Pour retrouver toutes les informations sur cette pièce, cliquez ici.
La Lucrèce
- Mémoire-édition de Pascal Macquet sous la direction de Nina Hugot (Metz, 2024-2025)
- Transcription, Modernisation, Annotation et Encodage : Pascal Macquet
- Relecture : Milène Mallevays, Nina Hugot
LA LUCRECE.LA LUCRÈCE.
ACTE I.
<SEXTE TARQUIN>
En vain à la vertu bien souvent on s’assure,
Trop sujetesujette aux assauxassauts, trop sujetesujette à l’injure
Du malheur qui l’assiegeassiège et, pour ne flechirfléchir1 pas,
Que souvent le malheur acableaccable sous ses pas.2
5Car contre son rempart l’envie alaigreallègre veille3
Que souvent ell’elle esprouveéprouve à son dam sa pareille,
Qui lors vuidevide d’honneur, ainsi qu’en un cercueil,
DedaigneuseDédaigneuse languit d’un paresseux sommeil.
Au contraire celuycelui qui va suyvantsuivant l’audace
10D’un pas gaymentgaiement aisléailé et courageux embrasse
Les hazarshasards incertains, l’audace le conduit
--- F1.r° ---Dans le havre, où fortune heureusement le suit.4
MesmesMême si la vertu ne se voit estimée
Sinon d’autant qu’ell’elle est de la fortune ayméeaimée,5
15Et si le vertueux sous le malheur pressé
Se voit comm’comme inconneuinconnu, de chacun delaissédélaissé,6
L’homme donc vertueux seulement on aprouveapprouve,
Non pas pour sa vertu, mais pour l’heur7 qu’il éprouve.
Ô vous ManesMânes8 heureux, heureux estesêtes vous bien
20Si vous eusteseûtes ici un heur semblable au mien,
Vous les ManesMânes plus vieux, qui aux rives heureuses
Embrassez vos amours sous les Myrtes ombreuses.
Deux jours sont jajà passezpassés, et jajà le voile noir
EmbrunissoitEmbrunissait les cieux, quantquand Brute me vint voir,9
25Collatin vint aussi : l’Amour archer10 entame
Lors à chacun de nous un desirdésir de sa Dame,
Les chevaux sont bridezbridés, et nous partons soudain
Pour retourner ensemble à l’assaut l’endemainlendemain :
Car desjadéjà tout autour la muraille assiegée
30SusSur le front du fossé l’armée estoitétait rangée.11
Le Bouvier paresseux estoitétait presque lassé
D’avoir de demi-tour son chariot passé,12
QuantQuand au bal et au vin nous suprenonssurprenons nos femmes,13
Qui chanceloyentchancellaient d’Amour avec les autres dames.
35Ainsi chez Collatin LucreceLucrèce ne faisoitfaisait14
Au milieu de sa chambre une lampe luisoitluisait,
Ell’Elle avoitavait à costécôté un panier plein de laines
DequoyDe quoi ell’elle ouvrageoitouvrageait les batailles Romaines.15
« De gracegrâce, dites -moymoi, car vous allez dehors,
--- F1.v° ---40(DisoitDisait-ell’elle) et d’icyici compagnes, je ne sors,
Dit-on point si bien tostbientôt Arde16 sera forcée ?
Ou si l’armée en bref ne sera point cassée ?17
Tu18 tomberas bien-tostbientôt, et le Romain puissant
Ira avec le feu tes fautes punissant,
45Arde nostrenotre malheur, Arde cruelle, en somme
Arde le long ennuyennui des pucelles de RommeRome !
Las, helashélas ! Collatin, l’homme vaillant et fort
RampareRempare19 son paispays, qu’il destruitdétruit par sa mort,
Je craincrains que pour porter au rampartrempart la victoire,
50Tu n’achetesachètes trop cher une longue memoiremémoire. »20
Or entre ces regrezregrets, ces sanglossanglots, et ces plains21,
La gaze luylui tomboittombait, et l’aiguille des mains.22
Nous entrons en la chambre, et Collatin l’embrasse
Des perles de ses23 yeux lui arrousantarrosant la face
55Qui sembloitsemblait en beauté le vermeil d’un jardin
DeclosDéclos, au plus doux mois, au Soleil du matin.
NeNi les Jumeaux aislezailés24 qui de Thrace chasserentchassèrent
Les monstres emplumezemplumés25, qui gloutons affamerentaffamèrent
Le propheteprophète aveuglé26, peu s’en faut adoré
60Du peuple marinier pour le belierbélier doré,
Ne ramoyentramaient point si tosttôt : non pas27 l’Aigle qui porte
Les traits de Jupiter, que le bon-heurbonheur m’escorte.
L’Aube laissant Tithon28 jonchoitjonchait le Ciel de Lis
EntremellezEntremêlés d’œillets29 nouvellement cueillis,
65QuantQuand ce feu se30 logea au creux de ma poictrinepoitrine,
Et à peine TethysTéthys31 de sa coche argentine
VoyoitVoyait venir PhœbusPhébus32, qui les nuësnues fendoitfendait33
--- F2.r° ---Pour se plonger aux bains où elle l’attendoitattendait,
QuantQuand sussur les plus heureux haut je levelève la testetête,
70Or ore34 le Seigneur de si riche conquesteconquête,
Et de tant de soldats un camp exercité35
N’est encore vainqueur d’une foiblefaible cité,
Bien qu’ils courbent tousjourstoujours le dos dessous les armes,
Et donnent courageux, jour et nuit tant d’alarmes.
75Mais, quoyquoi ? elle36 s’en va par la ville criant,
Et deçadeçà, et deladelà, les Romains effrayant.
Ne crains-tu point, Tarquin, la vertu de cestcet homme37
Qui gagne de sa part le cœur des gransgrands de Romme ?
Que ta Rome jalouse, apelleappelle le premier
80De tous les SenateursSénateurs, et le premier guerrier ?
Ne crains-tu point aussi les sinistres augures
MenaçansMenaçant ta maison de ses pertes futures ?
Du creux d’une colomnecolonne un serpent est coulé38
Ton perepère qui s’en est à Phœbus conseillé39,
85N’ayant depuis porté rien de gaygai au visage,
MonstreMontre que ce luylui fut un sinistre presageprésage.
Si sais-tu que le peuple a tousjourstoujours le cœur feint,
Et ne fléchit aux RoysRois que d’autant qu’il les craint.
Tu sais quel bruit du RoyRoi par le peuple ventele40,
90Que de Tulle41, et d’Arons42, le meurtrier43 on l’apeleappelle44,
Qui ont mesmemême porté leur Amour au tombeau
LaissansLaissant à ta maison, non le nocier flambeau,
Mais celuycelui d’Alecton45 : car au lieu d’HymenéeHyménée46
On y oyoitoyait47 hurler MegereMégère48 forcenée,49
95Qui remplissoitremplissait la nuit de bruit et de frayeur,
--- F2.v° ---Qui remplissoitremplissait aussi ta Rome de malheur,
Qui pour triste signal certain de sa conquesteconquête,
FaisoitFaisait floterflotter en l’air les serpensserpents de sa testetête.
