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Sichem Ravisseur

par François Perrin (1589)
  • Pré-édition
  • Transcription, Modernisation, Annotation et Encodage : Etudiants de Master 1 de Littératures et Médiations, Metz, promotion 2025-2026
  • Relecture : Nina Hugot et Milène Mallevays

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SICHEM RAVISSEUR,
TRAGEDIETRAGÉDIE.
EXTRAITE DU GE-
nesenèse trente quatriesmequatrième
Chapitre.


Par François Perrin Autunois.

À PARIS,
Chez Guillaume Chaudiere, ruë S.,
Jacques, à l'enseigne du Temps et
de l'Homme Sauvage.
M. D. LXXXIX.

Avec Privilege


--- aiir° ---

DISCOURS
À MESSIRE PIERRE
JEHANNIN, CONSEILLER DU
RoyRoi en son Conseil d'estatétat, PresidentPrésident
En sa CourtCour de Parlement, seigneur
de Monieu etc.

Par François Perrin Autunois.

MOnseigneur si le ciel avoitavait faictfait l'homme naistrenaître

Tant seulement à afinafin de le rendre le maistremaître

Des animaux qui sont soubssous les ondes couverscouverts,

Vagabonds pour chercher d'une course afaméeaffamée

Par les lieux incongusinconnus de la forestforêt rameeramée,

Par la pleine campagne ou sur les monts bossus

La proyeproie qui s'enfuit creintivecraintive par dessus :

Si Dieu (dy dis-je) eusteût icyici faictfait germer nostrenotre race

SeullementSeulement pour jouirjouïr de la cueillette grasse

Sans sueur, sans travail, sans soin laborieux

Que la terre produit de son sein amoureux

Nous vouldrionsvoudrions comme fit l'un des hommes d'UlisseYlysse

Faire au monde enchanteur perpetuelperpétuel service,

--- aiiv° ---

Quitter et les haultshauts cieux, et le grand Dieu aussi,

Pour nous bastirbâtir (malheur) un Paradis icyici :

Et sans chercher le bien qui nostrenotre mort doit suivre

Nous vouldrionsvoudrions en ce monde eternellementéternellement vivre

Mais certes tout le bien qui se voit soubssous le ciel

A cent mille fois plus d'aloesaloès que de miel

Et l'estatétat inconstant des plaisirs de ce monde,

FreslesFrêles comme l'empoulleampoule esleveeélevée sur l'onde,

Les travaulxtravaux assidus, la crainte du danger,

La langueur qui nous vient à toute heure charger

L'enrageeenragée famine et le fer qui s'aiguise

À finAfin que nostrenotre sang d'heure à aultreautre il espuiseépuise

Peuvent bien imprimer dans nostrenotre ameâme un mesprismépris

De ce dont les mondains havement1 sont épris,

Et nous faire aspirer à un autre heritagehéritage

Que Dieu à ses esleuzélus a promis en partage,

Plein des biens eternelséternels qui ne craignent la main

NyNi le fer émoulu du voleur inhumain :

Car qui peut espererespérer soubssous la voultevoute ethereeéthérée

Une cité qui soit d'eternelleéternelle dureedurée ?

Ou que peut -on trouver soubssous le clair firmament

Qui ne soit le butin d'un subit changement ?

Quand le sieclesiècle de fer à la face rouilleerouillée

En milemille et milemille lieux eut la terre souilleesouillée

Les hommes ne sentantssentant plus les agesâges premiers

Se vont rendre soudain aux vices coustumierscoutumiers :

SoubdainSoudain l'on commença à fouiller dans la terre

Pour trouver les metauxmétaux ministres de la guerre

Et ce qu'elle tenoittenait soubssous ses larges poulmonspoumons

SecrettementSecrètement couvert aux premierespremières saisons.

NostreNotre genre desdès lors à tous maux se desbordedéborde

Le sanglant meurdremeurtre vint naistrenaître de la discorde,

Le poison, le venin, le debatdébat mutuel

--- aiiir° ---

Trempa le dur trenchanttranchant dans le sang fraternel

La terre qui estoitétait et pure et innocente

Un genre viperinvipérin et monstrueux enfante,

La nature desdès lors son bel ordre rompit.

Et d'un malheureux part2 accoucha par despitdépit :

Mais quoyquoi : se pourroit pourrait-il quelque chose produire

D'un germe corrompu fors cela qui peut nuire ?

Tant fecondfécond fut ce part en sa force venant

Qu'il se voit par le monde encoresencore maintenant.

Les hommes qui estoientétaient aux hommes sociables

Furent plus que les loups aux hommes effroyables,

Et mesmemême oserentosèrent bien leur escumeécume getterjeter

Contre la deitédéité, et le ciel despiterdépiter.

En la mesmemême saison que cette gent ferreeferrée

De ce monde euteût bannybanni la belle vierge AstreeAstrée

Le ciel au paravantauparavant gratieuxgracieux et serein

Sembla estreêtre de cuyvrecuivre et la terre d'airinairain

Qui ne pouvant porter d'un tel sieclesiècle la crasse

GemissoitGémissait soubssous les pieds de cette inique race.

La mer lançoitlançait en l'air ses bouillons escumeuxécumeux

Et les vents insensezinsensés leur souflesouffle impetueuximpétueux,

Le feu sembloitsemblait aussi dans l'air se venir fondre

Pour de l'ageâge premier le bel ordre confondre,

L'air qui sentit troubler son antique repos

Va dans son ventre creux concevoir un chaos

Duquel il fit sortir le foudre et le tonnerre,

Et d'infinitsinfinis esclairséclairs espouvantaépouvanta la terre,

DescochantDécochant sur ses flancs les foudroyansfoudroyants esclaséclats

La greslegrêle, la bruine, et les cuisanscuisants verglas.

ApresAprès au monde vint la nombreuse vermine,

La fiebvrefièvre, la langueur, la peste et la famine,

--- aiiiv° ---

L'avare ambition et l'orgueil decevantdécevant3,

La rapine et le vol se mirent en avant,

L'envie qui rongeoitrongeait aux enfers ses entrailles

Vint pour semer le fer, le feu et les batailles :

Les tygrestigres et les Ours, le lion rugissant

Et tout ce qui estoitétait à l'homme obeissantobéissant

Vint s'armer contre luylui pour prendre la vengeance

(SupliceSupplice meritémérité) de sa mortelle offense.

Bref mille afflictions soubssous les cieux irritezirrités

Au travers des humains vindrentvinrent de tous costezcôtés

Non sans difficulté la nature est rendue

En son estatétat premier quand elle est corrompue.

Si le remederemède n'est bien promptement cherché

À l'ulcereulcère qui s'est à un membre attaché

CesteCette playeplaie par art ne peut estreêtre guerieguérie

Quand faultefaute d'y [pourvoir] elle est demydemie pourrie

Ains faictfait tant peu à peu que ce qui la nourrit

Par un nouveau martiremartyr avecque elle pourrit.

Quand le mal commençoitcommençait d'abandonner le centre

Pour se venir trainertraîner au monde sur son ventre

L'on pouvoitpouvait sans grand peine alors le repousser

Mais l'on luylui permit tant peu à peu s'avancer

Qu'il perdit, malheureux, tant ses forces valurent

Et soymesmesoi-même et tous ceux qui suivre le voulurent

Lors la crainte de Dieu, lors l'amour de vertu

Ne sceutsut rendre le coeur des hommes abatuabattu

Tant que de perepère en fils et d'une à l'autre race

TousjoursToujours ne leur ait pleuplu la vicieuse trace :

PourcePour ce Dieu qui d'enhaulten haut regarde jusque icyjusqu'ici

Y laissa les malheurs et l'homme à leur mercymerci.

Mais qui croira que Dieu sa vengeance retire,

Ou qu'il facefasse cesser la rigueur de son ire

Quand il voit les mondains aux vices obstinezobstinés

--- aiiiir° ---

Plus que les vieux corbeaux qu'on dit estreêtre encharnezencharnés

Aux poulmonspoumons immortels de l'impur sacrilegesacrilège

Qui osa bien voler jusquesjusque dessoubsdessous le siegesiège

De celuycelui qui doublant et redoublant son tour,

Chasse l'obscure nuictnuit pour ramener le jour ?

Plus la terre a estéété à produire fecondeféconde

Tant plus ont fourmillé les meschansméchants par le monde

Et Et à leur injustice et leur impietéimpiété

Tellement des grands cieux le courroux irrité

Que la terre seroitserait ja dans l'onde abismeeabîmée

Ou la mer escumeuseécumeuse en flammes consumeeconsumée

Si les bons n'y estoientétaient dont le nombre petit

Des divins jugemensjugements la fureur divertit.

C'est certes ta bonté, Seigneur, qui infinie

Laisse le plus souvent nostrenotre faultefaute impunie

C'est (dy dis-je) ta douceur, c'est (dy dis-je) ta bonté

Qui pour dix qui vont droictdroit espargneépargne une cité.

Il n'est champ si ingrat, croupe tant infertile,

DesertDésert tant reculé nyni terre tant sterilestérile

Qui sentant le ZephireZéphyre ou le doux Subsolan4

N'estalleétale à l'oeil du ciel quelque saison de l'an

Ou la verte couleur d'une plante petite,

Ou les plus d'une fleur par la nature escriteécrite

Qui ne garde du moins, la racine en son sein

D'un simple nom commun qui sert au medecinmédecin

Certainement la terre (à produire trop riche

Le germe corrompu) n'est qu'une meigremaigre friche

Gardant en son gyrongiron tout ce que moins y sert

Et laissant ce qui est le meilleur en desertdésert.

Mais elle a neantmoinsnéanmoins tousjourstoujours eu quelque plante

Quelle tige de prisprix, quelque fleur odorante

--- aiiiiv° ---

De laquelle le fruictfruit est fortyforti à foison

Pour honorer de Dieu l'eternelleéternelle maison.

Ce grand seigneur qui veultveut que de coeur l'on le serve

De tout temps a des bons mis la tropetroupe en reserveréserve

Et les faictfait dans l'escueilécueil du monde vicieux

Luire comme en la nuictnuit les clairs astres des cieux,

Car bien que sans cesser meintsmaints travaux les assaillent

DessoubsDessous le pesant faizfaix pourtant ils ne defaillentdéfaillent.

Tant plus l'arbre branchu se charge de bon fruictfruit

Plus à coups de cailloux le passant le poursuit

Laissant la seichesèche souche et l'espineépine mordante

Qui n'a rien que les yeux ou l'apetitappétit contantecontente.

Ainsi SathanSatan, la chair et les mondains attraictsattraits

Ont tousjourstoujours atintéateinté la fureur de leurs traits

Contre le sainctsaint tropeautroupeau qui avoitavait sa penseepensée

(MagazinMagasin de vertu) vers le sainctsaint mont dresseedressée.

LaissantsLaissant courir tous ceux en pleine liberté

Qui tenoienttenaient pour leur Dieu l'impure volupté,

Bref cette sainctesainte tropetroupe a tousjourstoujours senti comme

Ce n'est rien qu'un conflictconflit que la vie de l'homme :

Mais en adversité s'epreuveéprouve la vertu,

Et le coeur genereuxgénéreux, quand il est combatucombattu

Et tant plus contre l'or le brazierbrasier se mutine

Plus ce riche metalmétal au beau milieu s'affine

Ainsi que nous voyons le pauvre voyager

Qui suit la mer barbare et le peuple estrangerétranger

Constamment endurer la tempestetempête et la greslegrêle,

La pluyepluie, la chaleur, et les vents pesle meslepêle-mêle,

Surmonter les rochers et les scabreux sentiers,

Les cruels animaux des desersdéserts heritiershéritiers

Tant le desirdésir luylui vient poinçonner le courage

De revoir sa maison, son bien et son mesnageménage :

--- a5r° ---

Ainsi l'homme de bien comme estrangerétranger ça bas

De ce monde trompeur endure les combascombats,

Les accidents divers, et le faizfaix de la peine

EsperantEspérant qu'il aura recompenserécompense certaine

S'il peultpeut (estantétant venu au terme de ses ans)

Voir tout à son plaisir la terre des vivansvivants.

Pendant Dieu qui le voit si seurementsûrement le guide

Qu'eschappantéchappant les dangers de l'enfer homicide

Avec milemille travaux il va gaignergagner le port

Qui ne creintcraint nyni SathanSatan, le monde nyni la mort.

Monseigneur icyici n'est l'entiereentière histoire escriteécrite

Du perepère genereuxgénéreux du peuple IsraeliteIsraélite :

NyNi comme contre luylui son frerefrère combatoitcombattait

DejaDéjà dans la matrice où encorencore il estoitétait :

Je ne dydis point comment luylui mal veuvu de son perepère

Tomba en tel desdaindédain aux deux yeux de son frerefrère

Qu'il fut contraint laissant le perepère ja chenu

Fuir comme un bannybanni vers le peuple incongnuinconnu,

Quelquefois assaillyassailli des vents et du tonnerre

Passer l'humide nuictnuit le chef sur une pierre,

Sentant une des fois l'aiguillon fremissantfrémissant

L'autre fois le soleil jusque jusqu'aux os le perçant.

IcyIci ne sont les maux et les dures traverses,

Les mauvais traictementstraitements et les saisons diverses

Qui chassé du pays riche de ChanaanCanaan

Il souffrit soubssous la main de son oncle Laban

Qui demydemi forcené contre luylui printprit querelle

Comme il pençoitpensait revoir sa terre naturelle.

Qui pourra dire au vrayvrai la frayeur qu'il a eu5

À l'aprocheapproche qu'il fit de son frerefrère EsauEsaü ?

Qui dira la douleur qui son plaisir derobedérobe

Quand de son petit fils l'on luylui porte la robe

Aussi rouge de sang que si l'Ours affamé

--- a5v° ---

De ceux qui nonobstant Rhadamante et son Urne

Sur leur tombe ont gravé le meritémérité Cothurne

D'un artifice tel que les ans qui suivront

Tant rapides soient -ils, ne l'en effaceront.

Mais si quelque desirdésir sainctementsaintement vous allume

De voler par dessus le bas traict de ma plume

Vous cognoitrezconnaîtrez combien a plus de gravité

Ce que le sainctsaint esprit a luy mesmelui-même dicté

Que les carmes lassifslascifs et les fables moisies

Que forgerentforgèrent les vieux dedans leurs phantasiesfantaisies

Qui flattent pour un temps l'aureilleoreille seulement

Mais Dieu qui d'un cleinclin d'oeil tornetourne le formament

Mesurant le chemin de l'un à l'autre polepôle

VeultVeut que la majesté de sa sainctesainte parole

(Aliment precieuxprécieux qui nos amesâmes nourrit)

PenetrePénètre le profond centre de nostrenotre esprit

Et qu'elle y soit par nous receuereçue à si bonne heure

Que tant que nous vivrons elle vifvevive y demeure.

