventre,
50 Qui n’est rien que la place et la marque du centre
Où se recuit le vivre, et où le repas pris
DepartitDépartit son soustientsoutien aux nerfs et aux esprisesprits.
--- 3 ---Dépêche-toytoi, ô faim de souflersouffler ton haleine,
Dans le cœur des CitezCités, et parmyparmi chaque plaine
55 Fais regnerrégner tes fleauxfléaux, et fais qu’en tous endroisendroits
En voyant tant de maux on sçachesache qui tu sois :
Que la meremère du fils son maigre ventre emplisse,
Et qu’au ventre où il creutcrût il trouve son supplice,
Qu’il y trouve sa mort, son cercueil et sa fin,
60 Et que de luiluy deffaictdéfait elle souille sa faim ;
Encontre ses petits la nourrice soit louve,
Sur ce qu’elle nourrit ordonne qu’elle trouve
De quoiDequoy rassasier son gosier devenu
Le canalCanal par où passe un repas inconnu,
65 RamèneRameine des SagonsSagunts la mortelle disette,
Celle des PetelinsPételins dedans ce climat jette;
RevomyRevomis, revomyrevomis celle qui affligea
La ville de Pallas, quand Sylla l’assiegeaassiégea,
Or fayfais des Nicias encore un coup renaistrerenaître
70 Qui facentfassent que ces lieux puissent maintenant estreêtre
En pareille destressedétresse et mesmemême pauvreté
Que Mele10 Thessalique autrefois a estéété :
D’ErisichtonsÉrysichtons goulus couvre moi cette terre
Que l’enfant pour braver son pere, facefasse guerre,
75 Que nyni l’or, nyni l’argent ne puisse plus trouver
CeresCérès pour se nourrir, Bacchus pour s’abreuver
Et si tu veux encor, pour combler leurs misèresmiseres,
FayFais sortir des ProcnésPrognés11, des MedeesMédées pour mères,
Qui changent leurs pitiezpitiés en inhumanitezinhumanités,
80 Et la douceur de mèremere en des severitezsévérités
Qu’elle mange le fruictfruit qui d’elle prit sa vie,
Que leur poitrine soit de leur suc assouvie,
Que rien ne soit aux champs de reptile trouvé
Qui ne soit aussi tostaussitôt de main aspreâpre enlevé
--- 4 ---85 Que l’homme, craigne l’homme et que le berger mesmemême,
Voyant son compagnon d’indigence tout blesmeblême,
Le craigne plus qu’un loup, et qu’il fuiefuye plutostplutôt
Que s’il voyoitvoyait un tigre arriver dedans l’ost
De ses moutons poeureuxpeureux, que les bois solitaires
90 Soient tous remplis de gens qui cherchent les repaires
Des monstres, pour leursleur tendre et dresser des filets,
Ainsi que l’oyseleuroiseleur les tend aux oiseletsoyselets.
OyseauxOiseaux ne volez plus on verra des Dédalesdédales
Qui avec des panneaux de plumes inegalesinégales
95 Comme font les faulconsfaucons, fendront l’air apresaprès vous,
Pour donner à manger à l’abboyantaboyant courroux
De leurs vides boyaux, vous hostezhôter des rivièresrivieres,
Des fleuves et des lacs, recherchez les tannierestanières
De vozvos moites sejoursséjours; on vous cherche; on vous court:
100 Pour vous l’aveugle voit, le pesant n’est plus lourd,
Pour vous presser de prèspres le boiteux est délivredelivre12,
Pour prendre dessus vous ce qu’ilqui luiluy faut pour vivre.
Mes yeux ne peuvent voir ce pays tant durer,
Mes yeux se veulent mal13 de le voir prospererprospérer,
105 Il faut, le sort le veultveut, TenareTénare le désire,
Que ce pays perissepérisse et que son heur empire,
Que sous l’orgueil decheudéchu de ses palais ruinezruinés,
Ceux qui le dominaient gisent exterminezexterminés.
Mes sœurs, venez m’ayderaider, laissez libres de gesnesgênes
110Les chétifschetifs criminels qui tiennent à vos châineschesnes,
Cessez de travailler, cessez de bourrellerbourreler
Les manesmânes de là-baslà bas, cessez de tenailler
Ceux qu’EacqueÉaque condamne à mourir au supplice,
Laissez en paix celuycelui duquel le fardeau glisse
115 Si tosttôt qu’il est monté au haut de son rocher,
Ne tourmentez Tantal14 qui ne sçauroitsaurait toucher
--- 5 ---L’eau qui rase sa bouche, et quittez à cestecette heure
Titie, et Ixion, qui sans cesse demeure
Sur la route estenduétendu, et qui va repaissant
120 Le gosier d’un vaultourvautour de son cœur renaissant,
Laissez courir l’erreur des folles CadmeidesCadméides,
Laissez puiser en vain les cruches des BelidesBélides,
Laissez PhlegiePhlégie en peur, et vites accourez,
Pour voir finir un monde et mon veuilvueil secourez.
125 N’oubliez vos flambeaux qui allument la guerre,
Apportez vos serpents, pour empester la terre,
VostreVotre hure en soit grosse et vos bras soient couverts
De brasseletsbracelets daspicsd’aspics et de dragons divers,
VozVos fouets soient en vos mains et sur leurs escourgeesescourgées15
130 Mille couleuvres soient en monceaux allongées.
Vos yeux soient plainspleins de peurs, et d’espouvantemensépouvantement,
De fantosmesfantômes affreux, et pleins d’esclairementséclairements.
Dives qui habitez où nuitent les tenebresténèbres,
Venez accompagner mes esclandres funebresfunèbres,
135 N’abandonnez mes sœurs, et d’où sont les horreurs
Attrainez icy hautici-haut les discords, les fureurs,
Les noises, les débatsdebats, le dol, les voleries,
L’ambition, l’orgueil, et les mutineries,
Les gastementsgâtements d’estatétat, le désir d’estreêtre RoyRoi,
140 Le dedaindédain du SenatSénat, le mesprismépris de la loyloi,
Ne tardez, hastezhâtez-vous cependant que j’essayeessaie
De trouver un Sinon16 qui enfonce une plaieplaye
Dans le cueurcœur innocent de son RoyRoi, d’où viendra
Un Ilion de feux qui son trosnetrône perdra.
145 Je voyvois jàja ce meurtrier, je voyvois çà ce siccairesicaire17
Qui aiguise le fer, le dur fer, qui doit faire
Un forfait inauditinédit, un crime inusité,
Un coup qui ne fut oncqonc des Enfersenfers inventé.
--- 6 ---Je voyvois cet imposteur, qui vestvêt sa contenance
150 D’un geste d’homme sainctsaint, pour tromper l’asseuranceassurance
Que ce RoyRoi a des siens, je luylui voyvois presenterprésenter
Une lettre et la mort, et ce Sinon jetterjeter
Sa rage dessus luylui, et sa lame cachée
EstreÊtre du sang royal toute rouge et tachée,
155 Je voyvois venir sa garde, et ce RoyRoi tout blecéblessé,
Frapper son ennemyennemi qui son ordre a faulcéfaussé :
Je le voyvois tout blecéblessé, qui éperdu s’estonneétonne
De voir sous tel habit si traîtressetraistresse personne:
Je voyvois jàja de sa mort le pervers s’esjouiréjouir
160 Le bon se lamenter, la paix s’esvanouirévanouir,
Des villes et citéscitez, je voyvois les brigandages,
Exercer tout partoutpar tout leurs rapineuses18 rages,
Le soldat rançonner pour avoir des grands biens
Devenu un PerillePérille, inventer les moyens
165 De faire dire ouyoui aux personnes pressées
Entre les cruautézcruautés des tortures dressées.
Je vois jàja l’artisan trancher du bon soldat,
Je le voyvois corrompu offenser le Sénat
Au siegesiège d’équitéequité : je voyvois blesser justice,
170 Je la voyvois en aller, je voyvois regnerrégner le vice,
J’oyois les venallesvénales voix des sophistesSophistes pervers
Sonner rebellionrébellion au rebelle univers,
Je les oyois abuser une troupe béantebeante,
Qui de leurs vents menteurs pour neantnéant s’alimente.
175 Je voyvois chasser les bons retenir les meschansméchants,
Tuer et brigander les voyageurs aux champs,
Le valet declarerdéclarer les trésors de son maistremaître,
Encontre le germain l’autre germain se mettre,
ParensParents contre parensparents asprementâprement s’animer,
180 L’estrangerétranger pour piller dans un fort s’enfermer,
--- 7 ---L’amyami estreêtre à l’amyami une mort, une peste,
Un Busire, un TiphonTyphon, un GerionGéryon funeste,
BriefBref tout a conjuré contre ce pauvre estatÉtat,
Tout machine sa chute et tout malheur le bat,
185 On voit dis-je, les feux et les flammes s’espandreépandre,
Qui mettront ses grandeurs sous des monceaux de cendre.
C’est assez, mes venins, mes poisons, mes discords,
Mes troubles, mes effrois et mes serpents retorsretords,
Sont egrainezégrainés par tout, il n’y a plus de place
190 Où quelque grand forfait désormaisdesormais ne se facefasse.
Tout sera un cercueil, qui lassera Charon,
Tant il mettra souvent les mains à l’aviron,
Un zèlezele et un Qui vive, agrandira les nombres
Et les monceaux espaisépais des malheureuses ombres
195 Que l’Averne contient, pour leursleur faire souffrir,
Des gibets eternelséternels, sans les faire mourir.
Terre romps toy-toi soubssous moymoi, fends-toytoi et te desserre
Il me faut retourner en mes manoirs grande erre19
Pour semondre20 mes sœurs de venir au trespastrépas
200 Des lys qui vont fletrirflétrir, et donner contre bas.
Ouvre-toytoi vistementvitement, perce toy-toi, la lumierelumière
Des hauts cieux me contraint de me tirer arrierearrière.
Chœur
Tout ce qui est dessoubsdessous la Lune,
Est assailli par la Fortune,
205 Qui porte aux RoysRois plus de rancœur
Qu’à un habitant de village
Qui n’a autre soingsoin dans le cueurcœur
Que le soingsoin de son labourage.
--- 8 ---
CesteCet aveugle qui tourneboule
210 Tout l’univers comme une boule
Se plait à heurter les plus grands,
Elle leur rit, mais la mauvaise
Les voyantsvoyant trop estreêtre apparents,
Les faictfait trébucher en malaise.
215 Tant de Potentats et de Princes,
Qui soussoubs la cheutechute des provinces
Ont rendu humble leur orgueil,
Donnent assez de tesmoignagestémoignages,
Que les plus grands vont au cercueil
220 PlustostPlutôt que les bas personnages.
La fortune imite le foudre
Qui brise et met plustostplutôt en poudre
Un palais, qu’un toicttoit de manantManant :
CesteCette appauvrissante et depitedépite
225 Sur les majestés s’acharnant,
Laisse en paix l’office petite.
