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Regulus

par Jehan de Beaubrueil (1582)
 
  • Édition en cours de Elisabeth Lacombe
  • Transcription et Modernisation : Anne Bouscharain
  • Annotation : Elisabeth Lacombe, Anne Bouscharain et Nina Hugot
  • Balisage : Cléa Boyer
  • Relecture : Nina Hugot et Milène Mallevays

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REGULUSRÉGULUS,
TRAGEDIETRAGÉDIE
Dressée sur un faictfait des plus notables, qu’on puisse
trouver en toute l’Histoire Romaine.

Par JehanJean de BeaubrueilBeaubreuil,
AdvocatAvocat au SiegeSiège PresidialPrésidial
De LymogesLimoges.


À LymogesLimoges.
De l’imprimerie de
Hugues Barbou.
1582.

--- A i r° ---

À Monsieur Dorat
PoetePoète du RoyRoi

Monsieur, considerantconsidérant l’humeur des hommes de nostrenotre sieclesiècle, il me souvient de ce que raconte StraboStrabon GeographeGéographe estreêtre advenu en Iassus isleîle de Carie. En icelle (dictdit-il) se trouva jadis un excellent maistremaître joueur de Luth, de tant plus admirable qu’il s’en trouvoittrouvait peu, où point d’aultresautres en ce quartier. Or comme il estoitétait au milieu d’une grand’grande assemblée de Ville, et que pour la contenter il animoitanimait son Luth à merveilles par un hardyhardi tremblement de ses doigtzdoigts, incontinantincontinent qu’une certaine Cloche sonna ( qui estoitétait un signe pour les habitantzhabitants de l’heure qu’on vendoitvendait le poisson) toute la troupe le quistaquitta, fors qu’un1 pauvre sourdaud qui ne l’avoitavait point ouyeouïe. MesmesMême advint que ce joueur de Luth remerciant à haultehaute voix son fatal auditeur de l’honneur qu’il recevoitrecevait de sa compagnie, pour n’avoir couru au Poisson comme les aultresautres, s’en veidvit bien tostbientôt quitéquitté, pour luylui avoir donné conjecture que la Cloche du Poisson --- A ii v° --- estoitétait sonnée. Tellement qu’il ne s’en trouva pas un en la ville, qui tant estima un excellent MaistreMaître, que je ne scaysais quel poisson pourri. Mais quoyquoi ? noznos Villes sont ellessont-elles aultresautres ? À la veritévérité les artzarts honnesteshonnêtes y sont encoresencore à plus vil prix qu’en Iassus, si fort y commande l’Avarice. J’en vois plusieurs (ausquelzauxquels je ne doibzdois rien) qui me feroientferaient volontiers adjournerajourner de ce que j’aymeaime la poësiepoésie, ne considerantzconsidérant que j’estime plus ce gain de contenter mon Esprit, que d’estreêtre fourni de trente balles de SaffranSafran, et que je me sens plus riche d’un EscuÉcu, qu’ilzils ne sont de dix mille. J’en voysvois d’aultresautres qui font semblant au commencement, comme ceux de Iassus, de favoriser les Nymphes de Parnasse, et qui mesmesmême y sont tenuztenus, et toutesfoistoutefois le gain d’un Carolus leur feroitferait abandonner leur PerePère. De moymoi je les estime ce qu’ilzils vallentvalent, et non plus, et me donne aultantautant de peine de tous ses Ragdenases, que d’un enroué coaqcouac de Grenouilles. Mais au lieu de quisterquitter (quelque avarice qui regnerègne) les Muses qui m’ont pleuplu desdès mon enfance, il me souvient tousjourstoujours des doctes remonstrancesremontrances que j’ayai sur ce faictfait quelque jour ouyouï de vostrevotre bouche, lors que j’avoisavais cestcet honeurhonneur d’estreêtre vostrevotre disciple. Et si diraydirai sans mentir, que despuisdepuis que j’ayai vestuvêtu la toguetoge, nyni le gain, nyni l’objectobjet de plusieurs faisantzfaisant maison en m’esprisantméprisant les Muses, n’ont tant peupu sur moymoi, que je les ayai voulu quiterquitter. Au con---- A iii r° --- traire par elles j’ayai estéété conduictconduit despuisdepuis trois ans en ça sur les lieux qu’elles semblent avoir favoriséfavorisés sur tous aultresautres, j’entendzentends les Villes d’Italie, me plaisant principallementprincipalement en celle-là qui levelève aultantautant le chef sur ses voysinesvoisines

Quantum lenta solent inter viburna Cupressi.

Dans laquelle je receusreçus un grand contentement de voir nostrenotre Muret en Chaire, faisant sortir de sa bouche un tonnerre si aggreableagréable, que je fuzfus lors contrainctcontraint d’eschaperéchapper ce vers

S’il escriptécrit bien, il dictdit encore mieux.

Et pouvez croire que ce ne fustfut poinctpoint sans admirer la fortune de l’homme, le voyant passer par les rues de RommeRome dans un coche magnifique. Mais obliroyoublierais-je les propos affables qui me recuillirentrecueillirent en sa maison ? Je suis bien fort aise (disoit ildisait-il) de voir aujourdhuyaujourd’hui le filzfils de ce BeaubrueilBeaubreuil qui m’encouragea des premiers à l’amour des bonnes lettres, et me plaictplaît aussi grandement de scavoirsavoir des nouvelles de Dorat que tous deux avons heueu pour MaistreMaître, et lequel j’estime avoir heueu seul les delicesdélices de la Langue Grecque. VoylaVoilà partie des propos que nous heusmeseûmes ensemble, et partie aussi du contentement que l’amour des lettres m’haa causé me conduisant par l’Italie. Au demeurant pour vous tesmoignertémoigner la souvenance que j’ayai de vous, et combien je m’estime heureux d’estreêtre au rang de ceux qui ont veuvu les Muses en vo---- A iii v° --- strevo---- A iii v° ---tre maison, je vous ayai bien voulu faire presentprésent de mon RegulusRégulus, vous priant le recevoir comme avant-coureur de chose meilleure, l’acceptant non pour aultreautre valeur, que seulement pour la bonne et entiereentière affection de celuycelui qui le vous presenteprésente. De LymogesLimoges ce 15. MayMai. 1582.

Sur le pourtraictportrait
du mesmemême sieur Dorat.

Vous Yeux, qui ne pourrespourrez trouver beau le visage

Du renommé Dorat, regardez ses EscrisÉcrits,

Par eux vous jugerez qu’il emporte le Prix

De toute la beautebeauté qu’on a veuvue de nostrenotre ageâge.

--- A iv r° ---

Argument de la
tragedietragédie de RegulusRégulus, pris
du 4. de Paul Orose au Chap. 7. et 8. et du 2. livre
d’Eutrope.

Le feu de la premierepremière guerre Punique n’estantétant encoresencore esteinctéteint, Attilius RegulusRégulus fustfut créecréé Consul à RommeRome pour la grandgrande vertu qui luisoitluisait en luylui, combien qu'il fustfût sorti de bas lieu. Et incontinantincontinent apresaprès eusteut la charge avec L. Manlius l’autre Consul de mener en AffriqueAfrique une belle Armée navale : où tous deux s’employerentemployèrent si bien, que de premier abord ilzils veinquirentvainquirent AmilcarHamilcar Duc des CartaginoisCarthaginois, et firent tel gain sur luylui, que Manlius peu de jours apresaprès mena à Rome xxv. mille prisonniers. Ce pendantCependant RegulusRégulus demeurant en AffriqueAfrique fistfit encoresencore de merveilleux éploisexploits de Guerre, et frotta furieusement les CartaginoisCarthaginois, Lesquelzlesquels se voyantzvoyant affoiblisaffaiblis demanderentdemandèrent paix. Mais RegulusRégulus ne voulustvoulut s’accorder avec eux sinon soubzsous conditions fort dures, se doubtantdoutant de leur mauvaise foyfoi. Pour cestecette cause s’aviserentavisèrent d’implorer l’aide des LacedemoniensLacédémoniens qui leur envoyerentenvoyèrent un RoyRoi XantipeXanthippe (ainsi le nomme Orose) avec quelques forces. Or ce RoyRoi estantétant le bien venubienvenu, et commandant à toute l’armée des CartaginoisCarthaginois fistfit un si grand debvoirdevoir, qu’il vainquit RegulusRégulus, et le printprit prisonnier. ToutesfoisToutefois les CartaginoisCarthaginois lasseslassés des guerres passées, delibererentdélibérèrent de chercher accord, et apresaprès avoir tenu RegulusRégulus cinq ans en prison, l’envoyerentenvoyèrent à Rome avec quelques legatzlégats, soubzsous une parolleparole qu’il leur fistfit de retourner avenant que les Romains refusassent d’en---- A iv v° --- trer en accord, et rendre les prisonniers CartaginoisCarthaginois qu’ilzils avoyentavaient, recevant iceluyicelui RegulusRégulus en eschangeéchange. Mais estantétant à Rome tant s’en faultfaut qu’il s’efforcaefforça de faire trouver bon tel accord, qu’il persuada le contraire, remonstrantremontrant aux Romains le grand nombre des prisonniers qu’ilzils tenoienttenaient, et que quandquant à luylui il estoitétait desjadéjà vieux, foiblefaible, et inutile à la RepubliqueRépublique. À quoyquoi les Romains s’arrestantzarrêtant, RegulusRégulus ne fistfit difficulté de retourner à CartageCarthage ne voulant rompre sa promesse. Là estantétant, les CartaginoisCarthaginois advertisavertis du langage qu’il avoitavait tenu à Rome, luylui firent endurer un cruel tormenttourment. C’est que luylui ayant couppécoupé les paupierespaupières des yeux, ilzils le firent mourir à force de veiller.

In Attilii Reguli imaginem.

Attilium Pictor dum nititur arte referre,

Interius nisi det, se dare pauca putat.

Ac satis ut quantus perpendit Regulus esset,

Hanc (ait) haud possunt picta referre fidem.

Io. Belbrulii.

--- A v r° ---

Au lecteur

AmyAmi Lecteur, d’autant que les noms propres des Romains, et plusieurs aultresautres ont plus de gracegrâce en la PoësiePoésie françoisefrançaise estantzétant francifiesfrancifiés, que demeurantzdemeurant en leur langue C’est pourquoypourquoi au lieu de Attilius RegulusRégulus, et Manlius, j’ayai mis Attilie et Manlie. De laquelle licence je n’use escrivantécrivant en prose, comme appert par l’inscription de cestecette TragedieTragédie, et par l’Argument d’icelle : toutesfoistoutefois la douceur du son nous guide le plus souvent en escripvantécrivant les noms anciens GreczGrecs, ou Romains. Au demeurant pour cause des longs intervalles des temps qui sont en l’Histoire de RegulusRégulus, tu ne trouveras estrangeétrange si pour la mieux faire entendre j’ayai voulu que les cinq actes (qui parfont la tragedietragédie) ne fussent estroictementétroitement compassescompassés à la forme de quelques tragiques trop surperstitieux, qui ont pensé qu’il ne falloitfallait representerreprésenter en la tragedietragédie aultreautre chose, que ce qui se pouvoitpouvait faire en un jour, Car j’ayai recognureconnu (premier qu’y mettre la main) qu’il ne se pouvoitpouvait aultrementautrement faire. JoinctJoint que plusieurs doctes personnages de nostrenotre temps versantzversant en pareil subjectsujet ont usé de mesmemême licence.

--- Av v° ---

SonnetzSonnets
À Monsieur de
BeaubrueilBeaubreuil
Sur son Attilie.

Pour vivre heureusement il ne faultfaut demeurer

À tout’toute heure colécollé sur un soingsoin domestique,

Mais ores s’egayerégayer au jardin PoëtiquePoétique,

Ores du sieclesiècle vieux l’Histoire savourer.