On vit bien-tostbientôt apresaprès ce vieilvieux Serve50 rué
100Des degresdegrés du SenatSénat51, et peu après tué.52
Et ta meremère soudain, Tulle53 qui rend indineindigne
Rome, que le Soleil sussur Rome s’achemine54,
Dans un char descouvertdécouvert le peuple traverser,
Pour sussur son perepère mort faire le char passer.55
105Dont la juste EquitéÉquité, bien que tard, te pourchasse,56
Et malheur sussur malheur, pour te punir, r'amasseramasse.
Or de ce qui est fait tard est le repentir,57
De l’heur dont on jouit il se faut ressentir :
La victoire que j’ayai n’est au hazardhasard commune,58
110Mais quant à l’adveniravenir je le quitte à fortune.59
LE CHŒUR <DES FEMMES ROMAINES>.60
La Parque61 à grand tort exerce
Les hommes en tant de maux.
L’un avec le soc renverse,
AtelantAttelant ses bœufs égaux,
115La pleineplaine qu’il assaisonne :62
L’autre d’un Pin creux63 sillonne
La mer, et aux borsbords lointains
TethysTéthys va pour n’estreêtre veüevue,
En vain l’EstéÉté toute nüenue,64
120Se rafraischirrafraîchir en ses bains65.
--- F3.r° ---
Un soin de longue memoiremémoire
Elle66 file au cœur des RoysRois,67
AttachansAttachant d’une Victoire
Le peuple au joucjoug de leurs LoixLois,
125Oublieux que la Mort pallepâle
Les RoysRois aux veincusvaincus egalleégale68
Dedans l’obscur du cercueil,
Et que là plus ils ne sentent
Les voix icyici qui les chantent,
130NeNi d’un Colosse l’orgueil.69
La seule vertu demeure,70
Et tout va sous le tombeau.
En vain revivre on s’asseure71
Dans un animé tableau
135Que le rouil72, ou la vermine,
L’air, ou la tempestetempête mine,
Ou le Temps encor plus fort.
Ainsi cestcet autre revivre,
Qu’on se forge dans le cuivre
140Est une seconde mort.73
Ces Dieux de TroyeTroie les hosteshôtes
De leurs saints temples chassezchassés74
FouloyentFoulaient de TethysTéthys les costescôtes
Sous leurs vaisseaux empoissezempoissés75,
145Lors queLorsque Junon forcenée
MenaçoitMenaçait encor ÆnéeÉnée
Brouillant la mer et les Cieux,
De feux, de vagues, d’orage,76
--- F3.v° ---Pour repousser du rivage
150Latin, et luylui et ses Dieux.
QuantQuand le Dieu aux tresses blondes77
Qui allume le matin,
Et VenusVénus78 fille des ondes79
DescouvrentDécouvrent leur front divin,
155Qui ressembloitressemblait une estoilleétoile
QuantQuand les Heures de leur voillevoile
Ne couvrent toute la nuit,
Dans la mer elle se lave
Afin d’aparoistreapparaître brave,
160Où son amour la conduit.
PhœbusPhébus faisoitfaisait sa menace
Malgré les flots escouterécouter.
Marchez des Dieux brave race
Que Junon ne peut domterdompter80,
165Qui doit voir Same, et MycennesMycènes
Souffrir par vous plus de peines
Qu’or elle n’esmeutémeut de flots,
Voir la conquesteconquête servile
De vos neveux, ceux d’AchileAchille81
170CroisansCroisant les mains sussur le dos.
Mais Junon haussant la dextre82
CrespoitCrêpait sa face de dueildeuil.83
« Marche peuple qui doisdoit estreêtre
(DisoitDisait -elle) un jour l’orgueil
175De ce grand Tout, et estonneétonne
Ce que NeréeNérée84 environne
--- F4.r° ---Sous le fardeau de tes LoixLois85,
PourveuPourvu que ta Rome essayeessaie
De ta main, la mesmemême playeplaie,
180Dont tu vaincras tant de RoysRois.
Et que les guerres civillesciviles86,
Le fleaufléau duquel les Dieux87
Punissent l’orgueil des villes,
Brisent ton chef odieux.
185Comme la race nouvelle
De la machoiremâchoire cruelle,
De ce grand serpent ThebainThébain,
Qui armoitarmait, pour voir bornée
Sa vie d’une journée,
190L’un contre l’autre sa main. »88
Junon au Ciel se retire
Dans son char tiré de PansPaons,
PlustostPlutôt que des monsmonts d’EpireÉpire
La foudre ne bat les flansflancs.
195Ô Dieux reculez arrierearrière
CesteCette vengeance meurtrieremeurtrière :
Si de ceux vous avez soin,
Pour ne vous voir estreêtre proyeproie
Des feux saccageurs de TroyeTroie,
200Qui vous ont conduitconduits si loin.
Heureux le Prince qui pense
Au vol de l’heur passager,
Pour s’agrandir il n’avance
Son sceptre au gré du danger,
--- F4.v° ---205Son peuple à vertu docile
Sommeille en repos tranquille,
Et lors quelorsque quelque mutin
Au feu des guerres l’apelleappelle,
Il court domterdompter le rebelle
210Gros d’honneur et de butin.
ACTE 2.
LUCRECE.LUCRÈCE.89
Que peux-tu donc LucreceLucrèce espererespérer davantage,
Sinon de ton honneur un eterneléternel dommage ?90
Car ainsi que l’on voit quantquand Flore91 au plus doux mois
Vient revestirrevêtir de verdvert la perruque des bois,
215Le ChesneChêne92 qui verdit sussur les autres la testetête,
Recevoir le premier les coups de la tempestetempête93 :
Ainsi j’ayai dessus moymoi tout l’orage receureçu,
Orage non d’éclairs, de greslesgrêles, neni de feu,
Mais bien au lieu d’éclairs, de greslesgrêles, et de flamesflammes,
220Orage plainplein d’horreur, de deshonneurdéshonneur, et blamesblâmes.
Comm’Comme un Lis blanchissant que l’homme soucieux
ArrouseArrose en son jardin pour le front de ses Dieux,
PlustostPlutôt dedans son char l’Aurore safranée
Ne vient pour argenter une sainte journée,
225Que devotdévôt il acourtaccourt afin de le cueillir :
Mais de loin il le voit contre terre vieillir :
--- G1.r° ---Et tout autour, ramper un essainessaim de chenilles,
Sans atoucherattoucher aux fleurs à ses dieux inutilles94.
Ainsi las95 ! Collatin, le malheur d’une nuit,
230A de toytoi et de moymoi, tout cestcet honneur destruitdétruit
Que tant plus on prisoitprisait dessus tout autre rare,
Et plustostplutôt on l’a veuvu foulé d’un piépied barbare.
Ô miserablemisérable honneur, miserablemisérable vertu,
Puisque de vous en vain un cœur est revesturevêtu96,
235Et puisque, malgré vous, il est proyeproie commune
Ainsi qu’un vicieux, du tort97 et de fortune,
DequoyDe quoi le souvenir loge un triste regret
Dessus le cœur blessé, ains98 un Aigle secret.
Car celuycelui qui le jour pour recouper la plaine
240AguillonneAiguillonne ses bœufs, il oublie sa peine
QuantQuand il est retourné, et d’un soin coustumiercoutumier
Il revient l’endemain99 au labeur le premier :
Mais ce regret réveille une peine eternelleéternelle
Aussi tostAussitôt que PhœbusPhébus ses gransgrands coursiers atelleattelle,
245Pour ne s’endormir pas par les plus longues nuits100
Qui de vites penserspenser nourrissent les ennuis.