La mer nyni l’orage n’attaque
Si tosttôt la petite caraqueCarraque.
Qu’une galèregalere à six-vingtssix vingts bras.
230 Vous Dieux plus forts que la Fortune,
Pour nous ayderaider levez les bras,
Et chassez d’icyici sa rancune.
ACTE II
Diadotime
O Dieux est ce à coup que vostrevôtre ire veut mettre
Dans un poing estrangerétranger mon redoutable sceptre ?
235 Est-ce ô Dieux à ce coup que vous voulez baisser
La grandeur de mon chef, qui se souloitsoulait hausser
Sur la hauteur des cieux, et qui voyoitvoyait les nuësnues
ParoistreParaître dessous soysoi bien basses et menuësmenues ?
Qui n’avoitavait rien d’égalegal, qui s’estoitétait veuvu porter
240 Un diademediadème craint, et tel que JuppiterJupiter
Par tant de siècles d’ans, et qui estoitétait la crainte,
La frayeur, et l’effroyeffroi de ceux qui ont depeintedépeinte
La face de noirceur, et qui voient ThetisThétis
Recevoir le Soleil dans ses moites pastispâtis21,
245 Qui le voient lever, qui le voient encore
Plus chaud que lors qu’il sort avec la rouge Aurore ?
Estes vousÊtes-vous las, ô Dieux, de me voir prospererprospérer ?
Seriez-vousSeriez vous bien jaloux de me voir tant durer ?
Seriez-vousSeriez vous point faschezfâchés qu’après tant de puissance
250 Je n’eusse desormaisdésormais rien que la souvenance
D’avoir estéété si grande, et d’avoir tant porté
De RoisRoy, qui au Dieu Mars ont l’honneur emporté ?
Secourez moy-moi ô Dieux, et donnez debonnairesdébonnaires
Un prompt allègement à mes aspres misèresmiseres.
--- 10 ---255 Ne souffrez, ne souffrez que je sois le butin
De ceux qui pour piller les trésorstresors du matin,
Donnent leur foyfoi aux vents, aux flots, et aux estoillesétoiles,
OmbrageansOmbrageant l’OceanOcéan de maisons porte-voillesvoiles.
Les RoysRois que j’ai portésportez ont pour vous combatucombattu,
260 Pour vous ils ont trempé leur coutelas pointu
Dans le sang sarrasin, de leurs honteux trophéestrophees
Vos autels qui chommoientchômaient ont estéété étophéesétoffés.
La Sabeannesabéenne odeur de l’encens qui vous plaistplaît
Par leurs braves pourchas maintenant y renaistrenaît :
265 Le blond Latonien quelque part qu’il rayonne
Ne sçauroitsaurait plus rien voir où vostrevôtre nom ne sonne.
Emouvez vousÉmouvez-vous ô Dieux ! ô Dieux emouvez émouvez-vous !
N’esclatezéclatez dessus moymoi vos menaçants courrouscourroux.
Et toytoi grand JuppiterJupiter puisquepuis que tu es le pèrepere
270 Des RoysRois, donne secours à moymoi qui suis leur mèremere.
Las que puis-je espéreresperer, quel espoir dois-je avoir
Si je n’ayai quelque appuyappui de ton divin pouvoir !
Je voyvois forcener Mars dans chacune province,
Les sujectssujets s’esleverélever contre leur propre Prince,
275 De son séjoursejour natal je l’ayai veuvu déboutédebouté,
Je l’ayai veuvu assiégerassieger dans sa propre Cité,
Puis-je m’en souvenir ! Lieux où dévale un ombre,
Crevez-Crevez vous, prenez moy-moi, que s’accroisse le nombre
Des esprisesprits qu’Atropos, LachesisLachésis et Clothon
280 Font cheoirchoir dans le manoir du pallissantpâlissant Pluton.
Je ne scauroysaurais plus voir tant de durs infortunes
[Décocher]22 dessus moymoi tant d’estrangesétranges rancunes.
Je suis ores sans RoyRoi, sans ce RoyRoi qui faisoitfaisait
Que pour mon seul respect l’Univers se prisoitprisait23.
285 Je n’ayai plus ce grand RoyRoi à qui jeune on veut mettre,
Dedans sa tendre main la puissance du Sceptre
--- 11 ---Du Sarmate esloignééloigné, las helashélas je n’ayai plus
Ce RoyRoi qui en valeur devançoitdevançait Romulus,
En pietépiété Numa, qui me pouvoitpouvait défendredefendre
290 Contre l’ambition d’un cupide Alexandre
S’il renaissoitrenaissait encor, Dieu redonnez-le moymoi,
Ses sujectssujets effrenezeffrénés remettez soubssous sa loyloi.
Apliste
TousjoursToujours vous trouveraytrouverais-je à gémir occupée ?
Quelle cause vous rend de pleurs ainsi trempée ?
295 Dites leDites-le moymoi, ma sœur : si je vous puis ayderaider
On ne me verra point vostrevôtre secoursecours tarder.
DiadotDiadotime
Tant de dueildeuil, tant d’ennuyennui, tant de mélancolie melancolie
Et tant d’adversité à mon ameâme se lie,
Que je ne le puis dire, et quand je le voudrois24,
300 Mes souspirssoupirs, mes sanglots romproientrompraient ma foiblefaible voix.
AplisApliste
Ne souffrez point ma sœur que vostrevôtre voix me cèlecelle
VostreVotre mal, vous sçavezsavez que je vous suis fidellefidèle,
Ne me le cachez point, une vrayevraie amitié
Doit ouvrir son secret à son autre moitié,
305 Un ennuyennui decellédécelé à la Dame qu’on aymeaime
Se passe bien plus tosttôt qu’en le gardant soymesme soi-même.
Veuillez que vostrevotre mal me soit aussi commun,
Il ne vous sera pas du tout si importun.
Diad.Diadotime
Quand pour vous le conter je veux ouvrir la bouche,
310 La honte me retient, le silence me bouche
Le conduit de ma voix.
Apliste.
C’est vouloir son malheur
De taire au MédecinMedecin d’où provient sa douleur.
--- 12 ---Ma sœur, ma douce sœur, il n’y a medecinemédecine,
UnguentsOnguents, bausmesbaumes, parfunsparfums, herbes, jus, neni racine,
315 Qui me puissent guarirguérir, et adoucir mon fiel,
Ma vrayevraie guarisonguérison me doit venir du ciel.
Apliste
Avec l’aydeaide du ciel, on peut user de celle
Que peuvent les humains, l’âmeame qu’ils ont recellerecèle
Quelquefois des secrets, que luylui donnent les Dieux
320 Qu’on trouve à son besoingbesoin souefs25 et gracieux.
Diado.Diadotime
Las ma sœur tenez moy-moi ! las ma sœur je me pasmepâme !
Les frissons de la mort glacent desjadéjà mon âme,
Un hyverhiver letheanléthéan la prive de chaleur,
Ma face se honnit d’une blesmeblême couleur
325 Mon sang se refroidit, ma force diminuëdiminue,
L’image du trespastrépas vollevole devant ma veuëvue
Je sens, je sens, ma sœur, que mon filet natal,
Est tranché du cizeauciseau qui est à tous fatal.
Apliste
DitesDictes moy-moi s’il vous plaistplaît d’où cecyceci vous procedeprocède ?
330 Peut estre-être y trouverai-trouveray je un utile remèderemede.
Diadotime
Ma sœur ces pamoisons, et ces defaillementsdéfaillements,
Ces souspirssoupirs continus, ces esblouissementséblouissements,
Ces peurs, et ces palleurspâleurs, qui me changent de face
Me viennent du destin qui bien fort me menace.
335 Il m’a cruel ostéôté, cruel il m’a ostéôté
Mon RoyRoi d’où me venoitvenait toute felicitéfélicité.
Il m’a osteôté mon RoyRoi, qui n’avoitavait que ma gloire
Pour plus commun objectobjet dans sa chèrechere mémoirememoire.
Or que suis-je sans luylui qu’un vaisseau sans nocher,
340Qui se voit à tous coups du naufrage approcher,
Qui se voit ecrazerécraser des foudres pleinsplains de soufres,
Et qui voit sa haulteurhauteur estreêtre au profond des goufresgouffres
--- 13 ---Compagne du gravier que la mer fait trotter
Quand la rage du vent la veut inquiéterinquieter.
345 Las que suis-je sans luylui ? las que suis-je chetifvechétive,
Qu’un pauvre trafiqueur, qui sur la moite rive
D’un barbare pays, des feresfers frequentéfréquenté,
Voit ses biens sur la mer, sur soysoi la pauvreté ?
Las que suis-je sans luylui qu’une terre desertedéserte,
350 Que le ciel et les vents vont accablant de perte ?
Las que suis-je sans luylui qu’un mont de verdvert paré,
Qui a son ventre creux de serpensserpents devorédévoré ?
Qu’un mont qui de ses flancs fait des affreux repaires
Pour l’infect Basilic, l’Aspic et les ChimeresChimères ?
Aplis.Apliste
355 Ce que le destin veut ne se peut repousser.
Diado.Diadotime
La malice du temps le peut faire advanceravancer.
APLISTE.
Quand le destin sans RoyRoi veut laisser un Royaume,
Il y place aussi tosttôt quelque autre vaillant homme,
Qui garde sa conquesteconquête, et qui la regitrégit mieux
360 Que celuycelui qui le tient de ses nobles ayeuxaïeux.
Diado.Diadotime
Ceux qui dans un Royaume y entrent par la force
Se fouillent un cercueil auprèsaupres de telle amorce,
Combien en a on veuvu qui sont enfinen fin tombéstombez
SoubsSous le faix des Palais qu’ils avoientavaient derobezdérobés ?
Aplis.Apliste
365 Ce n’est pas deroberdérober, ce que [l'Olympel'Olimpe]26 donne.
Diado.Diadotime
L’OlimpeOlympe n’osteôte point aux grands RoysRois leur Couronne
Tant s’en faut qu’il le facefasse, qu’il a toujours punypuni
Ceux qui leur ont osteeôtée, et a toujours fournyfourni
Le bras des RoysRois de force, à finafin de se défendredefendre
370 Si quelque audacieux veut sur eux entreprendre.
Aplis.Apliste
Pour cela tu ne dois, ô ma sœur, te fascherfâcher,
Pour cela tu ne dois ton teint de pleurs taschertâcher,
--- 14 ---Si tu n’as plus de Roy, prensprends mon RoyRoi magnanime,
Il t’aymeaime plus que soysoi, il en fait grande estime
375 Tu es tout son amour, tu es tout son vouloir.
Diado.Diadotime
Hé que me dites vousdites-vous ? ces mots me font douloir27,
De nul que de mon RoyRoi je ne veux estreêtre ayméeaimée.