--- a6r° ---

AU SEIGNEUR SUSDICTSUSDIT
Sonnet,

LE Palais, le parquet, le droictdroit et la justice,

Les affaires urgents d'un prince genereuxgénéreux,

Et tout ce que pour vous ont prodigué les cieux

Vous donne (je le sçaysais) plus qu'assez d'exercice

Mais celuycelui qui chantoitchantait les durs travaux d'UlisseUlysse,

Les flamesflammes d'Ilion, les hymnes des dieux

PosoitPosait bien quelquefois son faisfaix laborieux

Pour respirer avant que de rentrer en lice

Quand donques vous aurez trompé les longues nuictsnuits

ProuvoyantPourvoyant au public, et au bien du pays

Lisez de mon Sichem une page petite :

Le stilestyle certe est bas, et l'artifice encor

Mais le subjetsujet est tel, et si sainctsaint qu'il meritemérite

EstreÊtre peinctpeint et escriptécrit en belles lettres d'or.

--- A6v° ---

DES ANTIQUITEZANTIQUITÉS d'AUTUN CI-
té jadis capitale de Gaule, desquelles l'AutheurAuteur
faictfait nouvelles recherches

AU MESMEMÊME SEIGNEUR
Sonnet,

DE ces tronçons de murs qui fermoientfermaient nostrenotre Hedue

La tempestetempête du temps et l'hostile fureur

Ont si fort terrassé le plus beau et meilleur

Qu'il semble qu'elle soit dans la terre fondue

Où ses temples estoientétaient à chaque coin de rue

Les buissons herissezhérissés presque y donnent terreur

Où les riches Palais furent, le laboureur

Y couple ses taureaux pour trainertraîner la charrue :

Mais j'ayai l'outil en main expresexprès pour arracher

Les ronciers espineuxépineux qui ont osé cacher

La cité et le nom de la race Heduenne.

ApresAprès je vous ferayerai soubssous l'oeuiloeil d'un beau matin

RenaistreRenaître ses vieux murs pour veoirvoir nostrenotre lumierelumière

Et les freresfrères aussi du vieilvieux peuple Latin.

--- a7r° ---

SUR LA TRAGEDIETRAGÉDIE DE JEPHTEJEPHTÉ
traduittetraduite par Monsieur Perrin Chanoine et
Syndic de l'EgliseÉglise CathedraleCathédrale
d'Autun.

SONNET,

C'EstoitÉtait assez Perrin, que ton archet d'yvoireivoire

Et ton luth Tracienthracien eusteût faictfait ouirouïr les vers

Aux rochers, aux forestsforêts, et aux beaux sillons versverts

Qui sont desdès nostrenotre Arroux jusqu'aux rives de LoyreLoire

Cela pouvoitpouvait sauver ton nom de l'onde noire

Et le faire vollervoler presque par l'univers

Ou le faire graver pour durer mille hivers

Au lieu plus eminentéminent du temple de MemoireMémoire :

Mais quoyquoi ? tu veux ravir (ce semble) le laurier

Qui est deu à Senequ'Sénèque Euripide ou Garnier

Pour servir à ton chef d'un redoublé ombrage

Bien bien, poursuypoursuis Perrin, car les grands Cieux qui ont

JettéJeté les fondements de ton premier ouvrage

À un labeur si sainctsaint jamais ne te fauldront6.

Par. I. B. Dardault Bourguinon et Chanoine d'Autun.

À LUY MESMELUI-MÊME
par le susdit.

J'Admire ton esprit de mille inventions

Qui gravent ton sçavoirsavoir au temple de MemoireMémoire

Mais des livres sacrezsacrés les riches versions

Te couronnent (Perrin) d'une eternelleéternelle gloire.

--- a7v° ---

À LUY MESMELUI-MÊME

Odelette.

PArfois l'avete7 mesnagereménagère

Et le fourmyfourmi laborieux

Demeurent oysifsoisifs en leurs lieux

Sans travailler en leur tainieretanière,

 

Le laboureur en fin repose

À l'espierrure de ses champs

Le berger prend son passetemps

Quelque fois à cueillir la rozerose

 

Mais à Perrin, bien que la peine

Qui va travaillant son repos

Ne donne loisir à son corps

De respirer ou prendre haleine

 

Cherchant la science honorable

Ne veut cedercéder laborieux,

Et comme un forgeron des Dieux

De marteler infatigable.

 

Par I. B. Dardault Autunois Chanoine dudit lieu.

--- a8r° ---

AUDIT PERRIN.
Sonnet.

QUand les vieux Heduens semoientsemaient leur renommeerenommée

DezDès l'ArtiqueArctique OcceanOcéan jusqu'à l'oeil du matin,

Faisant trembler la GreceGrèce et le monde Latin

Ils n'avoientavaient parmyparmi eux qu'une Pallas armeearmée.

Un autre ageâge fit d'eux comme d'une fumeefumée

Qui floteflotte dedans l'air, faictfait le vent incertain :

(Mais qui pourra fuir la rigueur du destin ?)

Et long tempslongtemps tint leur gloire en la pouldrepoudre enfermeeenfermée.

ApresAprès (comme tout est subjetsujet au changement)

Leur honneur a forcé le pouldreuxpoudreux monument

AffinAfin que desormaisdésormais entier il se conserve,

Et Perrin despitantdépitant les tropheestrophées de Mars

Par ses vers leur ameineamène une douce Minerve

Qui tire avecques soysoi les Muses et les arsarts.

IN EUNDEM

ARmatum excepit dominatrix Haedua quondam

Pallada, quae Gallis celtica jura dabat.

Sic ea tunc belli nunc dea pacis erit.

Guy Gouget Dijonnois.

--- a8v° ---

AU LECTEUR

MOn intention premierepremière n'estoitétait (amyami Lecteur) de te faire veoirvoir cette TragedieTragédie, parce que je n'en sentoissentais le stilestyle assez pur pour les aureillesoreilles doctes et delicatesdélicates : Mais Monsieur maistremaître Guy de la Tornelle, Doyen d'Autun (duquel toute nostrenotre province a desdès long tempslongtemps experimentéexpérimenté les rares vertus et singulieresingulière eruditionérudition) pristprit un jour tant de plaisir en la lisant, qu'ayant sur ce ouyouï son raportrapport je me suis hazardéhasardé de la laisser voir le jour. C'est maintenant de ta benignitébénignité de ne prendre garde aux imperfections que tu y trouveras tant de l'Imprimeur que de moymoi, dequoyde quoi je te supliesupplie humblement, ensemble, si mon labeur ne t'est du tout agreableagréable, de louer du moins, la bonne volonté de laquelle il t'est presentéprésenté à Dieu.

--- a9r° ---

À MONSIEUR MAISTREMAÎTRE Jaques Arthault, Lieutenant particulier aux baillages d'Autun, et de Montreius, François Perrin humble Salut.

Vous m'avez tant importuné qu'enfin j'ayai esteété contrainctcontraint de chercher parmyparmi un grand fatras de vieux papiers, qui ne servent que d'encombre en mon estudeétude, la ComedieComédie des escoliersécoliers, vous ne la trouverez par adventureaventure telle que vous esperiezespériez. ToutesfoisToutefois puis quepuisque monsieur maistremaître Odet de Montagu Lieutenant en la Chancellerie et Vieg d'Autun (que les lettres et la vertu recommandent assez) en a une fois donné le subjectsujet, j'ayai pensé que ce seul point vous apporteroitapporterait plus de plaisir que l'ouvrage mesmemême que je vous envoyeenvoie tel qu'il est. S'il vous plaitplaît retrancher quelques divines heures de vos plus graves et serieuxsérieux empeschementsempêchements, pour employer à en voir quelque page, vous luylui ferez plus d'honneur qu'il n'en meritemérite. ApresAprès cela je vous prie (Monsieur) n'en faire plus d'estatétat que moymoi, et attendre quelque besongnebesogne mieux limeelimée de ma forge. À Dieu.

[1] péniblement, de façon insupportable.
[2] enfant.
[3] trompeur.
[4] Vent d'Est.
[5] Eue. Nous laissons ainsi pour la rime.
[6] Jamais ne te feront défaut, ne t'abandonneront.
[7] abeille.

AUCTEURSACTEURS

Emor RoyRoi de ChanaanCanaan. Lie femme de Jacob. Jacob. Sichem fils d’Emor. Sobal. Dine fils de Jacob Le Chœur des HebrieuxHébreux. SymeonSiméon. Levi. TropeTroupe. Le CheurChoeur des Sichimites. DemyDemi TropeTroupe des Enfants de Jacob
--- 1r° ---

ACTE I

EMOR

D’où vient cette frayeur qui me trouble les sens ?

D’où cent mille esguillonsaiguillons qu’au fond du cœur je sens ?

Quell' fureur m’a forgé mille ardentes tenailles,

Qui viennent sans cesser bourreler mes entrailles ?

5Soit que l’ombreuse nuictnuit me retienne au sejourséjour

Soit que j’en soit tiré par l’estoileétoile du jour,

TousjoursToujours devant mes yeux quelque maudit presageprésage

Engendre dans mon ameâme une nouvelle rage.

En lieu du Rossignol qui sous les GemeauxGémeaux chante,

10Le Hibou malheureux de son crycri m'espouvanteépouvante,

8

Le Corbeau croassant citoyen des desertsdéserts,

Ne presenteprésente à mes sens que le fond des enfers,

Les corneilles qui sont au malheur destineesdestinées

Viennent prognostiquerpronostiquer la fin de mes anneesannées,

15Les chesneschênes foudroyezfoudroyés et les hurlantes voix,

Les orages tonnants et leurs sifflants abboisabois,

Les foudres, les esclairséclairs, la petillantepétillante greslegrêle,

Les noirs estourbillons9 qui rouënt peslepêle- meslemêle,

Les grands chevrons de feu qui se pendent en l’air,

20Les commettescomêtes10 hydeuxhideux que j’adviseavise11 voler,

Les rayons alumezallumés qui par sente incognueinconnue

Horriblent à mes yeux l’estoileétoile chevelue,

--- 1v° ---

Bref le ciel ennemyennemi ne rechante à Emor

Que tourments, que malheurs, que la sanglante mort.

25L’espouventableépouvantable effroyeffroi de la mort et du songe,

En une mer d’ennuysennuis à toute heure me plonge.

TanstotTantôt je voyvois ma ville et mon pays en sang,

TanstotTantôt je voyvois mouiller l’espéeépée dans mon flanc,

TanstotTantôt en mon palais il naistnaît une fournaise,

30Qui couvre mes subjetcssujets et leur bien en la braizebraise.

Que veultveut dire cecyceci ? pourroypourrais- je bien nourrir

Quelqu'un dans mes palais qui me feroitferait mourir ?

Qui seroitserait ce meschantméchant ? cette ameâme desloyaledéloyale,

Qui ensanglanteroitensanglanterait la majesté royale ?

35 Je tientiens plus cher que moymoi mon Sichem qui est né

Afin qu’apresaprès ma mort il soit RoyRoi couronné.

À peine eut-il laschélaché le sein de sa nourrice,

Que moymoi-mesmemême luylui feisfis d’un bon perepère l’office,

EsperantEspérant de le voir (estantétant là parvenu)

40Le naturel pilier de mon ageâge chenu.

SeroitSerait-il bien l’outil de ma perte future ?

SeroitSerait-il bien formé en despitdépit de nature,

Pour faire fondre en sang mon hyverhiver langoureux ?

Ah ! ah perepère dolent ! ah perepère douloureux !

45 AuroisAurais-tu bien tenu si cherechère son enfance

Pour payer tes vieux ans de telle recompenserécompense ?

AuroisAurais-tu bien, meschantméchant, le cœur si endurcyendurci,

Que d’enferrer celuycelui qui te faictfait vivre icyici ?

QuoyQuoi ? te prendroitprendrait-il bien une damnable envie,

50De saccager celuycelui duquel tu tiens la vie ?

Sichem, mon cher Sichem, non, tu ne voudroisvoudrais pas,

Penser tant seulement un si estrangeétrange cas.

Penser ! quoyquoi ? la fureur de nostrenotre destineedestinée

Ne nous a -t-elle point mesmemême mort destineedestinée ?

55Ah songe malheureux de la dernieredernière nuictnuit,

--- 2r° ---

Combien le souvenir de ton effroyeffroi me nuictnuit !

Tu m’as monstrémontré à l’œil ou (s’il faut ainsi dire)

GenieGénie malheureux, tu m’es venu predireprédire

Le carnage sanglant de mon fils et de moymoi,

60Et des hommes encorencor' qui marchent soubzsous ma loyloi,

Qui doibventdoivent aujourd’huyaujourd’hui d’une main estrangereétrangère

Sentir les durs assauxassauts de l'espeeépée meurdryeremeurtrière.

J'ayai veuvu un feu brulantbrûlant toute ma nation,

Qui prenoitprenait sa naissance en ma propre maison.

65D’où vient cruel flambeau, qu’ainsi tu te despitesdépites ?

Que ne prensprends tu pitié de mes ans decrepitesdécrépites

D’où vient cela aussi, impitoyables cieux,

Que vous estesêtes, malins, de mon bien envieux ?

Que me sert -il d’avoir sous mes mains cette terre,

70Et sentir dedans moymoi une mortelle guerre ?

Que te sert-il, Emor, d'estreêtre prince puissant,

Et sentir un bourreau qui te va meurdrissantmeurtrissant ?

Que te sert le Palais, le Sceptre, et la couronne,

Puisque ta conscience en ce poinctpoint t'esguillonneaiguillonne ?

75Que servent les honneurs, et les tresorstrésors enclos,

Qui ne peuvent payer une heure de repos ?

DequoyDe quoi me sert le bal, les masques, et la dancedanse,

Le farceur Histrion, et la douce cadancecadence,

Les instruments trouveztrouvés pour le plaisir d’un RoyRoi,

80Puisque tout cela m’est un turbulent effroyeffroi,

Qui me vient desroberdérober mon repos, mesmemême à l’heure

Que je pense piper12 l’occasion meilleure ?

Que te sert RoyRoi dolent, l'espesseurépaisseur d’un rampartrempart,

Puisque tu as le cœur navré13 de part en part ?

85 OÔ dieux (s’il est des Dieux) que vos fureurs malignes,

Vont mon chef menacantmenaçant de terribles ruynesruines !

DejaDéjà je suis esprisépris de bouillonnante rage,

DejaDéjà j'ayai cent braziersbrasiers qui brulent mon courage,

--- 2v° ---

DejaDéjà ce mesmemême feu mes moüellesmoelles destruictdétruit

14

90Et rend dans ses canaux mon sang à demydemi cuit.

DejaDéjà mille serpensserpents dans mes intestins rampent,

Et leur venin mortel malgré moymoi y destrampentdétrempent

és es-tu maintenant ? où, Emor malheureux,

Te trame maintenant le destin rigoureux :

95Les petillantspétillants esclatséclats et la foudre subite,

Contre les haultshauts sapins plus souvent se despitedépite

Que contre le roncier, ou le buisson pointu,

Qui tant plus il est bas tant moins il est battu,

L'inevitableinévitable coup du feu et de la foudre

100Met plustostplutôt le rocher trop orgueilleux en pouldrepoudre

Que le petit caillou qui soudain va courant

Devant les flots esmeuzémus d’un rapide torrent.