ToyToi donc, qui vas pleurant ton Ceyx au rivage,101
AsseurantAssurant les nochers d’un heureux navigage :
Et vous, qui souspirezsoupirez au printemsprintemps vos chansons,
250Filles de Pandion hostesseshôtesses des buissons,102
Cessez de vos malheurs la querelle ancienne,
VostreVotre douleur n’est rien au regard de la mienne.103
Qui a perdu l’honneur, il souffre encor là -bas
Entre mille regretzregrets un eterneléternel trespastrépas.
--- G1.v° ---LA NOURRICE.
255Du mal desjadéjà passé en vain est la complainte.
LUCRECELUCRÈCE.
On ne se plaint en vain quantquand la douleur n’est feinte.
LA NOURRICE.
Si faut-il receler quelque foisquelquefois sa douleur.104
LUCRECELUCRÈCE.
Qui recelerecèle son mal n’a point le mal au cœur,105
LA NOURRICE.
Il faut avoir le cœur fort contre l’infortune.
LUCRECELUCRÈCE.
260Il le peut, qui reçoit une perte commune.
LA NOURRICE.
Il n’est si grand malheur qu’on ne puisse endurer.
LUCRECELUCRÈCE.
Et qui pourroitpourrait du mien le remederemède espererespérer ?
LA NOURRICE.
Le Temps peut ce qu’en vain raison souvent essayeessaie.
LUCRECELUCRÈCE.
Le Temps le plus souvent renouvelle la playeplaie.
LA NOURRICE.
265Les pleurs ne servent rien que d’aigrir la douleur.
LUCRECELUCRÈCE.
C’est le secours plus prompt qu’on esprouveéprouve au malheur.106
LA NOURRICE.
Mais que sert publier à tous cestecette destressedétresse ?
LUCRECELUCRÈCE.
Cela peut irriter contre lui la noblesse.
LA NOURRICE.
Mais devant le pouvoir il ne faut menacer.
LUCRECELUCRÈCE.
270Il faut par tous moyens son haineux offenser.
LA NOURRICE.
Mais107 c’est108 le fils du RoyRoi, voyvois à qui tu t’adresseadresses.
LUCRECELUCRÈCE.
Collatin est du sang, et moymoi, je suis princesse.
LA NOURRICE.
Il est jeune et dispos, des Romains redouté,
LUCRECELUCRÈCE.
Le vent de la faveur n’est tousjourstoujours d’un costécôté.
LA NOURRICE.
275Et de qui seras-tu pour te venger, aidée ?
LUCRECELUCRÈCE.
Et seule estoitétait Progné, et seule estoitétait MedéeMédée109.
LA NOURRICE.
Regarde à ne te perdre au lieu de te venger.
LUCRECELUCRÈCE.
Le mal qui est trestrès-grand ne peut en pis110 changer.
LA NOURRICE.
Une Princesse doit n’estreêtre pas temerairetéméraire.
LUCRECELUCRÈCE.
280J’ayai, quantquand il s’armera, trop pour lui satisfaire,
LA NOURRICE.
À changer ses desseins le peuple est coustumiercoutumier.
LUCRECELUCRÈCE.
Le peuple, au changement, suit tousjourstoujours le premier.
LA NOURRICE.
D’un vulgaire mutin la fureur n’est point forte.
LUCRECELUCRÈCE.
L’horreur et mon malheur me feront seuresûre escorte.
LA NOURRICE.
285Bride cestecette fureur qui te mesnemène si fort.111
LUCRECELUCRÈCE.
Las ! Je la brideraybriderai Nourrice, par ma mort.
Et vengeant mon honneur, j’en porterayporterai moymoi-mesmemême
La nouvelle à Pluton112 le Dieu du peuple blesmeblême.
Ô cœur, ô laschelâche cœur, il faut pour me tuer,
290Il te faut bien, mon cœur, plus fort évertuer.
Pour ne mourir tousjourstoujours, il faut qu’un coup je meure
Quittant ce corps, de moymoi miserablemisérable demeure.
MesMets donc, mesmets donc, LucreceLucrèce, à tes maux une fin,
Et d’une brave main enseigne le chemin
295Au travers de ton sein, pour forbanir ton ameâme
Qui dans ce corps souillé incoupable se pasmepâme.
Or le malheur n’est rien, et cestuycelui ne pertperd rien,
Qui peut apresaprès sa perte espererespérer quelque bien :
Mais quoyquoi ? las ! mon espoir ce m’est desesperancedésespérance,
300Et le moins de mes maux n’espererespérer que souffrance.
La seule mort pourra me rendre mon honneur,
La seule mort fera borne de mon malheur.113
LA NOURRICE.
Par le soin que j’ayai eu de toytoi, et j’ayai encore,
Par ce poil argenté qui ma vieillesse honore,
305Par tout cela que doit la jeunesse au plus vieux,
Et par ce chaste honneur qui luit dedans tes yeux,
Par le laictlait que tu as succésucé de mes mamelles,
Par les baisers que j’eus de tes levreslèvres jumelles
Lors queLorsque legerléger fardeau à mon col tu pendois114,
310Au plus creux de ton sein ferme ces tristes voix.
--- G2.v° ---Celle ne pechepèche en rien, qui est au mal forcée :
Mais un triste regret bourrelle la pensée
TousjoursToujours campé dessus le cœur du vicieux,
Ains, comme d’un fleaufléau, il sert aux justes dieux.115
315Que tant plus il banitbannit, et plus il le r’apellerappelle,
Et plus Hydre immortel116 ses testestêtes renouvelle.117
LUCRECELUCRÈCE.
Tu essayesessaies en vain, Nourrice, m’abuser,
Cherchant si doucement mon malheur excuser.
Que je vive dans Rome ! où la Vestale Rhée118
320La meremère de nos Dieux, vifvevive fustfut enterrée.
Or que de son pechépéché ce grand Mars fustfut auteur,
Or que le Tibre creux, admirant la grandeur
De ces jeunes bessons119, craintif de leur dommage
EustEut retiré ses flosflots du sablonneux rivage,
325Or que dessus le bortbord, au seul bruit de leur voix,
Une Louve acourustaccourut du plus touffu d’un bois,
Laquelle tous les jours, à ses petispetits cruelle,
Aux levreslèvres de ces deux deschargeoitdéchargeait sa mamelle !
Que si la seule mort peut mon honneur garder,
330Mourons, mourons plustostplutôt qu’au deshonneurdéshonneur cedercéder120
Il faut partout monstrermontrer combien l’honneur on prise :
Combien que le danger de son gré on élise.
Dieux arbitres cruels du peuple criminel,
Ne le punissez point d’un trespastrépas eterneléternel,121
335Ains qu’il vive tousjourstoujours, et que tousjourstoujours son vice
SusSur le bortbord Stygien122 d’un remorsremords le punisse.
Vous filles d’AcheronAchéron123, l’horreur du peuple ombreux,
Qui portez des serpensserpents pour tresses de cheveux,
--- G3.r° ---Mettez dedans son sein, vos serpentes meurtrieresmeurtrières124
340De son heur et repos eternelleséternelles guerrieresguerrières.