 

BeaubrueilBeaubreuil tu fais ainsi adfinafin de temperertempérer

Le soingsoin par un plaisir rien moins que mecaniquemécanique,

Alors en œilladant ceux d’une Rome antique

Tu viens un Attilie entre tous admirer.

 

Soudain qu’un tel Romain en l’Histoire tu vois,

Tu t’agréeagrées de luylui, tu luylui donnedonnes ta voix,

Tu bastisbâtis sur ses faictzfaits un immortel ouvrage.

 

Et quand de ta vertu rien plus on ne verroitverrait,

ToutesfoisToutefois au jourd’huyaujourd’hui ce seul poinctpoint suffiroitsuffirait

D’avoir ayméaimé la foyfoi d’un si grand personnage.

 

M. de Mosnier

--- A vi r° ---

LymogesLimoges haa porté, Dorat dorant la France

De son Esprit doré, et superbe se dictdit,

MereMère de ce Muret à qui sans contredictcontredit

Dans RommeRome on haa donné le prix de l’EloquenceÉloquence.

 

LymogesLimoges dictdit aussi que d’elle printprit naissance

Dubois, qui les secretzsecrets des doctes entendit,

Et à qui CiceronCicéron si cognuconnu se rendit

Qu’il ne sortit jamais par aultreautre en evidanceévidence.

 

LymogesLimoges se vantant d’avoir donné ses troystrois,

N’oblieoublie Maledent qui fustfut premier au choischoix

De ceulxceux qui crayonnoientcrayonnaient doctement une lettre.

 

BeaubrueilBeaubreuil refuserefuses-tu d’estreêtre mis en ce rang ?

Tu ne devoisdevais donc pas avec lustre si grand

En la main des françoisFrançais ton Attilie mettre.

 

F. R. L.

--- A vi v° ---

Au TheatreThéâtre sanglant du fidellefidèle Attilie

Par l’Esprit de ta voix eslevéélevé dans les Cieux,

Tu fais voir (de BeaubrueilBeaubreuil) combien est précieux,

Le salut du publicqpublic où le debvoirdevoir nous lie.

 

Et si fais voir combien RommeRome fustfut embellie

Par ses propres EnfansEnfants, d’un Sceptre audacieux

RengeantRangeant dessoubzdessous ses loix ce globe spacieux

ConduicteConduite d’un desirdésir dont la vertu s’allie.

 

Et ores en fureur la Brigade d’Enfer,

Ne resonnerrésonner sinon l’Impitoyable fer,

Et du Sang des Romains CartageCarthage estreêtre arrouzéearrosée.

 

Si qu’en ton vers tragicqtragique il semble que tu sois

Un premier Euripide au TheatreThéâtre françois2 ,

ReanimantRéanimant ReguleRégule en sa foyfoi non brisée.

 

Joachim Blanchon

--- A vii r° ---

BeaubrueilBeaubreuil quand tu voyoisvoyais à RommeRome un Colisée

Que le temps va minant, ne confessoisconfessais-tu pas

Que non l’art des massonsmaçons est exantexempt du trespastrépas,

Ainçois la PoësiePoésie aujourd’huyaujourd’hui mespriséeméprisée ?

 

Ô faveur des haultzhauts Dieux ! ô celestecéleste rouséerosée

Que le Ciel faictfait couler non sur ceux qui font cas

Voire souverain bien d’un monceau de ducasducats,

TournantzTournant et la vertu, et l’honneur en risée.

 

Or pour nous tesmoignertémoigner qu’il n’est rien de plus beau,

Que la vive vertu, qui tire du Tombeau

ceulxceux qui songneusementsoigneusement au Monde l’ont cheriechérie,

 

Ne nous monstremontre rien plus qu’un ReguleRégule Romain

Duquel tu peintzpeins la foyfoi d’une si docte main,

Que le nom de vous deux à jamais aura vie.

 

I. C. L.

--- A vii v° ---

Il n’est rien si bien faictfait où ne morde l’envie,

PensePenses-tu donc BeaubrueilBeaubreuil eschaperéchapper de sa dent ?

Des-jaDéjà ton docte vers que Phœbus va guidant

À s’attaquer à toytoi les envieux convie,

 

Mais pour tout leur venin ton los n’haa moins de vie

Et mesmesmême leur effort le rend plus evidentévident,

Ton ouvrage plus beau, ton Esprit plus ardent,

La muse (ton plaisir) encore mieux suivie.

 

Laissons Mide crier qu’il n’est rien que d’avoir

De l’or et de l’argent, et que tout le scavoirsavoir

D’HomereHomère ne vaultvaut pas troystrois soubzsous en l’escarcelle.

 

L’aigle ne laisse pas de fendre brusquement

Les nues pour ramer presprès du haulthaut ElementÉlément,

QuoyQuoi que d’un aultreautre nom l’ignorance l’appelle.

 

Joseph de Belessard, L.

--- A viii r° ---

SUR L'ANAGRAMME DE
JEHANJEAN DE BEAUBRUEILBEAUBREUIL,
DE L'HEUR AI BIEN BEAU.

Puis quePuisque du Temps, de Fortune, d’Envie

Tu es vainqueur par ce docte pinceau

Dont tu nous as si bien peint Attilie,

Sans craindre rien, dis DE L'HEUR AI BIEN BEAU.

 

M. R. L.

L'AUTEUR

Comme les uns leur marchandise prisent

La PoësiePoésie est ayméeaimée de moymoi.

Me voules voulez-vous faire dire pourquoypourquoi ?

Pour differerdifférer de ceux qui la mesprisentméprisent.

EIUSDEM DISTICHON

Doctorum radiis mea si non scripta coruscant,

Quod sim lucis amans, hoc ea lucis habent.

[1] si ce n'est un.
[2] Orth. conservée pour la rime.

--- A viii v° ---

Acteurs.

ConsulzConsuls de Rome Attilie Manlie
GentilzHommesGentilshommes Romains Curce Ancon
Sylvian, Citoyen Romain. Darion, Ambassade Carthaginois. XantipeXanthippe, RoyRoi de LacedemoneLacédémone. ArnesianArnésian, SenateurSénateur de Carthage. Gorgophon, Magicien de Carthage. Pomponin, SenateurSénateur de Rome. Le Chœur.
 
--- B i r° ---

PREMIER ACTE

Attilie, Manlie.

<ATTILIE> 3

Dans le Cercle bornant cestecette Rome infinie

(Où des Dieux immortelzimmortels la faveur c’ests’est unie)

Mainte famille prentprend un renom glorieux

Des pourtraictzportraits elevésélevés de ses braves ayeulxaïeux :

5Mais si je suis connu, ce n’est point que le cuivre

Fasse dans ma maison la proüesseprouesse revivre

De mes Progeniteurs, car oncq’ aultreautre desirdésir

Que de vivre inconnus ne les haa peupu saisir,

S’estimantzestimant plus heureux en leur estatétat champestrechampêtre

10Qu’aux Villes où l’Envie haa de quoyquoi se repaistrerepaître,

Serpent contre l’honneur fertilement tetutêtu,

Impatient de voir les hommes de vertu.

Mais quoyquoi ? bien que le miel d’une vie tranquille

Aux champs on goustegoûte mieux qu’au reclos d’une ville

--- B i v° ---

15Et que c’est un grand heur d’estreêtre loingloin quelque foisquelquefois

De la veuevue d’un Peuple inconstant de sa voix,

Si est-ce que celuycelui gaignegagne un los magnifique

Sur les aultresautres humains, qui de la republiquerépublique

Les affaires epouseépouse, alors mesmemême qu’il faultfaut

20Endosser le harnoisharnais, pour rompre le cueurcœur haulthaut

D’un estrangerétranger osant braver nostrenotre Patrie.

À quoyquoi donc doibtdoit servir toute nostrenotre industrie

Si ce n’est au public ? ô que c’est aux grandzgrands Dieux,

Qui voient tous noznos faictzfaits du seul clin de leurs yeux,

25Que c’est dis-je aux grandzgrands Dieux une chose agreableagréable

Lors queLorsque l’on vistvit pour estreêtre au public proffitableprofitable,

Et qu’au lieu de songer à un sordide gain

L’on defenddéfend sa patrie en valereuxvaleureux Romain.

De vrayvrai c’est le moyen d’aqueriracquérir une gloire

30Dont le temps ne scauroitsaurait effacer la memoiremémoire,

Le lustre, et la beautebeauté : car au lieu que la fleur

Tant soit elle riante en sa freschefraîche couleur

Au bout d’une saison devient toute fletrieflétrie,

ˮ CeluyCelui vistvit à jamais qui faictfait pour sa patrie.

35Or puis qupuisqu’il est ainsi que c’estecette ample Cité

Pour deffendredéfendre son nom, m'a mis en dignité

--- B ii r° ---

Je ne manqueraymanquerai point (comme ingrat) à cognoistreconnaître

L’honneur qu’elle me donne, ains luylui feray ferai paroistreparaître

Que je n’aymeaime point tant la vigueur de mon cueurcœur

40Que j’aymeaime son proffitprofit, sa gloire et sa grandeur.

Aussi quand j’atteindroyatteindrai trois sieclessiècles de mon ageâge

N’ayant faictfait le debvoirdevoir qui m’oblige, et m’engage,

Ce ne seroitserait pas vivre apresaprès un si grand tort,

Ains à chacun moment endurer une mort.

45Au contraire advenant qu’en bataille je meure

Premier qu’avoir atteint une vieillesse meure4,

Ayant pour le public ma vie prodigué

Je vivrayvivrai de plus fort chacun jour alleguéallégué,

Et comme ce courage en moymoi demeure ferme,

50Mon compaignoncompagnon aussi preuveprouve l’avoir de mesmemême

Par son geste viril, mais le voicyvoici qui vient

MouvrirM’ouvrir quelque devoir qui en soucysouci le tient.

MANLIE.

Puis quPuisqu’un pareil honeurhonneur nous conjoinctconjoint5 Attilie,

FaultFaut il pas qu’un amour semblablement nous lie ?

55Soyons-donc si unis et conjoinctzconjoints6 au devoir

Que Rome un grand proffitprofit en puisse recevoir.

--- B ii v° ---

ATTILIE.

Pouvons nous faire mieux (ayantzayant si belle charge)

Que de bien nous unir ? quelle plus seuresûre targe

PeultPeut avoir le public, que l’union de ceux

60Qui sont en dignité premiers comme nous deux ?

MANLIE.

Si l’union proffiteprofite au vivre de deux freresfrères,

Encorencore sert elle plus à ceux qui les affaires

Des Villes en ont main7 , puis qupuisqu’une infinité

De testestêtes se repose en leur fidelité.

65Que s’il estoitétait ainsi que leur veuevue fustfût louschelouche

En chose qui le bien de la Patrie touche,

Et fussent cler-voyantzclairvoyants seulement à leur gain,

Ce seroitserait meritermériter quelque ToreauTaureau d’ErainAirain,

VoyreVoire mille tormentztourments : car il n’est maleficemaléfice

70” Duquel ne soit coupable un hostehôte d’Avarice

” Tel que celuycelui qui met son PaisPays en danger

” Cruellement vilain pour quelque gain legerléger.

ATTILIE.

Je suis de ton advisavis, et croycrois qu’il ny àn’y a chose

--- B iii r° ---

Qu’un sage citoyen plus belle se propose

75Que de bien soustenirsoutenir sa Patrie au besoingbesoin,

Pour avoir tout le Ciel d’un tel acte tesmoingtémoin.

” Nous aymonsaimons noznos parentzparents, nostrenotre bien, nostrenotre vie,

” Mais nous devons encorencore plus aymeraimer la Patrie,

” Veiller à son proffitprofit, l’embrasser nuictnuit et jour,

80” Bref pour elle quisterquitter de nous mesmemême l’Amour.

MANLIE.

C’est ce que la Patrie à ses EnfansEnfants demande,

Et ce que le debvoirdevoir justement leur commande.