Le tonnerre vangeurvengeur que le triste ciel darde15

En sa chaude fureur de foudroyer n’a garde

105La cazecase du berger et maigre vilageoisvillageois,

Ains sur les haultshauts logis de l’avare bourgeois,

Et sur les beaux palais (Ah vengeance severesévère)

Et sur les hautes tours, il vomit sa colerecolère.16

Ainsi le mal, le fer, la poison, le danger,

110Pardonnent aux petits pour les grands oultrageroutrager.

OÔ destin malheureux ! ne pouvoitpouvait donc ta rage

Me couver et nourrir en un triste vilagevillage,

Pour ne me laisser voir les palais sourcilleux

Ces furieux rampartsremparts et ces murs orgueilleux

115Desquels (comme je croycrois) l’irreparablel’irréparable perte

A desjadéjà dans mon cœur une playeplaie entr’ouuerteentrouverte

Que ne me fermais-tu, ô Ciel malicieux

Que ne me fermais-tu premierementpremièrement les yeux ?

Que ne me faisais tu soubssous les ombres descendre,

120Premier que de17 greslergrêler sur les miens teltelle esclandre ?

Que ne m'envoyoisenvoyais18 tu (Naucher) du premier jour

--- 3r° ---

TastonnerTâtonner les sentiers du tenebreuxténébreux sejourséjour19

Sans trainertraîner jusqu’icyici ma miserablemisérable vie

Qui d’un si dur regret maintenant est suyviesuivie,

125Que le profond enfer qui ne voit le Soleil,

N’en a jamais songé, ce me semble, un pareil ?

Au milieu de mes biens j'ayai extremeextrême disette.

Au milieu des plaisirs, les plaisirs je regrette

Je suis de mes subjectssujets, peu s’en faut adoré,

130Et de mes passions internes devorédévoré.

Que les biens, les honneurs et les estatsétats perissentpérissent

Desquels les possesseurs malheureux ne jouyssentjouissent,

J'ayai la paix au prochain, et au prince estrangerétranger,

Et la guerre intestine ores me vient ronger :

135Si j'ayai quelque plaisir ce n’est qu’un pipeur songe,

Car le mal qui me presse en mille erreurs me plonge.

Emor qui ne souloitsoulait20 chercher que ses esbatsébats,

N’imagine que meurdremeurtre et furieux combats.

Ah RoyRoi qui n’est plus RoyRoi, mais serf de la fortune

140 RoyRoi, non plus RoyRoi, mais serf de la caverne brune

RoyRoi non plus RoyRoi, mais bien la proyeproie du destin

RoyRoi non plus RoyRoi, mais bien du hazardhasard le butin

RoyRoi non plus RoyRoi, mais las un animal biforme21,

RoyRoi qui ne retient plus de l’homme que la forme,

145estes êtes-vous mes sens, où vous estes êtes-vous mis ?

Vienne plustostplutôt ce mal briser mes ennemis.

Et si le ciel est prestprêt de vomir sa malice,

Que du tout despitédépité l'estrangerétranger il punisse.

Et vienne le malheur dont estonnéétonné je suis,

150Perdre ceux qui sont loingloin et non ceux du pays.

22

CHOEUR DE SICHIMITES.

JAmais la fortune adverse

Son traistretraître poison ne verse

--- 3v° ---

Sur nous, que premierementpremièrement

Le malheur qui nous menace

155De sa venue ne facefasse

Certain advertissementavertissement.

 

Pendant que dans l'air s'appresteapprête

Quelque effroyable tempestetempête

La nue et le vent subit

160À pas legerslégers postillonnent

Et les enseignes nous donnent

De l'orage qui les suytsuit.

 

Quand tels signes se rencontrent

Quand tels presagesprésages se monstrentmontrent

165Si les hommes scavoyentsavaient bien

PrevoirPrévoir la chose future,

Ils pourroyentpourraient de l'adventureaventure

Changer le malheur en bien.

 

Mais nostrenotre freslefrêle penseepensée

170Ne s'arrestearrête au meilleur poinctpoint.

Et quant au but difficile

Qui nous est le plus utile,

Nous ne le recherchons point.

 

Quiconque a pouvoir d'eslireélire

175Si des deux il prend le pire,

MeriteMérite d'estreêtre repris :

Et qu'au milieu de la bande

Où la folyefolie commande,

Premier il gaignegagne le prix.

 

180CeluyCelui que l'air admoneste,

Les songes, ou la tempestetempête,

S'il ne veut lors se ranger,

S'il n'a de raison la bride,

LuyLui de soy mesmesoi-même homicide,

--- 4r° ---

185Tombe au milieu du danger.

 

Par esclairséclairs et par tonnerre,

Par ses balais de la terre,

Emor cognoistconnaît bien qu'en bref

Le mal, comme un coup de foudre

190Qui met le foteau en poudre

LuyLui viendra casser le chef.

 

Mais de trouver un remederemède

Au mal, qui trop aspreâpre excedeexcède

Tout ce qu'on dictdit des plus vieux,

195Cela luylui est impossible,

Pour autant qu'il naistnaît possible

De ce qu'il aymeaime le mieux.

Lie, Jacob.

<Lie>

23

D’où viennent ces souspirssoupirs ? d’où ce prompt changement ?

Jacob.

Du profond de mon cœur, et ne sçaysais pas comment.

Lie.

200Vous est -il advenu quelque nouvelle perte ?

Jacob.

NennyNenni ou pour le moins je ne l’ayai descouvertedécouverte.

Lie.

Vos enfansenfants vous ont -ils faillyfailli en quelque poinctpoint ?

Jacob.

Certes je n’en sçaysais rien, et n’est ce qui me poingtpoint.

Lie.

Vos troupeaux ne sont -ils gras comme de coustumecoutume ?

Jacob.

205Ce n’est de là que vient le regret qui m’alumeallume.

Lie.

QuoyQuoi donc ? estes êtes-vous point contre moymoi courroucé ?

Jacob.

NennyNenni, car je ne fus onc24 par vous offencéoffensé.

Lie.

Peut estrePeut-être vous deplaistdéplaît cette terre estrangereétrangère.

Jacob.

Mon dueildeuil y a trouvé l’occasion premierepremière.

Lie.

210Mais d’où vient -il ce dueildeuil ?

Jacob

Je n’en sçaysais la raison.

Lie.

Si le faut il laisser.

Jacob

Je n’en voyvois la saison.

Lie.

Vos propos nous souloyentsoulaient 25 plaire plus que l’ombrage

Que nous prenons lassezlassés estendusétendus sur l’herbage.

Maintenant, ou de dueildeuil, ou de soucysouci comblé,

--- 4v° ---

215Vous suyvezsuivez le desertdésert, ou le mont reculé.

Ou, si la fin du jour tout lassé vous rameineramène,

Nous n’avons que souspirssoupirs, que chagrin et que peine.

QuoyQuoi, Jacob, quoyquoi ? depuis vostrevotre abord en ce lieu,

Avez -vous oublyéoublié la promesse de Dieu ?

Jacob.

220Oublier le grand Dieu ! oublier sa promesse !

Que plustostplutôt du haut ciel la lumierelumière je laisse :

Non, non, il me souvient du grand Dieu d’Abraham,

Et de ce que je vis venant en Canaam.

Il me souvient aussi de la rigueur severesévère,

225Et du courroux ardant de Labam vostrevotre perepère,

Lequel au mesmemême instant que je n’y pensoispensais pas,

OurdissoitOurdissait cauteleux, le fil de mon trespastrépas :

Et me vouloitvoulait ravir, d’une main larronnesse,

Le labeur tout entier de ma forte jeunesse.

230Mais ce Dieu d’Abraham et de mes perespères vieux,

Qui tousjourstoujours me portoitportait, et me prometoitpromettait mieux,

Me feitfit abandonner cestecette terre ennemie,

Et tout le pays gras de MesopotamieMésopotamie.

Il a guidé mes pas, et me tenoittenait les mains26

235Passant les lieux desertsdéserts et estrangesétranges chemins27

MesmeMême en tous les dangers ausquelsauxquels je me hazardehasarde,

Il me donne tousjourstoujours son Ange pour ma garde.

C’est luylui qui soubzsous le temps d’un songe gracieux,

Pour se monstrermontrer à moymoi feitfit fendre tous les cieux,

240C’est luylui qui prevoyantprévoyant à l’heur de ma ligneelignée

A cestecette terre icyici pour elle destineedestinée.

C’est ce puissant Seigneur qui d’un simple berger

M’a faictfait un demy-Roydemi-Roi au pays estrangerétranger,

Faisant croistrecroître mon bien comme l’herbe nouvelle

245 CroistCroît au giron du pré quand l’an se renouvelle.

C’est luylui qui a calmé de mon frerefrère Esau,

Animé contre moymoi, le courroux qu’il a eu :

--- 5r° ---

Et qui nous donne icyici une terre habitable

Comme un beau Paradis et riche et delectabledélectable,

250Nous avons les beaux prezprés escrits de vif emailémail,

Nous avons ce qu’il faut pour nourrir le betailbétail :

Nous avons et le bois et la source bien vive

Qui de rochers prochains jusqu’à noznos pieds arrive :

Nous avons et les champs, et la commodité

255De tous les biens qui sont en la proche Cité,

Qui de milemille habitants et milemille frequentéefréquentée,

Est vis -à -vis de nous superbement plantée,

Nous avons la faveur benignebénigne des petits

Et du RoyRoi qui les tient soubssous soysoi assubjectisassujettis

260Que diraydirais-je de Dieu qui par la seule gracegrâce.

FaictFait peupler à veu'vu' d’œil les surgeons de ma race

Comme l’arenearène croistcroît dessoubsdessous le beau [cristal]

Du ruysseletruisselet qui va jouant dans son canal ?

D’iceux les plus grandets par le moyen de l’ageâge,

265Sur les plus jeunes ont dejadéjà quelque avantage,

Ruben et Simeon, puis Juda et Levi,

Ne doydois -je en vous voyant estreêtre hors de moymoi ravi ?

Vous qui estesêtes support de ma foiblefaible vieillesse

Ne doydois -je m'esjouiréjouir aupresauprès de la jeunesse ?

270Des autres qui ne veultveut que le mignard coton28

Se monstremontre ouvertement encorencor' sur leur menton ?

Azar, Dan, et Joseph, Nephtalin, et encore

Ysachar, Zabulon, et Gad mon petit more.

J’ayai Dine aussi qui doit renouvellerrenouveler mes ans

275D’un marymari vertueux et de cent beaux enfansenfants,

Cela devroitdevrait suffire à l’ageâge qui doit suivre,

Et pour bien fortuner les ans que je doydois vivre :

Ayant plus de bon heurbonheur qu’on ne peut souhaittersouhaiter

Mais quoyquoi ? cela ne peut ma douleur contenter

280Mais tout cela ne peut esclarciréclaircir cet orage

--- 5v° ---

Qui roue incessamment autour de mon courage :

Et les bouillons fumeux qui dedans sont enclos,

EstonnansÉtonnant ma pensée, et mes sens, et mes os.

Soit que nostrenotre Soleil ses bouquets esparpilleéparpille

285Sur la mer du levant ou sur l’Inde fertile :

Soit qu'estantétant au milieu de son ouvrage ourdyourdi

Il eschauffeéchauffe les bains qui sont soubssous le MidyMidi,

Soit qu’au fond de la mer de rechefderechef il se plonge,

La langueur, le chagrin, et le soucysouci me ronge,

290Et ne voyvois point d’où naistnaît ce qui me tient pressé,

Sinon que le grand Dieu est par moymoi offensé,

OÔ le dur esguillonaiguillon ! la dure penitencepénitence

Que de sentir un ver picquerpiquer sa conscience.

Je ne sçauroysaurais trouver bien nyni contentement

295À mon esprit troublé une heure seulement :

Car tanstottantôt une ardeur mes facultezfacultés menace :

TanstotTantôt parmi mon sang s’espaissitépaissit une glace :

Le mesnageménage me put, et le labeur des champs,

Et le Taureau qui fend la terre à beaux tranchanstranchants,

300Quant aux camus troupeaux, et la bande petite

Qui me donnoitdonnait plaisir, ores je la depitedépite.

Bref malheur me contraint maintenant de fuir

Tout ce qui me souloitsoulait29 autrefois resjouirréjouir.

J’ayai tiré du danger mon opulent mesnageménage,

305Pour venir vivre icyici en eterneléternel servage.

J’ayai bien sçeusu eviteréviter de Laban les dangers

Pour redoubler icyici la main des estrangersétrangers.

J’ayai fuyfui de Laban la fureur et l’espeeépée,

Mais je crains que ma force icyici soit dissipeedissipée.

310Chasse bien loin de moymoi cet esclandre cruel,

Chasse -le loingloin de moymoi, ô grand Dieu immortel :

FayFais plustostplutôt ta faveur sur tout ce peuple estendreétendre

Qui ne veut, idolatreidolâtre, à ta parolleparole entendre.

--- 6r° ---

Tourne plustostplutôt, Seigneur, vers nous les yeux serainssereins,

315Chassant (quoyquoi que ce soit) le danger que je crains.

30

Choeur des HebrieuxHébreux

LE heurt de la bataille

Et les chaplis sanglants,

Terrassent les vaillants,

PlustostPlutôt que la canaille.

 

320Bien souvent pelle meslepêle-mêle

Le froment nourricier

Avecque le roncier

Est perdu de la greslegrêle.

 

Et le vent qui ondoye

325Perd souvent la toison

De la riche moisson

Et reserveréserve l'yvroye31.

 

Ainsi cheritchérit fortune

Tout ce qui ne vaut rien,

330Et sur l'homme de bien

DescocheDécoche sa rancune.

 

Tout ainsi le naufrage

Perd le riche basteaubateau

Et le chetifchétif vaisseu

335EschappeÉchappe sans dommage.

 

Si la terre fecondeféconde

A quelque homme produictproduit,

Si elle a quelque fruictfruit

Excellent mis au monde,

 

340IsraelIsraël (si je n'erre)

PerePère du peuple HebrieuHébreux

GaigneGagne le premier lieu

Maintenant sur la terre.


--- 6v° ---

Cela pourtant n'empescheempêche

345Qu'une amereamère liqueur

Du profond de son coeur

N'ait bien trouvé la breschebrèche.

 

Cependant qu'il lamente,

Cette IdolatreIdolâtre gent

350Pleine d'or et d'argent,

De tous biens se contente.

 

Mais peut estrepeut-être la chance

Un jour se tournera

Et l'un au bien sera

355L'autre à la penitencepénitence.

Sichem, Sobal.

<Sichem>

Jusques à quand mon cœur sentiras-tu la braizebraise

Et la flamme ondoyer comme en une fornaizefournaise ?

Jusques à quand ce feu qui fait ardre32 mes os,

Sera -t-il le meurdriermeurtrier cruel de mon repos ?

360Est-ce encorencor' pour long tempslongtemps que ce foudreux orage

Me brulera tout vif dans l’amoureuse rage ?

OÔ terre malheureuse ! ô maudictemaudite maison !