Ne vous travaillez plus là -bas, pour estrangerétranger
Les fruits à ce Tantale125, alors qu’il veut manger.
Ne lassez plus en vain les coupables BellidesBelides126
Qui du plus creux de l’eau tirent leurs cruches vuidesvides.
345Et laissez à jamais à SisipheSisyphe127 attacher
Au plus stable d’un mont son muable rocher.
Ains, ramassez en un, Déesses inhumaines128,
Pour punir ce méchant vos plus cruelles peines.129
Ô cœur de mon honneur trop peu aguillonnéaiguillonné,
350Veux-tu, en l’accusant, qu’il te soit pardonné ?
LucreceLucrèce, tu devoisdevais pour te laver de blameblâme
AtiedirAttiédir dans ton sein la pointe de sa lame,
Courir aucontre luylui, ou bien, retenir l’air
Dans tes poumons pantois pour bien tostbientôt t’étouffer.
355Pour garder son honneur on ne manque point d’aide,
Puisqu’on peut par la mort y trouver un remederemède.
LE CHŒUR <DES FEMMES ROMAINES>.130
CeluyCelui qui constant embrasse
La justice et la vertu,
Par la mutine menace
360Du peuple il n’est combatucombattu,
NyNi mesmemême par la colerecolère
D’un TiranTyran à tort severesévère :
Car si Jupiter iré131
--- G3.v° ---Voulant l’univers dissoudre
365DecochoitDécochait d’un coup sa foudre,
Il meurt des cieux asseuréassuré.132
Ainsi, la Vertu maistressemaîtresse
Mit Hercule au rang des Dieux,133
Et tant de braves de GræceGrèce
370Ell’Elle assit dedans les Cieux.
Où entre l’heureuse troupe
Qui boit des dieux en la coupe,
On voit, ainsi qu’un CyprésCyprès
Dressant sa testetête hautaine
375SusSur les arbreaux de la plaine,
Fleurir nos RoysRois empourprezempourprés134.
Heureux celuycelui qui s’assure
Aux dieux soigneux de nostrenotre heur,
On reçoit d’eux à usure
380Ce qu’on dresse à leur honneur.
Ils ont, jaloux de leur gloire,
Quitté leur siegessièges d’yvoireivoire
Pour venir à nos autelzautels.135
Nos ayeuxaïeux, pour recompenserécompense,
385Le conseil et la vaillance
ReceurentReçurent des immortels.
Car jaçoyjaçoit qu’un136 frontispice,
À la Grecque élabouréélaboré,
N’orgueillist leur edificeédifice,
390NeNi le marbre coloré :
Mais que leur toicttoit de javelles137
--- G4.r° ---FustFût sussur quatre fourches greslesgrêles
Clayé dozierd'osier tout autour,
La devotiondévotion nourrice
395De repos, et de Justice,
Y choisissoitchoisissait leur sejourséjour.138
Mais depuis, les ans fertiles
Et d’erreur, et de pechezpéchés,
De mœurs aux vices serviles
400Ont les Romains entachezentachés.139
Et l’Amour faisant outrage
À l’honneur du mariage
Souilla des noces le lit,
L’Amour seule source, en somme,
405Des vices qui ont de RommeRome
Et l’heur et l’honneur destruitdétruit.
PlustostPlutôt le sein ne pommelle
Aux pucelles de quinze ans,
Que ce Dieu140 les empointelle
410De ses soucis plus cuisanscuisants,
EgarantÉgarant leur cœur folastrefolâtre
Dans l’œil qui les idolatreidolâtre,141
Et les plus grandes qui sont
Dessous les loix d’HymenéeHyménée,
415Rompant la foyfoi jajà donnée,
À d’autres baisers s’en vont.
Veste142 Déesse severesévère,
Déesse des chastes feux,
Si ce Numa143 qu’on revererévère
--- G4.r° ---420L’honneur de nos sieclessiècles vieux,
T’a144 nommé la gardienne
De nous, la race IllienneIlienne145
Des Troyens veincusvaincus des Grecs.
Garde bien que nulle flameflamme
425Le cœur des Romains n’entame,
Sinon de tes feux sacrezsacrés.
ACTE 3.
COLLATIN.
VoicyVoici donques146 ces monts desquels la destinée,
Au grand azur des Cieux a la grandeur bornée,
Qui doit de l’OceanOcéan leur pouvoir limiter,
430Et égaler leur nom au nom de Jupiter :
Car d’un oracle vrayvrai la prestresseprêtresse propheteprophète
N’aguereNaguère le promit, quantquand on trouva la testetête
D’un homme entiereentière encor147, lors quelorsque Tarquin fondoitfondait
L’orgueilleux Capitole et que l’ouvrier148 sondoitsondait,
435Dedans le sein plus creux la cropecroupe TarpeieneTarpéienne149,
L’honorant du butin d’une vill'ville ancienne.
Mais quel soudain malheur Brute, quel changement
Nous a fait rapelerrappeler du camp secretementsecrètement ?
Le courrier de vistessevitesse estoitétait tout hors d’aleinehaleine,
440Et n’a peupu nous conter la nouvelle certaine.
Il n’avoitavait (disoitdisait-il) rien à nous aporterapporter
Sinon qu’il nous faloitfallait au retour nous hasterhâter.150
--- H1.r° ---Tu es à nostrenotre dam Nemese151, trop soigneuse :
Car outre le fil noir que la Parque outrageuse
445Va d’un pouce cruel à son fuseau tourner,
Tu fais devant le mal nostrenotre mal deviner
Et premier que le coup, endurer la blessure
Par l’incertain discours de nostrenotre conjecture.
BRUTE.
CestuyCelui ne s’est jamais en son bien abusé
450Qui a le pas legerléger de Fortune avisé,
Que si de son bon-heurbonheur le front elle retourne,
Pourtant de la vertu son pas il ne destournedétourne,152
AprisAppris à espererespérer comme d’un vent pesteux
De son triste malheur un changement heureux.
455Ainsi que le nocher, qui en la mer ÆgéeÉgée,
D’orages, et de flots, voit sa nef153 assiegéeassiégée,
Pour une seule mort il craint mille trespastrépas,154
Il craint des flots esmusémus se faire le repas,
Il craint s’enveloperenvelopper aux sablonneuses rades,
460Ou choquer son vaisseau au flanc des Symplégades155.
Car pour l’acheminer la Lune ne reluit,
NeNi le char argenté que le Bouvier conduit.
ToutesfoisToutefois les Tritons, avecque156 la brigade,
Des NereidesNéréides sœurs de bien loin de la rade,
465Le font d’un voile enflé soudain surgir au port,
QuantQuand plus il se pensoitpensait le gibier de la mort.
Or malgré le malheur, il faut l’honneur poursuivre,
Et chercher par la mort un honorable vivre157
Pour eschaperéchapper ainsi qu’on voit le pelerinpélerin,
470Entre plus de dangers plus hasterhâter son chemin.
COLLATIN.
Ainsi qu’un char qui fuit, la vie est passagerepassagère,
On ne doit toutesfoistoutefois sa belle fleur desfairedéfaire.