Mais quoyquoi que de nous deux toute l’intention

Soit de bien proffiterprofiter à nostrenotre nation,

85Si ne pourrons nous pas si songneusementsoigneusement faire,

Que d’agréer à tous, tant l’Envie est contraire.

Les uns connoissantzconnaissant bien nostrenotre fervent debvoirdevoir

MuetzMuets comme Poissons feindront ne le scavoirsavoir,

Les aultresautres en siflantsifflant leur noire calomnie

90TascherontTâcheront d’obscurcir l’honneur de nostrenotre vie,

Marris de n’avoir sceusu retirer du fouyerfoyer

Leur Esprit tout cendreux, afin de l’employer

Aux actes vallereuxvaleureux qui causent qu’une RommeRome

--- B iii v° ---

Aux quatre coins du Monde haultementhautement on renomme.

95Mais faudroit faudrait-il trouver estrangeétrange tout soudain,

Et beaucoup s’estonnerétonner si le Peuple Romain

En fin de [nos]8 travaux d’une façon ingrate

Nous donnoitdonnait en exil au plus rude Sarmate ?

ATTILIE.

Je ne trouveroistrouverais pas un tel acte nouveau.

MANLIE.

100Aussi ne faudroitfaudrait-il, ayant l’exemple beau

De ses9 GreczGrecs excellentzexcellents qui d’avoir sceusu bien faire

Souffrirent l’Ostracisme au gré d’un adversaire.

NozNos Annales aussi nous enseignent quel tour

À Camill’Camille on joua, l’exilant [quelque]10 jour

105AprésAprès avoir estéété quatre fois pour sa ville

Militaire Tribun et tousjourstoujours bien utile.

Or quoy quequoique nostrenotre ouyeouïe à tout heure souffrit

Le bruit des envieux travaillantztravaillant leur Esprit,

Si est-ce qu’il suffit pour toute recompençerécompense

110À nous aultresautres d’avoir saine la conscience.

--- B iv r° ---

” L’honneur des gens de bien ne dependdépend du parler

” De ses lourdzlourds jugementzjugements qui rien n’y voyentvoient clerclair,

” Mais de la voix de ceux qui d’une ameâme synceresincère,

” Franche de passion pesentpèsent bien un affaire.

ATTILIE.

115Mieux nous vaultvaut le raportrapport d’un seul bon Citoyen

Que de tous ses criardzcriards, fumeux et sans moyen.

Celuy-laCelui-là qui faictfait bien jamais rien ne doibtdoit craindre

” Et d’avoir proffitéprofité onques ne se doibtdoit plaindre.

Le tout est que noznous deux constantzconstants et courageux.,

120Ne reculions du faix tant soit-il outrageux.

Il ne faultfaut point doubterdouter que l’on ne nous presenteprésente

Dans trois ou quatre jours une charge pesante,

C’est d’aller guerroyer les fiers CartaginoisCarthaginois,

Qui vouldroîtvoudraient (s’ilzils pouvoîtpouvaient) aux Romains donerdonner lois

125Ne voyantzvoyant assesassez clerclair qu’une faveur divine

VeuVeut que Rome à la fin tout l’univers domine.

MANLIE.

Le tout bien je prevoyprévois, et comme pour venir

À comble de l’honneur il nous faultfaut soustenirsoutenir

--- B iv v° ---

Un nombre de travaux. Ainsi fistfit un Alcide

130Qui choisit la vertu pour la plus seuresûre guide,

Et ne s’espouventaépouvanta pour le Serpent affreux

Qui cent testestêtes avoitavait, et moins pour l’ecumeuxécumeux

Sanglier que nourissoitnourrissait le sommet d’ErimanteÉrymanthe.

ATTILIE.

Nous trahirions le nom duquel Rome se vante,

135Et que Mars luylui laissa si quelque froide peur

Venait couhardementcouardement englacer nostrenotre cueurcœur.

Quel deshonneurdéshonneur à nous d’amoindrir cestecette gloire

Qu’ont heueue tant de Romains ardentzardents à la victoire ?

Si les CartaginoisCarthaginois ont des gens plus que nous,

140Nous aurons plus de cueurcœur à faire pleuvoir coups,

Et si les passerons en Conseil invincible

Ainsi qu’un PrecepteurPrécepteur peultpeut passer son Disciple :

Puis le nom des Romains si fort estouneraétonnera

Que maint Peuple soudain au seul bruit cederacèdera.

145Comme quand un Torrent espandépand ses bras liquides

ImpetueusementImpétueusement sur les pleinesplaines humides,

La tropetroupe des voisins sans avoir aultreautre soingsoin

QuisteQuitte tout à l’instant pour s’en fuirenfuir au loingloin,

--- B v r° ---

De mesmemême l’estrangerétranger à l’abord de noznos bandes

150Craindra de s’opposer à des forces si grandes.

MANLIE.

Tu me fais (Attilie) à ce coup espererespérer

Plus qu’onques je n’ayai faictfait : he que peultpeut desirerdésirer

NostreNotre Rome aujourdhuyaujourd’hui, ayant pour sa defencedéfense

Deux ConsulzConsuls qui l’honneur cherchent pour recompencerécompense ?

155Si le peuple Romain son bon heurbonheur peultpeut ouyrouïr,

Il haa bien maintenant dequoyde quoi se rejouirréjouir.

Mais du desirdésir que j’ayai qu’entieremententièrement tu croyecroies

Que de ton bon vouloir en rien je ne fourvoyefourvoie,

Et ne veux tant soit peu, prendzprends c’estcet AneauAnneau de moymoi

160Pour gage que je t’aymeaime et te donne la foyfoi.

ATTILIE.

Tu prendras donc aussi c’estecette aultreautre bague mienne

Que te donne ma main pour loger en la tienne,

AffinAfin que tout ainsi que tu veux m’asseurerassurer

De ta fidellitéfidélité (doncdont je pourroispourrais jurer

165N’avoir onques doubtédouté) de mesmemême tu t’asseureassures

--- B v v° ---

Que d’un pareil vouloir avec toytoi je demeure.

MANLIE.

PlustotPlutôt que le refus en eut souillé mon cueurcœur

Phœbus refuseroit refuserait au monde sa lüeurlueur,

Ou plutostplutôt les humains se rendroitrendrait si funebresfunèbres

170Qu’ilz il11 chasseroitchasserait le jour pour prendre les tenebresténèbres,

MesmeMême s’il advenoitadvenait que l’on me presentaprésenta

En eschangeéchange l’aneauanneau, d’ontdont GygesGygès se vanta

Ce seroitserait perdre temps.

ATTILIE.

Je te jure le mesmemême,

Et atteste les Dieux que maintenant je t’aymeaime

175D’un amour non vulgaire, ains que c’estcet amour mien

Moins se peultpeut deslierdélier que le neudnœud Gordien.

MANLIE.

Je veux doncquesdonc avoir encorencore une accolade

--- B vi r° ---

De toytoi mon aultreautre moymoi.

ATTILIE.

Reçois la mon PiladePylade,

Fais estatétat de mon cueurcœur, sois -en le gouverneur.

MANLIE.

180Tu soyssois aussi du mien entieremententièrement seigneur.

--- B vi v° ---

LE CHŒUR.

Comme la face des GemeauxGémeaux,

Brillant au Ciel porte-Flambeaux

Est au Nocher un heureux Signe,

Ainsi Peuple Romain à toytoi

185De tes ConsulzConsuls l’unie foyfoi

Future quelque bien insigne.

 

SoubzSous ce bel astre d’union

HaA florifleuri mainctemainte nation

Pleine d’honneurs incomparables :

190C’est celle-lacelle-là, non les remparsremparts

Non l’enfleureenflure des BoulevarsBoulevards

Qui rend les Villes imprenables.

 

Le MetalMétal en qui Jupiter

Se transforma pour accoster

--- B vii r° ---

195La Fille du RoyRoi AccrisieAcrisie

PourroitPourrait forcer dix mille FortzForts,

Mais en vain seroientseraient ses effortzefforts

Contre une Ville bien unie.

 

Car ainsi qu’un fort Diamant

200Surmonte naturellement

Du marteau la force pesante,

De mesmemême l’unie Cité

Surmonte la temeritétémérité

De l’ennemyennemi qui se presenteprésente.

 

205Si donc tu crains peuple Romain,

C’est sans raison et trop en vain

Puisque l’union te gouverne,

” L’union conserve les CieulxCieux,

” Et rend les hommes demy-Dieuxdemi-Dieux

210” Fermant l’huis au Serpent lede Lerne.

--- B vii v° ---

ACTE II.

Curce. Ancon, Sylvian.

<CURCE>12

Je croycrois qu’on n’a point veuvu que la Lune nuictierenuitière

Six foysfois aytait apporté une rondeur entiereentière,

DespuisDepuis que noznos ConsulzConsuls hardis à proffiterprofiter

Sont de Rome partis pour CartageCarthage domterdompter,

215Et toutefois, ô Dieux quelle faveur notoire !

IlzIls ont ja rapporté une telle victoire

Que du bruit l’univers en est presque remplyrempli,

Et l’honneur non subjectsujet aux umbresombres de l’OblyOubli.

IlzIls ont mesmemême vaincu AmilcarHamilcar l’EsperanceEspérance

220De l’adversaire camp, le Chef et l’asseuranceassurance,

AyantzAyant gaignégagné sur luylui soixante quatre naux13

Enflées de soldartzsoldats, et riches de JouyauxJoyaux.

Puis passantzpassant par l’AffriqueAfrique au bruit espouvantéeépouvantée

--- B viii r° ---

SoubzmiseSoumise s’est à eux la Cité de Clipée,

225Et plusieurs quand et quand, aymantzaimant mieux un accord,

Qu’eprouveréprouver des Romains le fouldroyantfoudroyant effort.

Manlie est de retour, et non sans pompe grande

On l'a veuvu triumphertriompher, amenant une bande

De vingt mille soldartzsoldats enfansenfants CartaginoisCarthaginois

230Prisonniers, garrottés moqués à pleine voix

Des petitzpetits et des grandzgrands, des pauvres et des riches

Qui tous à leur donner injures n’estoitétaient chiches.

Les vieillardzvieillards, d’une voix enrouée à demydemi

TyrantzTirant hors d’un treillis leur visage blemyblémi

235CrioientCriaient, sont-ce ceux-laceux-là qui faisoientfaisaient tant de rage ?

Sont-ce les beaux EnfansEnfants de la fierefière CartageCarthage ?

Sont-ce ceux qui noznos filzfils tirent d’aupresauprès de nous ?

Sus, sus que dans le Tibre on les nous jette tous.

D’aultreautre part les enfansenfants, par mille vituperesvitupères

240ReprochoientReprochaient à ses14 gens l’absence de leurs PeresPères

Qui prenoientprenaient le hazardhasard d’un eschaufééchauffé conflictconflit

Pour valeureusement proffiterprofiter au public.

Les femmes surpassant tous les aultresautres d’injures

CrioîtCriaient, plus-que meschantzméchants il faultfaut que vous enduresenduriez

245À ce coup du tormenttourment, et quoyquoi ? n’est ce pas vous

--- B viii v° ---

Qui causescausez qu’aujourd’huyaujourd’hui nous n’avons noznos epousépoux ?

Et alors je vous prypri' quel honneur à Manlie ?

Qui n’embouchoitembouchait son nom, et celui d’Attilie ?

Or l’un est de retour et l’aultreautre est demeuré

250Pour ce Peuple domterdompter contre nous conjuré,

Et j’espereespère qu’en bref nous aurons des nouvelles

Qu’il aura rapporté des victoires fort belles.

ANCON.

Curce tout maintenant je te veux faire ouyrouïr

Chose qui grandement te viendra rejouirréjouir.

CURCE.

255Et quoyquoi me porteportes tu nouvelles de CartageCarthage ?

ANCON.