Aplis.Apliste
T’aymeaime-t-ilil en eslevantélevant contre toytoi une armeearmée ?
Diado.Diadotime
Il la levelève à bondroict bon droit, les miens l’ont offencéoffensé,
380 Les miens l’ont mespriséméprisé, les miens l’ont courroucé,
Les miens injustement luylui ont fait des bravades,
Les miens sous un faux bruit, [ont]28 fait des barricades,
Ils ont chassé les siens, ils les ont mal traictezmaltraités,
Ils ont dans son Sénat fait mille iniquiteziniquités,
385 Sur le pourpre sacré de ses SenateursSénateurs mesmesmêmes
Ils ont vomi la rage, avecqueavec les blasphemesblasphèmes,
Dans le siegesiège erigéérigé pour donner l’equitééquité,
Ils ont mis l’injustice en grande authoritéautorité.
Un RoyRoi doit-il souffrir que tout cela se passe
390 Sans que sa majesté quelque injustice en face ?
Les Dieux qui sont clementscléments, pitoyables, et doux,
Quand on leur a meffaictméfait se mettent en courroux.
Ils s’arment de vengeance, et les RoysRois qui descendent
D’eux, le souffriroientsouffriraient-ils ? il faut qu’il se defendentdéfendent.
395 » Un crime couve un crime, et on le voit venir
» Grand parfoispar fois, mais il faut lorsqu’illors qu’il croistcroît, le punir.
» Si le grand JuppiterJupiter qui garde le tonnerre,
Ne se fut opposé aux enfansenfants de la terre.
S’il n’eut sur leur orgueil tiré tous ses esclairséclairs,
400 Il leur auroitaurait fait planche à passer dans les airs.
Il n’auroitaurait plus son throsnetrône et de son mesmemême foudre,
Il verroitverrait ses autels tous cendroyés en poudre.
Aplis.Apliste
Les hommes et les Dieux sont beaucoup differentsdifférents.
Diado.Diadotime
Les RoysRois ont des grands Dieux des traictstraits bien apparents.
Apl.Apliste
405 Un RoyRoi pourtant ne peut cela que les Dieux peuvent.
Diad.Diadotime
Les Dieux à leurs desseins, s’ils sont justes, se trenventtreuvent.
Aplis.Apliste
Aux desseins de ton RoyRoi il ne se sont trouvez.
Diado.Diadotime
On verra autrement, mais qu’ils soient achevezachevés.
Aplis.Apliste
Que feras-tu tandis ? ma sœur je te conseille
410 De croire mon advisavis, et m’ouvrir ton oreille,
ReconnoyReconnais pour ton RoyRoi, le mien, et tu verras
Qu’en richesse et grandeur sur toutes floriras,
Tu es tout son désir, il n’y a point de Dame
Qui ait plus de créditcredit et d’amour en son âmeame,
415 Il est un grand Monarque, et néanmoinsneantmoins il veut
Que tu sois son espouseépouse, il le veut et le peut.
Diado.Diadotime
Vous m’avez longuement celé vostrevotre penséepensee.
Aplis.Apliste
Je craignoiscraignais que fussiez en voyant offensée.
Diado.Diadotime
Non, mais PhebusPhébus plustotplutôt de l’Occident viendra
420 Nous apporter le jour, plustotplutôt il s’esteindraéteindra
Dans l’Orient perleux, la naufrageuse Scylle29,
Aux bords Ausoniens joindra plustostplutôt ScicilleSicile,
Euripe aux flots mouvants, sera plustostplutôt constant,
PlustostPlutôt avec le loup l’agneau ira luttant,
425 PlustostPlutôt dedans le feu se durcira la neige
L’eau portera plustostplutôt le plomb, que le liegeliège,
Que sur vostrevôtre conseil on me voyevoit arresterarrêter.
Aplis.Apliste
Mon conseil vous pourra vostrevotre infortune osterôter.
Diado.Diadotime
Ce n’est point se guérirguarir que rentamer sa plaiyeplaye.
Aplis.Apliste
430 Vous ne me croyez point quand vostrevotre bien j’essaye.
Si vous fermez l’oreille à mes sages propos,
Vous cherchez du travail, et non pas du repos,
Donnez-vous à mon RoyRoi, vous serez allegéeallégée
Et de tous vos malheurs, par sa main dégagéedegagée.
Diado.Diadotime
435 Si je me donne à luylui hé que dira mon RoyRoi ?
Aplis.Apliste
Puis qu’il te traictetraite mal tu peux faulserfausser ta foyfoi.
Diado.Diadotime
Il ne me traictetraite mal, mais mes enfansenfants le traictenttraitent
Contre le rancrang d’un RoyRoi, son vouloir ils rejettent ;
Ardents du changement, ils se sont animezanimés
440 Contre sa majesté, ils se sont enfermezenfermés
Dedans ses propres forts, pour luylui faire la guerre,
Ils ont les feux éparsespars tout partoutpar tout dans sa terre.
Aplis.Apliste
Il s’en ressentira.
Diado.Diadotime
Il me faudra soufrirsouffrir.
APLISTE.
Tel se montre asseuréassuré, qui lorsqu’onlors qu’on vient offrir
445 La mort devant ses yeux, se change de courage,
Et regrette trop tard le conseil que peu sage,
Il n’a creucru : je prevoyprévois un menaçant mechefméchef,
Qui gronde furieux à l’entour de ton chef,
Ta ruine, ma sœur, ta ruine est conceuëconçue,
450 Contre toytoi la fortune est fierementfièrement esmeuëémue,
Empoigne mes advisavis, et te donne à celuycelui
Qui seul te peut guarirguérir, et calmer ton ennuyennui :
Donne toytoi à celuycelui, qui peut malgré la Parque
Te tirer d’AcheronAchéron, fusses-tu dans la barque
455 Du stygieux passeur, qui peut à tous les RoysRois
Donner le joug honteux, et faire avoir ses lois.
Qui peut pour secourir ce que sa grandeur aymeaime,
Par un seul croulement de son grand diademediadème,
Faire de tous climats sortir des millions
460 D’estandarsétendards, de harnaisharnois, d’escusécus et morions30.
Qui peut si ton pays estoitétait toute la terre
L’emplir en un moment de gents duits à la guerre :
Qui peut, tant son pouvoir excède tout pouvoir,
Laisser le ciel aux Dieux, et seul la terre avoir.
465 Ma sœur delivredélivre toy-toi,osteôte toy-toi de servage,
Pour t’en osterôter ma sœur tes eaux seront un Tage,
Tes fleuves un Pactole. Or sus il faut l’aymeraimer,
Et pour ton favoryfavori dessus tous l’estimer.
TARAPTAN
Que faictes faites-vous icyici, mes dames, quelquelle affaire
470 Vous fait hors d’avec moymoi si longuement distraire ?
Apl.Apliste
Nous devisons des maux que ma sœur va soufrantsouffrant.,
Tara.Taraptan
C’est peu au prisprix de ceux qui l’iront dechirantdéchirant.,
Diad.Diadotime
Las que me dites vousdites-vous ! RoyRoi du ciel et du monde,
Ferme de mes malheurs la douloureuse bonde,
475 EstancheÉtanche ma miseremisère, et ne la laisse aller,
Plus longuement sur moymoi, fayfais devers moi vollervoler
Ta gracegrâce, et ta faveur, et qu’elle me preservepréserve
Des malices du sort, et de ce qu’il reserveréserve
Pour gastergâter mon estatétat, et pour me naufrager.
Tara.Taraptan
480 L’armeearmée de ton RoyRoi hier se vint loger
Autour de Stasiode.
Diad.Diadotime
A-t-ilA-il grand nombre d’hommes ?
Tar.Taraptan
L’Anjou n’a tant de vins, la Beausse Beauce tant de chaumes
Après que l’AousteronAoûteron31 d’une pillarde main
A tondu de CeresCérès l’espicépi meurmûr, porte-grainporte grain,
485 Qu’il a de gens armezarmés, qui tous se deliberentdélibèrent
De donner à la mort les mutins qui chasserentchassèrent
Le RoyRoi hors de son sejourséjour.
Diado.Diadotime
Le RoyRoi est-il presentprésent ?
Tara.Taraptan
Il est tout prestprêt d’icyici qui les va conduisant,
Il ne manque de chefs, on ne voit dans les plaines
490 Que cavallierscavaliers, pietonspiétons, gendarmes, Capitaines.
Quel remederemède y a-t-ila-il ?
Aplis.Apliste
Cil32 que je t’ayai donné.
Diado.Diadotime
Allons prendre conseil, j’ayai le cueurcœur estonnéétonné,
--- 18 ---O ! que je l’ayai saisi ! ô qu’il soufresouffre d’alarmes !
Apl.Apliste
Il convient machiner quelques cachéscachez vacarmes,
495 Pour prevenirprévenir ces coups, et pour luylui resisterrésister,
Selon le mal il faut les remedesremèdes tenter.
CHŒUR
Il n’y a si mauvais poison
Que celuycelui qui perce l’ouyeouïe,
Pour envenimer la raison
500 Et rendre sa force esblouyeéblouie :
Quand cestecette partie a du mal,
CeluyCelui qui le souffre peut dire,
Que tous les tourments de Tantal,
Ne sont egauxégaux à son martiremartyre.
505 Le poison que la bouche prentprend,
Par quelque art est remediableremédiable,
Car si à temps on se deffenddéfend
Sa force n’est point domageabledommageable :
Mais aussitostaussitôt que l’autre est pris,
510 Sans tuertûer la chair, l’ameâme il tue,
Et bourrelle plus les esprisesprits,
Plus contre luylui on s’esvertûeévertue.
Depuis que nostrenotre RoyneReine a beubu.
Le poison de son alliée,
515 Par son oreille, elle n’a eu
Paix en soysoi, et s’est oubliée,
De sorte qu’elle va errant
NyNi plus nyni moins qu’une Bacchante,
Qui va sa face dechirantdéchirant :
520 Pour plaire au Dieu qui la tourmente.
--- 19 ---
Quelque Moly vienne du ciel,
Qui luylui ramasse ses penséespensees,
Et qui adoucisse le fiel
De ses misseresmisères entassées,
525 Autrement elle perirapérira,
Et nous perironspérirons avec elle,
Ce desastredésastre nous aviendraadviendra
Par sa sœur qui est infidelleinfidèle.
ACTE III
DIADOTIME
O Fortune envieuse, ô jalouse fortune,
530 Qui porte à mes grandeurs une amèreamere rancune,
Qui crache, qui vomis, qui desgorgedégorges ton fiel,
Sur ce qui semble plus estreêtre en l’amour du ciel.
Tu veux donquesdonc tu veux que ta glissante rouë
De mes honneurs acquis et de mon rancrang se jouëjoue.
535 Tu veux doncquesdonc tu veux que partout soit la paix,
Et que dedans mes reins les escadrons espaisépais
De soldats cuirassezcuirassés fouragentfourragent et guerroient,
Et que leur fieretezfiereté33 tous mes membres poudroient.