Qui s’ouvre et se reclostreclôt mais si quelque estrangerétranger
Sous ses barbares loixlois veut le paispays ranger,
475Ou si de son repos quelque mutin l’esveilleéveille,
Ou si quelque TiranTyran de son heur le despueille158,
Pour prendre dans le sein une playeplaie, il se faut
Planter sussur le rampartrempart et soustenirsoutenir l’assaut :
Car trop couardement cestuicelui prise sa vie
480Qui ne veut point mourir avecque159 sa patrie.
Mais quantquand on voit sortir tout son labeur en vain,
Et ceux à qui les Dieux ont mis dedans la main
La bride, pour guider le peuple au bien fidellefidèle,
Et pour domterdompter celuycelui à la vertu rebelle
485EsleverÉlever le mechantméchant, et le juste abaisser,
Qui peut d’un juste dueildeuil, didis-moymoi, se dispenser ?
Or que le vertueux de toute sa vaillance
N’ait rien que sa vertu pour seuresûre recompenserécompense,
La vertu toutesfoistoutefois se nourrit de l’honneur,
490Et sa louange ell'elle a seul prix de sa grandeur.
ParquoyPar quoi le vertueux sa vaillance desdagne160,
Alors que la faveur son labeur n’acompagneaccompagne,
Honteux de sa vertu le loyer espererespérer
Pour voir heureusement l’indigne prospererprospérer.
495Tu sais depuis quel temps ta vertu est prisée,161
Et pourquoypourquoi tu servoisservais si longtemps de risée,162
Tu sais de quel soupsonsoupçon Tarquin est agité
Te voyant dessus tous, de tous estreêtre vanté,
--- H2.r° ---Qui pour t’entretenir de ses vaines blandices163,
500T’a n’agueresnaguère créé le RoyRoi des sacrifices
Vain honneur sans pouvoir, les autres sont donnezdonnés,
MesprisMépris des vertueux, à ses effeminezefféminés164.
Tu sommeilles pourtant, toytoi d’Ilion165 la race,
Qui portes dans le sein une Troyenne audace.
BRUTE.
505L’homme de jour en jour devient moins vertueux,
La vertu honoroithonorait les ans de nos ayeuxaïeux,
Et leur race d’apresaprès estoitétait moins vertueuse,
Mais celle du jourd’huyd'aujourd'hui est du tout vicieuse.
Semblable à celle-ci, la jeunesse n’estoitétait
510Qui de blancs morions la testetête se crestoitcrêtait,
EchangeantÉchangeant à son nom les campagnes Latines,
Jusque là où Triton166, paistpaît ses tropestroupe marines.
Le Romain lors se fit SenateurSénateur de berger,
Et veinqueurvainqueur il se fit citoyen d’estrangerétranger,
515Brassant avec le sang la poudre des campagnes,
Où il portoitportait encor les gerbes pour enseignes.
Du peuple des Sabins il printprit son second RoyRoi167,
Et sous un RoyRoi paisible il fut paisible et coycoi,
Qui commendacommande par veuxvœux faire aux Dieux ses demandes,
520Et avec des gasteauxgâteaux faire aux morsmorts ses offrandes,
Et forgeoitforgeait qu’ÆgerieÉgérie168 en secret lui bailloitbaillait
La nuit toutes les LoixLois qu’en l’airinairain il tailloittaillait.
Ne pouvant rebrider par autre servitude
Le peuple qui estoitétait victorieux et rude,
525LuyLui donc, qui se vantoitvantait le familier des Dieux,
De songes il paissoitpaissait ses peuples ocieux.
--- H2.v° ---Tulle169 qui vint apresaprès resveillaréveilla leur paresse,
Et dehors les autelzautels éprouva leur proüesseprouesse
Au contre ses voisins, et du long des parois,
530Pour courir aux combats, il despentdépend les harnois :
Et ayant conquestéconquêté l’heur de tant de batailles,
Il retrencharetrancha d’un soc des Albains les murailles.
Le vieil Ancus170 de murs la ville environna,
Et moins que son ayeulaïeul aux dieux il s’adonna.
535Ses cheveux de Verveine, et de L’aurierLaurier il serre,
MélantMêlant également et les vœux et la guerre.
Puis le Prisque Tarquin171 de la GreceGrèce aportaapporta
La finesse dans Rome, et nos mœurs il gastagâta.
Ô Serve172, tu pouvoispouvais d’icyici chasser le vice,
540Tu pouvoispouvais redresser des autelzautels à Justice :
Mais ô cruels destins, ô fuseaux ennemis,
Vous ne nous avez point tant de bon-heurbonheur permis.
Or repose là -bas, et icyici sussur ta tombe
Qu’un orage d’œilletzœillets du ciel sans cesse tombe.173
545Quant à moymoi Collatin, tousjourstoujours une douleur,
Pour mon frerefrère meurtri174 vient camper en mon cœur :
Car plustostplutôt la mi -nuit ne serre la paupierepaupière
SusSur mes yeux sommeilleux, que son Ombre legerelégère
Hors de l’obscur sejourséjour des ManesMânes Stygieux
550Vient lasser mon sommeil d’un regard furieux.
D’avoir faintfeint l’insensé couard, elle me blasmeblâme,
Et semble qu’en ma main elle mette une lame.175
COLLATIN.
Il ne faut acuseraccuser les Dieux de cruauté
Pour n’avoir point assez les hommes incité,
--- H3.r° ---555À suyvirsuivre la vaillance, ains mis une paresse,
Qui chasse la vertu, et les vices caresse.
Brute, celuycelui qui vient ses vices excuser,
Il semble que luylui -mesmemême il se vienne accuser :176
Car à suyvresuivre vertu Nature nous attire,
560Mais nostrenotre passion souvent nous en retire :
Brute jusques icyici les Dieux ont eu souci
De Rome, et desormaisdésormais ils en auront aussi,
Mais singlonscinglons seulement malgré l’onde cruelle
Où Glauque177 sussur le port d’un signal nous apelleappelle.
LE CHOEUR <DES FEMMES ROMAINES>.178
565 ApresAprès que laisnél'aîné fils de Rhée179
EnchainantEnchaînant son perepère180 aux Enfers,
EustEut cestecette terre dedoréedédorée,
Il inventa les arts divers :
De peur que la race ocieuse
570Qui ce temps doré souhaitoitsouhaitait,
Et de son heur non oublieuse
Son vieil Saturne regretoitregrettait,
Passant les abismesabîmes du monde
N’allastallât ce Dieu desenchainerdésenchaîner,
575Et le vieil passager gennergêner
Pour repasser deux fois son onde.
L’un desjadéjà blasmeblâme sa paresse
Laissant son sejourséjour ocieux,
De l’heure que l’Aurore tresse
--- H3.v° ---580Le fil doré de ses cheveux,
Contre les Cerfs il apareilleappareille
Son grand arc et ses fleschesflèches d’os,
Desquels il desvestdévêt la despeuille181
Pour apresaprès s’en couvrir le dos.
585Un autre tout le jour s’efforce
Prendre sussur le bortbord les poissons,
Jettant dans l’eau ses ameçonshameçons
Finement apastezappâtés d'amorce.
Et pour effacer la memoiremémoire
590De leur heureuse equalitéégalité,
L’ambition enta182 la gloire
SusSur leur sein d’honneur enchanté,
L’un donc qui se vit plus adextre,
Et aux faits hazardeuxhasardeux plus prontprompt,
595Il mit aux autres le chevestre183,
De Laurier il serra son front.