Tu ne pouvoispouvais entrer en un plus vrayvrai presageprésage.

Deux Romains ce jourd’huyjourd’hui sont arrivés du camp

Qui long tempslongtemps m’ont tenu, fort volontiers vacant

À l’utile discours de leur nouvelle HystoireHistoire.

--- C i r° ---

CURCE.

260Avons-nous je te pry’prie gaignégagné quelque victoire ?

ANCON.

Il t’en faultfaut asseurerassurer, mais (mon Curce) je veux

Te raconter le tout et te rendre joyeux.

CURCE.

Fais donc sans me tenir longuement en cervelle.

ANCON.

DespuisDepuis qu’en cestecette ville avec gloire immortelle

265Manlie est de retour, Attilie grison

(Mais bouillant au devoir comme un hardi Lion

Qui bravant du ToreauTaureau la corne furieuse

Combat royallementroyalement de force industrieuse)

ApresAprès avoir rangé sagement ses SoldartzSoldats

270SoubzSous le voile guerrier de leurs vieux estendarsétendards,

Ayant leulu d’un chacun la valeur au visage

Il attaque le Camp des EnfansEnfants de CartageCarthage

--- C i v° ---

D’une telle façon, qu’il emporte le prix

Plusieurs estantzétant occis, et plusieurs aultresautres pris,

275Le reste sans tarder voulant avoir revange,

Ayant receureçu secours en Bataille se range :

Mais lors quelorsque des Romains le tonerretonnerre tumbatomba,

Soudain c’estcet Escadron contraire succumbasuccomba

Comme la vigne tendre en sa fleur devenue

280Par les coups d’une greslegrêle on voidvoit estreêtre abbatueabattue.

Si bien qu’en peu de temps en deux combatzcombats heureux

De deux grands Asdrubaux15 il fustfut victorieux.

Mais je te veux encor’encore aultresautres nouvelles dire

Qui causent qu’Attilie entieremententièrement j’admire.

285Un beau fleuve affricainafricain les deux camps separoitséparait

EstantÉtant cause que l’un sur l’aultreautre ne couroitcourait,

Du costécôté que tenoittenait le Romain invincible

Dans le Rivage estoitétait un Serpent treshorribletrès horrible

Ayant (c’est pour le moins) six vingt piedzpieds de longueur

290Les yeux estincelantzétincelants d’une paslepâle chaleur,

La gueule hideusement ouverte et dentelue,

Et gloutement subite à la proyeproie vaincue.

Au reste ayant le cuir si dur de toutes parsparts

Qu’il emoussoitémoussait la force, et la poinctepointe des darsdards.

295Mais je te veux monstrermontrer la vrayevraie pourtraictureportraiture

--- C ii r° ---

Que l'on m’en haa donnédonnée, vois donc c’estecette peinture.

CURCE.16

Ô la vilaine bestebête ! est -il aux bordzbords du Nil

Un plus espouventableépouvantable et cruel CrocodilCrocodile ?

ANCON.

Ce Serpent plusieurs foysfois avoitavait cloué sa rage

300Sur ceux de nostrenotre Camp qui prenoîtprenaient le rivage

Pour esteindreéteindre leur soif, et mesmesmême en avoitavait

Defaictdéfait quatorze un jour, tant sa rage pouvoitpouvait.

Attilie advertyaverti de ce dangereux monstre,

Et que l’Archer en vain lune l'arc à l’encontre

305Il dresse des engins industrieusement

Pour servir d’ArbalesteArbalète à pousser roidement

De pierres un amas massivement pesantes,

Puis les faictfait tellement au poinctpoint de ses attentes

TumberTomber dessus le dos de ce Serpent infect,

310Qu’il l’accravasse tout, l’assomeassomme et le defaictdéfait.

Il haa beau demenerdémener sa queue tortillée,

EscumerÉcumer, grimassergrimacer, siffler sa rage enflée,

--- C ii v° ---

En vain est son effort, c’est un rien que son tout,

Le conseil d’Attilie en est venu à bout.

SILVIAN.

315Je ne faysfais que venir du sacré Capitole

Où j’ayai veuvu le Serpent qui te met en parolleparole.

CURCE.

Me dis-tu l’avoir veuvu ?

SILVIAN.

VrayementVraiment il est ainsi,

Et de premierepremière veuevue en suis estéété transi :

Vous pouvant asseurerassurer, qu’à c’estecette heure presenteprésente

320Nombreusement y est une troupe flottante,

Qui ne se peut saouler de voir soubzsous un effroyeffroi

De ce monstre la peau attachée auaux paroyparois.

Là vous verriez les uns remerquansremarquant de leur veuevue

Sa gueule furieuse, et les aultresautres sa queue,

325Qui souloîtsoulait renverser d’un mouvement legerléger

--- C iii r° ---

Les hommes qui passoientpassaient trop presprès de ce danger.

Vous orriesorriez ce pendantcependant un long bruit qui s’ecouleécoule,

De tous les regardantzregardants meslesmêlés en une foule.

Ce bruit va ressemblant à cil que mainte fois

330Aux commices on voidvoit avant prendre les voix.

Je croycrois que le Serpent que vidvit jadis AeneeÉnée

(Alors qu’ilzil17 commença suyvresuivre sa destinée

Pour venir devers nous) au regard n’estoitétait rien

De celuycelui qu’a vaincu le bras Attilien,

335Et pense que jamais le Serpent PytoniquePythonique

Que Phœbus combatitcombattit ne fustfut plus horrifique.

ANCON.

Ne t’en parloisparlais je pas (Curce) à la veritévérité ?

CURCE.

Je reconnais le tout comme tu l’as raconté.

Ô Dieux qu’ellequelle valeur est ce d’un Attilie !

340Quel heur, quel beau destin d’un ReguleRégule s’alieallie ?

CeluyCelui qui quelque jour à labourer son champ

S’empouloitampoulait les deux mains, faict fait-il en nostrenotre camp

--- C iii v° ---

Un si brave devoir ? celuycelui qui mainte année

La charrue haa conduictconduit, conduictconduit-il une armée,

345Si courageusement ? celuycelui qui les herbis18

TondoitTondait, tond-il si bien noznos rogues ennemis ?

Il faultfaut qu’une OdisséeOdyssée avec une Iliade

Cesse pour donner lieu à une Attiliade :

Car les faictzfaits d’Attilie en toute sorte grandzgrands

350RempliroîtRempliraient beaucoup mieux les papiers des scavanssavants

Que les faictzfaits d’un Ulysse, ou d’aultresautres que la GreceGrèce,

HaA vantés quelque jour d’une voix menteresse.

Mais je veux de ce pas aller jetterjeter mes yeux,

Sur la peau du Serpent qui fustfut si merveilleux,

355AffinAfin que de tant plus mon esprit boive d’aise,

Et de contentement en chose qui luylui plaise.

Prendre je ne scaroissaurais mieux qu’ores le loisir,

Et ne scaroissaurais avoir plus insigne plaisir

Que de voir de noznos chefzchefs l’invincible courage,

360MesmementMêmement de ceulx laceux-là qui regnentrègnent de mon aageâge.

Mille fois je diraydirai, je suis, je suis heureux

D’avoir veuvu deux ConsulzConsuls Romains si valereuxvaleureux.

Qui ma ville rendront le chef des RepubliquesRépubliques

Pour se loger au rang des grands Dieux Olympiques.

--- C iv r° ---

365Adieu, adieu vous dydis.

ANCON.

Tout ce jourd’huyjourd’hui nous deux

Vous accompagnerons.

SILVIAN.

De bon cueurcoeur je le veux.

--- C iv v° ---

LE CHOEUR

Qu’est-il impossible à l’Homme

Qu’un beau desirdésir va guidant ?

L’Homme est le plus evidantévident

370Des miracles qu’on renomme.

 

Ores la GreceGrèce subtile

SoubzSous un Thesée le peint,

Ores soubzsous Hercule feint

CombatantCombattant l’Hydre fertile.

 

375Mais Rome plus veritablevéritable

Non par fable nous apprentapprend

Combien peultpeut l’HomeHomme qui prentprend

DesirDésir d’estreêtre proffitableprofitable.

 

Voyez un homme champestrechampêtre

380Qu’elle haa pris pour gouverneur

--- C v r° ---

Qui des-jadéjà gaignegagne un honneur

Le plus grand qui pourroitpourrait estreêtre.

 

Rome l’ornement du Monde

Le Laboureur t’agrandit,

385Et en sa valeur te dictdit

Qu’à nul aultreautre il ne seconde.

 

Non content d’avoir en guerre

Rompu ses fortzforts ennemis,

EncorEncore à mort il haa mis

390Un grand monstre de la terre.

--- C v v° ---

ACTE III.

Darion Ambassade Carthaginois. Attilie Consul Romain.

DARION.

Estez Êtes-vous irrités en si cruelle sorte

Ô Cieux ! ô Dieux hautains ! ô Fortune trop forte !

Que veuillesveuillez accabler en perte de combatzcombats

L’estatÉtat CartaginoisCarthaginois, qui tousjourstoujours icyici bas

395Vous haa rendu honeurhonneur, et pour maint sacrifice

S’est mesmesmême apauvryappauvri, pour vous faire service ?

CartageCarthage n'est-ce rien où vous preniespreniez plaisir,

Mais bien plutostplutôt depitdépit, horreur et deplaisirdéplaisir ?

CartageCarthage est -elle meremère, est -elle nourrissierenourricière

400Des GeansGéants revoltesrévoltés qui d’une sorte fierefière

Assaillent vostrevotre Ciel ? Si les Romains sont Dieux,

Nous sommes des GeansGéants par trop audacieux.

Mais ilzils ne le sont pas, ains ceux qui vous depitentdépitent,

--- C vi r° ---

Et qui aucunement vostrevotre aydeaide ne meritentméritent.

405ToutesfoisToutefois ilzils ont heueu troystrois foysfois en peu de jours

La victoire sur nous dignes d’aultreautre secours.

Las ! eustes eûtes-vous jamais ô DeitezDéités celestescélestes

(Trop pleines de pouvoir) vozvos haines manifestes,

Contre les successeurs du premier RoyRoi Troyen

410Ainsi que contre nous ? ostez-vousôtez-vous le moyen

De vous porter honeurhonneur au peuple qui vous aymeaime ?

LuyLui voulez-vous donner une souffrance extremeextrême ?

Puis donc que c’est en vain que nous nous retirons

Aux Dieux sourdzsourds à noznos cris, et leur aydeaide implorons

415La contrainctecontrainte nous faictfait retirer vers les hommes,

Et prier ceux à qui en grand haine nous sommes.

HelasHélas en quel estatétat ores nous vois-je mis

Qu’il faille demander à noznos grands ennemis

GraceGrâce, Paix et pardon ! le sort nous humilie

420” Et n’est rien de mondain que le destin ne lie.

Il me faultfaut, c’est ma charge au Consul droictdroit aller,

Mais en quelle façon luylui pourray-jepourrai-je parler

Afin de l’emouvoirémouvoir ? de quelle RhetoriqueRhétorique

Me faudra-il user ? quelle ardeur pathetiquepathétique

425Asseureraassurera mon geste ? he qu’ores je ne suis

Au bout de l’Ambassade auquel je me suis mis !

--- C vi v° ---

ToutesfoisToutefois crain-jecrains-je rien ? void voit-on des ambassades19

Qui soyentsoient oncq repoussés à coups de bastonnades ?

Attilie n’est point d’un si barbare cueurcœur

430Qu’il n’escouteécoute ma charge, et m’en tiens des-jadéjà seursûr.

Je m’en vayvais droistdroit à luylui, et mettraymettrai telle peine,

Que j’en raporterayrapporterai quelque responceréponse humaine.

Magnanime Consul, la gloire des Romains,

Digne d’estreêtre tenu le premier des humains,

435Je vous suis envoyé de tous ceux de CartageCarthage

AffinAfin de vous offrir leur foyfoi et leur homagehommage.