Cruelle, tu n’as point de fermeté, n’y d’yeux,
540 Le mal faictfait t’est commun, le bien t’est odieux,
Qui le voudra sçavoirsavoir me vienne voir chetivechétive,
Qu’il jette l’œil sur moymoi, il me verra captive
--- 20 ---Sans force, sans pouvoir, sans grandeur, sans moyens,
EstreÊtre un champ de bataille à tous mes citoyens.
545 Il me verra un roc où tout l’orage jette
Son ecumeécume, et son flot : il me verra sujette,
À mes mesmesmêmes sujets, et serve de mes serfs.
Et mesmemême estreêtre enferrée avec mes propres fers.
ToyToi qui peux tout puissanttout-puissant d’une seule parole
550 De ton fort ArsenailArsenal, qui est dedans le polepôle,
Tirer foudre et éclairs pour perdre tes haineurs,
PrenPrends ma vengeance en main, sur mes entrepreneurs
FayFais rougir ta colère, et menus les poudroyepoudroie
Comme un blébled écachéecaché soubssous la meule qui broyebroie.
555 VoyVois mes oppressions et d’un bras tout clementclément,
EmpescheEmpêche moymoi de choircheoir34 dedans le monument
Qui béebêe après ma cheutechute, etoupeétoupe cestcet abismeabîme
Las qui doit engloutir ma gloire magnanime.
Passe moy-moi ce CarybdeCharybde et soyssois mon gouvernal35,
560 Ta gracegrâce soit ma voile, et ton œil mon fanal.
Apl.Apliste
Voulez-vous que vostrevotre ameâme au deuil tousjourstoujours s’attache,
À vozvos plaintes il faut donner quelque relascherelâche,
Puisque le seul remederemède, et le baume est trouvé,
Qui vous pourra guarirguérir ce qui vous a grevé.
Diad.Diadotime
565 Quel remède est cestuycestui ?
Aplis.Apliste
Il vous est salutaire,
Et pour vostrevotre santé grandement necessairenécessaire.
Pour Prince en premier lieu vous retenez mon RoyRoi,
Vous luylui vouez hommage, et luylui donnez la FoiFoy
Et luylui en cas pareil de par moymoi, vous asseureassure
570 D’apporter quelque mieux à l’ardente blessure,
Qui vous cuit, et vous poind, tandis il faut tâchertacher,
De faire auprès du RoyRoi quelque traîtretraitre approcher,
--- 21 ---Qui hardyhardi l’assassine et qui luylui tire l’ameâme
Du corps avec l’acier d’une egorgeuseégorgeuse lame,
575 Qui le face estreêtre un ombre, et descendre là baslà-bas,
Pour ne luylui donner temps de te mettre au trepastrépas.
Diad.Diadotime
Faire tuer mon RoyRoi ! Ô que c’est chose horrible.,
Aplis.Apliste
Il est permis d’occir36 ce qui nous est nuisible.
Veux-tu laisser regnerrégner, veux-tu laisser durer
580 Le tirantyran qui te veut de cent morts torturer ?
Qui veut nourrir de toytoi sa collerecolère enfiellée,
Et prèspres la mort des tiens, te rendre desoléedésolée,
Qui veut dans tes citezcités régner comme un lyonlion,
Pour AstreeAstrée y plaçant la sanglante ÉnionEnion,
585 Qui veut perdre ta loyloi ?
Diad.Diadotime
Perdraitperdroit-il ce qu’il garde,
Et qu’il tient si cher ?
Apl.Apliste
Sonson caut visage farde
Ce qui est dans son cueurcœur contre ta loyloi dressé.
Diad.Diadotime
Il n’a contre ma loyloi ce croycrois-je rien brassé,
Un grand RoyRoi, comme luylui plainplein d’âmeame et de courage
590 Pour decevoirdécevoir autruyautrui ne porte un faux visage.
Le ciel ne meitmit jamais avec sa majesté
Chose qu’on peut nommer feintise ou fausseté.
Qu’ont que faire les RoysRois d’estreêtre feints pouvantspouvant faire
Sans crainte, ouvertement tout ce qui leur peut plaire ?
Aplis.Apliste
595 Il t’a long tempslongtemps caché le filet qu’il te tend.
Diad.Diadotime
Je n’en ayai rien cogneuconnu et ne le croycrois pourtant.
Aplis.Apliste
En ce que chacun croit vous apportez du doubtedoute,
VostreVôtre incredulitéincrédulité au cueurcœur beaucoup me coustecoute.
Approchons nousApprochons-nous, ma sœur, voicyvoici venir vers nous
600 Un de ceux qui vous garde et qui veille pour vous.
Il est homme entendu qui bien tostbientôt deliberedélibère,
Et qui a de l’effecteffet pour faire un bon affaire.
Diad.Diadotime
HéHe bien ma seule force, avez-vousavez vous achevé
Ce qui avoitavait testé entre nous approuvé ?
TARAPTAN.
605 Mes dames j’ayai tout fait, mesmemême j’ayai trouvé l’homme,
Qui peut donner au RoyRoi un perdurable somme.
Un homme tel qu’il faut, qui n’a peur de la mort.,
Apl.Apliste
Est-ce un homme guerrier qui soit vaillant et fort ?
Tarap.Taraptan
Non c’est un fin cafard, qui assure, et proteste,
610 D’osterôter la vie au RoyRoi, et qui ne craint au reste
MartiresMartyres, nyni tourments, tortures, nyni trespastrépas,
Mais que pour vous sauver il mette le RoyRoi bas.
Diad.Diadotime
Sa mort n’ameneraamènera qu’un plus fascheuxfâcheux esclandre
On verra par sa mort, plus d’orage s’espandreépandre
615 Sur moymoi, pour me briser, j’aymeroisaimerais mieux, ma sœur,
M’aller jetterjeter aux pieds de son alme douceur,
LuyLui demander pardon, de mon crime execrableexécrable,
Il seroitserait envers moymoi, peut-estreêtre, pitoyable.
Aplis.Apliste
VoicyVoici de beaux devis, on dit communementcommunément
620 Que ceux de ton pays aymentaiment le changement,
Ils le peuvent aymeraimer, puis quepuisque leur terre mesmemême
LegereLégère et sans arrestarrêt au seul changement s’aymeaime.
Vous voyez vostrevotre mal, qui d’heure en heure croistcroît,
DéjàDesja sur votre sein, le coutelas paroitparoist37,
625 DéjàDesja presque déjàdesja votre gorge est ouverte,
Et neantmoinsnéanmoins vostrevotre ameâme est aveugle en sa perte.
Pour finir vous voulez laisser durer autruyautrui,
Bannissez tout esmoyémoi, et n’ayez point d’ennuyennui,
De voir ce fier tirantyran de vozvos maux l’origine
630 Noyer ses jours au sang coulant de sa poitrine,
Sa mort vous est la vie, il faut mettre en effecteffet
Le coup de ce cafard.
Tarap.Taraptan
Cela estantétant parfaictparfait,
--- 23 ---Il n’y a que tenir, c’est chose qu’il faut croire,
Qu’on craindra d’offenceroffenser une autrefois ta gloire,
635 Si ce coup ne se fait, Stasiode ton cueurcœur
Sera foulé aux pieds de ce tirantyran vaincueurvainqueur,
Tout ton peuple egorgéégorgé, les filles et les femmes,
SoufrirontSouffriront sans hymen des forcements38 infamesinfâmes.
Aplist.Apliste
Ses foudroiantsfoudroyants canons, des murs sont approchésapprochez,
640 FayFais que tes sens ma sœur, de pitié soient touchés.
AvecqueAvec tant de gens ne perds point cestecette ville,
Pour t’en garder tu as un stratagèmestratageme utile.
Tarap.Taraptan
Il faut parachever ce qui est commencé,
Il luylui convient sentir qu’il s’est trop advancéavancé.
645 Il n’y a point de loixlois, qui ne soufrentsouffrent qu’un Prince,
Soit par les siens occis, s’il traictetraite la province
Avec sévéritéseverité : il n’y a point de loixlois,
Qui ne donnent congé de massacrer les RoysRois,
S’ils rançonnent leur peuple : estansétant RoyRoi debonnairesdébonnaires,
650 Les peuples sont leurs fils, et eux sont les vraysvrais pèresperes.
Le grand Saturnien ne voit sur son autel
Dans CreteCrète son berceau, un holocauste tel
Que le sang des tiranstyrans : voulut-il pas qu’AugéeAugee
Sentit dessus son chef la masse deschargéedéchargée
655 De son fils force enfers, voulut-il pas aussi
Que ProcustresProcuste tirantyran eut son salaire ainsi ?
Diad.Diadotime
Mon RoyRoi n’est point tirantyran, il a l’âmeame trop bonne
AppellezAppelez-vous tirantyran qui deffenddéfend sa Couronne ?
La Couronne et le lictlit, soit d’hymen, ou d’amour,
660 Ne veulent un rival, PhoebusPhébus pèrepere du jour,
N’a point de compagnons, ce n’est point tirannietyrannie
De vouloir seul regnerrégner en quelque monarchie.
Pour ce point Numitor occit Amulius,
Pour ce point fut tué Remus par Romulus.
--- 24 ---665 Qui trempa le mortier de ses fortes murailles
Avec le sang coulé des germaines entrailles.
Aplis.Apliste
Tandis que nous perdons le temps à deviser,
Nous n’esteignonséteignons le feu qui nous vient embrazerembraser.
Si on luylui donne cours, si on le laisse prendre,
670 Avant qu’il soit esteintéteint il mettra tout en cendre.
Tarap.Taraptan
Or sus sans plus tarder, je vayvais faire venir
CeluyCelui qui de tes maux la course doit finir.
» Le delaydélai nuit souvent, excuse moymoi si j’ose
Te presser de cecyceci, il y va de ma cause.
Aplis.Apliste
675 Puis que toytoi et les tiens ne se peuvent sauver
Que par ce seul moyen, il le faut esprouveréprouver,
Entrons, voyons nostrenotre homme, oyez l’artillerie
Qu’on tire coup sur coup sur la gendarmerie,
Qui sort de cestecette ville, il ne faut dilayerdélayer
680 » À un malheur voisin, on se doit effacer
» Tout le plus tostplus tôt qu’on peut, d’y apporter remederemède,
» Ce n’est pas faire peu quand le mal on precedeprécède.
Tarap.Taraptan
Il n’est point de besoin de partir de ce lieu
Pour voir cestcet homme sainctsaint, cestcet homme plein de Dieu,
685 Qui doit briser la chesnechaîne, et couppercouper le cordage,
Qui autour de noznos cols atachentattachent le servage.
Aplis.Apliste
Où est-il le sainctsaint homme ? hà le voicyvoici venir.
Diado.Diadotime
Le cueurcœur, desjadéjà le cueurcœur me commence à frémir.