DeslorsDès lors les meurtres et la guerre
VindrentVinrent leur repos éveiller,
Et deslorsdès lors on alla fouiller
600Dans les entrailles de la terre.
Et l’Or, perepère de nos querelles
Pour le Laurier le couronna.
Bellonne184 arma ses mains cruelles
De l’acier qu’elle luylui donna,
605Et avec le plat d’une rame
Dans le ventre d’un ChesneChêne creux,
Le sein de TethysTéthys il entame185
--- H4.r° ---Poussé des vents impetueuximpétueux,
Et hautain mesurer il ose
610Sa course, à celle du Soleil,
Le suyvantsuivant depuis son réveil
Jusqu’aux bains où il se repose.
Heureux qui ses deux bœufs atelleattelle
SitostSitôt que son Coq éveilleur
615Dehors sa cassine186 l’apelleappelle
Pour retourner à son labeur,
Heureux qui loin ne se separesépare
Des rivages plus asseurezassurés,
Qui dans les Syrtes187 ne s’égare,
620NeNi presprès les rochers CapharezCapharés.
Où Nauple dans sa main veng’resse188
Toute nuit tenoittenait un flambeau,
Pour tromper aux grouffres de l’eau
La floteflotte de TroyeTroie domtresse.189190
625Car la fortune plus muable
Que l’onde poussée des vensvents,
Semble, quantquand ell’elle est favorable,
Les fleurs d’un gracieux printemps
De l’hyverhiver prochaine conquesteconquête,
630Ou plustostplutôt le butin du chautchaud,
Ainsi fortune a la main presteprête
À briser ce qu’elle met haut :
Redoute Rome sa menace
Or que rien on ne puisse voir
635Qui soit égal à ton pouvoir
--- H4.v° ---Au paispays que l’Adrie embrasse.
Aussi bien la grandeur ne dure.
J’açoyJaçoit que191 le destin soigneux,
Le pouvoir de Rome mesure
640Par apresaprès à celuycelui des Dieux :
Et ses voisins qu’elle desdagne192
Heureuse contre ses dangers.
Pourtant comme elle fustfut campagne
N’aguereNaguère commune aux bergers,
645Souffrant de son malheur l’orage
Où elle dore ses chasteauxchâteaux,
On rameneraramènera les tropeauxtroupeaux
Comm’Comme on faisoitfaisait, au pasturagepâturage.
ACTE 4.
LUCRECELUCRÈCE.
Mais193 vous qui m’abusez, et m’abusant pensez
650En vain me secourir, et plus vous m’offensez,
Vous, didis-je, à mon honneur brigade peu fidellefidèle,
De qui le vain devoir mes plaintes renouvelle,
Dites, me pensez vous le cœur effeminerefféminer,194
Et contre mon honneur quelque conseil donner ?
655Me pensez vous avoir ce soucysouci de ma vie,
Que pour un vivre bref un long honneur j’oublie ?
Et toytoi qui m’as nourry195 d’un soucysouci curieux,
ToyToi qui m’as plus aymé196, que ta vie et tes yeux.
--- I1.r° ---Qui m’as avec ton laictlait fait succersucer une audace197
660Pour reculer le vice alors qu’il outre-passe :
Où sont de la Vertu ces sains propos deduitsdéduits,
Desquels tu me paissoispaissais par les plus longues nuits ?198
Hé quel oubli sorcier t’a si fort enchantée ?
Où est Diane199 adonc que tu m’as tant vantée ?
665Et les autres encor, dont la posteritépostérité
Voit dessus leur tombeau fleurir leur chasteté ?
Tu devroisdevrais dans mon cœur atiserattiser une rage,
Voyant qu’à me tuer trop peu je m’encourage :
ToyToi-mesmemême tu devroisdevrais pour mon honneur venger,
670Aux ondes de mon sein une lame plonger.
LA NOURRICE.
Mais didis-moymoi, que peux-tu, davantage pretendreprétendre,
En la mort, ne restant morte qu’un peu de cendre ?
LUCRECELUCRÈCE.
Quel heur si elle peut mes malheurs limiter !
Ce seul desirdésir me doit à mourir inciter.
675Ô heureuse cent fois qui en son heure extresmeextrême200,
Voit la fin de ses maux et la fin de soysoi-mesmemême !
Ô desirabledésirable mort qui ne se vient meslermêler,
Avec nos ans heureux pour nos aises brouiller :
Mais qui vient au secours quantquand la fortune gagne,
680Et avec les chetifschétifs les desastresdésastres dedagne201.
ArriereArrière soin de vivre, arrierearrière le desirdésir
De tant d’honneurs Romains que j’ayai bien peupu choisir :
Car puis qu’puisqu'honnestementhonnêtement je n’ayai peupu vivre à l’heure,
Adonc, adonc il faut qu’honnestementhonnêtement je meure.
685Or ma trame est à fin : mais toute je n’irayirai,
Dans le val tenebreuxténébreux202, Ombre je resterayresterai203
--- I1.v° ---Vagabonde en tous lieux, luylui remarquant son vice,
Des pallespâles criminelzcriminels miserablemisérable supplice.
Que ne puis-je les densdents d’un vieil Dragon semer204,
690Et des soldats armezarmés tout un camp animer,
Qui vinssent furieux, jurezjurés à ma vengeance,
Pour ne perdre contr’contre eux eux-mesmesmêmes leur vaillance ?
Ou bien un camp de ceux que Jason abatitabbatit
QuantQuand pour la toison d’or veinqueurvainqueur il combatitcombattit ?
695Que ne puis-je gronder de MedéeMédée205 les charmes,
Pour punir ce meschantméchant, d’horreur, de feu, de larmes ?
Orion206 de frayeur son poil herisseroithérisserait,
Le Bouvier dans la mer fuitif se plongeroitplongerait,
Des mains de Jupiter j’arracheroisarracherais la foudre,
700J’acableroisaccablerais le chef207 de ce meschantméchant en poudre,
Mille serpensserpents meurtriers de ce corps renaistroyentrenaîtraient
Qui ses mollezmollets enfansenfants affamezaffamés mengeroyentmangeraient.
Tout ainsi que le sang qui couloitcoulait sussur l’arenearène,
De la testetête à MeduseMéduse208 ensemensaensemença la plaine
705De cruels scorpions209, quantquand PerséPersée la portoitportait,
SusSur ce cheval ailé que dans l’air il domtoitdomptait.
ToyToi CerbereCerbère210, qui as mille monstres pour suite,
Et vous ô pallespâles sœurs, Styx, AcheronAchéron, Cocyte211,
Et si rien est encor plainplein de rage, et d’horeurhorreur,
710Venez pour le punir, venez en ma faveur.212
LA NOURRICE.
Dieux destournezdétournez le mal, elle s’en va plus vite
Que ne courent les flots quantquand l’Aquilon213 s’irrite,
Ouvrant jusqu’au plus creux le ventre de la mer,
QuantQuand il veut esbranlerébranler la cime d’un rocher.
--- I2.r° ---715Elle fuit tout secours et tant grande est la playeplaie,
Qu’en vain de rapaiser214 sa douleur on essayeessaie.
BRUTE.
Mais je voyvois la Nourrice à gransgrands pas se hasterhâter,215
Pour nous venir je croycrois, quelque mal raconter :
Elle frapefrappe son sein et le vent sussur sa jouëjoue,
720En ondes çà et là de ses cheveux se jouëjoue.