Où l’amour me versa tant amereamère poison,

Je ne la sçavoissavais pas la langoureuse peine

365Dont l’Amour enragé tous les esclaves geinegêne33,

Amour sanglant bourreau, pourquoypourquoi m’as -tu ostéôté

Au premier de mes ans ma prime liberté ?

Que n’as -tu attendu la force de mon ageâge,

Que j’eusse resistérésisté, robuste, à ton outrage ?

370Est-ce ainsi que tu prensprends aux filets dangereux

Les captifs pour les rendre à jamais malheureux ?

Quel plaisir si tu m’as ( destineedestinée fatale)

Fait mourir au milieu d’une maison royale ?34

--- 7r° ---

Que me sert la grandeur ? Et de mon perepère Emor

375Le sceptre, la couronne, et l’avare thresortrésor ?

Que me sert son orgueil et sa puissance brave,

Puisqu’il faut malgré moymoi que je chemine esclave,

DessoubsDessous le joug meurdriermeurtrier d’une serve beauté,

Qui a d’un seul regard tous mes sens enchanté ?

380Or va pauvre Sichem apresaprès une estrangereétrangère.

Va chetifchétif estreêtre serf d’une pauvre bergerebergère

Qui t’a faictfait oublier le Royaume et le RoyRoi,

Et faictfait (ah langoureux) que tu n’es plus à toytoi.

Je croycrois que tous les Cieux et la rouge tempestetempête

385Vomissent leur fureur maintenant sur ma testetête,

Comme le pauvre chef que le veneur35 cruel

A desjadéjà transpercé avec un traicttrait mortel,

SuytSuit parmyparmi les desertsdéserts la voyevoie plus secrettesecrète,

TrainantTraînant avecques soysoi la mortelle sagette36

390Qui est toute enfonceeenfoncée au milieu de son flanc,

Et se joue dedans s’abbreuvantabreuvant de son sang

Je perypéris languissant, miserablemisérable, je bruslebrûle

Comme au milieu du feu fait une seichesèche estule37

Le pauvre cerf qui sent de mort les esguillonsaiguillons,

395TascheTâche à les secouer courant sur les sillons,

Mais en vain, car sa mort est dedans luylui cacheecachée

SoubsSous le fer inclementinclément de la flescheflèche lascheelâchée :

Ainsi le fer bourreau qui a navré38 mon cœur

Triomphe au beau milieu comme cruel vainqueur,

400Et n’a deliberédélibéré que jamais il en sorte

Que ma vie avec soysoi homicide il n’emporte.

Je ne trouve repos nyni de jour nyni de nuictnuit,

Le Soleil me deplaistdéplaît, et la clarté me nuictnuit,

Cependant ce tyran qui dans mon sang se baigne,

405Mes plaintes, mes soupirs, et ma vie desdaignedédaigne.

Ah mal estrangeétrange trop ! qui trop tosttôt as surpris

--- 7v° ---

Et mon corps languissant et mes foiblesfaibles esprits

Je ne sçaysais dire au vrayvrai d’où ce mal me procedeprocède :

Et moins encorencore y puypuis-je apporter un remederemède

410RemedeRemède : à quel propos y tendroyenttendraient mes desseins ?

Le remederemède n’est pas en l’art des medecinsmédecins

Et quand bien ils pourroyentpourraient m’osterôter de cette peine,

Je ne le voudroyvoudrais pas, car le mal qui me gehennegêne

Me plaistplaît mille fois mieux que ne fait ma santé :

415OÔ gracegrâce nom pareille ô naifvenaïve beauté,

Sobal.

Beauté, quelle beauté ?

Sichem.

Celle mesmemême où je pense.

Sobal.

estes êtes-vous Sichem ?

Sichem

Hors de ma patience ?

Sobal.

estesêtes-vous Sichem ?

Sichem

Je suis tout hors de moymoi.

Sobal.

La raison de ce mal ?

Sichem

J’en scaysais autant que toytoi.

Sobal.

420OÔ martiremartyre nouveau.

Sichem

Mais innommeeinnommée rage

Sobal.

Las qui vous a charmé ?

Sichem

Une mortelle image

Sobal.

Mais peultpeut -il estreêtre vrayvrai ?

Sichem

En doubtesdoutes-tu encor ?

Sobal.

Qu’attendez-vous de là ?

Sichem

JouyssanceJouissance ou la mort.

Sobal.

Quell'sorcieresorcière a charmé vostrevotre [jeunesse] tendre ?

Sichem.

425Celle mesmemême qui scaitsait les plus rusezrusés surprendre39.

Sobal.

FaictesFaites-moymoi cet honneur le tout me raconter.

Sichem.

Tu me feras plaisir si tu veux l’escouterécouter.

Tu as ouyouï le bruit de la race ancienne

D’Abraham qui laissa la terre CaldeenneChaldéenne,

430Pour suyvresuivre le sentier que son Dieu luylui monstramontra,

Et comme en ce pays, vagabond, il entra,

Et y trouva en finenfin nostrenotre terre si bonne,

Que pour y habiter sa tante il y ordonne :

Isaac fut son fils, qui de deux qu’il y eueut40

435L’un se nommoitnommait Jacob, l’autre fut EsauÉsaü,

Jacob dejadéjà grandet, feitfit un nouvel eschangeéchange

De cette terre icyici à une plus estrangeétrange :

Où en moins de dix ans (je n’en scaysais les moiensmoyens)

Il s'accruaccrut en enfansenfants, en troupeaux et en biens :

--- 8r° ---

440Mais si tostsitôt qu’il sentit qu’on luylui portoitportait envie,

Il se meitmit en chemin au danger de sa vie,

Et sans scavoirsavoir comment il a peupu eschapperéchapper,

Tout vizvis -à -vizvis de nous il s’est venu camper.

Sobal.

Encor n’entenentends -je rien qui tourment vous apporte :

445S’il vous nuictnuit en ce lieu, faictesfaites tant qu’il en sorte.

Sichem.

Sortir, Sobal, sortir ? escouteécoute et tu diras

Autrement, quand à plein le tout tu entendras :

Il ne fut arrivé (comme l’on est cupide

TousjoursToujours de nouveauteznouveautés) que soudain je me guide

450Vers ce peuple nouveau, convoiteux de scavoirsavoir :

Mais alors je perdyperdis mon sens et mon pouvoir,

Aussi tostAussitôt que j’euzeus veuvu une jeune pucelle

Qui surpasse en beauté toute beauté mortelle,

DeslorsDès lors et ma raison, mes sens et mes esprits

455Furent subitement par ces deux yeux surpris.

Sobal.

Cette jeune fureur ainsi qu’elle est subite

Il faut que bien soudain elle prenne la fuytefuite :

Monseigneur corrigez cette aigre passion,

Et la chassez au loingloin par autre affection,

460Vers les extrmitezextrémités de l’AffriqueAfrique bruléebrûlée,

Une terre je scaysais des autres reculée

Pleine d’herbes, de fleurs, et de sorciers aussi,

Qui ostentôtent et d’amour, et d’aymeraimer le soucysouci.

Sichem.

Je ne scaysais nyni charmeurs, nyni infamesinfâmes sorcieressorcières,

465Quand bien elles romproyentrompraient le droit fil des rivieresrivières,

Qui sceussentsussent retirer hors de moymoi la liqueur

Que l’Amour a versé jusqu’au fond de mon cœur.

Sobal.

Voudriez -vous estreêtre serf de cestecette fille estrangeétrange41 ?

Sichem.

L’aveugl’aveugle Amant ne voit tousjourstoujours où il se range

Sobal.

470Mais n’avez -vous moyen d’eschapperéchapper ce tourment ?

Sichem.

Las je le voudroyvoudrais bien, mais je ne voyvois comment.

Sobal.

Si faut-il qu’à vos sens raison serve de guydeguide.

--- 8v° ---

Sichem.

L’impatient amour n’endure point de bride.

Sobal.

Cette rage sied mal à un enfant de RoyRoi.

Sichem.

475Mais las qui pourroitpourrait bien à l’amour donner loyloi ?

Sobal.

L’amour n’a point de lieu ou la vertu resisterésiste,

Sichem.

Tant plus on le repousse, et tant plus il persiste

Sobal.

Il faictfait mal se fyerfier à un peuple estrangerétranger ?

Sichem.

Mais l’exploit genereuxgénéreux se faictfait -il sans danger ?

Sobal.

480Voyez que vostrevotre estatétat aux autres ne resembleressemble.

Sichem.

Amour et majesté ne peuvent estreêtre ensemble.

Sobal.

Un Prince doibtdoit sur toutsurtout brider son appetitappétit.

Sichem.

Amour bride le grand, le sage, le petit.

Sobal.

VostreVotre amyeamie n’est pas d’une maison royale ?

Sichem.

485L’on nourrit bien des RoysRois dans la cage rurale42.

Sobal.

Si faut -il temperertempérer un peu ses passions,

Sichem.

L’amour ne scaitsait dompter ses chaudes actions.

Sobal.

Quelle sera la fin de tant chaude entreprise ?

Sichem.

L’amant ensorcelé à l’issue n'adviseavise.

Sobal.

490Que feront ce pendantcependant les dieux qui sont là -haut ?

Sichem.

Qui aymeaime ses plaisirs des dieux il ne luylui chaut43.

Sobal.

Faut -il qu'en si bas lieu un grand prince se plaise ?

Sichem.

C'est c'est tout un pourveupourvu que son feu il rapaise

Sobal.

Mon cher Seigneur, il faut oublier cet amour ?

495Et attendre venir pour vous quelque beau jour

Auquel le RoyRoi Emor desdès ores44 vous prepareprépare

Une dame d’honneur et d’une beauté rare :

Alors ayant un pair qui vous sera egalégal,

Heureux vous entrerez dans le lictlit conjugal.

Sichem.

500À celuycelui qui est sain c’est chose assez facile

D’estreêtre aux douleurs d’autruyautrui clair-voyantclairvoyant et habile,

Mais si tu estoisétais ore en la rage où je suis,

Tu prendroisprendrais, j’en suis seursûr, bien-tostbientôt un autre advisavis,

Conclusion, il faut quoyquoi qu’apresaprès il advienne,

505Que tout à mon plaisir cette fille je tienne.

--- 9r° ---

Si l’on m’en fait refus, et que de quelque part

Je la puisse choisir reculeereculée à l’escartécart,

Je luylui ferayferai au long ma volonté entendre :

Mais si à m’escouterécouter son amour ne veut tendre,

510Je jure par les Dieux (si quelques Dieux je croycrois,)

Et par les cheveux gris de mon perepère le RoyRoi,

Encor qu’il me devroitdevrait coustercoûter ma propre vie,

Qu’en despitdépit de ses dents elle en sera ravyeravie.

Choeur des Sichimites.

45

TAnt plus que l'on eviteévite

515Le malheur quand il suit

Tant plus il marche vite

ApresAprès celuycelui qui fuit.

Et la seule vertu

Le peut rendre abatuabattu.

 

520Tout en la mesmemême sorte

Sur les rives du Nil,

La fureur se comporte

Du mortel CrocodilCrocodil'

Qui chasse l'impuissant

525Et suytsuit le pourchassant.

 

Fatale destineedestinée

Qui sur nous tiens le piépied,

N'auras -tu obstineeobstinée

Jamais de nous pitié ?

530Veux-[tu] tousjourstoujours t'armer

Pour malheur nous tramer ?

 

Jusques à quand cruelle,

Viendra sur nous frapper

Ce fer qui nous bourrelle

535Qu'on ne peut eschapperéchapper

--- 9v° ---

Quand il est inhumain,

EsbranléÉbranlé de ta main ?

 

NyNi la jeunesse folefolle,

NyNi l'autre ageâge qui suit

540NyNi l'autre ageâge qui vole

Tant plus qu'on la refuit,

Ne rapaisent jamais

La fureur de tes traictstraits.

 

NyNi le thresortrésor avare

545Qui tient nos yeux charmezcharmés,

NyNi du peuple barbare

Les presensprésents embamezembaumés

Ne peuvent t'enrichir

NyNi ta rigueur fleschirfléchir.

 

550Souvent la matineematinée

SoubsSous le doux air d'estéété

Promet à la journeejournée

Le beau temps souhaittésouhaité,

Mais un Note46legerléger

555Fait bien tostbientôt tout changer.

 

Incontinent l'orage

Et l'enragé torrent,

DespouilleDépouille l'heritagehéritage

SurquoySur quoi il va courant,

560Et perd en sa fureur

L'espoir du laboureur.

 

Lors l'esmailémail de la preeprée

Qui ryoitriait au matin

Est avant la vespreevêprée

565FaictFait un nouveau butin

Et n'est plus descouvertdécouvert,

Qu'un malheureux desertdésert.

 

Ainsi quand l'homme haulsehausse

--- 10r° ---

Vers le Ciel son orgueil,

570La destineedestinée faulsefausse

Le vient couvrir de dueildeuil,

Et son plaisir changer

En un mortel danger.

 

Et mesmemême quand il pense

575Quelque bien recevoir,

Le malheur qui s'advanceavance

Par un secret pouvoir,

Le verse de sa faux

Au gouffre de tous maux.

 

580C'est donc en vain que l'homme

Tant soit -il genereuxgénéreux,

En ce monde se nomme

Ou riche ou bien heureuxbienheureux,

Car certe il ne l'est pas

585Jusqu'apresaprès le trespastrépas.

 

Cette race HebraiqueHébraïque

LigneeLignée d'Abraham,

Fuyant la loyloi inique

De l'avare Labam

590En un plus grand danger

Se vient icyici plonger.

 

Sichem s'il perseverepersévère

En son acte entrepris,

Fera blanchir son perepère

595Qui n'est qu'à demydemi gris,

Allumant le flambeau

De son triste tombeau.

 

Un coeur plein de manyemanie

Et de mortel poison

600Qui suytsuit la vilennyevilennie

Oubliant la raison,

--- 10v° ---

Souvent luy mesmelui-même chet

Pris en son trebuchettrébucher.

 

Malheur sur la province

605Dont l'estatétat turbulantturbulent

Est soubssous le bras d'un prince

Qui a le sang bouillant,

Et ne peut arresterarrêter

Ses sens pour les dompter.

CHANSON.

610D'Où vient en la penseepensée

Ce tourment langoureux,

Qui la rend insenseeinsensée

Par un feu amoureux ?

D'où ces traictstraits rigoureux

615Qui nos esprits entament,

Et enyvrentenivrent

D'infinyesinfinies langueurs

Dont souvent ils se pamentpâment.

 

Les Dieux en leur colerecolère

620PunissantsPunissant les humains,

De ce tourment severesévère

Nous devoyentdevaient, pour le moins,

Donner entre les mains

Herbes, jus ou racine

625Qui eusteût quelque saison

Contre cette poison

Servi de medecine.

 

Jamais cette semence

Quiconque soit le Dieu

630Qui nous en recompenserécompense,

Ne sortit de bon lieu,

--- 11r° ---

Car soubssous un plaisant feu

Cette liqueur mauvaise

EschauffeÉchauffe nos poulmonspoumons :

635Et cache nos rongnonsrognons

Au milieu de la braissebraise

 

Certainement j'appreuve

L'amour qui vient du ciel,

Et qui nostrenotre ameâme abreuve

640D'un vin plus doux que miel :

Mais l'autre plein de fiel

Qui les humains tourmente,

C'est pour ces enragezenragés

Qui restent outragezoutragés

645De ce qui les contente.