Les petitzpetits et les grandzgrands vous demandent pardon

Et vous supplient tous de leur en faire don.

ATTILIE.

Pardon à ses20 mutins ! à ce Peuple rebelle !

440À ces agasse-dieux ! à cestecette gent cruelle !

PlutostPlutôt au fond des eaux les CerfzCerfs habiteront,

Et les poissons en l’ErAir sans cesse voleront.

DARION.

--- C vii r° ---

Ha puissant Attilie où l’honneur se vient rendre,

Que n’ay ai-je le moyen de bien vous faire entendre

445La pure affection de noznos CartaginoisCarthaginois !

Que ne pouvez vous lire en leur cueurcœur cestecette fois,

Je me tiens asseuréassuré que s’il se pouvoitpouvait faire

Vous leur pardonneriespardonneriez en pitoyable perepère.

ATTILIE.

Quand j’auroisaurais devant moymoi d’un facieux miroir

450Le müetmuet truchement, qui tresclairtrès clair me fit veoirvoir

Le cueurcœur et le vouloir des hommes de CartageCarthage,

Je n’en seroisserais pour tantpourant asseuréassuré davantage

Que je suis au jourd’huyaujourd’hui, mais à ce que je voidzvois,

Tu m’en veux faire croire et piper de ta voix,

455Comme si je n’avoisavais le jugement d’un homme

Ains plutostplutôt d’un enfant qui croit pour une pomme.

Je cognoisconnais les CourbeauxCorbeaux et les cignescygnes aussi,

Les Loups et les Brebis, tu les doibzdois croire ainsi.

DARION.

Il y auroit en moymoi trop et trop d’impudence,

460Et d’impudence aultantautant qu’en vous est de prudence,

--- C vii v° ---

Si j’osoisosais faire à croire vozvos yeux cler-voyansclairvoyants

Que le blanc et le noir ne sont point diferensdifférents.

Mais oserois-jeoserais-je bien à un tel chef d’armée

(Qui troystrois foysfois haa vaincu en bataille rangée

465Les trouppestroupes de CartageCarthage) impudent me monstrermontrer

D’une telle façon ? penserois-jepenserais-je accoustreraccoutrer

D’un tel deguisementdéguisement une bourde impudente,

Que tosttôt elle ne fustfût à vozvos yeux evidenteévidente ?

De penser aultrementautrement à moymoi je feroisferais tort,

470Et pensant vous tromper je me tromperoistromperais fort.

Mais si premierementpremièrement, j’ayai tenu ce langage

Que les CartaginoisCarthaginois avec foyfoi et homagehommage

Vous tiendront à jamais toute fidelitéfidélité,

J’ose attester les Dieux avoir dictdit veritévérité.

ATTILIE.

475Si ce peuple mutin me faictfait reconoissancereconnaissance,

Je ne veux pour cela m’en donner asseuranceassurance.

” La necessiténécessité rend le fier humilié.

Mais je trouve celuycelui s’estreêtre fort obliéoublié

Qui fier s’est voulu en humilité feinte.

--- C viii r° ---

480” On ne peultpeut faire bien le faisant par contrainctecontrainte.

Comm’Comme une branche forte estantétant courbée en bas

(Malgré son naturel) à grand force de bras,

TascheTâche tousjourstoujours d’aller vers sa premierepremière sorte,

De tromper le vainqueur et d’estreêtre la plus forte :

485Telle est (car je le scaysais) ta folle nation

Pleine d’otrecuidanceoutrecuidance et de rebellionrébellion.

Bref estantétant malgré soysoi en mon obeissanceobéissance

Je n’y pourroispourrais jamais fonder une asseuranceassurance ?

Est-il temps maintenant de prendre un repentir

490Ayant voulu troystrois foysfois ma puissance sentir ?

Failloit-ilFallait-il se monstrer si folle et si hautaine

Que de vouloir braver une armée Romaine ?

DARION.

S’il se pouvoitpouvait trouver des hommes si parfaictzparfaits

Que de ne faillir onc en aulcunaucun de leurs faictzfaits

495On les tiendroittiendrait pour Dieux et non au rang des hommes,

Mais helashélas ! puis quepuisque c’est le destin où nous sommes

De choper, de tumbertomber, de faillir quelque foisquelquefois,

Ne refusez pardon à noznos CartaginoisCarthaginois

Qui conoissentconnaissent leur faute, empongnezempoignez cestecette gloire

--- C viii v° ---

500D’avoir estéété humain apresaprès vostrevotre victoire.

ATTILIE.

” User d’humanité, de pardon et d’accord

” À l’endroit des mutins, c’est aux bons faire tort.

DARION.

” Il n’est cueurcœur si malin que sa faultefaute ne range.

ATTILIE.

” Le mutin quoyquoi que soit veultveut tousjourstoujours sa revange.

505Va ne m’en parle point je scaysais bien comme il faultfaut

Des fiers CartaginoisCarthaginois abaisser le cueurcœur haulthaut,

Et scachantsachant comme il faultfaut abaisser l’arrogance

Je scaysais bien pardonner à ceux d’obeissanceobéissance.

DARION.

Donc les CartaginoisCarthaginois gracegrâce de vous auront,

510Car vozvos obeissantzobéissants à jamais ilzils seront.

Que s’ilzils manquent en rien desormaisdésormais de promesse

--- D i r° ---

FaictesFaites pleuvoir sur eux une rigueur epesseépaisse :

Mais puisque maintenant ilzils se rendent à vous

N’exercez je vous pry’prie sur eux vostrevotre courroux.

ATTILIE.

515Il est temps, ou jamais que ma rigueur s’estendeétende

Sur les CartaginoisCarthaginois, et que point je n’entende

À leur faire pardon : gracegrâce ne doibtdoit avoir

CeluyCelui qui par troystrois foysfois mesmemême fauctefaute a faictfait voir.

DARION.

” Tant plus grande apparoitapparaît une faute commise,

520” Tant plus d’honneur reçoytreçoit celuycelui qui l’a remise.

ATTILIE.

” Honneur point ne reçoit qui scaitsait trop pardonner,

” Mais bien celuycelui qui scaitsait le mal exterminer.

DARION.

Il faultfaut exterminer le mal je le confesse,

--- D i v° ---

Mais si ne fault-ilfaut-il point que les bons on oppresse.

525HelasHélas tant de viellardzvieillards qui n’ont point guerroyé

Ains durant les combatzcombats ont tousjourstoujours larmoyé,

Mille et mille enfançons pendantzpendant à la tetinetétine

Ne jouyront-ilzjouiront-ils point d’une gracegrâce beninebénigne ?

Au moins en leur faveur exauce cestecette voix

530Qui demande pardon pour les CartaginoisCarthaginois.

ATTILIE.

Tous les CartaginoisCarthaginois n’ont point mesmemême nature,

TouteffoisToutefois je pretendsprétends que tous m’ont faictfait injure.

Quoyquoi ! est cela nouveau que le glaive tranchant,

Punisse l’innocent avecques le meschantméchant ?

535Les bons n’ont-ilzils jamais souffert pour les coulpablescoupables

Aux affaires plus grandzgrands et guerres remarquables ?

” Sache que bien souvent l’immuable destin

” Laisse souffrir le bon ainsi que le mutin.

Quand le filzfils de Priam de trop ingrate sorte

540EustEut de l’EpouseÉpouse envoléenvolée de MenelasMénélas son hostehôte

FustFut-il en peine seul pour un si laschelâche faictfait ?

N’en paya point sa part un grand nombre defaictdéfait

De Troyens innocensinnocents ? pour tesmoingstémoins j’ayai Amilte,

--- [Diir°] --- 21

PirnéePyrnée, TarpesonTarpéson, et le viellardvieillard Ætiste.

545Mais que vay-jevais-je cercherchercher l’exemple des Troyens,

Le pouvant tesmoignertémoigner par celuy-lacelui-là des miens ?

Le superbe Tarquin diffamant sa noblesse,

ApresAprès avoir souillé l’innocente LucresseLucrèce,

Et de nostrenotre grand RommeRome avoir estéété banibanni,

550De son infameinfâme faictfait luylui seul ne fustfut puni,

Car le nom des Tarquins dans la CiteCité Romaine,

Si fort fustfut detestédétesté, et prinspris en telle haine,

Que mesmesmême sans mëfaictméfait le Consul ColatinCollatin,

FustFut de Rome banibanni pour se nommer Tarquin.

555Ainsi sois asseuréassuré que si fort je detestedéteste,

Le nom CartaginoisCarthaginois qu’il ne se verra testetête,

TiltréeTitrée de ce nom qui ne sente ma main,

Et quel est le pouvoir de l’Empire Romain.

Qu’on ne m’en parle plus, je m’en veux faire croire,

560Et des CartaginoisCarthaginois abolir la memoiremémoire.

DARION.

seul

Que peult-onpeut-on avoir pis ! il faultfaut tout hazarderhasarder

Alors que le vainqueur ne veultveut rien accorder.

Souvent le desespoirdésespoir est la cause certaine

--- D ii v° ---

Du salut des vaincus, il faultfaut que l’on y vienne.

565Nous ne sommes du tout depourveusdépourvus de SoldarsSoldats,

Ains en avons encorencore qui font honeurhonneur à Mars.

Puis nous sommes certains que le vaillant XantipeXanthippe

Pour nous donner secours à cestecette heure s’equipeéquipe.

Fasse tant ce Consul le mauvais qu’il voudra,

570Non point sans coup frapper CartageCarthage il domptera.

--- D iii r° ---

LE CHOEUR.

Il n’est rien meilleur aux hommes

Que de s’entre-supporter,

Puis quePuisque tous subjectzsujets nous sommes

À choir plustost qu’à monter.

 

575C’est ce qui plus nous approche

De la nature des Dieux

D’avoir un cueurcœur non de roche,

Mais beninbénin et gracieux.

 

Doncques lors qu’unelorsqu’une victoire

580À souhait se vient donner,

Pour en augmenter la gloire

Il faultfaut scavoirsavoir pardonner.


--- D iii v° ---

TouteffoisToutefois le tropttrop d’offenceoffense

D’un EnnemyEnnemi mal appris

585Cause que sa repentencerepentance

En fin est mise à mesprismépris.

 

Ainsi CartageCarthage vaincue

N’obtient pardon du vainqueur

Qui bien souvent la cognuel’a connue

590Trop arrogante de cueurcœur.

--- D iv r° ---

ACTE IIII.

XANTIPEXANTHIPPE RoyRoi de LacedLacédémone. DARION, ATTILIE, ARNESIANARNÉSIAN SenateurSénateur.

XANTHIPPE.

N’employeray-jeemploierai-je point ce bras rude guerrier

Pour les CartaginoisCarthaginois ? ne vois-je le Laurier

M’estreêtre des-jadéjà promis d’une belle victoire ?

Refuze-jeRefusé-je d’entrer au temple de memoyremémoire ?

595Pousse ce tien bon-heurbonheur XantipeXanthippe vaillamment,

Et marche où la vertu te semond bravement.

Voudrois-tuVoudrais-tu dementirdémentir une belle esperanceespérance

Qu’ont les peuples de toytoi ? la froide nonchalance

Loge elle au cueurcœur d’un RoyRoi ? ce Sceptre ne sert point

600De fardeau inutile au reclos de mon pointpoing.

Je ne veux qu’il me donne une vaine apparence,

--- D iv v° ---

Car à un bon guerrier tout sert de contenance.

Non, ce Sceptre n’est point quelque jouet d’enfant,

Mais un signe asseuréassuré d’un grand chef triumphanttriomphant.

605J’ayai desjadéjà pour tesmoingtémoin quelque endroictendroit de la terre

De ce que je scaysais faire aux chaleurs de la guerre,

Si j’enfonce dedans, si j’employeemploie mes bras,

Si je scaysais poudroyer mes ennemis à bas.