COLLATIN.
Courons, car à la voir ell’elle a pris quelque ennuyennui
Non pas pour son malheur, mais pour celuycelui d’autruyautrui.
Par l’honneur que je porte à ton devoir fidelefidèle,
Par ces cheveux chenus, Nourrice, ne me celecèle
725Le malheur avenuadvenu, ne craincrains : car j’ayai le cœur
Pareil en l’infortune et pareil au bon-heurbonheur216.
LA NOURRICE.
Quelle langue d’acier Collatin, pourroitpourrait dire
Des Dieux irezirés sussur nous atortà tort, l’outrage et l’ire217 ?
Las ! helashélas ! Collatin, ô miserablemisérable nuit,
730Les trassestraces de Tarquin sont encor en ton lit.
PlustostPlutôt nous ne pressions lasses et sommeilleuses
Un peu devant le jour, les plumes ocieuses,
Que Tarquin se jetta dessus ton lit soudain,
À LucreceLucrèce il serra la bouche d’une main,
735De l’autre sussur son sein levant la lame nuënue
« Je suis (dit-il) Tarquin quoyquoi ? veux-tu que je tuëtue
Mon esclave en ton lit ? toytoi-mesmemême tu mourras,
Et vous monstrantmontrant meurtris, je diraydirai que tu as,
Rompu à Collatin les liens d’HymenéeHyménée,
740DequoyDe quoi j’ayai sussur vous deux la vengeance amenée. »
Si vous avez soucysouci de la foyfoi et l’honneur,
Ô Dieux, dardez218 vos traits dessus ce ravisseur.219
COLLATIN.
Si c’est toytoi Jupiter qui dardes la tempestetempête,
De gracegrâce Jupiter, foudroyefoudroie sussur ma testetête
745Que je ne souffre point ce tort injurieux.
Si j’ayai tousjourstoujours estéété saintement curieux
TrasserTracer les pas d’honneur, si à Vertu nourrice
De tout l’heur d’icyici bas, pur et entier de vice
De marbre bien polypoli j’ayai voué un autel,
750Et un autre doré à ton nom immortel :
Que peut donc souhaiter, or qu’avare, ma vie
D’honneur et de grandeur ci devant assouvie ?
QuantQuand on a acompliaccompli son nom de toute part,
La mort ne vient trop tosttôt, mais quelque foisquelquefois trop tard.
BRUTE.
755Quiconque a la vertu emprainteempreinte en son courage,
Voire plus que la mort, il doit craindre l’outrage :
Car la mort doit les jours de chacun limiter,
Et l’outrage ne peut que l’indigne domterdompter.
Mais comme on voit le feu se paissant sous la cendre
760S’évanouir si tostsitôt qu’en l’air il va s’espandreépandre,
Il nous faut Collatin, nos dessainsdesseins receler,220
Pour avecques221 les vents ne les voir envollerenvoler,
Suivons d’un piépied constant la fortune indomtableindomptable,
Ell’Elle est aux hazardeuxhasardeux volontiers favorable.
LE CHOEUR <DES FEMMES ROMAINES>.222
765On ne doit tant craindre la flameflamme,
De laquelle Juppin223 ireux224
Le front d’un grand rocher entame
--- I3.r° ---EsbranlantÉbranlant la voute des Cieux,
Non pas le desbortdébord qui saccage
770De ses costezcôtés le pasturagepâturage :
Lors queLorsque sans espoir le pasteur,
N’aguereNaguère d’un tropeautroupeau le maistremaître,
Attaché au coupeau d’un HaistreHêtre,
Raconte aux ondes son malheur.
775 MesmeMême celuycelui qui importune
Avec les coups d’un aviron,
Le plus doux sommeil de Neptune225
Qui dort de TethysTéthys226 au giron,
Ne craint tant la meurtrieremeurtrière trope227,
780Qui dessus les ondes galope
QuantQuand ÆoleÉole228 la veut lascherlâcher,
Qu’on craint cestecette flécheflèche aceréeacérée,
Que l’enfançon de CytheréeCythérée229
Vient dans les poitrines ficher.
785De l’air tous les Dieux se reculent
OyansOiant le tonnerre siflersiffler :
Mais l’Amour230 de ses traits qui brulentbrûlent
Le va combatrecombattre dedans l’air.
Il descochedécoche ses fleschesflèches mesmemême
790SusSur Jupiter devenu blesmeblême,
Qui laissant son heureux sejourséjour,
Pour guarirguérir sa profonde playeplaie,
Le cœur des Nymphes il essayeessaie
S’égarant aux champs de l’Amour.
795Amour tu fus cause que TroyeTroie
--- I3.v° ---Le brave chef d’œuvre des Dieux,
FustFut des deux Atrides231 la proyeproie232,
Les RoysRois d’un peuple furieux233.
Par toytoi le meurtrier234 de son perepère235,
800Souilla le ventre de sa meremère236,
Alors qu’inconnu des ThebainsThébains
Pour apresaprès saccager leur terre,
Des foudres d’une horrible guerre237
Il planta deux fils inhumains238.
805Rebride la main forcenée
Qui vient offenser nostrenotre bien,
Amour, s’il te souvient qu’ÆnéeÉnée,
BannyBanni du XanteXanthe239 PhrigienPhrygien240,
Voua à ses tropestroupes divines
810L’honneur des campagnes Latines241
Leur dorant des autels sacrezsacrés.
Mais je craincrains que Rome ne sente,
DesjaDéjà de son mal languissante
Trop avant les coups de tes traits242.
ACTE 5.
LA NOURRICE.
815Ces gransgrands chiens escumeuxécumeux dans les flots de Sicile243
Ne courent point si tosttôt autour les flancs de Scyle244,
ProthéeProtée245 ne pourroitpourrait si vite se changer
Qu’on voit tosttôt l’heur plus grand au malheur s’échanger.
Car encontre l’espoir la fortune s’irrite,
820Muable comme un vent, apresaprès sa longue suite,
Repoussant aux rochers le Nocher loin du port
Qui gaygai jettoitjetait desjadéjà son ancre sussur le bortbord.
M’as-tu vieilvieux passager de ta nef rejettéerejetée,246
Pour estreêtre à ce desastredésastre en triumphetriomphe aprestéeapprêtée ?247
825Ô Parque, injuste Parque ! ô injuste destin,
De n’avoir mis encor à ma trame une fin !
Et à qui, dites moymoi, vous sœurs échevelées248
Avez-vous aux Enfers mes peines égalées ?
Heureuses fustesfûtes vous quantquand vous vitesvîtes lier,
830Autour vos blancs costezcôtés l’écorseécorce d’un peuplier,249
Vous didis-je heureuses sœurs qui sussur la rive clereclaire
De l’EridanÉridan cornu lamentiez250 vostrevotre frerefrère.
Et moymoi helashélas, helashélas ! miserablemisérable cent fois,251
Qui ne me puis changer au tronc de quelque bois :
835Car MeduseMéduse qui a la face renfrongnéerenfrognée,
Et de serpensserpents noüeznoués la testetête rechignée,
Qui d’une seule œillade empierre en un rocher,
Tout cela qu’elle peut de l’œillade aprocherapprocher :
PerdroitPerdrait en mon endroit tant de poisons infuses,
840Qui porte sussur les yeux mille et mille MedusesMéduses.252
LE CHOEUR <DES FEMMES ROMAINES>.