Tarap.Taraptan
Il le faut devancer : ô frerefrère, Dieu benissebénisse
690 Toutes vos actions, sa bonté vous fournisse
--- 25 ---De force et de courage, à finafin de nous osterôter
Du joug, où le destin nous veut precipiterprécipiter.
Palamn.Palamnaise
Je parferayparferai39 mon coup, le Dieu en qui j’espereespère
Pour vous desservagerdéservager me le fera parfaire,
695 Je suis du tout resoultrésolu, à vous decaptiverdécaptiver,
Je ne crains point la mort, pour vous pouvoir sauver
De ce cousteaucouteau trempé trois fois dans l’eau d’Averne,
Je veux devant vozvos murs meurtrir vostrevotre HoloferneHolopherne.
Apl.Apliste
PleustPlût aux Dieux de là hault-haut que ce coup fut jàja faictfait.
Palamn.Palamnaise
700 Mon bras ne laissera ce dessein imparfait.
Ma main ne sera point une main de ScévoleScevolle,
Rien ne peut empescherempêcher que ma main ne l’affolleaffole
JuditJudith en liberté remeitremit le peuple Hebrieuhébreu,
Son coup fut approuvé, des hommes et de Dieu,
705 Hé pourquoypourquoi ne seroitserait mon coup au sien semblable ?
Le mien cent milemille fois est bien plus profitable,
La seule BéthulieBetulie eut profit à son coup,
De mon coup s’espandraépandra le profit tout partoutpar tout,
Elle garda du sac une champestrechampêtre ville,
710 Mon coup en gardera plus de cent et cent mille,
Que l’on voit foisonner en grandeur, et en biens,
En armes, en valleurvaleur, en braves citoyens.
Aplis.Apliste
Comment le ferez vousferez-vous ? le coup est dificiledifficile.,
Palamn.Palamnaise
Comme je l’ayai pensé, il n’est que trop facile,
715Reposez vousReposez-vous sur moymoi, je l’ayai bien machiné.,
Aplis.Apliste
Cela iroitirait bien mal s’il n’estoitétait bien mené.
Palamn.Palamnaise
Reposez vousReposez-vous sur moymoi, vous repetayrépetais-je encore,
Avant que quatrefoisquatre fois la safranée Aurore
Ait laissé son Thiton dans son lictlit sans plaisir,
720 Soigneuse des humains, sans compagne gesirgésir,
Avant ce didis-je avant que le feu ordinaire
Du flammeux CinthienCynthien, quatre fois nous eclaireéclaire,
--- 26 ---Avant ce dis-je avant que la lune à son tour,
AytAit veuvu quatrefoisquatre fois choircheoir dans l’OceanOcéan le jour,
725 De mes desseins hardis, la desirabledésirable yssuëissue,
Sera ou j’y mourraymourrai, du monde veuëvu et sceûësu.
Aplist.Apliste
Ce coup est hazardeuxhasardeux,
Palamn.Palamnaise
Là où est le hazardhasard
« Se trouvent des lauriers pour le brave soudard.
« Qui eschauffééchauffé d’honneur, et enflammé de gloire,
730 « Se mocquemoque des perilspérils, et de la tombe noire.
APLISTE.
Quel moyen y a-ila-t-il ? le RoyRoi est bien gardé,
Palamn.Palamnaise
J’ayai bien à tout cela longuement regardé,
Je sçaysais comme il faut faire : une lettre apostée40
De la part d’un seigneur luylui sera présentée,
735 Tandis qu’il la lira, subtil je tireraytirerai
Ce cousteaucouteau de ma manche, et je luylui donneraydonnerai
Un coup dedans le sein,
Aplis.Apliste
Si tu faux d’aventure.
Palamn.Palamnaise
N’ayez peur de cecyceci, car j’ayai la main trop sûre,
Dieu me la conduira, de Dieu je suis poussé.
TARAPT.
740 Il croit que ce que j’ai, par un tuyau percé,
JàJa par trois fois souflésoufflé dedans sa sotte oreille,
Soit une voix de Dieu, Dieu le mal ne conseille
Dieu ne permet le meurtre, il a fallu user
De ce dol, autrement, on n’eûteut pupeu abuser
745 CestCet idiot sanglant.
Diado.Diadotime
HelasHélas bons Dieux qui suis-je !
Qu’une TroyeTroie de maux, qu’une autre Atride afflige,
Pour r’avoir son HélèneHelene, ô Dieux ne soyez sourds
À mes gemissementgémissements, aydezaidez moy-moi de secours,
Aplis.Apliste
Entrons dans le palais, si je ne suis trompée,
750 Du bruit de quelques unsquelques-uns j’ayai l’oreille frappée.
CLEOPHONCLÉOPHON.
QuoyQuoi, verrayverrai-je tousjourstoujours une bande effrenéeeffrénée
De rebelles sujets contre moymoi mutinée ?
QuoyQuoi verrayverrai-je tousjourstoujours mon sceptre mespriséméprisé
Et au throsnetrône royalRoyal un autre authoriséautorisé,
755 Sans m’en vouloir vangervenger ? verrayverrai-je à mes gens prendre
Les armes contre moymoi ? les verrayverrai-je entreprendre
Contre l’estatétat royalRoyal ? et contre mes grandeurs
DecocherDécocher les esclairséclairs de leurs chaudes ardeurs ?
Sans que ce bras connucogneu des guerriers à la guerre
760 Sur leurs crimes commis sa puissance desserre ?
Ce bras qui a gagné tant de beaux lauriers vertsvers,
À la veuëvue, et au sçeusu de ce large univers,
Pourra-t-ilPourra-il endurer que ma gloire acquestéeacquêtée
Par mon peuple deceudéçu, soit tousjourstoujours depitéedépitée ?
765 Pourra-il endurer que l’honneur qui m’est deudû
Par mes ingrats sujets ne me soit point rendu ?
Je ne puis plus souffrir que ma douceur ne prenne
La puissance du fer en sa main pour compaigne.
» La douceur sied au Prince, et le fait estimer,
770 » Mais pour se maintenir, il la convient armer,
» Pour le moins elle fait, si le peuple se tourne
» Ailleurs qu’au bon costécôté, que de crainte il retourne
» Où le devoir l’oblige, et où les cieux amysamis
» Pour estreêtre commandé et conduit l’ont soubmissoumis.
775 » Qui eûteut jamais pensé qu’un peuple aux RoysRois fidellefidèle
EûtEut secoué le joug ? qu’il eûteut estéété rebelle,
Qu’il eûteut levé la teste et que pour un faux bruit
Sans sçavoirsavoir le sujet se soit ainsi seduitséduit ?
--- 28 ---Bien que je sois appris à user de clemenceclémence,
780 Bien que je n’aymeaime point à user de vengeance,
Si faut-il chastierchâtier cestecette superbeté41,
Qui s’ataqueattaque à son RoyRoi justement irrité.
Ville que mes ayeuxaïeux ont jusqu’aux cieux poussée,
Et sur toute CitezCité hautement advancéeavancée,
785 PeusPeux-tu dedans ton sein de rage possedépossédé,
Garder ce fier trouppeautroupeau ? las qui s’est debandédébandé
D’avec son vrayvrai pasteur, qui donne ingrat sa laine
Au loup, qui l’a couru mille fois dans la plaine ?
PeusPeux-tu garder helashélas ! helashélas peuspeux-tu garder
790 Tant d’obstinésobstinez mutins, qui veulent commander
À leur vrayvrai commandeur ? qui s’efforcent, rebelles,
De thiarertiarer leur chef par cent façons nouvelles,
Qui au legislateurlégislateur veulent donner la loyloi,
Et qui veulent regirrégir, comme RoysRois, de leur RoyRoi ?
THRASIE.
795 Sire il ne faut soufrirsouffrir qu’impunis ils demeurent.
» Les mutins impunis d’heure en heure s’asseurent42,
» L’audace leur accroistaccroît, et d’hommes engourdis
» On les voit devenir remuants et hardis.
Plaise à vostrevotre grandeur de me donner la charge
800 De punir ces mutins,
Cleop.Cleophon
FaictesFaites, je vous l’encharge,
Je voudroisvoudrais bien les voir premierementpremièrement venir
Me demander pardon : ce que l’on peut tenir
» Par douceur, ne se doit occuper par les armes,
S’ils lavoientlavaient leurs forfaits avec l’eau de leurs larmes
805 S’ils me venoientvenaient prier avec humilité
De sereiner mon ire et mon cueurcœur irrité,
J’atesteatteste l’EternelÉternel qui lit dedans mon ameâme,
Que leur gracegrâce ils auroientauraient.
Thr.Thrasie
Vous en auriez du blasmeblâme,
» La gracegrâce est pour les bons, le fer pour le forfait,
810 » Pardonnez au mechantméchant un autre mal il fait.
CLEOPHONCLÉOPHON.
La gracegrâce et le pardon qu’aux criminels on donne,
» Sont les plus beaux joyaux qui soient en la Couronne
» Un RoyRoi se monstremontre RoyRoi lors qu’il redonne aux siens
» La vie, que la loyloi luylui donne avec leurs biens.
Thr.Thrasie
815 Un RoyRoi se montre RoyRoi, quand un crime il n’endure,
» S’il ne punit le crime il fait sa sepulturesépulture
» Autant qu’il le laisse estreêtre avec impunité,
» Un crime negligénégligé parfait le coup tenté.
Sire, Minos fut RoyRoi, comme vous debonnairedébonnaire,
820 Mais pour autant qu’il fut aux malfaicteursmalfaiteurs severesévère,
Son nom vollevole par toutpartout, mesmemême on suit ses arrestsarrêts
Là où on voit regnerrégner le gendre de CeresCérès.
Sire, ne permettez, ne permettez ô Sire,
Que pour estreêtre trop doux vous perdiez un Empire,
825 » La douceur est nuisible au Prince qui regitrégit
» Un peuple, qui sa voile à tous vents eslargitélargit.
» Il faut de la rigueur pour garder un Royaume,
» Le mesprismépris monte en graine où la torture chomechôme.
Cleop.Cleophon
On dira que je suis un Prince bien cruel.
THRASIE.
830 Ce n’est point cruauté punir un criminel.
Cleop.Cleophon
Je voudroyvoudrai bien pourtant voir Stasiode rendre,
L’hommage qui m’est deudû, devant que de la prendre.
Thr.Thrasie
Ceux-là qui sont dedans ne le soufrirontsouffriront pas,
PlustostPlutôt porteront-ils l’effort de cent trespastrépas,
835 Ils ont les cueurscœurs plus durs, que les pierres des roches.
Cleop.Cleophon
Ils molliront peut estreêtre en voyant mes approches,
Voyons comme on fera, il faut faire venir
Mes chefs, et le conseil ensemblement tenir.