ACTE DEUXIESMEDEUXIÈME

Sobal. Sichem.

<Sobal>

Doncques il est conclu.

Sichem

C’est un point arrestéarrêté,

C’est trop de peu de cas longuement disputé

Il faut qu’à mon plaisir promptement j’en jouisse

Va Sobal au palais royal faire service :

650QUant à moy je battraybattrai tant le dos des chemins,47

Qu’un hazardhasard me mettra la proyeproie entre les mains.

Sobal.

Ah vouloir trop legerléger, malheureuse alliance,

Que tu trames pour nous une aspreâpre penitencepénitence,

Car toujours le forfait d’un Prince abandonné

655Retombe sur le chef du peuple infortuné

Je maudymaudis mille fois et mille encore, l’heure

Que Jacob feitfît jamais en ce lieu sa demeure.

Cent et cent mille fois soit malheureux aussi

Le jour qui amena cette pucelle icyici :

660Car je craincrains que le mal que je n’ose pas dire,

N’en attire apresaprès soysoi un qui soit encorencor' pire.

--- 11v° ---
CHANSON48

Flambeau de l'univers

Qui fais la ronde,

PenetrantPénétrant le travers

665De nostrenotre monde,

Tu mesures le jour

À nostrenotre terre,

Et où tu n'as ton tour

La nuictnuit s'y serre.

 

670Tu vois dessus le dozdos

De l'eau saleesalée

La furie des flots

Quand elle enfleeenflée

FaictFait bondir le Nocher

675Dans l'air sublime,

Et puis le va cacher

Dedans l'abismeabîme.

 

Tu vois les animaux

Par les campagnes,

680TU vois bien ceux des eaux,

Et des montaignesmontagnes,

Et ceux qui en plein jour

AtourezAtourés d'aislesailes

Menaçent le sejourséjour

685De tes estoilesétoiles.

 

Tu vois sainctesainte clarté,

Tu vois bien l'homme,

Et sa desloyautédéloyauté,

Et encor comme

690Il quitte la raison,

Et suytsuit le vice,

--- 12r° ---

Et se oaistpaît du poison

De sa malice.

 

L'homme est de l'animal

695Seigneur et maistremaître,

S'il ne veut desloyaldéloyal

Se mescognoistreméconnaître :

Mais quand du droit sentir

Il se devoyedévoie

700L'animal qui est fier

Le met en proyeproie.

DINE.

Plus je sens le doux air de cette regionrégion,

Tant plus j’entre estonnéeétonnée en admiration,

Et voyant la douceur de la terre fecondeféconde,

705J’estime qu’il n’en est point de telle en ce monde,

Si je tourne mes yeux vers le riche matin,

Je voyvois de mille odeurs le signalé butin.

Si vers le bas du jour quelquefois je regarde,

Le cedrecèdre, le palmyerpalmier, le cyprescyprès qui s’y garde

710De sa verte beauté me ravit hors de moymoi.

Quand du MidyMidi ardant la grand’ traictetraite je voyvois,

SeCe sont mille coustauxcoteaux plainspleins de vignes pampreespamprées :

Devers la BizeBise sont estenduesétendues les preesprées

Peintes de milemille fleurs qui au soupir du vent

715BalentBallent devant les yeux du beau Soleil levant :

Par là les ruisselets dessus l’arenearène blonde

CrespezCrêpés de mille plizplis s'escoulentécoulent onde à onde,

Ou le jour, quand il vient un peu sur le declindéclin

Voit pancher nos troupeaux sur le bord cristalincristallin.

720Le Nil impetueuximpétueux rend l’EgypteÉgypte fertile,

Mais pres près de cette terre elle semble sterile stérile.

--- 12v° ---

L’arabe, le Persan, mesmemême l’AssirienAssyrien

AupresAuprès de ce pays je ne l’estime rien,

Mais n’oseroyoserais-je aller en la Cité voisine,

725Pour voir si la gent est ou clementeclémente ou maligne ?

Si les filles y sont d’une telle beauté,

Qu’elles sont au pays de ma nativité ?

Il faictfait mal se fier à la gent incognueinconnue :

ToutesfoisToutefois desdès le jour qu’icyici je suis venue,

730J'ayai tousjourstoujours desirédésiré et desiredésire de voir

Ce que cette Cité de riche peut avoir :

La nature se plaistplait aux choses differentesdifférentes,

Et à nous sont aussi les nouveauteznouveautés plaisantes :

Mes frères sont aux champs, et mon perepère est trop doux

735Pour entrer pour cela contre moymoi en courroux.

Choeur des HebrieuxHébreux.

49

QUi pourra le flot humide

Du gouffre marin

Faire obeyrobéir à la bride

Et mordre le frein.

 

740Qui subtil pourra surprendre

Des vents les sifllets,

Si bien qu'ils se viennent prendre

Dedans les filets.

 

Qui pourra suyvresuivre la trace

745Le courbe bateau

Quand le Tramontin le chasse

Sur le dos de l'eau.

 

Qui pourra dessus la plaine

SuyvreSuivre les destoursdétours

750Où le caultcaut serpent se trainetraîne

Durant les grands jours.


--- 13r° ---

Qui pourra marquer la course

Des oiseaux en l'air,

Quand du midymidi contre l'Ourse

755Ils veulent voler.

 

Qui pourra en la vieillesse

RapellerRappeler les ans

Qui servent à la jeunesse

D'un heureux printemps.

 

760De la femme trop volage

Il retiendra bien

Le boubouillonnant courage

D'un estroitétroit lien

 

Il retiendra bien luymesmelui-même

765La pudicité

De la Pucelle qui aymeaime

Trop sa liberté.

SICHEM.

OÔ qu’est-ce que je voyvois ! ô beauté non humaine !

C’est toytoi par qui je suis en eternelleéternelle peine :

770 HelasHélas je ne sçaysais plus si maintenant je vyvis,

Ou bien si je suis hors de moymoimesmemême ravyravi.

Plus que le long esclairéclair ou la foudre drillante50

Qui le pauvre berger d’un tonnerre espouvanteépouvante

M’a rendu estonnéétonné ce visage si beau,

775OÔ Image celestecéleste ! oô miracle nouveau !

OÔ Vierge au teinctteint vermeil plus delicatedélicate et tendre

Que le caillé qu’on voit dessus le jonc estendreétendre !

Je fremyfremis dedans moymoi quand je veux approcher

Cherchant le bien que j’ayai en ce monde plus cher.

780Ah malheureux Sichem tu vois ce qui t’enflamme,

Tu sens à gros bouillons ondoyer cette flamme

--- 13v° ---

Tu vois ce qui te peultpeut faire vivre et mourir,

Et n’oses cependant ton grand feu descouvrirdécouvrir.

Si la pucelle m’est à ce coup rigoureuse,

785(Car de premier abord une fille est honteuse

Quand à sa chasteté quelqu’un veultveut faire effort)

Que deviendraydeviendrai-je lors ? et quel genre de mort

Me sera le plus prompt ? quel bourreau ? quel supplice

Fera d’un fils de RoyRoi le sanglant sacrifice ?

790Sichem, non plus Sichem : quelle rage te prend ?

Quel manyaquemaniaque esprit, malheureux, te surprend ?

Tu souloissoulais51 commander à toute une province.

Tu souloissoulais piapherpiaffer dans le thronetrône d’un Prince

Tu souloissoulais apresaprès toytoi tirer mille valets

795Tu souloissoulais sans soucysouci vivre dans un Palais

Te voylavoilà maintenant le serf d’une incongnueinconnue,

Qui est tout freschementfraîchement en ta terre venue :

Et n’as (ah aveuglé) nyni esbatsébats nyni plaisir

Qu’à desirerdésirer cela dont tu ne peux jouir.

800Que sert -il à Sichem que superbe il commande,

Puisqu’il faut que servant d’une serve il se rende ?

Que sert -il à Sichem d’estreêtre le fils d’un RoyRoi,

Puisque le malheureux n’est plus maistremaître de soysoi ?

Que sert -il à Sichem d’avoir estéété si brave,

805Pour estreêtre maintenant d’une serve l’esclave ?

MiserableMisérable amoureux ! quand le bonheur te vient

Sur le poinctpoint de le prendre, une honte te tient.

Une honte te tient ? il faut de cette honte,

Des estatsétats et grandeurs ores ne tenir contecompte.

810La fortune tousjourstoujours favorise aux hardis,

Et chasse loingloin de soysoi les cœurs acouardisaccouardis :

Je sensens mille serpensserpents ramper dans mes entrailles,

Je sensens là dedans mesmemême infinies batailles,

La crainte, le soucysouci et l’amour et l’honneur,

--- 14r° ---

815Et l’objectobjet où est peinctpeint mon mal ou mon bon heurbonheur

Cet honneur me deffenddéfend de faire violence,

Mais l’amour qui s’est joinctjoint avec l’impatience,

Ja de ce dur conflictconflit a gaignégagné le dessus.

C’est faictfait, il faut mourir, ou en jouir. Or sus,

820ToyToi qu’on dictdit presiderprésider sur l’amoureuse rage,

Si ton pouvoir est tel donne moy-moi l’advantageavantage :

Ou si tu ne le peux venez à mon secours

Ombres, qui avez ja parachevé le cours

DesDès l’ageâge infortuné qui languissant me trainetraîne,

825Et qui comme un bourreau me tire sur la geinegêne :

Si vous sentitessentîtes onc ce que peut l’amitié,

C’est à ce coup qu’il faut avoir de moymoi pitié.

Si cela ne me sert, toytoi Idole infernale

(Si quelque chose peut ta deitédéité fatale)

830FayFais moy-moi descendre vif dans l’enfer tenebreuxténébreux,

Qui (comme on dictdit) reçoit les amants malheureux.

Je veux suyvresuivre l’amour qui me laschelâche la bride,

Et vers le bel objectobjet malgré l’honneur me guide.

Ah cœur passionné que tu seras confus,

835Si tu n’obtiens icyici qu’un rigoureux refus.

ODE

AInsi qu'un cheval indomtéindompté,

Qui a rompu sa bride,

Et celuycelui qui le guide

À ses pieds a jectéjeté,

840Galope en liberté,

Et court comme le fouldrefoudre,

Que le tonnerre va suyvantsuivant,

EsparpillantÉparpillant la pouldrepoudre

Au cours impetueuximpétueux du vent


--- 14v° ---

845Comme on voit le jeune Bouveau

Ou la tendre GenisseGénisse

Offerte au sacrifice

EvitantsÉvitant le couteau

Courir sur un copeau

850ApresAprès qu'au jour de festefête,

Tout aupresauprès du sanglant autel,

Ils sentent sur la testetête

Le pesant faix du coup mortel.

 

Ainsi le pauvre ensorcelé,

855Qui se laisse conduire

Par l'amoureux martire.

De raison reculé,

Vagabond, aveuglé,

Court, la veuevue baissée,

860ApresAprès l'enragé appetitappétit

De la chaude pensée

Qui son sepulchresépulcre luylui bastitbâtit.

DINE SICHEM.

<Dine>

VoylaVoilà doncquesla foyfoi, ô grand’meremère Nature,

VoylaVoilà doncques la foyfoi de ce peuple perjureparjure !

865PlustostPlutôt l’Ours affamé, les lyonslions, ou les loups

Qui sont à leurs pareils plus fidellesfidèles que vous,

En quelque bois profond, ou dans l’horreur d’un antre,

De mon corps dechirédéchiré viendront emplir leur ventre,

Que je n’endurerayendurerai icyici ma chasteté

870PerirPérir par les attraits d’une desloyautédéloyauté.

Laissez -moi eschapperéchapper que la roche desertedéserte

RamolisseRamollisse ses os, et gemissegémisse ma perte.

Et vous monts sourcilleux qui me verrez mourir,

Je ne veux point que vous me veniez secourir :

--- 15r° ---

875Mais je veux que la fin que le destin m’ordonne,

Vos antres caverneux et vous mesmes-mêmes estonneétonne.

Laissez - moymoi eschapperéchapper que je cherche la mort,

Qui me garantira (traistretraitre) de vostrevotre effort.

Sichem.

Pucelle mille fois plus belle que l’Aurore

880Qui resjouitréjouit l’Indois et tout le peuple More,

Arreste Arrête- toytoi un peu, ô vierge aux blonds cheveux,

Et tu verras le but auquel tendre je veux.

Dine.

EscouterÉcouter ? vous avez mal choisychoisi vostrevotre proyeproie.

Sichem.

OÔ tonnerre esclatantéclatant, qui mon ameâme foudroyefoudroie !

885Mignonne, me veux-tu perdre du premier coup ?

HelasHélas que ta beauté me cousteracoûtera beaucoup !

Tourne [ces]52 yeux vers moymoi, tourne cette lumierelumière,

Qui est l’heur ou le dueildeuil de mon amour premierepremière.

HelasHélas mon cher soucysouci, c’est toytoi qui de mes ans

890As nagueresnaguère gaignégagné l’honneur et le printansprintemps.

Dine.

Non, non, je n’ayai gaignégagné sur vous tel avantage,

Mais vous estesêtes esprisépris de quelque ardeur volage,

Qui a ravyravi vos sens, et fait à mon advisavis,

Que vous me pensez estreêtre autre que je ne suis.

Sichem.

895Hé que celuycelui qui veut à bien aymeraimer entendre,

N’a garde de jamais l’une pour l’autre prendre.

Dine.

Mais d’où viendroitviendrait en vous cet amoureux tourment,

Pour moymoi qui n’en sçeuzsus onc un seul commencement ?

Pour moymoi, didis -je, qui suis une simple bergerebergère

900Venue de nouveau53 d’une terre estrangereétrangère ?

Qui ne vous cognusconnus onc ? Et qui ne suis encor

CognueConnue en lieu qui soit au Royaume d’Emor ?

Sichem.

La beauté que le Ciel avecquesavec toytoi feitfit naistrenaître,

Quelque part que tu sois te faictfait assez cognoistreconnaître.

905DescouvreDécouvre moymoi ces yeux, ce front, et ces sourcissourcils.

Qui cent [chaos]54 obscurs rendroyentrendraient bien esclarciséclaircis.

Dine.

Laissez, meschantméchant, laissez ce voylevoile sur ma testetête,

--- 15v° ---

Ornement de vertu et d’une vierge honnestehonnête :

Quant à cestecette beauté qu’en moymoi vous trouvez tant

910Pour moymoi à la mal-heure il y en eut autant :

Soit ainsi que je l’ayeaie escriteécrite dans la face

Comme vous la peignez ou de meilleure gracegrâce,

Si ne sera -ce point, à l’aide du Seigneur,

Un instrument à vous pour souiller mon honneur.

Sichem.