Comm’Comme un espyépi crestécrêté mon poil dresse d’horreur,
Que rien n’ait de nouveau agrandyagrandi le malheur :
LA NOURRICE.
Femmes, faites couler vos deux yeux en fontaine,
De vos cheveux dorezdorés ayez la dextre pleine,
845Jonchez en le pavé et avec l’autre main,
Meurtrissez à gransgrands coups les Lis253 de vostrevotre sein.
LE CHOEUR <DES FEMMES ROMAINES>.
Mais en vain tout le corps de larmes on se bagne254 :
Car les pleurs seulement la tristesse acompagne,
Et les pleurs ne font rien contre le mal passé.255
LA NOURRICE.
850Or voit on nostrenotre espoir et nostrenotre heur renversé,
On voit sous le tombeau la chasteté chassée,
Qui n’a voire au tombeau, LucreceLucrèce delaisséedélaissée.
LE CHOEUR <DES FEMMES ROMAINES>
Au tombeau las ! helashélas ! LucreceLucrèce vit encor.
LA NOURRICE.
LucreceLucrèce ne vit plus, et ses beaux cheveux d’or,
855Ses levreslèvres ont perdu leur couleur naturelle,
Ainsi que les espicsépis qu’on coupe en la javelle.
LE CHOEUR <DES FEMMES ROMAINES>.
Ô desastredésastre cruel, moissonneur de nostrenotre heur !
Mais de LucreceLucrèce helashélas, raconte le malheur.
LA NOURRICE.
Elle panchoitpenchait le chef dans le sein de son perepère,
860SoustenantSoutenant tout son corps dans les bras de ValereValère,256
Ell’Elle apeloitappelait les Dieux coupables de ce tort
Ne portant plus au front qu’un idole de mort.
À l’heure Collatin, avecques257 Brute arrive,
Il la serre en ses bras et sussur sa bouche vive,
865L’échauffant de ses pleurs, mille baisers il prend.
Des yeux de Collatin la vie elle reprend :
Tout ainsi qu’une fleur flestrieflétrie dans la prée258,
Recolore son taintteint au frais de la vespréevêprée259.
« Veux-tu faire (dit-il) ton Collatin mourir,
870Lors queLorsque tu le devroisdevrais de conseil secourir ?
--- K1.r° ---Tu n’es croycrois -moymoi, tu n’es LucreceLucrèce, en rien coupable,
Sinon que par ta mort tu me rensrends miserablemisérable. »
« Si j’ayai mon Collatin (dit-elle) meritémérité
Ne souffrir le malheur de cestecette indignité :
875Par nostrenotre lit nocier Collatin, je te prie,
Par l’honneur de nos Dieux, vous tous je vous supplie,
Si les armes au dos vous ne portez en vain,
Plongez pour me venger, vos armes dans son sein. »
Achevant ces propos, de l’aigu d’une lame,
880L’yvoireivoire de son sein jusqu’au cœur ell'elle entame.260
LE CHOEUR <DES FEMMES ROMAINES>.
Adonc tes ans s’en vont tout ainsi qu’une fleur
Au plus chautchaud de l’EstéÉté flestritflétrit261, quantquand le faucheur,
De son bras devestudévêtu avançant sa faucille
Va tondre de PalésPalès262 la perruque fertillefertile :
885Si sait on que la mort met ceux au rang des Dieux,
Qui par leur mesmemême mort effrayenteffraient leurs haineux.
COLLATIN.
Or va croistrecroître là -bas les tropestroupes amoureuses,
Ceintes de Myrtes versverts sous les forestsforêts ombreuses,263
Tandis las ! de mes pleurs ton corps je laveraylaverai,264
890Tandis de mes soupirs ton sein j’échauferayéchaufferai,
Tandis je veux coller ma bouche sussur la tienne,
Que ton dernier soupir dedans mon ameâme vienne :
Mais le somme de fer jajà te sille les yeux,
DesjaDéjà ton Ombre noüenoue au rivage oublieux :
895Et pour ne retourner d’avec le peuple pallepâle
Mercure265 t’a frappé de sa verge fatale.
Et toytoi peuple, pour qui, et tant et tant de fois,
Ne craingnant point la mort, j’ayai vestuvétu le harnois :
--- K1.v° ---Ains que j’ayai arraché des gueules affamées,
900JaJà le riche butin de tant et tant d’armées :
Peux-tu ce pallepâle corscorps en mes bras regarder
Et ta vie pour moymoi peuple, ne hazarderhasarder ?
Mais que me sert conter aux vensvents tant de complaintes ?
Ces pleurs sans autre effaiteffet les font soupsonnersoupçonner faintesfeintes :
905ReprenReprends cœur Collatin, et ne craincrains point mourir
Pour aux ans avenirà venir voir ta gloire fleurir.
Et pour un seul malheur or que grand, qui t’estonneétonne,
Ne souille le Laurier qui ton front environne :
CeluyCelui chasse à jamais le malheur surmonté,
910Qui a par le danger son repos acheté,
Voire aux neveux d’apresaprès, il ente266 une memoiremémoire,
Pour voir contre les ans r’ajeunirrajeunir sa victoire.
LE CHOEUR <DES FEMMES ROMAINES>.267
On voit l’espieuépieu au poinpoing aux portes les soldars268,
On voit les corselets luire sussur les remparsremparts,
915De flamesflammes et d’horreur desjadéjà la Ville est pleine,
Et desjadéjà Tulle269 au bruit de l’esmeuteémeute soudaine
D’un pas ailé de peur devers le camp s’enfuit,
Et ses mollets enfansenfants plaintifveplaintive elle conduit.
Sans un regret vengeur jamais qu’on ne la voyevoie,
920TousjoursToujours avec l’horreur MegereMégère la costoyecôtoie.
BRUTE.
Jupiter, Mars, Junon, VenusVénus, Veste270, et vous Dieux
De qui Rome n’aguerenaguère a renforcé les Cieux,
Quirin, et ÆgerieÉgérie, et vous tropetroupe cruelle
Les filles d’AcheronAchéron, icyici je vous apeleappelle.271
925De cela que je doydois, Dieux vous tesmoignereztémoignerez
Vous filles d’AcheronAchéron, ce tort vous vengerez
--- K2.r° ---Vous filles d’AcheronAchéron, et vous Dieux je vous jure
(Et si de ce serment je ne serayserai parjure)
Je jure ce cousteaucouteau cruellement sacré,
930D’une trop chaste main dans ce sein massacré,272
Je vous en jure encor ma vie que je vouëvoue,
Je jure tous les veuxvœux dont son Ombre m’avouëavoue :
Que du mesmemême cousteaucouteau ce tort je vengerayvengerai,
Et à feu et à sang Tarquin pourchasseraypourchasserai,
935Sa femme, ses enfansenfants, sa maison, et sa race,
Jusqu’à tant, par ma mort que son renom j’efface :
Mais il faut du foüyerfoyer aller dresser le bois,
Puis nous crironscrierons LucreceLucrèce, au tombeau par trois fois :
Puis à la Chasteté nous sacrerons sa cendre,
940Et puis il nous faudra la Liberté deffendredéfendre.