CHŒUR
Un chef qui commande
840 À une grand’ bande
Ne peut plaire à tous,
Il semble aux uns doux,
Aux autres severesévère,
Et ne sçauroitsaurait faire
845 Qu’il puisse à tous plaire.
Car la diversité des jugements divers
Juge diversement des mœursmeurs de l’univers.
Il a beau parestreparaitre
Plus amyami, que maistremaître,
850 Si ne peut-il pas,
Se garder des lacs
De la noire envie,
Ou bien que la vie
Ne luylui soit ravie.
855 L’envie n’a egardégard où tombe son poison,
Et tousjourstoujours elle traine avec soysoi trahison.
Voyons nostrenotre Prince
L’heur de sa province,
ApresAprès tant de biens
860 Qu’ilsQu’il a faitsfait aux siens,
Ne s’exempter mesmemême,
Ni son diademediadème,
De ce mal extremeextrême.
Tout ce qui est çà-basçà bas à l’envie est sujet,
865 O bons Dieux ! rendez vain son malheureux projet.
ACTE IVIIII
CLEOPHONCLÉOPHON
Ingrate Stasiode eslêueélue entre mes villes
Qui tenoistenais autrefois les nations serviles,
Fussent-elles plus loingloin que le lit du soleil,
Plus loingloin beaucoup plus loingloin que son flam-
870 meux reveilréveil,
Plus loingloin que le midymidi, plus loingloin plus loin encore
Que le gistegîte du vent qui souflesouffle en hiperborehyperbore,
Faut-il que tu sois serve, et que la nouveauté
D’un pretexteprétexte abusif, t’osteôte ta liberté ?
875 Faut-il helashélas ; faut-il par toymesmetoi-même abusée,
Que tu sois contre toytoi toymesmetoi-même divisée ?
Tu es une Jocaste, et tu vois tes enfansenfants
Non du sang étrangerestranger, mais du leur triomphanstriomphant.
Tu vois dedans ton sein, et dedans tes entrailles,
880 Tes membres se rougir de civillesciviles batailles,
Tu vois tes citoyens, contrairement bandezbandés,
Tes forts encontre toytoi par l’étrangerestranger ranger gardezgardés,
Tes moyens epuisezépuisés, et ton pauvre navire
D’ecumeécume tout blanchi, que la tempestetempête vire
--- 32 ---885 À l’entour du naufrage, abismementabîmement profond,
Tu n’as rien qu’un espoir qui n’a nyni fin nyni fond,
Tu n’as rien qu’un espoir plainplein de vaines ChimeresChimères,
Qui te promet fournir de Troupes estrangeresétrangères,
Qui las ! ville credulecrédule à ton secours viendront
890 Quand proche du trespastrépas ta vie elles verront.
Comme des heritiershéritiers qui n’ont soingsoin du remederemède
Qu’il faut pour le malade, ains de l’or qu’il possedepossède.
D’où te viennent ces maux, et ces afflictions,
Ces troubles, ces malheurs, ces persecutionspersécutions
895 Que de t’estreêtre mutine effrenementeffrénément levée
Contre ma majesté qui t’avoitavait eslevéeélevée ?
RevienReviens, revienreviens à moymoi, je vayvais t’ouvrant le bras
NyNi moymoi nyni mes soldats ne veulent ton trespastrépas.
ERGASIE.
Sire elle veut le vostrevôtre, et me vient-on de dire
900 Que sa rebellionrébellion d’heure en heure s’empire,
Qu’elle mesditmédit de vous et qu’elle met dehors
VozVos meilleurs serviteurs, qu’elle fait ses efforts
D’amasser des soldats : il faut forcer ses Portes,
Et luylui combler le sein de vozvos braves cohortes,
905 Elle vous a quitéquitté pour prendre un ÉtrangerEstranger,
On ne la verra onc dessous vous se ranger,
Si ce n’est par la force, il convient qu’elle sente
Que vostrevotre majesté sur toute autre est puissante,
Il convient qu’elle apprenne à perte de son sang
910 Combien vous estesêtes fort, combien vous estesêtes grand.
Thras.Thrasie
QuoyQuoi, Sire, voulez vousvoulez-vous qu’une si belle armeearmée,
Qui s’est pour vous defendredéfendre à la guerre animée,
Qui s’est pour vous vangervenger du tort qu’on vous a fait
Acheminé icyici, laisse un si grand forfait
915 Impuni ? endurez doucement cet outrage
On dira que le RoyRoi ne tient point son courage,
--- 33 ---On vous en fera un peut estre-être une autrefois
Qui plus que cestuy43-cyci vous fascherafâchera cent fois.
Cleop.Cleophon
Voulez-vous que je perde une ville si belle ?
ERGASIE.
920 Une ville sans RoyRoi n’a rien de beau en elle,
» Un RoyRoi est sa beauté, les superbes palais
» AvecqueAvec tout leur or, s’ils n’ont un RoyRoi, sont laids.
Sire vous n’y estantétant, vous perdez peu de chose
La perdant, seule elle est l’origine et la cause
925 Des maux de vostrevotre Empire, elle [a]44 seule assemblé,
DesloyaleDéloyale et sans foyfoi, ce qui vous a troublé.
Cleop.Cleophon
Mais quoyquoi la pauvre ville a estéété corrompüecorrompue,
Par quelques factieux qui de vent l’ont repeuërepue,
Elle [a]45 pris leurs conseils sans balance et sans poixpoids.
THRASIE.
930 Sire, affinafin qu’elle soit plus sage une autrefois
Il la faut chastierchâtier, quelle raison a-ellea-t-elle
De vous nier le vostrevôtre ; et vous estreêtre rebelle ?
ERGASIE.
Sire commandez moymoi de gaignergagner son rempart,
Hardy je le ferayferai, j’ay remarqué la part
935 Par où je puis donner, j’ayai decouvertdécouvert la mechemèche,
Je sçaysais par où il faut que l’on face la brechebrèche,
Je cognoisconnais sa deffensedéfense, et sçaysais par où il faut
Rompre et ouvrir ses murs, pour aller à l’assaut,
Sire permettez moymoi, permetezpermettez moymoi que j’aille
940 Le premier enfourcher le haut de sa muraille,
Je ferayferai veoirvoir combien peut mon ameâme offencéeoffensée
Voyant vostrevotre grandeur par vos sujetzsujets blessée.
THRASIE.
Sire, vostrevotre grandeur me permette y aller,
ParmyParmi les derniers ranczrangs, on ne verra briller
945 L’esclairéclair de mon espéeépée, on n’y verra que femmes
PleurantzPleurant dessus les corps de leur espouxépoux sans amesâmes,
--- 34 ---Je voyvois des-jadéjà mes bras empourprés et rougis
Du sang de ces mutins, je voyvois jàja leurs logis
N’estreêtre que des cercueils, et que des cimetierescimetières
950 Montueux et bossus de leurs charongnescharognes fieresfières,
On n’y verra que sang, leur riviererivière sera
Une mer ErithreeÉrythrée, où le sang coulera.
Cleoph.Cleophon
Un vaincueurvainqueur embellit davantage sa gloire,
» D’autant moins il rougit son acquise victoire,
955 » La douceur ne messied à la valleurvaleur d’un chef.
ERGASIE.
La douceur bien souvent nous apporte un meschefméchef
» Il ne faut nullement que le guerrier pardonne
» Quand Mars sous son harnoisharnais son ennemyennemi lui donne.
THRASIE.
Si je me voyvois dedans, je leur pardonneraypardonnerai,
960 Avec le coutelas leur gracegrâce j’escrirayécrirai,
Je ferayferai devallerdévaler tant d’amesâmes dans la barque
De l’avare Charon, qu’il faudra que la Parque
FasseFace tous les esprits sortir hors l’AcheronAchéron
Pour ayderaider ce passeur lassé de l’aviron.
965 JuppiterJupiter stigieuxstygieux qui eux pour son partage
Le centre de la terre, accroyaccrois ton heritagehéritage,
Il est doresnavantdorénavant trop petit et estroitétroit
Pour le nombre des morts qui arriver y doit.
CLEOPHONCLÉOPHON.
Ce n’est point mon advisavis qu’on traictetraite cestecette ville
970 Avec tant de rigueur, bien qu’elle fûtfut servilleservile
DesjaDéjà sous vostrevotre main, je la veux conserver,
Et du sac menaçant comme RoyRoi la sauver.
ERGASIE.
VostreVotre majesté face ainsi que bon luylui semble,
Elle vous decepvradécevra, je sçaysais bien qu’elle assemble
975 Des gens de toutes parts pour plus vous resisterrésister,
Cleoph.Cleophon
Allons prendre conseil s’il se convient hasterhâter.
TARAPTAN.
O bon frerefrère hastezhâtez vous, hastezhâtez vous, ô bon frerefrère,
De faire ce grand coup qui nous est salutaire,
CesteCette ville se perd, si vous n’avez pitié
980 D’elle et de ses enfants, la vieille inimitié
La rancune et le fiel que les Royaux nous portent,
Me fait geler de peur, car si ils46 nous emportent,
Et s’ils ont le dessus nous serons tous pendus,
Saccagez, et pillez, et tous morts estendusétendus
985 Sur le pavé sanglant, de nostrenotre ville prise.
Palamn.Palamnaise
Je vayvais faire mon coup et cela vous suffise
Car je mourraymourrai plustostplutôt que je n’ayeaie passé
Ce cousteaucouteau dans le sein de ton Prince offencéoffensé.
Aplis.Apliste
Adieu donc frerefrère, à Dieu, le bon Dieu vous assiste,
990 Rien ne vous puisse nuire, et rien ne vous desistedésiste,
Que vostrevotre grand dessein ne soit executéexécuté,
Palamn.Palamnaise
Je me mets en perilpéril, mais c’est de volonté,
Si l’executionexécution respondrépond à mon envie
Soyez seursur que le RoyRoi perdra bien tostbientôt la vie,
995 Rien ne m’empescheraempêchera, à Dieu, madame, à Dieu,
Aplis.Apliste
Puissiez vousPuissiez-vous revenir triomphant en ce lieu,
Tarap.Taraptan
Il est bien resolurésolu, Dieu vueilleveuille qu’il acheveachève,
Ce qu’il a entrepris, nous aurions quelque trevetrève
De noznos calamitezcalamités tandis que vostrevotre RoyRoi
1000 FaictFait tous ses appareils, il ne prend garde à soysoi,
NyNi au-tourau tour qui se brasse, il a fort bon courage
Pour commettre un tel coup, il n’en faut un plus sage
--- 36 ---S’il sçavoitsavait ce qu’il fait et ce qu’il entreprend,
Croyez qu’il n’auroitaurait pas le courage si grand.
1005 Il ne pense au futur, le pauvre idiot pense
Que le coup soit un jeu, ou quelque gayegaie danse.
Il a les yeux bandezbandés, sa têteteste le conduit,
Et fol il ne cognoistconnaît que nous l’avons seduitséduit.