ViençaViens çà LacedemoneLacédémone en combien d’entreprises

610M’as -tu veuvu courageux ? n’es-tu des mieux aprisesapprises

De mes dignes éploisexploits ? n’as-tu dictdit mainte-foismainte fois

Nous avons aujourdhuyaujourd’hui le parangon des Rois.

Sus donc espereespère bien (ô fertile CartageCarthage)

De m’avoir appelléappelé pour repousser l’outrage

615Que te font les Romains : j’y ferayferai tel devoir

Qu’en bref ton ennmi surmonté pourras voir.

Marchons avec espoir mes Soldats à cest’cette heure,

Chassez moy-moi toute peur, chascunchacun de vous s’asseureassure.

N’avez-vous point autant de bras que les Romains ?

620Ont ilz-ils une autre peau que les aultresautres humains ?

N’estesêtes-vous point tissus et de nerfs et de tendes

D’une mesmemême façon que les Romaines bandes ?

Ce ne sont que regatzregards quoyquoi qu’ilzils portent semblant

--- D v r° ---

De soldarssoldats valeureux que l’honneur va comblant.

625Foudroyez-moymoi cela, monstrezmontrez vostrevotre courage,

Et bien tostbientôt criez-moymoi, vive, vive Carthage.

ATTILIE.

TesteTête à noznos ennemis, voicyvoici quelque estrangerétranger

Qui les CartaginoisCarthaginois pretendprétend encourager :

Tondez moy-moi sesces mignons, ne craignez leur audace,

630IlzIls torneronttourneront soudain leur infantineenfantine face.

BATAILLE.22

ATTILIE.

Ha miserablemisérable sort ! ayai-je vainqueur estéété

Si souvent pour me voir aujourdhuyaujourd’hui surmonté !

Ô destin incogneuinconnu ! ô fatallefatale ordonnance !

He qu’est-ce d’asseurerassurer au monde son bon-heurbonheur !

635Je me vois le vaincu qui estoisétais le vainqueur.

XANTIPEXANTHIPPE.

Consul voilavoilà que c’est : estoisétais-tu si hautain,

--- D v v° ---

Que de vouloir tenir l’univers en ta main ?

De quoyquoi est devenu ton dessein Attilie ?

ReconoisReconnais maintenant ta superbe folie.

640Te faisoisfaisais-tu si tosttôt le compagnon des Dieux,

Pour estreêtre estroitementétroitement prisonnier à noznos yeux ?

ATTILIE.

Je me voidzvois accablé. Et rien plus ne me reste

Que patience au faix de fortune moleste.

DARION.

RoyRoi puissant, nous avons oreores en nostrenotre pouvoir

645CeluyCelui que ma prière oncq ne sceutsut émouvoir,

Tant fustfut de ce Consul le cueurcœur hautain et rogue,

Et croyscrois sans me tromper que l’effroyable Dogue

Qui garde des Enfers le portalportail tenebreuxténébreux

Se fustfût en nostrenotre endroictendroit monstrémontré plus gratieuxgracieux.

650Combien l’ayai-je prié de nous user de gracegrâce

Sans luylui pouvoir calmer la rigueur de sa face ?

Combien devant ses yeux luylui ai-je mis souvent

La roue de fortune esbranléeébranlée à tout vent ?

--- D vi r° ---

Sans pouvoir emporter de sa dure poitrine

655ResponceRéponse qui ne fut totalement tigrine.

XANTIPEXANTHIPPE.

Il ne failloitfallait pas tant estreêtre enflé de ton gain,

Ains devoisdevais te monstrermontrer aux hommes plus humain.

EstoitÉtait-ce un bel honeurhonneur que le Consul de Rome

Cruel eusteût entigré le naturel de l’homehomme ?

660Et quelle nation voudroitvoudrait tant s’oblieroublier

(Oyant ta cruaultécruauté) que vouloir s’alierallier

Des Romains, qui souloitsoulait porter cestecette loüangelouange

D’estreêtre courtois23 aultantautant que nation estrangeétrange ?

ConoissantConnaissant donc que toytoi de douceur n’avoisavais point

665Il estoitétait beaucoup mieux mourir l’epéeépée au pointpoing.

ATTILIE.

Quiconque des humains se fie à sa puissance,

À sa vaine grandeur, à sa lourde prudence ?

Qu’il regarde ma cheutechute, il verra tout soudain

Que rien n’est asseuréassuré au theatrethéâtre mondain.

670Avoir vaincu troystrois foysfois les forces de CartageCarthage

--- D vi v° ---

Et sur mer et sur terre avec un grand courage,

Avoir tout l’univers remplyrempli de ma vertu,

Et me voir aujourdhuyaujourd’hui prisonierprisonnier abbatuabattu,

OÔ Dieux quel changement ! ô quelle differencedifférence !

675Je conoisconnais, je conoisconnais de fortune la chance.

XANTIPEXANTHIPPE.

Tu la conoisconnais, mais tard, ayant faictfait quatre fois

Refus de pardonner à noznos CartaginoisCarthaginois.

ATTILIE.

Si j’ayai (com’comme il est vrayvrai) commis en cela faute,

Et à voir mon malheur n’ayai heueu la veuevue caute,

680Vous d’un meilleur esprit et plus sain jugement

Au moins de vostrevotre voix allegezallégez mon tormenttourment,

Car je ne reçois tant de douleur de ma prise,

Que de me voir mocquémoqué ayant la barbe grise.

XANTIPEXANTHIPPE.

C’est bien fort à propos que toytoi qui fis au pis

685Aux enfants de CartageCarthage, hautain et mal appris

--- D vii r° ---

Sois receureçu maintenant à grandes accolades,

Et de tous honoré d’un rang de bonnetades.

Non, je veux triumphertriompher de toytoi, car je le doibzdois,

Comme ton compagnon fit des CartaginoisCarthaginois.

690Lié devant mon Char je veux que l’on te voyevoie

Et que ceux de CartageCarthage en boivent une joyejoie,

Et veux qu’en te voyant le peuple à mon honeurhonneur

Crie que je serayserai cause de son bon-heurbonheur.

ApresAprès je te donraydonnerai au SenatSénat de CartageCarthage

695Pour en faire à son gré, et prendre l’avantage

Sur toytoi que ton orgueil cuidoitcuidait prendre sur luylui,

Allons c’est trop parlé, nous tardons trop icyici.

ARNESIANARNÉSIAN, SenateurSénateur CartaginoisCarthaginois.

Que l’on m’ameneamène tosttôt ce Consul Attilie

Pour conforter un peu sa prisonniereprisonnière vie.

700Ha Consul vous voicyvoici, quoyquoi ? vous estonnez étonnez-vous ?

Non, non, vous n’estesêtes pas en la gueule des loups.

ATTILIE.

Je ne scaysais que penser, et si par foysparfois je pense

--- D vii v° ---

C’est que j’aurayaurai au Ciel mieux qu’icyici recompenserécompense.

ARNESIANARNÉSIAN.

Attilie prendzprends cueurcœur, nous ne voulons user

705De si grande rigueur que tu pourroispourrais penser :

Nous n’avons point un cueurcœur emmuraillé de pierre,

Ains passons en douceur les peuples de la terre,

Et ceux que le Soleil eclaireéclaire les premiers,

Et ceux qui ses rayons reçoivent les derniers.

710Nous scavonssavons ta valeur, et scavonssavons combien Rome

HaA de perte receureçu en perdant un tel homehomme.

Elle n’esleutélut jamais un chef plus valeureux,

Plus ardant, plus hardyhardi, plus fort et vigoureux,

Et quand elle eusteût trouvé ou Hercule ou TheseeThésée

715IlzIls n’eussent sceusu mieux faire à conduire une armeearmée.

Trois victoires sur nous ta main a raportéa rapportées

Dignes d’avoir renom en la posteritépostérité.

TouteffoisToutefois la fortune a changé son visage,

Et t’haa rendu en finenfin prisonnier de CartageCarthage,

720S’en faultfaut-il esbairébahir ? nous n’avons pas tousjourstoujours

Les choses à souhait, ains par foisparfois à rebours :

--- D viii r° ---

Et soîtsoient grandzgrands, ou petitzpetits, si faultfaut24-il que leur vie

Soit de quelque entrepas d’adversité suyviesuivie.

Pour nous monstrermontrer cela, les antiques escrisécrits

725Portent que Jupiter garde devant son huis

Deux tonneaux abondansabondants d’une liqueur diverse,

C’est de miel, et de fiel, et que des deux il verse

Sur chacun des humains, si bien que soubzsous les Cieux

On n’en peultpeut trouver un qui ne goustegoûte les deux.

730Je te le dis afin que tu ne trouvetrouves estrangeétrange

De veoirvoir de la fortune un merveilleux eschangeéchange.

Mais tu pouvoispouvais penser que fortune n’est pas

AssizeAssise en une chaire, ançoisainçois tourne ses pas

Trop püerilementpuérilement glissantzglissants sur une roue,

735Et que de tous estatsétats sans cesse elle se joue.

Elle tourne à tous ventzvents, sa face n’a point d’yeux

Pour discerner à qui elle doibtdoit faire mieux.

Et bref c’est une femme en ses faictzfaits 25 inconstante,

Qui tient tout, et n’a rien, qui nuit, et si contente,

740Qui n’a rien de certain que sa legeretélégèreté,

TantostTantôt donnant richesse et tantosttantôt pauvreté.

Et si elle se monstremontre en choses de ce monde

C’est au faictfait de la guerre, où son pouvoir abonde.

Que si seul tu estoisétais qui l’eussiez26 éprouvé

--- D viii v° ---

745Ce serait quelque cas bien estrangeétrange trouvé.

Mais puisque de long tempslongtemps plusieurs grands27 Capitaines

Ont senti le hazardhasard de noznos guerres mondaines

Il faultfaut patienter avec eux ton malheur

Qui peult estrepeut-être pourra se tourner en bon-heurbonheur,

750MesmesMême asseure assure-t’en si en un bon affaire

Que l’on te veultveut donner tu faizfais ce que doibzdois faire.

Or quel est cestcet affaire apprendz apprends-le brefvementbrièvement

Car je suis du SenatSénat commis expressementexpressément

Pour le te faire entendre, et oyant mon langage

755Tu ouyrasouïras celuycelui du SenatSénat de CartageCarthage.

C’est que tous s’apuyansappuyant sur ta fidelitéfidélité,

T’ont commis pour aller en ta mesmemême Cité

De RommeRome, à celle fin que tu luylui fassefasses entendre

Que si les prisonniers nostresnotres elle veultveut rendre

760En eschangeéchange de toytoi, nous le voulons aussi.

Mais tu nous promettras de retourner icyici

Si elle en faictfait refus, et pour toute asseuranceassurance,

Ne voulons que ta foyfoi en ce faictfait d’importance.

ATTILIE.

Combien que je seroisserais plus ayseaise en ma maison

--- E i r° ---

765Cent et cent mille fois qu’en l’obscure prison,

TouteffoisToutefois pour changer mon travail en liesse

En rien je ne voudroisvoudrais enfraindreenfreindre ma promesse.

Si donc Rome ne veultveut rendre les prisonniers

Croyez que je ferayferai retour en ses quartiers,

770Et si je romps ma foyfoi, que la rouge tempête

D’un tonnerre éclatant écarbouilleécrabouille ma tête.

ARNESIAN.

Combien CartageCarthage en toytoi se fie tu le voidzvois,

Ne nous trompe donc poinctpoint soubzsous une feinte voix.

ATTILIE.

Ne crainezcraignez tant soit peu, je n’ayai point cestecette envie,

775Car l’honneur et la foyfoi me sont plus que la vie.

ARNESIAN.

ApresAprès avoir conuconnu cestecette fidelitéfidélité,

Quand bien tu n’obtiendroisobtiendrais l’eschangeéchange souhaittésouhaité

Tu ne seras payé d’une prison obscure,

D’aultantautant qu’à ta valeur ce seroitserait faire injure.