915Pour souiller ton honneur ! non ma cherechère amoureuse

Mais pour rendre avec toytoi ta race bien heureusebienheureuse :

AymeAime moy-moi seulement et je te jure Dieu

(S’il est un Dieu puissant plus que moymoi en ce lieu)

Qu’en bref tu te verras souveraine Princesse,

920Et de cette cité opulente maistressemaîtresse.

Dine.

OÔ Dieu du bon Jacob, ne regardes -tu point,

Maintenant la douleur qui dans le cœur me poingtpoint,

Qu’un amour adultereadultère, aveugleeaveuglée je suyvesuive,

Que premier au cercueil je tombe toute vive,

925Que d’un faictfait si vilain je souille ma maison.

Sichem.

PensePenses -tu que je sois si privé de raison,

Que de poursuivre icyici un amour impudique ?

Non, non, cet esguillonaiguillon qui vivement me picquepique,

Ne m’a oncdonc incité à seulement penser,

930Ce qui peut une dame honorable offenser :

Si je recquiersrequiers de toytoi une ferme aliancealliance

Longue autant que mes jours, commets-je quelque offenceoffense ?

Dine.

Quand mes parensparents voudront soubzsous tel joug me lyerlier,

Quand les ans me rendront presteprête à me maryermarier

935Et quand le Dieu puissant qui dans le ciel demeure

Aura guidé mon temps jusqu’à cestecette bonne heure,

Je marcheraymarcherai alors sans me faire presser

Au lieu où Dieu voudra mon bon heurbonheur adresser,

Mais de suyvresuivre l’amour folefolle qui vous transporte,

940Dieu me facefasse plustostplutôt à vos pieds tomber morte.

<Sichem>

55

Ha que tu ne sçaysais pas folefolle, tu ne sçaissais pas,

Qui est cet amoureux qui talonne tes pas :

Je suis le fils d’Emor royroi de cestecette contreecontrée,

RoyRoi de cestecette Cité belle où tu es entreeentrée :

945MileMille scadrons timbreztimbrés56 se courbent soubzsous ses mains :57

MileMille troupeaux des siens vaguent par les chemins,

Qui raportentrapportent tousjourstoujours en sa maison sans peine

Le laictlait, le beurebeurre frais, le caillé, et la laine :

QuandQuant au rare thresortrésor que l’Orient produictproduit,

950Il est de toutes parts en son Palais conduictconduit,

Bref l’on ne trouve RoyRoi presqu’en toute la terre,

Qui soit plus riche en paix, nyni plus puissant en guerre.

Vois -tu en quel degré tu montes si tu es

IntroduicteIntroduite par moymoi dans son riche Palais ?

Dine.

955Dans un riche Palais je n’ayai estéété nourrie,

Ains parmyparmi les troupeaux de nostrenotre bergerie :

Je n’aymeaime les Palais, les biens, nyni la grandeur :

(Certes l’estatétat plus bas est tousjourstoujours le plus seur58)

Cessez de m’allecherallécher, et de plus me poursuyvrepoursuivre,

960Car le chaste desirdésir de tel vin ne s’enyvreenivre.

Sichem.

HelasHélas si tu pouvoispouvais mon estomachestomac ouvrir,

Pour voir le mal cuisant que tu me fais souffrir,

Tu ne seroisserais (mon tout) tant fierefière nyni cruelle,

Que tu n’eusses pitié de ma playeplaie mortelle,

965PrenPrends à mercymerci ce serf, car il est tout à toytoi,

À toytoi seule appartient de ranger soubzsous ta loyloi

Celuycelui qui quand il veut faictfait ses edictsédits entendre

Autant loingloin que se peut tout ce pays estendreétendre.

Dine.

Vos mots ensorcelezensorcelés auroyentauraient un grand pouvoir

970Sur celles qui pour peu se laissent decevoirdécevoir,59

Mais ainsi que le Roc se mocquemoque de la fouldrefoudre,

Et le rampartrempart espaisépais du plomb et de la pouldrepoudre,

Ainsi vos mots pipeurs (c’est un point arrestéarrêté)

--- 16v° ---

N’auront jamais pouvoir sur ma pudicité.

Sichem.

975Ha cruelle cent fois plus que n’est la LyonneLionne,

MileMille fois plus que n’est la Tigresse felonnefélonne,

Qui as estéété couveecouvée en quelque antre reclus

Par un monstre enragé que nous ne voyons plus :

Auras-tu bien le cœur, dydis, superbe estrangereétrangère,

980D’estreêtre d’un fils de RoyRoi la sanglante meurdrieremeurtrière ?

As-tu le cœur de fer, ou de pierre, ou de bois,

Qui ne s’esmeutémeut non plus à ma dolente voix

Que s’[émeut] 60 eu Caucase, ou bien les monts RypheesRiphées,

Au doux vent par qui sont les saisons eschauffeeséchauffées ?

985QuoyQuoi ? quoyquoi pauvre Sichem, n’auras-tu pour loyer

Qu’un refus qui sera de ta vie meurdriermeurtrier ?

Il ne sera ainsi ! à quel but qu’il en vienne,

Ou la force, ou l’amour te fera estreêtre mienne.

Dine.

La force ! est -il possible un faictfait si desloyaldéloyal

990Avoir estéété songé par un enfant royal?

Sichem.

Les Rois sont -ils exempts de la flamme amoureuse?

Dine.

Non mais l’amour doit estreêtre et sainctesainte et vertueuse.

Sichem.

Les Rois sont -ils exempts des amoureux plaisirs ?

Dine.

Non pas, mais la raison doit brider leurs desirsdésirs.

Sichem.

995Raison a -t -elle lieu là où l’amour domine?

Dine.

MauldicteMaudite soit l’amour qui d’honneur est indigne.

Sichem.

QuoyQuoi ? ne ferayferai-je pas ce qui me semble bon ?

Dine.

Le vicieux tirantyran parle en cette façon ?

Sichem.

Mais le plaisir d’un Prince est-ce une tirannietyrannie ?

Dine.

1000OuyOui : quand il est joinctjoint à quelque vilennie.

Sichem.

Si te faut-il complaire à l’amour qui me poingtpoint,

Dine.

La loyale amitié de force ne veut point.

Sichem.

Mais où l’amour n’a lieu il y faut la contrainctecontrainte.

Dine.

OuyOui bien si l’on veut que vertu soit estaincteéteinte.

1005N’apprehendezappréhendez -vous point le bras de ce grand Dieu,

Qui a tousjourstoujours gardé son petit peuple HebrieuHébreu ?

--- 17r° ---

Et qui en sa fureur d’inevitableinévitable foudre,

EscarbouillaÉcrabouilla Sodome et la mit toute en pouldrepoudre,

Pour punir le forfait des hommes dissolus

1010Qui s’estoyentétaient aux plaisirs deshonnestesdéshonnêtes poluspollus61 ?

Sichem.

Je n’imagine point quel peuple tu veux dire,

Je ne cognoiconnais ce Dieu qui foudroyefoudroie son ire.

Je ne pense au paispays que l’orage brulabrûla :

Mon brazierbrasier allumé ne s’esteintéteint pour cela.

1015Laissons ce vain discours qui mon plaisir retarde,

CeluyCelui n’a jamais bien qui trop tard se hazardehasarde.

Choeur des HebrieuxHébreux

62

Le vin et la fin du jour,

Et l'Amour

Qui tant de fois nous travaillent,

1020Et la folle affection,

Rien de bon

À nostrenotre honneur ne conseillent.

 

Qui au souffre donne lieu

PresPrès du feu

1025Enfoncé dans la fournaise

il voit son souffre aluméallumé,

Consumé

En moins de rien soubssous la braizebraise.

 

Ainsi le jeune amoureux

1030Langoureux

PresPrès du feu qui le bourrelle,

Sentira bien tostbientôt surpris

Ses esprits

Dans cette flamme cruelle.

 

1035La trop grande liberté

A estéété

--- 17v° ---

Cause seule de l'outrage

Que Sichem, d'amour trancytransi

FaictFait icyici

1040À cette fille volage.

 

Car si les troupeaux esparsépars

De ses parczparcs

Elle n'eusteût quitté legerelégère,

Joyeuse elle les verroitverrait,

1045Et seroitserait

De son perepère la bergerebergère.

Choeur des Sichimites.

Une impudique personne

Qui se donne

La liberté à tout mal,

1050MeriteMérite quoyquoi qu'elle facefasse,

Qu'on la chasse

ApresAprès le brut animal.

 

L'homme qui ses pas ne guide

SoubsSous la bride

1055D'une prudente raison,

Si le temps ne le reprimeréprime,

Je l'estime

Indigne de nostrenotre nom.

 

Si tostSitôt que l'amour folatrefolâtre

1060PeultPeut abatreabattre

Un jeune coeur soubssous son piépied,

Il faictfait tant que de soymesmesoi-même

(Mal extresmeextrême)

Il ne peultpeut prendre pitié.

 

1065Si nostrenotre Prince volage

EstoitÉtait sage,

--- 18r° ---

Il reconduiroitreconduirait en paix

Cette simplette bergerebergère

EstrangereÉtrangère

1070Qui ne l'offensa jamais

 

Tard viendra la repentance

De l'offenceoffense

Qu'il a commise aujourd'huyaujourd'hui :

Et trop de cette inconueinconnue

1075La venue

Est malheureuse pour luy.

 

Trop est la personne folefolle

Qui viole

Le droictdroit deu à l'estrangerétranger :

1080Car de telletel outrage injuste

Le ciel juste

MesmeMême s'en voudra venger.

 

Que peultpeut faire une province

Quand son Prince

1085Est ennemyennemi de vertu,

Et quand par l'effort du vice

La justice

Et le droit est abbatuabattu ?

Or est cette desoleedésolée

1090VioleeViolée

Opprobre de ses Parents,

Qui dejadéjà ça et laçà et là courent

Et recourent

ApresAprès leur fille plorantspleurant.

 

1095Le ravissement indigne

FaictFait de Dine

Ja nous rend tous esbaysébahis :

Certes je craincrains ce diffame

Qu'il ne trame

--- 18v° ---

1100La ruyneruine du pays.

 

Cette fureur amoureuse

Dangereuse

N'enfante rien que malheur :

Aussi tostAussitôt que ce martiremartyre

1105Se retire

Des limites de l'honneur.

 

Heureux est en son lignage

Le vieil ageâge

Qui peultpeut veoirvoir en ses enfansenfants

1110Une vertueuse crainte

Qui est jointe

À l'heur de leurs jeunes ans.

 

Mais cet ageâge decrepitedécrépite

Je depitedépite

1115Qui voit ses enfansenfants mal neznés,

Avecque le vice croistrecroître

Et trop estreêtre

À leurs plaisirs adonnezadonnés.

CHANSON.

J'aymeaime de l'amour honnestehonnête

1120Les heureux commencements

Mais je n'aymeaime la tempestetempête,

Qui vient brillant sur la testetête,

Avec infinis tourments

Des fols amants.

 

1125L'amitié bien commenceecommencée

A tousjourstoujours un but heureux ?

Mais cette rage insenseeinsensée

Qui bouillonne en la penseepensée

Rend coquins et malheureux

--- 19r° ---

1130Les amoureux.

 

Ceux qui en leur saison prime

Ne se peuvent eschaufferéchauffer

Du feu amoureux, j'estime

Qu'ils sont sortis d'un abismeabîme

1135Ou d'une enclume de fer,

Ou d'un enfer.

 

Mais cet amour qui n'aspire

Qu'à un plaisir vitieuxvicieux,

C'est un si cruel martiremartyre,

1140Que je n'en voyvois point un pire

SoubsSous les cercles spacieux

De ces haultshauts cieux.

 

Vive donc cette amour sainctesainte

Qui ce monde en un retient :

1145Mais soit cette amour estaincteéteinte,

Qui n'engendre que complainte,

Et tout le mal entretient

Qui nous advient.

ACTE TROISIEMETROISIÈME.

Sichem, Dine.

<Sichem>

Si n’est-il mal si grand que le temps ne l’efface,

1150Mais que te sert cela de dechirerdéchirer ta face ?

De noyer dans tes pleurs les rayons de tes yeux ?

D’abandonner au vent l’or de tes beaux cheveux ?

Si est -ce qu’il se faut à quelque poinctpoint resoudrerésoudre.

Dine.

Las, helashélas que ne fus -je accableeaccablée de la foudre,

1155Aussi tostAussitôt que j’eus veuvu la lumierelumière du jour?

PourquoyPourquoi me laissoislaissais-tu en ce mortel sejourséjour

EspouventableÉpouvantable mort ! pourquoypourquoi dezdès la matrice

Ne me feisfis-tu verser en quelque precipiceprécipice ?

--- 19v° ---

Que ne m’enyvroisenivrais-tu de mortelle poison,

1160Sans me laisser emplir d’opprobre ma maison ?

Vous lions enragezenragés, Tigres insatiables,

Et vous loups affamezaffamés estesêtes trop favorables

Venez, venez gloutons qu’on vous voyevoie sortir

De vos antres puants pour vive m’engloutir.

1165Et toytoi grand œil du ciel lumierelumière vagabonde,

PourquoyPourquoi me feisfis-tu voir l’ornement de ce monde,

Et ce malheureux jour qui premierepremière me vit,

Que ne se changeoitchangeait -il en une obscure nuictnuit ?

Et vous astres cruels (car c’est à vostrevôtre veuevue

1170Que ma virginité par force s’est perdue)

PourquoyPourquoi me laissez -vous encore à la clarté

Du beau ciel qui s’est tant contre moymoi despitédépité ?

Je sensens dejàdéjà l’horreur de la profonde bourbe,

Je voyvois ja ce me semble une infernale tourbe

1175Qui tousjourstoujours me bourellebourrelle et talonnant mes pas,

N’attend que le butin de mon triste trespastrépas.

OÔ malheureux Jacob! ô malheureuse meremère

D’avoir une fois mis un tel part63 en lumierelumière :

Un tel part ! ah douleur qui me vient estouffantétouffant

1180Non : ne vous dictesdites plus parents d’un tel enfant :

Mais bien, si vous avez un si cruel courage,

DechirezDéchirez ce corps mien pour en faire un carnage

Aux corbeaux qui viendront, pour de moymoi vous vangervenger,

Mes membres becqueter, s’ils en daignent manger

1185Vous enfansenfants de Jacob qui ce malheur receustesreçûtes

À ma nativité que mes freresfrères vous fustesfûtes,

Laissez les bois touffus, et les rives des eaux,

Ou vous suyvezsuivez vos bœufs et [vos]64 camuzcamus troupeaux

Pour venir vous vangervenger de cestecette desoleedésolée

1190Qui a dedans Sichem sa chasteté souilleesouillée.

Sichem.

Mignonne, je te prypri' essuyeessuie ces beaux yeux,

--- 20r° ---

Qui semblent proprement deux estoilesétoiles des cieux

Cesse de deschirerdéchirer cestecette divine face

Qui les rares beautezbeautés de ce monde surpasse,

1195Je te prie mon cœur, et la moytiémoitié de moymoi,

De prendre tes esprits, et revenir à toytoi.