APLISTE.
Croyez que c’est hazardhasard si ce sot en rechapperéchappe.
Tarap.Taraptan
1010 Il se pourra sauver si à mort il le frappe,
Et qui le prenne seul.
Aplis.Apliste
Qu’il devaledévale au tombeau,
PourveuPourvu qu’il ait tué le RoyRoi de son cousteaucouteau.
Je luylui ayai bien promis qu’il auroitaurait recompenserécompense,
Et qu’il n’auroitaurait jamais de mes biens indigence,
1015 Que mon RoyRoi le feroitferait EvesqueÉvêque, ou bien Abbé,
Par ces promesses j’ayai son esprit derobédérobé,
Je luylui ayai arraché, la raison hors de l’ameâme,
Pour cela il n’a peur que la Parque l’entame.
Tarap.Taraptan
L’incenséinsensé monstremontre bien quilqu’il est ecervelléécervelé,
1020 Et que d’un vain espoir il est ensorcelé,
Il court à son trespastrépas, il ne voit point sa perte,
Et ne sent que sa teste est de ruine couverte.
VoicyVoici venir ma sœur elle a triste maintient,
Approchons, nous sçauronssaurons quel nouveau dueildeuil la tient.
Aplis.Apliste
1025 Ma sœur d’où venez vousvenez-vous ainsi triste et fachéefâchée ?
QuelzQuels nouveaux marrisons47 ont vostrevotre ameâme touchée ?
Quelque mauvais destin faictfait il sur vostrevôtre chef
EsclaterÉclater de nouveau un desastreuxdésastreux meschefméchef ?
Diado.Diadotime
J’ayai bien occasion d’estreêtre ainsi eploréeéplorée,
1030 J’ayai bien occasion d’estreêtre decoloréedécolorée,
J’ayai bien occasion de me plomber de coups,
Aplis.Apliste
Quel desastredésastre vous point ? ma sœur dictes dites-le nous,
Diado.Diadotime
HelasHélas le RoyRoi voyant que mon cœur ne retourne
Devers sa majesté, et qu’avec moymoi sejourneséjourne
--- 37 ---1035 RebellionRébellion tousjourstoujours, a faictfait commandement
À ses chefzchefs, d’assiegerassiéger ce lieu subitement
Il leur a commandé de rompre ma muraille.
Tarap.Taraptan
Madame ne pleurez, de cela ne vous chaille,
Vous sçavezsavez ce qui est contre luylui entrepris.
1040 Devant qu’il vous surprenne, on le verra surpris
De la mort qui le suit, de la mort qui le passe
JàJa les eaux de Cocyt dans l’Avernine nasse.
S’il n’est des-jadéjà frappé du coup de l’assasinassassin,
Il sentira bien tostbientôt ce que peut le venin
1045 De son cousteaucouteau meurtrier, il ne peut gueresguère vivre,
S’il meurt, hé qui voudra desormaisdésormais nous poursuivre ?
CeluyCelui qui nous voudra desormaisdésormais assiegerassiéger
Craindra à tous moments un semblable danger,
Il craindra qu’on ne trouve encore un autre traistretraître
1050 Qui sans crainte de mort vienne sanglant luylui mettre
Le trespastrépas dans le cueurcœur, puis devant qu’il eûteut mis
Autant devant nos murs des soldats ennemis
Que le RoyRoi decedédécédé, un grand secours de guerre
Pour nous osterôter du joug peuplera nostrenotre terre.
Diado.Diadotime
1055 Qui s’attent sur autruyautrui trespassetrépasse bien souvent,
N’ayant pour tout secours à sa mort que du vent,
AvecqueAvec un vain espoir, qui bien souvent le laisse,
LorsqueLors que le fort plus fort soubssous ses rigueurs le presse,
» En ce qui est humain il ne faut espererespérer.
Tarap.Taraptan
1060 Cil qui n’espereespère rien ne doit desespererdésespérer.
Diado.Diadotime
Qui a-ila-t-il icyici bas qui plus que l’esperanceespérance
DeçoiveDéçoive les humains ? elle est sans asseuranceassurance,
Elle est sans fermeté, elle ne montre aux yeux
PourcePour ce qu’elle promet qu’un bien fallacieux.
1065 On dit ores aussi, que quand les Dieux laisserentlaissèrent
La terre pour son vice, et qu’ils s’en retirerentretirèrent,
--- 38 ---Qu'ilsQui la laisserentlaissèrent seule, en ce bas univers,
Pour pipperpiper les humains par moyens tous divers.
Tarap.Taraptan
Par elle le nocher fendant la mer ÆgeeÉgée,
1070 EspereEspère resisterrésister à la vague enragée,
Il espereespère toucher sans naufrage et sans mort
Opulent et contantcontent le gravier d’un bon port.
Le captif attaché à la dure cadenecadène,
Par elle espereespère avoir une fin de sa peine.
Diado.Diadotime
1075 Ils voyentvoient rarement ce qu’ils ont esperéespéré.
Tarap.Taraptan
Ce qui arrive tard semble desesperédésespéré,
EscoutezÉcoutez qu’ayai-je ouyouï ; le canon s’il me semble
Tire bien presprès d’icyici : entrons, le cueurcœur me tremble.
CHŒUR
Maudite la main
1080 Qui ouvrit le sein
FecondFécond de la terre,
Pour y rechercher
L’outil de la guerre,
Qu’elle eûteut deudû cacher.
1085 ExecrableExécrable fer !
EspreuveÉpreuve d’enfer !
La peste du monde,
Fusses-tu encor
En terre profonde
1090 RouïlléRouillé salle et ord.
Tu n’armeroisarmerais pas
Les siccairessicaires bras
De ces Palamnaises,
Qui troublent maudits,
--- 39 ---1095 Des peuples les aises,
Par leurs coups hardis.
Dieux ! qui pouvez tout,
DetournezDétournez le coup
De ce RegicideRégicide,
1100 Qui a le dessein,
Qu’un fer homicide
Face un assassin.
Rendez-luylui les bras
Si faibles, qu’à bas
1105 LuyLui tombe la lame,
Dont traîtretraitre, et sans foyfoi,
Il veut chasser l’ameâme
Du corps de son RoyRoi.
ACTE V
CLEOPHONCLÉOPHON
Puisque par ma douceur, puisque par ma clemenceclémence,
1110 Ma ville ne s’amende et n’a point repentance,
PuisquePuis que son cueurcœur plus dur que le plus [dur]48 rocher,
Par ce qui est de droictdroit ne se laisse toucher,
PuisquePuis que sa dureté ne peut estreêtre entamée,
Puis que ma majesté, qui l’avoitavait tant ayméeaimée,
--- 40 ---1115 Ne la peut corriger, il faut ores user
De ce que peut un RoyRoi se voyant mesprisermépriser,
Il faut ores user de ce qui peut apprendre
Aux peuples rebellés de respecter et rendre
Tout hommage à leurs RoysRois. Or sus maistresmaîtres de camp,
1120 Arrangez vozvos soldats, recognoissezreconnaissez le champ,
Que le canon soit mis aux lieux plus necessairesnécessaires,
ChastiezChâtiez à ce coup ceux qui me sont contraires,
Faut-il que des lauriers que je t’avoysavais donnezdonnés,
O folle, mes soldats soient ores couronnezcouronnés ?
1125 Faut-il helashélas, faut-il que ta grandeur superbe
VoyeVoie où ton peuple estoitétait desormaisdésormais croistrecroître l’herbe ?
Où estoitétait ton Palais voyevoie un mont ruineux ?
Où tes fleuves couloientcoulaient voyevoie un fleuve seigneuxsaigneux ?
Tu estoisétais mes esbatzébats, mes joyesjoies, mes blandices49,
1130 Mon tout, mes yeux, mon ameâme, et mes seules delicesdélices.
Mais las pour le guerdon d’une si sainctesainte amour,
Tu t’armes contre moymoi, ô toi qui feisfis le jour,
ToyToi qui feisfis le soleil pour luylui donner lumierelumière,
ToyToi qui feisfis que sa sœur fut la claire fourrierefourrière
1135 De la brune vesper, toytoi qui remplis les cieux
De feux, qu’on nomme errants et de feux ocieux,
ToyToi qui ne peux souffrir des tiranstyrans sur la terre,
Ne soufresouffre qu’aux bons RoysRois les sujets fassentfacent guerre.
Saccage leur orgueil, et de tes feux pointus
1140 EnsoufrezEnsoufrés et ardents, foudroyefoudroie ces testustêtus,
EcrazeÉcrase ces mutins, sur ces opiniastresopiniâtres,
DebandeDébande ta colerecolère, et darde les desastresdésastres,
Ils ont contre leur RoyRoi rebellement juré,
De jamais ne l’admettre en son trosnetrône honoré.
THRASIE.
1145 Sire voicyvoici venir un FrereFrère qui demande
S’il vous plaistplaît de le voir ?
Cleoph.Cleophon
Qu’il vienne et qu’on l’entende.
THRASIE.
Venez mon frerefrère, entrez.
Palam.Palamnaise
Sire, un Seigneur qui est
Captif dans vostrevotre ville, et de vozvos bonbons sujetzsujets,
Vous envoyeenvoie par moymoi cestecette importante lettre.
CLEOPHONCLÉOPHON.
1150 Las Messieurs je suis mort, ce detestabledétestable traîtretraitre
M’a frappé d’un cousteaucouteau,
Tra.Thrasie
Ôô meschantméchant tu mourras,
Et maintenant la mort dans ton sein tu auras.
CLEOPHONCLÉOPHON.
Qu’au Palais on me porte, helashélas mon sang s’escouleécoule,
Qu’on brise ce SynonSinon et qu’aux pieds on le foule,
1155 Que de luylui rien ne reste, et qu’on respanderépande au vent
La cendre de son corps,
THRASIE.
Ôô cafard decevantdécevant,
O traîtretraitre desloyaldéloyal plus cruel et sauvage
Qu’un Tigre hircanienhyrcanien, qui deschargedécharge sa rage
Sur le tendre trouppeautroupeau des agneaux innocents
1160 Qu’il treuvetrouve aupresauprès d’un bois les herbages paissanspaissant,
O lion enragé, ô basilicq’50 nuisible,
O plus que DiomedeDiomède en cruauté horrible,
Les Dieux vengeurs des RoysRois, ton forfait puniront,
Et sur ton chef pervers leur foudre ils darderont,
1165 Que t’avoitavait fait le RoyRoi ? helashélas qui t’a fait faire
Ce miserablemisérable coup qui nous est si contraire ?
Quel demondémon ennemyennemi de l’heur Stasiodois,
T’a fait assassiner ce RoyRoi sacré deux fois ?
Quelle rage, meschantméchant ; a conseillé ton ameâme
1170 De massacrer ce RoyRoi, et luylui cacher la lame
De ton secret cousteaucouteau au milieu de son sein ?