--- E i v° ---

780Mais au lieu de donner à tes yeux la prison

On te viendra choisir une belle maison,

Et souvent te croirons en quelque grand affaire

Comm’Comme un de noznos amis, non comm’comme un adversaire.

ATTILIE.

Ayant faictfait mon devoir, et bien gardé ma foyfoi

785(Comme je le prometzpromets) faictesfaites apresaprès de moymoi

Ainsi qu’aviserez, cil’ qui sa conscience

” De fraude n’a souillé prentprend tousjourstoujours patience.

ARNESIAN.

Or sus, j’espereespère bien, Darion tu seras

CeluyCelui de nostrenotre part qui l’accompagneras.

DARION.

790Puis qu’Puisqu’il faultfaut qu’au paispays son service l’on rende,

EncoresEncore que ce soit prendre une arisque28 grande

D’aller en tel endroictendroit ce m’ettrese mettre à la mercymerci

Et dangereux vouloir de son fort ennemyennemi,

--- E ii r° ---

Si est-ce qu’il n’y haa danger qui m’espouvanteépouvante

795PourveuPourvu que ma patrie un proffitprofit en ressente.

ARNESIAN.

Va doncques t’apresterapprêter, et prendzprends avecque toytoi

Ceux que tu conoistrasconnaîtras de courage et de foyfoi.

--- E ii v° ---

LE CHOEUR.

Comm’Comme un Veneur qui veultveut son nom

AnnoblirAnoblir de la belle proyeproie

800De quelque furieux Lion

Ne laisse moyen qu’il n’employeemploie.

Si bien qu’enfin il haa plaisir

De voir accomplyaccompli son desirdésir.

 

Ainsi Fortune qui des grandzgrands

805PlutostPlutôt que des petitzpetits se joue

Souvent les tire de leurs rangs

Et dans quelque malheur les noue29 :

Ainsi veult veut-elle s’ennoblir

Venant les plus fortzforts affoybliraffaiblir.

 

810Se faultfaut-il doncques ebairébahir

--- E iii r° ---

De veoirvoir prisonnier Attilie

Puis qu’Puisqu’on est contrainctcontraint d’obeirobéir

À la Fortune qui nous lie ?

Elle ne veultveut qu’en ses bas lieux

815Un homme soit tousjourstoujours heureux.

 

Quoy Quoi que le printemps doux-fleurant

Soit en beautesbeautés incomparable,

Il ne va tousjourstoujours demeurant

Couvert d’un emailémail agreableagréable,

820De mesmesmême des grandzgrands le pouvoir

En un moment rien se faictfait voir.

--- E iii v° ---

ACTE V.

Manlie, Attilie, Darion, Pomponin, Arnesian, Gorgophon

MANLIE.

Je ne pensoispensais donner un plaisir à ma vie

Si grand qu’elle reçoit en voyant Attilie.

Ha mon cher compaignoncompagnon qui me dira combien

825J’ayai souvent desirédésiré ce plaisir et ce bien ?

Combien ayai-je à mes yeux presentéprésenté ta presenceprésence ?

Tenu propos à toytoi non obstantnonobstant ton absence ?

Soit que le blond Phœbus me suyvitsuivit le matin,

En savorantsavourant les fleurs d’un epaniépanoui jardin :

830Soit que dedans un lictlit le bien-aymébien aimé silence

M’invitastinvitât à dormir, de toytoi la souvenance

EveilloitÉveillait mes esprits d’une telle façon

--- E iv r° ---

Que je n’avoisavais rien plus en bouche que ton nom.

HelasHélas (disoisdisais-je à moymoi) faut-il qu’en peine extremeextrême

835Demeure si long-tempslongtemps celuycelui-là que plus j’aymeaime ?

FaultFaut-il qu’un tel esprit, faultfaut-il qu’un cueurcœur si bon

Soit en toute langueur esclave de prison ?

N’aurayaurai-je ce plaisir que devant que je meure

Je voyevoie un Attilie où mon amour demeure ?

840Or voyvois-je celuy-lacelui-là que voir je desiroisdésirais,

Et si ne le voidzvois pas ainsi que je voudroisvoudrais,

Car il me desplaistdéplaît fort (mon loyal Attilie)

Qu’un nom de prisonnier (comm’comme il semble) te lie.

ToyToi estreêtre prisonnier ! et n’as-tu le moyen

845De vivre en liberté comme vrayvrai Citoyen ?

N’es-tu pas le plus fort estantétant dans une Rome ?

Crains-tu cet estrangerétranger ? quel’quelle puissance haa tel homehomme ?

Laisse de prisonnier ce nom trop odieux

Tu l’as assez gardé puis qu’puisqu’il haa pleuplu aux Dieux.

DARION.

850Il peultpeut rompre sa foyfoi, mais il ne le doibtdoit faire,

S’il ne veultveut du devoir faire tout le contraire.

--- E iv v° ---

ATTILIE.

Permetz-moyPermets-moi seulement respondrerépondre à mes amis

Car je ne manqueraymanquerai à ce que j’ayai promis.

Manlie je voidzvois bien que ton amitié grande`

855Rien que ma liberté maintenant ne demande,

Mais comme l’œil est prompt à regarder les lieux

AusquelzAuxquels il prentprend plaisir en ce rond spacieux,

Ainsi l’Esprit s’encline à ce que plus il aymeaime,

Et souvent l’amitié l’huis à la raison ferme.

860Tu le me prouveprouves assez me donnant cestcet avis

D’oblieroublier ce que j’ayai à CartageCarthage promis.

Mais est-ce la raison que je fraude l’attente

Que j’ayai donnédonnée de moymoi, et que je me dementedémente ?

SeroitSerait-ce un acte beau que l’infidelitéinfidélité

865La victoire gaignagagna sur ma fidelitéfidélité ?

Non, non, elle n’aura sur moymoi telle puissance

Tant que je retiendrayretiendrai ma vitale substance.

MANLIE.

Veux-tu donc de ton gré dans un feu te jetterjeter ?

--- E v r° ---

Ô qu’il est beaucoup mieux de soudain s’en osterôter !

DARION.

870Chose je ne ferayferai qui de moymoi ne soit digne,

Mais il est oreores temps (Darion m’en faictfait signe)

De parler au SenatSénat.

DARION.

Allons, c’est le devoir.

ATTILIE.

Allez donc, et tantosttantôt je vous viendrayviendrai revoir.30

ATTILIE.

Si d’estreêtre prisonnier je reçois des ennuis,

875TouteffoisToutefois aujourdhuyaujourd’hui bien fort ayseaise je suis

De voir ce lieu sacré, où je doibzdois faire entendre

La charge que j’ayai pris31 de ceux qui m’ont sceusu prendre.

--- E v v° ---

POMPONIN. SenateurSénateur Romain

Tu sois le bien venubienvenu, le bien veuvu, le bien dictdit

Valeureux Attilie, autant plein de credictcrédit

880Qu’il s’en puisse trouver dans l’immortelle Rome,

Pour les faictzfaits excellentzexcellents que de toytoi l’on renomme.

Que peultpeut ta ville moins que bien te recuillirrecueillir

Ayant voulu pour elle en travaux t’envieillir ?

Or veultveut bien le SenatSénat d’un nouveau privilegeprivilège

885Que toytoi et l’Ambassade ayez chacun un siege,

Soyez donques assis.

DARION.

Puis qu’Puisqu’il vous plaistplaît ainsi,

Sans autre contredictcontredit je m’asserrayassiérai icyici.

ATTILIE.

À toytoi sage SenatSénat maintenant ne déplaise

Si je fais un refus de m’asseoir à mon ayseaise,

890” Le sort d’un prisonnier à l’ayseaise est repugnantrépugnant.

--- E vi r° ---

Me tenant donc debout en estatétat convenant

Je te diraydirai ma charge avec peu de langage.

Sache que je te suis envoyé de CartageCarthage

Pour t’offrir un accord qu’elle veut avec toytoi,

895C’est que les siens tu renderendes en eschangeéchange de moymoi.

Que si aucunement ton avis ne se range

Que l’on doibvedoive à CartageCarthage accorder tel eschangeéchange

J’ayai juré mon retour : c’est à toytoi d’aviser

Si tu le doibzdois tenir, ou bien le refuser.

POMPONIN.

900Il est bien difficil’difficile de juger qu’il faultfaut faire,

Car pour à juste poixpoids balancer tel affaire

Il convient d’un coustécôté voir le nombreux amas

Des prisoniersprisonniers que tient Rome dessoubzdessous ses bras,

Il nous faultfaut d’autre part conoistreconnaître qu’Attilie

905Va meritantméritant beaucoup pour luylui sauver la vie.

De sorte que s’il faultfaut l’un bien considererconsidérer

Il nous faut quant, et quant l’autre bien mesurer.

Mais toy-mesmetoi-même Attilie, hardyhardi fais nous entendre

Quel seroitserait ton advisavis pour un proffitprofit en prendre.

--- E vi v° ---

ATTILIE.

910Puis qu’Puisqu’il vous plaistplaît ainsi, sans rien dissimuler

Je diraydirai franchement ce qu’il m’en peultpeut sembler.

De moymoi je ne suis point si subjectsujet à moy mesmemoi-même

Que le proffitprofit public plus que le mien je n’aymeaime :

Ce seroitserait mon proffitprofit de vous persuader

915Que l’eschangeéchange de moymoi vous devez accorder,

Mais ce ne seroitserait pas le bien de ma patrie :

Car de vozvos prisonniers grande est la compagnie

Et moymoi je ne suis qu’un, ilzils sont tous jeunes gens,

Et j’ayai presque fini le terme de mes ans.

920Mon poil est tout grison, et la grand32 facheriefâcherie

Qu’en prison j’ayai receureçue, haa ma force tarie,

IlzIls sont pour contre vous encoresencore guerroyer,

Et moymoi je ne scauroissaurais aux guerres m’employer,

Mon sang n’est plus bouillant, ains je sens la vieillesse

925Englacer peu à peu mes forces de jeunesse.

Mon bras faire ne peultpeut valoir le coutelas

Comm’Comme il faisoitfaisait jadis sans preuve d’estreêtre las.

Mais quandquant aux prisonniers qu’ores on vous demande

--- E vii r° ---

IlzIls sont enchalurezenchaleurés de leur force plus grande,

930Et s’ilzils sont une fois en pleine liberté

De Rome le repos en sera molesté.

POMPONIN.

OuyOui, mais voudroisvoudrais-tu pour souffrir un supplice

Retourner à CartageCarthage ? ô de quelle malice

Usera-l’on vers toytoi quand seras de retour !

DARION.

935Ne croyez pas cela, on luylui fairafera bon tour.

ATTILIE.

Je ne romprayromprai ma foyfoi pour garentirgarantir ma vie,

Et si ne craindraycraindrai rien faisant pour ma patrie.

POMPONIN.

On s’arresteraarrêtera donc sur ta sinceresincère voix

--- E vii v° ---

DARION.

Bien donc, je le rendrayrendrai à mes CartaginoisCarthaginois,

940Avec un humble Adieu qu’ores je vous presenteprésente

D’un cueurcœur qui vous honore, et de vous se contente :

Suppliant la Cité Romaine s’asseurerassurer

Que les CartaginoisCarthaginois ne feront endurer

Au constant Attilie un supplice barbare,

945Ains le reconoistrontreconnaîtront pour un homme bien rare

En bonne affection à l’endroit du pays

Duquel il a son los et sa naissance pris.

ATTILIE.

Adieu SenatSénat renommé,

Adieu, Adieu ma patrie,

950Au moins pour t’avoir ayméaimée

Souvienne toytoi d’Attilie.

Je me pouvoispouvais exanterexempter

De r’entrerrentrer en peynepeine extremeextrême,

Mais il vaultvaut mieux proffiterprofiter

955À son pays qu’à soy-mesmesoi-même.