Tu n’as occasion mignonne de te plaindre :

Je veux avecques toytoi une alliance joindre

Qui mettra bien à fin ces tristes differentsdifférends,

1200Bien-heurantBienheurant ta maison, tes biens et tes parensparents,

S'il me faut confesser devant toytoi mon delictdélit,65

Je t'ayai faictfait malgré toytoi entrer dedans mon lictlit :

Mais je veux reparerréparer maintenant cet outrage,

Moyennant le traictétraité d’un heureux mariage,

1205Qui te fera monter aux trosnestrônes triomphanstriomphants,

MereMère de milemille Rois qui seront tes enfansenfants.

Dine.

Hé que j’aymeroyaimerais mieux la houlette champestrechampêtre

Que de branler un sceptre inconneuinconnu en ma dextre.66

Quiconque veut voler plus roideraide qu’il ne faultfaut,

1210Souvent se rompt le col sur l’humain eschafautéchafaud

Or va va maintenant va pauvre malheureuse,

Aux antres tenebreuxténébreux te cacher vergongneusevergogneuse,

Puisque le ciel cruel contre toytoi irrité,

T’a veuvu' perdre l’honneur de ta virginité.

Sichem.

1215T’a veuvu' perdre l’honneur ! mignonne ja n'advienne :

Que jusqu’au ciel le crycri de ta plainte parvienne.

Laisse moy-moi ces regrets et ces souspirssoupirs cuisants

Qui ne font que meurdrirmeurtrir l’honneur de tes beaux ans

Et pense quel honneur t’apporte une seule heure.

1220Que devant tes deux yeux tout maintenant je meure,

Si pour un seul plaisir que j’ayai receureçu de toytoi,

Je ne te fais nommer seule espouseépouse d’un RoyRoi.

Quant à ta chasteté, je l’accepte pour gage

(Autres biens je ne veux) du futur mariage.

--- 20v° ---

1225Je jure le haut Ciel et les ombreux demonsdémons,

Et ce qui vient laver nos grasses regionsrégions,

Que seule tu seras de mon cœur la maistressemaitresse :

Que seule tu auras le feu de ma jeunesse :

Que seule tu seras la Dame des mes biens.

1230Que dydis-je de mes biens ? mignonne : mais des tiens,

Car plus je vayvais avant plus la rage amoureuse

BruleBrûle d’un souffre ardantardent mon ameâme langoureuse,

Met en poudre mes os, et me prive de sens :

Et plus je luylui resisterésiste et plus vif je le sens.

1235Mais est -il animal plus qu’amour indomtableindomptable ?

Est-il douleur au monde à la mienne semblable ?

MamyeMa mie, ne crains point ne crains point de changer

À ce Royaume tien quelque lieu estrangerétranger,

Où tu ne peux jamais estreêtre autre que bergerebergère,

1240EspreuveEprouve la douceur chenue de mon perepère

Qui te fera monter au trosnetrône triomphant,

Comme si tu estoisétais son naturel enfant.

ExperimenteExpérimente aussi je te pri’ quelle gloire

Il adviendra aux tiens et à toytoi de me croyrecroire.

1245DyDis-moymoi n’auras-tu point de toytoi - mesmemême pitié,

Et de moymoi qui languis apresaprès ton amitié ?

Dine.

Je ne me laisse prendre avecque telle amorce,

Mais justice n’a lieu où l’on use de force.

OÔ Dieu le seul support de mon perepère tremblant,

1250Compense mon forfait d’un supplice sanglant.

Si sur moymoi tu ne veux ton bras cruel estendreétendre,

Souffre que la vengeance un jour j’en puisse prendre :

Et que moymoi-mesmemême puisse à l’aide de mes mains

M’arracher du parquet où vivent les humains.

ODE

1255CEluyCElui qui lie67

Ce qui se plie

DessoubsDessous l'aireau,

Parle de l'herbe

Ou de la gerbe,

1260Ou du Taureau.

 

Quiconque avide

La pleineplaine humide

FaictFait escumerécumer,

Du Nord devise,

1265Ou de la BizeBise,

Ou de la mer,

 

Quiconque avare

Marchand, s'esgareégare

LoingLoin de ses borsbords,

1270Jamais ne pense

Qu'à la chevance68

Et aux tresorstrésors.

 

L'un de l'usure

TousjoursToujours murmure,

1275Et des denyersdeniers,

Et garde à peine

Sa cave pleine

Et ses greniers.

 

La fierefière masse,

1280Et la cuirasse

Dessus le dos,

Le coup, l'alarme

Sont du gendarme

Le doux propos.


--- 21v° ---

1285L'aspreâpre justice

Parle du vice

Pour le punir,

Et du bon prince

VeultVeut sa province

1290En paix tenir.

 

L'yvrongneivrogne pippepipe

Le muy, la pipe

Et le poiçon :

Et de ses vignes

1295Mises par lignes

Est sa chanson.

 

QuandQuant au folastrefolâtre

OpiniastreOpiniâtre

Jeune amoureux,

1300Lors queLorsque sa dame

LuyLui succesuce l'ameâme,

Il est heureux.

 

Ce feu il chante

Qui le tourmente

1305VoyreVoire et l'endort,

Tant qu'il desiredésire

Ce qui le tire

Jusqu'à la mort.

 

Bref la lumyerelumière

1310Qui journalierejournalière

SeicheSèche l'EstéÉté,

Ne voit hastivehâtive

Nul qui ne suyvesuive

Sa volupté.

--- 22r° ---
Jacob, Le Choeur des HebrieuxHébreux, Lie.

<Jacob>

1315Tu m’as doncques, Seigneur, oublié maintenant

QuoyQuoi Seigneur, n’es-tu plus à ce coup souvenant

NyNi du bon Abraham, nyni de la maison sainctesainte

De mon perepère Isaac ? Que ne te veyvis -je estaincteéteinte

Au ventre d’un tombeau, plustostplutôt que d’avoir sçeusu

1320L’outrageux deshonneurdéshonneur que par toytoi j’ayai receureçu ?

OÔ fille malheureuse ô malheureuse Dine,

De la terre, et du ciel, et des vagues indigne,

Te failloitfallait -il ainsi d’un opprobre eterneléternel,

ProphanerProfaner et l’honneur et le nom d’IsraelIsraël ?

1325Je depitedépite le jour auquel tu fus conceueconçue,

Et le pays maudictmaudit qui vive t’a receuereçue.

Ah ! que trop inclementinclément estoitétait l’astre irrité

Qui conduisoitconduisait le sort de ta nativité.

Te failloitfallait -il venir sur la terre, Tigresse,

1330Pour de mille regrets accabler ma vieillesse,

Que ne vins-je plustostplutôt t’estranglerétrangler de mes mains ?

Quand tu vis le flambeau qui faictfait voir les humains ?

Que ne t’a la sorcyeresorcière en sa rage eschauffeeéchauffée,

Au partir du maillot, d’un cordeau69estouffeeétouffée

1335Sans attendre le jour que ton vice sanglant

DevoitDevait noircir le cœur de ton perepère tremblant ?

VoylaVoilà donc le support impudique paillarde,

Qui par toytoi dezdès long tempslongtemps à mes vieux ans se garde

Ah si je te tenoistenais maudit Cananeam70,

1340Tu sentiroissentirais que peut la race d’Abraham

De ces deux propres mains en piecespièces déchireedéchirée

Ta chair seroitserait donneedonnée aux Corbeaux pour cureecurée.

Mais qui doydois-je accuser (malheureux que je suis).

--- 22v° ---

Cette meschanteméchante ou toytoi de l’outrage commis ?

1345Bien que le crime soit à l’homme peu louable,

Si est -il cent fois plus en la fille damnable

Qui te faisoitfaisait quitter les troupeaux de mes parcs,

Pour aller voir le flanc des furieux ramparsremparts ?

Tu ne sçaissais pas quants71 maulxmaux dans les villes se forgent,

1350Tant pleines de putiers que les murs en regorgent.

Tu ne sçaissais combien plus agreableagréable est le mont,

Et la belle campaignecampagne, et les ruisseaux qui sont

Au giron peincturépeinturé de la freschefraîche valeevallée,

Tu ne seroisserais (malheur) à mon regret voleevolée

1355Si tu n’eusses quitté le sueilseuil de ma maison,

Si j’endure pour toytoi ce n’est pas sans raison :

Car pour t’avoir donné la liberté trop grande,

Tu as commis le crime, et j’en paye l’amandeamende.

VoilaVoilà ce que mon cœur propheteprophète predisoitprédisait

1360Quand cent milemille sanglots secrets il aiguisoitaiguisait :

VoilaVoilà les durs regrets et la dolente72 plainte

Qui m’ont par tant de jours et tant tenus en crainte,

Quand mon pauvre estomachestomac de douleur pantelant

M'alloitallait à tous propos ce malheur revelantrévélant.

1365Race de CanaamCanaan, engenceengeance de viperevipère,

Tu vas suivant de presprès la trace de ton perepère.

Ton maudit perepère Can voyant le bon Noé

Dans la liqueur du vin presque demydemi noyé,

De l’honneur paternel ne feitfit point tant de contecompte,

1370Qu’il ne luylui feitfît souffrir en public une honte,

ApresAprès qu’il eut (meschantméchant) les membres descouversdécouvert

Du vieillard qui dormoitdormait estenduétendu à l’envers :

Je ne m’estonnem’étonne donc si sa race maudictemaudite,

Contre les gens de bien encore se despitedépite.

--- 23r° ---

Le chœur des HebrieuxHébreux.

1375PourquoyPourquoi voyvois-je à grands coups vostrevotre estomachestomac plombé

Lie.

Mon honneur, mon plasirplaisir, en un jour est tombé.

Le chœur des HebrieuxHébreux.

D’où vient cestecette fureur qui ainsi vous transporte ?

Lie.

D’un subjectsujet qui me fait desirerdésirer estreêtre morte.

Le chœur des HebrieuxHébreux.

Ne mettrez -vous point fin à tant cruel effort ?

Lie.

1380Oui bien quand j’aurayj’aurai eu le coup de la mort.

Le chœur des HebrieuxHébreux.

Si ne faut -il pour tantpourtant de soysoi estreêtre homicide.

Lie.

La rage ne se peut refrenerrefréner par la bride.

Le chœur des HebrieuxHébreux.

La rage vous peut - elle asservir souzsous ses loixlois ?

Lie.

Non si j’avoyj’avais le cœur ou de fer, ou de bois.

Le chœur des HebrieuxHébreux.

1385Qui livre à vos esprits ces cruelles batailles ?

Lie.

Le mal que j’ayj’ai nourri dans mes propres entrailles.

Ainsi que nous voyons une plante au matin

Rire dessouzdessous l’Aurore au milieu [du] jardin73,

Cependant qu’en secret une seule vermine

1390LuyLui ronge en trahison ou l’œil, ou la racine,

D’où premier elle avoitavait son halainehaleine tiré,

Ainsi malheureux part74 (fusses - tu dechirédéchiré)

Tu apportes la mort (toytoi enrageeenragée lice)

À moymoi qui t’ayt’ai nourri dans ma propre matrice.

1395Ah qu’il vaudroitvaudrait bien mieux estreêtre privé d’enfansd’enfants

Que de les voir (helashélas) depravezdépravés et meschansméchants.

Je ne m’estonnem’étonne pas si l’horrible tourmente

Par les chemins tortus cruelle me tourmente

Puisque j’en sens au vif (dont helashélas je rougis)

1400Les esclatséclats fouldroyansfoudroyants dans mon propre logis.

PleustPlût à Dieu pleustplût à Dieu que je fusse avorteeavortée

Le jour que je te vivis en ce monde enfanteeenfantée :

Ou bien que toutes deux et par double tourment,

Eussions perdu la vie à cet enfantement.

--- 23v° ---

1405Je n’auroyn’aurais le vouloir de despiterdépiter chetivechétive,

Le premier jour maudit qui te veitvit oncque75 vive.

Ah meremère infortuneeinfortunéeestoitétait ton esprit

Quand de voir ce paispays la volonté te prit ?

Que ne fus -tu d’un somme eterneléternel endormyeendormie

1410En metantmettant le pied hors de MesopotamyeMésopotamie

Où tu voyoisvoyais Euphrate et le Tigre ondoyants

ResjouirRéjouir la campagne et les prezprés verdoyants ?

Où tu avoisavais en front la riche BabiloneBabylone,

Et à dos un caucase où la Bize frissonne,

1415Qui infinis torrents vomit pour les meslermêler

Dans les fleuves qui font cent milemille flots couler

Au travers du Medois esloignééloigné de l’Affriquel'Afrique

Pour s’aller encofrerencoffrer dans le gouffre Persique ?

Est-ce cyci le bonheur que les fils d’Abraham

1420Attendent au paispays mauldictmaudit de CanaamCanaan ?

Qui te faisoitfaisait quitter, ah fille trop volage !

Le sueilseuil de ta logette, et ton petit mesnageménage,

À finAfin d’aller trouver ce miserablemisérable dueildeuil

Qui chasse honteusement tes parensparents au cercueil,

1425Laissant à la maison qui t’enleva, maudictemaudite

Une vilaine marque à tout jamais escripteécrite ?

JettezJetez, mes pauvres yeux de larmes un torrent,

Et toytoi maudis tes jours, pauvre meremère, en mourant :

Va va dolente va, va pauvre infortuneeinfortunée,

1430Remplir l’air de tes cris depuis la matineematinée

Jusqu’à l’heure qu’Hespere au sein de l’OcceanOcéan

Aura fait reposer le compasseur de l’an.

Pendant que j’attendrayattendrai ce qui ja 76 me bourrelle

Venir siller mes yeux d’une nuictnuit eternelleéternelle.

1435Voila le seul moyen, autre je n’en attensattends.

Qui peut tirer au but et mes maulxmaux et mes ans.

Mais ne pensepenses -tu point meurdriermeurtrier de ma vie,

--- 24r° ---

Au mal dont maintenant par toytoi je suis suivie,

Que par toytoi le desirdésir de plus vivre est ostéôté

1440À ceux par qui tu vois cette douce clarté ?

La viperevipère en ce poinctpoint tant ses forces espreuveéprouve77,

Que le ventre empouléampoulé de sa meremère elle crevecrève,

Encore as -tu faictfait pis : car ce serpent hideux

N’en peut bourreler qu’un, et tu en meurdris78 deux.

1445Va indigne que l’œil du beau ciel te regarde,

Va gaignergagner en Sichem le nom d’une paillarde.

Donne toy-toi du bon temps vilaine, en ce quartier

Dans le logis polu79 d’un barbare putier.

Ô ciel trop ennemyennemi que n'esteins éteins-tu, cruel,80

1450D'un esclatéclat foudroyant mon dueildeuil perpetuelperpétuel,

Ou que ne changeoischangeais-tu si l'esclatéclat ne me tue

Mes membres my glacezmi-glacés en pierreuse statue ?

Est -ce là le plaisir, Dine, que tu gardois

Pour soulager helashélas ! mes decrepitesdécrépites mois ?