Dieux pourquoypourquoi souffriez voussouffriez-vous un si meschantméchant dessein ?
Dieux pourquoypourquoi souffriez voussouffriez-vous qu’une telle entreprise
VîntVint en maturité ! que ne l’avez-vousavez vous mise
1175 Pour estreêtre reveleerévélée en l’esprit de quelqu’un,
Qui fut une ChausseeChaussée à ce Torrent commun,
--- 42 ---Que n’avez-vous poussé ce coup dessus la testetête
De ces vents turbulents qui soufflent leur tempestetempête
Sur nos justes desseins ? ô Dieux que n’avez vousavez-vous,
1180 Si de nostrenotre bon heurbonheur vous n’estesêtes point jaloux
EmpeschéEmpêché ce desastredésastre ? aprenezapprenez RoysRois et Princes,
De vous fier à peu dans vos propres provinces,
RoysRois et Princes voyez, voyez que le meschefméchef
RuëRue plustostplutôt ses coups sur vostrevotre auguste chef
1185 Que sur cil d’un berger, qui franc de toute angoisse
Vit sans ambition, et sans qu’on le cognoisse51
À la Cour des grands RoysRois, dans son toit pastoral,
Ayant pour Seigneurie un petit champ rural,
Ayant pour sceptre en main une croche houllettehoulette,
1190 Pour couronne un chappeauchapeau que le volleurvoleur n’appetteappète,
Pour sa garde un bon chien, pour peuple ses agneaux,
Qui luylui donnent par an certains tributs nouveaux
De leur molle toison : ô vie bien-heureusebienheureuse
Bien-heureuseBienheureuse trois fois et bien moins dangereuse
1195 Que la vie des RoysRois, qui est subjectesujette au sort
Comme la nef aux vents, comme l’homme à la mort.
MESSAGER.
HelasHélas ayai-je peupu veoirvoir chose si deplorabledéplorable !
O piteux accident, ô perte dommageable.
O esclandre fascheuxfâcheux.
ERGASIE.
Qu’y a-ila-t-il messager ?
Mess.Messager
1200 De ma bouche ma voix ne sçauroitsaurait deslogerdéloger,
--- 43 ---O cieux, aveugles cieux, ô cieux pleins d’injustice,
Cieux de vous seuls soigneux, falloitfallait-il que je veissevisse,
HelasHélas ce que j’ayai veuvu ? las falloitfallait-il, helashélas
Que je veissevisse, ô mon RoyRoi, ton funebrefunèbre trespastrépas ?
ERGASIE.
1205 Que dis-tu messager ? d’horreur le poil me dresse,
Je sens jàja la frayeur qui ma poitrine oppresse,
Messager conte moy-moi ce qui est advenu.
Mess.Messager
Un grand malheur nous est ce matin survenu.
ERGASIE.
Tu me rends estonnéétonné, las dydis moy-moi je te prie
1210 Ce qui est survenu.
Mess.Messager
Le RoyRoi n’a plus de vie.
ERGASIE.
Las est-il decedédécédé ?
Mess.Messager
Je l’ayai veuvu de mes yeux
Rendre au vrayvrai JuppiterJupiter son esprit glorieux :
ERGASIE.
Divins, qui habitez l’estoilleuseétoileuse demeure,
Puis qu’il faut qu’un grand RoyRoi comme un autre meure,
1215 RedoutezRedoutés le destin, ayezayés peur de la mort
Puisqu'Puis qu'un si puissant RoiRoy a senti son effort,
ApprehendezAppréhendés le sort, ores craignezcraignés la Parque
PuisquePuis que vous voyez cheoirchoir soubzsous elle ce Monarque
Race de JuppiterJupiter, qui souloitsoulait commander
1220 Aux Stasiodiens, qui n’ont peupu le garder,
Or Messager, dydis moy-moi comme le tout se passe,
Mess.Messager
Titan hors de ThetisThétis tiroittirait sa rouge face,
Quand la playeplaie du RoyRoi s’aigrit plus asprementâprement
Que de coustumecoutume, alors sentant plus vehementvéhément
1225 Le mal qui l’agitoitagitait, dit, Messieurs nous ne sommes
VenantzVenant en l’univers, exemptzexempts des loixlois des hommes,
Il faut mourir, pour vivre, et rendre aux elementzéléments
Ce qu’ilzils prestent de force à tous noznos sentimenssentiments,
La mort est une voyevoie à l’homme preparéepréparée,
1230 Qu’il trouve lorsqu’lors qu’il croit qu’elle soit esgaréeégarée,
--- 44 ---Où il entre, pensant qu’il en soit escartéécarté,
Mais elle ne peut rien que sur l’humanité,
NostreNotre ameâme vient du ciel, nostrenotre ameâme est immortelle,
Et selon ses biens faitzbienfaits, le ciel à soysoi l’appelle,
1235 NostreNotre corps est mortel et de terre bastibâti,
VoilaVoilà pourquoypourquoi il meurt quand l’esprit est sorti,
Quand l’esprit est sorti, il n’est plus qu’un rien mesmemême
SubjectSujet à pourriture, hideux à veoirvoir, et blesmeblême,
Je ne crains point la mort, je la prendprends de bon cœur,
1240 Mais je suis desplaisantdéplaisant qu’un traistretraître soit vainqueur
De moymoi, qui fus vaincueurvainqueur en batailles rangées
Tant de fois pour r’avoir mes villes engagées.
O perfide cafard, vestuvêtu de pietépiété,
Pour du sang de ton RoyRoi rougir ta cruauté
1245 Où as-tu pris l’advisavis de faire un tel outrage
À ton RoyRoi ? qui t’a mûmeu, qui t’a donné la rage
Qui s’acharne sur moymoi ? en parlant il s’esmeutémut,
Son teinctteint devint plus paslepâle, et sa douleur accreutaccrut,
Sa veuëvue de brouillarsbrouillard fut alors empeschéeempêchée,
1250 LuyLui qui sentit la mort dedans son cœur cachée,
Levant sa veuëvue au ciel dit d’une basse voix,
Car il n’en pouvoitpouvait plus, ô toytoi le RoyRoi des RoysRois,
Le Seigneur des Seigneurs, triple unique Monarque.
PuisquePuis que c’est ton arrestarrêt, que le fer de la Parque.
1255 Divise le tissu de mes jours florissansflorissants,
Oubliant mes grandeurs, bienheureuxbien heureux je me sens,
Je me sens bienheureuxbien heureux d’abandonner le monde,
Où l’on voidvoit rejeunirrajeunir, l’Iliade fecondeféconde
Des malheurs Phrygiens, et le sieclesiècle de fer,
1260 Qui feitfait Rome de soysoi, et des siens triompher,
Je benisbénis ta bonté, j’exalte ta clemenceclémence
Je remercyeremercie aussi ta sainctesainte prevoyanceprévoyance,
--- 45 ---Qui me tire d’icyici, d’où sort la pietépiété,
Où le dol pour la foyfoi entre en authoritéautorité.
1265 Où pour la paix la guerre, où pour la sainctesainte AstreéAstrée,
RegneRègne ÉnyoEnyon sanglante, et de fer accoustréeaccoutrée,
Bref où l’on voit renaîtrerenaitre et regermer les maux
Qui te feirentfirent ouvrir les celestescélestes canaux
Par deux fois vingtsvingt soleilzsoleils durant noznos premiers perespères,
1270 Pour noyer avec eux leurs vices ordinaires.
O Dieu tentends moy-moi la main, levelève à toytoi mon esprit,
Je sens finir le temps que tu luylui as prescrit,
VueilleVeuille joindre, ô mon Dieu, à ma double couronne,
Celle que ta bonté à tes esleusélus ordonne.
1275 Chacun oyant ces mots pleuroitpleurait et lamentoitlamentait
Et de coups resonnantzrésonnant sa poitrine battoitbattait
On n’oyoitoyait que souspirssoupirs, on ne voyoitvoyait que larmes
Que rompementzrompements d’habitzhabits, que regrets de gendarmes.
Lors le RoyRoi dit ainsi : estes êtes-vous enuyeuxennuyeux
1280 Du bon heur qui m’attend dans le monde des Cieux ?
Essuyez tous ces pleurs, treveztrêvez vostrevotre destressedétresse,
Pour moymoi, qui sors du monde, un grand RoyRoi je vous laisse,
Qui avec sa valleurvaleur, vous fera voir encor
En ce sieclesiècle de fer un autre sieclesiècle d’or,
1285 Qui rendra ses beaux faictsfaits outre Calpe notoires,
Qui vous doit enrichir du los de ses victoires,
Qui doit veoirvoir les lauriers plustostplutôt qu’elles finir,
Et le cours du soleil pour leur bornes tenir,
Qui doit ayméaimé du Ciel vous osterôter de malaise,
1290 EnchaînerEnchainer la discorde, et vous redonner l’aise.
La mort comme il pensoitpensait plus longuement parler,
LuyLui vint d’un noir bandeau les yeux emmanteler.
Sa langue elle noüanoua : lors sur un doux ZephireZéphire
La vie de son cœur devers l’Olympe tire.
--- 46 ---1295 Nous laissantslaissant tous confuzconfus, en pensementzpensements divers,
De tristesse, et de deuil, funebrementfunèbrement couverscouverts[.]
Ergas.Ergasie
O esclandre funebrefunèbre, ô maudite infortune,
Mess.Messager
Allons plorerpleurer leans cestecette perte commune.
FIN
À TRÈS-TRES-VERTUEUX, TRÈS-TRES-PRUDENT, ET DOCTE SEIGNEUR, Monsieur François MironMyron, Conseiller du RoyRoi en son Conseil d’estatétat et Privé, et Lieutenant Civil és Ville, PrevostéPrévôté Et vicomté de Paris.
ANAGRAMME
FRANÇOIS MIRONMYRON.
MINOS, ROYROI FRANC.
SONNET.
O MIRONMYRON le miroir où se mire Justice,
Miroir qui fut pollipoli d’un ÉmerilEmeril d’honeurhonneur,
Par les mains des vertus, qui t’ont faictfait leur Seigneur
Et qui désdès ton Enfance, ont ayméaimé ton service.
Je croiroiscroirais comme ingrat meritermériter un supplice,
Si je ne consacroisconsacrais à ta douce grandeur
Et les fleurs et les fruictsfruits de l’honnestehonnête labeur,
Qui fait que l’homme entier par la mort ne perissepérisse.
ReçoyReçois donc s’il te plaistplaît, un ANAGRAMME deudû
À tes perfections, qui parfaictparfait t’ont rendu
CestCet ANAGRAMME dit et est chose connüeconnue
Que tu esés un MINOS en Justice et en mœurs
Un RoyRoi, et Franc amyami, qui tout bon t’esvertueévertue.
Par des biens-faictsbienfaits d’aymantaimant à t’obliger les Cœurs.
Par votre tres-très humble serviteur.
J. D. F.52