--- E viii r° ---

POMPONIN.

Adieu mon bien ayméaimé, tant que Rome sera

VoysinéeVoisinée du TybreTibre elle te vantera.33

POMPONIN.

seul.

N’avons -nous reconureconnu un grand courage d’homehomme,

Digne d’estreêtre cherichéri de sa ville de Rome ?

960Pour sa vie sauver il pouvoitpouvait maintenir

Qu’il falloitfallait sans tarder à l’eschangeéchange venir,

TouteffoisToutefois son proffitprofit pour le nostrenôtre il oblieoublie,

Ô qu’il s’en trouve peu du vouloir d’Attilie !

Pomponin s’en estantétant allé, on feinctfeint qu’Attilie est de retour à CartageCarthage, et qu’un Magicien entreprententreprend de le tormentertourmenter.

GORGOPHON. Magicien CartaginoisCarthaginois.

Il est donc de retour ce vieillaque Romain,

965Sus, sus qu’à le punir chacun mette la main.

Puis qu’Puisqu’à le tormentertourmenter il faultfaut que je m’applique

--- E viii v° ---

Je luylui ferayferai sentir que peultpeut mon art magique,

Mon art qui peultpeut tirer du manoir de Pluton

MegereMégère, Tisiphone et leur seursœur Alecton,

970Furies troystrois qui d’une entrelasseureentrelassure

De SerpentzSerpents tortilleztortillés noüentnouent leur chevelure,

Et qui du seul effroyeffroi que leur visage rend

PourroyentPourraient faire trembler Alexandre le grand.

Mais que tardetardé-je tant ? le SenatSénat de CartageCarthage

975M’a permis d’effrayer ce mutin personnage,

Et de le r’amenerramener cent foysfois au repentir

Puis qu’Puisqu’il n’a point voulu à l’accord consentir.

Je vayvais donc le sortir de sa sombre tanieretanière

Pour le piroüeterpirouetter en estrangeétrange manieremanière.34

980Çà galant qu’on me suyvesuive, il te faultfaut éprouver

Le plus hydeuxhideux effroyeffroi qui se pourra trouver.

MegereMégère viens icyici, quelque peu donne halenehaleine

À tous sesces malheureux qu’aux enfers tu promenepromènes,

Pour épandre à ce coup sur un crestécrêté Romain

985Le plus aigre courroux qui loge dans ton sein.

Bolozodoroton, dimalardicamene,

--- F i r° ---

Friquetitateton, sorolitopamene,

Aralitapetos, burlibonditatos,

Badabrandimenos, jerenibotatos.35

ATTILIE.

990Non, non, je ne crains point l’effort d’un enchanteur,

Mon cueurcœur est asseuréassuré contre cet art menteur.

GORGOPHON.

Sus m’amie, sus donc, n’esparnieépargne ta puissance

Sur ce mutin Consul qui bouffi d’arrogance

Ose te defierdéfier, puissante monstremontre luy-lui

995Combien tu peux verser de tormenttourment et d’ennuyennui.

ATTILIE.

CuideCuides-tu m’effrayer pour le bruit que tu jettejettes ?

CuideCuides-tu que mon ameâme à l’Enfer soit subjectesujette ?

MegereMégère en ce Romain il n’y haa rien pour toytoi,

EmployeEmploie tes moyens sur un aultreautre que moymoi.

1000Il te faultfaut prendre à ceux qui ont quictéquitté leur Prince

Leur devoir et leur foyfoi pour trahir leur Province,

Et qui pour se vangervenger de leur concitoyens

Ont songé nuictnuit et jour mille et mille moyens

Pour mettre l’ennemyennemi dans leur ville natallenatale,

--- F i v° ---

1005Ce sont ceux qu’il te faultfaut, non une ameâme loyalleloyale.

” Rien sur l’homme de bien la Furie ne peultpeut.

GORGOPHON.

Ne cesse pour cela, car piper il te veultveut

D’un langage fardé attrayant à merveilles.

BouscheBouche, bouschebouche plustostplutôt (m’amie) tes aureillesoreilles

1010Que les presterprêter ainsi aux attraitzattraits de sa voix.

Mais quoyquoi ? t’ennuyeennuies-tu ? or bien pour cestecette foysfois

C’est assez, va revoir ton infernale bande,

Aussi voysvois-je venir quelquunquelqu’un qui me demande.

DARION.

TraineraTraînera ce Romain encoresencore longuement

1015Sa detestabledétestable vie exanteexempte du tormenttourment

Que meritemérite sa faultefaute ? il est temps qu’il endure.

Le peuple de CartageCarthage à bon droictdroit en murmure.

ÇaÇà prisonnier je veux t’amener au SenatSénat,

Tu ne languis que trop en incertain estatétat.

ATTILIE.

1020Allons, il me plaistplaît bien, rien plus je ne desiredésire

Qu’une fin à mes jours,

--- [F ii r°] --- 36

GORGOPHON.

Bien donc, je me retire.37

DARION.

VenerableVénérable SenatSénat, je vous ameneamène icyici

Le prisonnier Romain contre nous endurcyendurci.

Je vous ayai des-jadéjà dictdit combien il fustfut contraire

1025À l’accord qu’un seul clingclin de ses yeux pouvoitpouvait faire

Et comme tant s’en faultfaut qu’il eusteût son devoir mis

À le rendre agreableagréable aux Romains ses amysamis,

Que mesmesmême il cria Rome n’estreêtre point sage

S’elle rendoitrendait pour luylui ceux qu’ell’haa de CartageCarthage.

1030VoylaVoilà le beau devoir, voylavoilà le grand proffitprofit

Que ce gentil Romain en sa charge nous fit.

Or d’aultantautant qu’il y haa deux mois et davantage

DespuisDepuis nostrenotre retour, le peuple de CartageCarthage

Vous prie ne vouloir plus long tempslongtemps difererdifférer

1035Le supplice que doibtdoit ce mutin endurer.

ARNESIAN. SénateurSenateur de CarthageSenateur.

ConoissantConnaissant bien assez l’offenceoffense d’Attilie

--- F ii v° ---

Le SenatSénat son devoir aulcunementaucunement n’oblieoublie,

Mais s’il ne se monstramontra si soudain à juger

Ce fustfut pour beaucoup mieux à l’affaire songer,

1040” Car tant soit à noznos yeux evidenteévidente l’offenceoffense

” Si ne faultfaut-il jamais hasterhâter une sentence.

Or sans plus difererdifférer, escoutezécoutez ce qu’il plaictplaît

Maintenant au SenatSénat, ordonner sur ce faictfait.

Pour le dommage grand, pour le tort et l’outrage

1045Par ce mutin Romain faictfait à ceux de CartageCarthage,

On luylui couldracoudra si haulthaut les paupierespaupières des yeux

Que presque ses sourcilzsourcils toucheront aux cheveux,

AffinAfin qu’ouvrant les yeux en si rude contrainte,

À force de veiller sa vie soit esteinteéteinte.

1050Sus donc que promptement on fasse le devoir

À bien executerexécuter du SenatSénat le vouloir.38

Attilie estantétant ainsi accoustréaccoutré, se met de genoux et dictdit comme s’ensuit.
--- F iii r° ---

ATTILIE.

OÔ Dieux qui de mon cueurcœur avez la conoissanceconnaissance,

Qui scavezsavez si j’ayai faictfait à mon devoir offenceoffenses

Puisque j’ayai au public proffitéprofité, non à moymoi,

1055Et que je ne fis oncq’ un faux bonbond à ma foyfoi,

FaictezFaites, faictezfaites ô Dieux que la douleur soit moindre

Qui vient cruellement au supplice me poindre.

Si j’eusse estéété meschantméchant je pouvoispouvais garentirgarantir

Ma vie du tormenttourment que l’on me faictfait sentir,

1060Mais j’aymeaime mieux souffrir cestecette mort inouyeinouïe

Que de vivre à plaisir trahissant ma patrie.

Curce pour au public grandement proffiterprofiter

Dans un gouffre profond voulustvoulut bien se jetterjeter,

Et de ma part aussi je veux bien pour ma ville

1065Mourir, puisque ma mort à ma ville est utile,

Croyant qu’en ce faisant si je souffre du mal

J’aurayaurai loyer au Ciel à ma vertu egalégal.

FIN.

--- F iii v° ---

LE CHOEUR.

L’homme ferme en son devoir

Qu’oy qu’ilQuoiqu’il manque de pouvoir,

1070HaA tousjourstoujours son cueurcœur de mesmemême,

SoubzSous l’œil d’un Tyran cruel

Qui va depitantdépitant le Ciel

Il ne peultpeut devenir blesmeblême.

 

Sur la Mer les ventzvents felonsfélons

1075Ne le font sortir des gonsgonds

De son ameâme tousjourstoujours une,

Ains va si peu s’effrayant

SoubzSous Jupiter foudroyant

Qu’un Rocher joinctjoint à Neptune.


--- F iv r° ---

1080Bref quand la voultevoûte des Cieux

TomberoitTomberait en sesces bas lieux

Comm’Comme une rouge tempestetempête,

Des ruïnesruines tout l’amas

Ne l’epouvanteroitépouvanterait pas

1085Couvrant le cuir de sa testetête.

 

Par un tel courage grand

L’homme un nouveau Dieu se rend

Ainsi que fistfit Attilie,

Attilie qui fistfit voir

1090Au clair son ferme devoir

En mourant pour sa Patrie.

FIN.

[3] La mise en page dans l’imprimé original peut manquer de clarté pour le lectorat moderne, puisque le nom du personnage qui parle est indiquée (en premier) dans la liste initiale de personnages de ce nouvel acte. Nous l’ajoutons donc entre crochets, pour que l’ordre des répliques reste clair.
[4] "mûre". Nous maintenons cette forme pour la rime.
[5] L'imprimé présente la forme "conjonict". Nous corrigeons.
[6] Corr : conjonict.
[7] L’original lit « en ont main » : faut-il corriger en « ont en main » ou par « en ont maint » ? Il me semble que la seconde explication fait plus sens en contexte (il y aurait juste une coquille dans l’imprimé avec un t manquant plutôt qu’une erreur de syntaxe).
[8] Sic. « nsz »
[9] faut-il plutôt lire "ces"?
[10] Sic. « qnelques »
[11] Corr : singulier.
[12] La mise en page dans l’imprimé original peut manquer de clarté pour le lectorat moderne, puisque le nom du personnage qui parle est indiquée (en premier) dans la liste initiale de personnages de ce nouvel acte. Nous l’ajoutons donc entre crochets, pour que l’ordre des répliques reste clair.
[13] Nefs (naves).
[14] Lire "ces"?
[15] Pluriel d’Hasdrubal.
[16] L'imprimé présente la forme COURCE. Nous corrigeons.
[17] Nous remplaçons par un singulier.
[18] On peut lire « brebis » ou « herbes ».
[19] = ambassadeurs.
[20] Faut-il lire "ces" ?
[21] Sic. C ii r.
[22] Précédé de deux lignes comme séparation.
[23] S’accorde avec quelle nation ?
[24] Corr. faul.
[25] Sic : faict.
[26] anacoluthe.
[27] Corr : grand.
[28] Un risque.
[29] Rime ; = noie.
[30] Deux lignes séparent les répliques.
[31] Prise ?
[32] Pas d’accord.
[33] Deux lignes séparent les répliques.
[34] Deux lignes séparent les répliques.
[35] Dans l'imprimé, les quatre vers de l’invocation sont séparés par un espace des vers précédents, ne sont pas en italiques contrairement au reste des répliques de l’acte, et sont dans une police légèrement supérieure.
[36] Sic. : E ii ro.
[37] Deux lignes séparent les répliques.
[38] Les vers de la proclamation sont séparés par un espace du reste de la réplique, ne sont pas en italiques contrairement au reste des répliques de l’acte, et sont dans une police légèrement supérieure.