1455Ainsi l’affection dans le cerveau conceueconçue

Est par l’evenementévènement tout contraire deceuedéçue,

J’esperoyespérais bien de voir une pudique amour

Qui devoitdoit amener de tes nopcesnoces le jour,

Pour esjouiréjouir ton père au declindéclin de son ageâge

1460Et je voyvois maintenant un tyran qui t’outrage :

Et comme s’il tenoittenait quelque ennemyennemi butin,81

Te chasse dans sa couche ainsi qu’une putain.

Puisse venir du Ciel le tonnerre et le souffre82

Venger l’aigre douleur qu’ores par toytoi je souffre,

1465Ou si le Ciel ne veultveut nyni le souffre cruel

Meurdrir ce ravisseur de son flambeau mortel,

Que la terre soubssous vous ouvrir son gosier puisse,

Et que tous deux ensemble elle vous engloutisse.

--- 24v° ---

Chœur des HebrieuxHébreux.83

BElle estoileétoile du jour,

1470Qui de ton clair sejourséjour

Vois l’EstéÉté et l’Automne,

Et d’Avril la moisson,

Et l’horreur du glaçon

Qui soubssous Chiron frissonne.

 

1475Ne vois -tu point aussi,

Comme en ce monde icyici,

Sont differentsdifférents les hommes ?

Ne vois-tu point comment

L’on vit diversement

1480Sur la terre où nous sommes ?

 

Belle aube qui blanchis

Nos sillons enrichis,

Nos monts et nos valéesvallées,

Et les [antres]84 profonds,

1485DescouvrantDécouvrant jusqu’aux fonds

Les grands vagues salées.

 

Dans le gyrongiron du pré

De ton sein bien paré

Tant de fleurs tu ne verses

1490Que les hommes qui sont

En ce monde icyici ont

D’affections diverses.

 

Belle Aurore aux yeux versverts

Qui monstremontre à l’univers

1495Ta robe safraneesafranée,

Quand tu viens t’advanceravancer

Pour nous recommencer

Quelque belle journeejournée.


--- 25r° ---

Tu vois les actions,

1500Tu vois les passions,

Et tout ce qui nous meinemène

Et des hommes combien

Est au val terrien

La penseepensée incertaine.

 

1505Pendant que l’un gemitgémit,

L’autre d’ire85 fremitfrémit

Qui son repos devoredévore,

L’autre à la volupté

Est si bien arrestéarrêté,

1510Que pour Dieu il l’adore.

 

D’un obstiné desirdésir

Chacun suytsuit le plaisir

Auquel il se desbordedéborde,

Et du grand Ciel l'aissueil

1515Ne voit un homme seul

Qui à l’autre s’accorde.

EMOR, SICHEM.

<Emor>

CE sont doncques, Sichem les fremissantsfrémissants abois

Qui venoyentvenaient arracher la racine des bois :

C’est l’horrible tonnerre et la trouble tempestetempête

1520Qui depuis quelque temps tournoyetournoie sur ma testetête.

C’est le feu petillantpétillant qui rendoitrendait parmyparmi l’air :

Les hecateshécates encorencore que j’entendoisentendais hurler.

Ce sont Sichem, ce sont les fantosmesfantômes nocturnes,

Et les songes hideux de cent nuictsnuits taciturnes.

1525C’est le hybouhibou et c’est le corbeau croassant

Qui alloitallait sans cesser mon palais menacantmenaçant,

Et me prognostiquoitpronostiquait l’homicide infortune

Qui desjadéjà de bien presprès mes talons importune.

--- 25v° ---

Oublier et l’honneur, et la civilité,

1530N’estreêtre plus souvenant de ma benignitébénignité,

Perdre pour ton plaisir l’antique renommeerenommée

Qui a tousjourstoujours rendu ma maison bien nommeenommée,

Se souffrir tirasser comme un brut animal

TrainéTraîné par le chevestrechevêtre à tout genre de mal,

1535Est-ce suyvresuivre, Sichem, est-ce suyvresuivre la trace

Et les faictsfaits genereuxgénéreux d’une royale race ?

En lieu que pour le bien du pays tu devrois

Renverser les scadrons86 effroyables des Rois

Qui veulent envahir la terre EmorreenneEmoréenne87,

1540Garder à tes subjectssujets la justice ancienne,

Rembarrer vaillamment le Barbare estrangerétranger

Qui vient comme voleur cette terre ronger,

Et comme un feu du ciel qui le chesnechêne foudroyefoudroie,

Veut mettre ma maison, et mon estatétat en proyeproie :

1545Tenir les bons en paix, et à coups de tranchants

Avecquesla justice extirper les meschantsméchants :

Tu te desbordedéborde' au vice avecques moins de honte

Qu’un forfant88 casanyercasanier duquel l’on ne tient contecompte :

AyAi-je jamais bronché en ce bourbier si or89 ?

1550As-tu appris cela de la vie d’Emor ?

Je sens dejadéjà le ciel qui mon ameâme tourmente

Pour l’honneur violé de la fille innocente.

QuoyQuoi, Sichem n’est-ce pas mon honneur outrager ?

Faut-il de telle façon caresser l’estrangerétranger90 ?

1555Ne vois -tu pas, meschantméchant, une fureur divine

Qui menace ton chef d'une prompte ruyneruine ?

Ne vois -tu pas dejadéjà la foudre de ce Dieu

Qui reçoit les presentsprésents offerts par cet HebrieuHébreu ?

Ne sçais sais-tu pas encorencor', malheureux que sa main

1560Est presteprête à se venger de ce faictfaitt inhumain ?

91

Si ton paillard desborddébord tant tant te provoquoitprovoquait,

--- 26r° ---

Si de ton premier feu la flamme te piquoitpiquait :

J’en devoydevais bien sçavoirsavoir la premierepremière nouvelle.

J’eusse fait un traictétraité avecques la pucelle,

1565Et avec ses parents, puis d’un accord commun,

J’eusse faictfait de vous deux que ce n’eusteût estéété qu’un :

Mais de forcer l’honneur (que le ciel ne m’entandeentende)

Qui pourroitpourrait s’adviseraviser d’une injure plus grande ?

Sichem.

Sire, si vous cuidiez92 avec quelque raison

1570TempererTempérer prudemment l’amoureuse poison,93

Vous sembleriez celuycelui qui pour sa recompenserécompense

Est du tout insensé avecques sa prudence.

Amour est mon bourreau qui de son bras ferré

Tient fort estroitementétroitement tout mon corps enferré

1575Et les perfections et beautezbeautés d’une Dame

Ont vivement attainctatteint le profond de mon ameâme.

Pardonnez à mes yeux qui ont estéété surpris,

Mais suis-je le premier de ceux qui s’y sont pris ?

Confesser son pechépêché est la premierepremière amandeamende,

1580Cher perepère, seulement cecyceci je vous demande :

Sire, si vous m’aymezaimez, ne le refusez poinctpoint94,

Que par un bon traictétraité à Dine je sois joinctjoint,

Si de me faire vivre il vous prend quelque envyeenvie :

Où si vous la m’ostezôtez ostezôtez aussi ma vie.

Emor.

1585N’estesêtes vous malheureux, perespères infortunezinfortunés,

Qui avez des enfansenfants outre bord adonnezadonnés

À leurs maudits plaisirs ? Où est l’obeissanceobéissance

Que doit à ses parents la folefolle adolescence ?

Que ne puis-je, meschantméchant sans mon nom offenceroffenser,

1590Un fer bien esmouluémoulu dans tes flancs enfoncer ?

Mais est-ce à ton advisavis une partyepartie egaleégale

De mettre une incognueinconnue en la couche royale ?

Malheureux est qui court en estrangeétrange pays,

Et ne voit son bonheur tout aupresauprès de son huyshuis !

--- 26v° ---

1595J’esperoyespérais bien qu’un jour un riche mariage

AgrandiroitAgrandirait d’Emor le superbe mesnageménage :

Et que mon fils par là seroitserait doublement RoyRoi :

Mais Sichem, maintenant le contraire je croycrois,

Puisque tu veux avoir malgré moymoi espouseeépousée95

1600En lieu d’une Princesse une pauvre abuseeabusée.

Ce n’est pas tout, Sichem ces vagabonds HebrieuxHébreux

Ont un cœur trop hautain et un bras furieux :

Et n’endurera point cette race bannyebannie

Cette injure à jamais demeurer impunyeimpunie.

Sichem.

1605Sire, quant à cela, le sort en est jettéjeté.

Tant plus je vayvais avant plus je suis agité.

Je sensens un feu cruel qui ardantardent me bourrelle,

Et dans mes os tous secs faictfait cuyrecuire la moüellemoelle :

Partant si en vous est quelque interne amitié,

1610Si vous avez aussi de moymoi quelque pitié,

Accordez moy-moi ce don, ou aultrementautrement j’en jure,

Vous accompagnerez bien tostbientôt ma sepulturesépulture.

<Le CheurChoeur des Sichimites>

ODE.96

Dieu establitétablit les Princes,

L’Empereur, et les RoysRois,

1615Pour tenir les provinces

Au dur frein de leurs loixlois :

Et qui pris de manyemanie,

Sur les RoysRois entreprend,

La deitédéité il nyenie

1620À laquelle il se prend.

 

Le RoyRoi qui de sa terre

Uniquement a soin,

De là bannit la guerre

Et le meurdremeurtre inhumain,

--- 27r° ---

1625Luy mesmeLui-même au lieu du vice,

Et du cuyvrecuivre97 tortu,

Y nourrit la justice,

Les loixlois et la vertu.

 

Le canon nyni les armes,

1630La poudre nyni le fer,

NyNi l’orgueil des gensdarmesgens d’armes

Bien prompts à s’eschauffers’échauffer,

Les bornes n’alongissent

Des RoysRois ambitieux,

1635Si les loixlois ne florissent

Tout au beau milieu d’eux,

 

Quand le RoyRoi débonnaire

A l’honneur pour objectobjet,

Il sert d’un exemplaire

1640À son peuple subjectsujet :

Mais si tostsitôt qu’il s’adonne

Au vitieuxvicieux desirdésir,

Tu ne trouves personne

Qui n’y prenne plaisir.

 

1645Heureuse est la contreecontrée

Là où réside encor

La belle Vierge astreeastrée

En un beau thronetrône d’or :

Et voidvoit dessouzdessous l’espace

1650Du grand Ciel azuré

EncoresEncore quelque trace,

Du bon siècle d’orédoré.

 

Là le mutin rebelle

CerteCerte' ainsi je le croycrois)

1655Hautain ne se rebelle

Jamais contre son RoyRoi :

Là les sectes diverses

--- 27v° ---

Pour une opinion

Ne fondent cent traverses

1660Sur leur religion.

 

Ô la sainctesainte musique

Et les divins accords !

Quand une republiquerépublique

FaicteFaite de plusieurs corps,

1665Sans courir à l’eschangel’échange

Use de mesmesmêmes droictsdroits,

SouzSous mesmemême RoyRoi se range

Et vit souzsous mesmesmêmes loixlois.

SimeonSiméon, Levi, TropeTroupe et demye tropedemie troupe des enfansenfants de Jacob, Emor, Sichem, Choeur des Sichimites

<TropeTroupe>

Mais comme est advenu entre nous cet esclandre ?

Levi.

1670Pourrions -nous je vous pry'prie un plus grand mal entendre ?

TropeTroupe.

Qui a jamais ouyouï acte tant malheureux ?

Demye tropeDemie troupe

Mais comment vit encorencor' ce paillard amoureux ?

SimeonSiméon.

Qu’une fille nous facefasse endurer telle injure !

Levi.

Souffrir tel deshonneurdéshonneur d’une paillarde impure !

TropeTroupe

1675 Ah fille trop volage !

Demye tropeDemie Troupe

Ah malheureux enfant !

SimeonSiméon.

Oh quel horrible feu va mon cœur eschauffantéchauffant !

Levi

Mais d’où vient ce desborddébord ?

SimeonSiméon.

D’où vient cette insolence ?

Levi.

Qu’une fille se donne une telle licence98 !

SimeonSiméon.

Je crevecrève de despitdépit.

LeviLévi.

Je suis tout hors de moymoi.

Trope

1680Ah malheureux pays !

Demye tropeDemie troupe

Terre sans Dieu, nyni loyloi.

SimeonSiméon.

Je despitedépite le jour que premier je t’ayai veuëvue.

Levi.

Ah fille de bon sens et raison despourveuëdépourvue !

TropeTroupe..

Va Sichem, tu as fait un acte genereuxgénéreux !

--- 28r° ---

Demye trope.Demie Troupe.

VoylaVoilà un fait royal !

Trope.Troupe.

Mais du tout malheureux.

TropeTroupe.

1685Tu as sur une fille emporté la victoire !

Demye trope.Demie Troupe.

OÔ que tu t’es acquis une heroiquehéroïque gloire !

Trope.

N’est-ce point violer le droictdroit de l’estrangerétranger ?

Jacob.

Dieu de mes bisayeuxbisaïeux quand viendras-tu vangervenger

De ce stupre maudictmaudit par ton glaive l’offencel’offense ?

1690D’en avoir ma raison il n’est en ma puissance,

Raison ? quelle raison ? Ô Dieu c’est le pechépéché

Qui s’est secrettementsecrètement dans ma maison caché,

Ou quelque grand forfait dont ma main est souilleesouillée,

Qui ores me faictfait voir ma fille violeeviolée.

1695Je ne croycrois point que Dieu soit sans cause irrité,

Qui à tel deshonneurdéshonneur a ma race apprestéapprêté,

Que mesmemême nos neveux si on le leur raconte,

En grinceront les dents, et rougiront de honte.

Tu as esprisépris le feu peut estre-être d’un baiser,

1700(MeschanteMéchante) qui a sçeusu ce jeune homme embrazerembraser.

Comme le papillon qui roue tant de l’aisleaile

Que luylui - mesmemême se bruslebrûle au feu de la chandelle :

Ainsi cestcet amoureux de soysoi - mesmemême s’est pris

AupresAuprès de toytoi qui mis ton honneur à mesprismépris.

1705Mais quoyquoi ? la liberté outre bord excessive

JettaJeta les fondements de cetcette amour lascive,

En vienne aussi sur toytoi le mal plus que sur nous

Qui esprouvonséprouvons que vaut d’avoir estéété trop doux.

99
CHANSON.

La colerecolère trop ardente,

1710Qui tourmente

NostreNotre sang dans son canal,

Ne permet jamais à l’homme

--- 28v° ---

De voir comme

Le bien differediffère du mal.

 

1715La fureur, tant elle est forte,

Le transporte

Pour quelque temps hors de soysoi :

Et faictfait tant cette folyefolie

Qu’il oublyeoublie

1720Son Dieu, son Prince, et sa loyloi.

 

Elle faictfait bien, trop severesévère,

Que le PerePère

Dans son brazierbrasier s’eschauffantéchauffant,

DesmentDément, ah cruelle injure,

1725La nature,

Et despitedépite son enfant.

 

Corrige de cette bestebête,

La tempestetempête

Le mortel, sans s’y fier :

1730Et qu’il luylui serre la bouche

Trop farouche

Dans un frainfrein de fin acier.

 

Car qui asservit son ageâge

À la rage

1735D’une ire qui le surprentsurprend,

D’un lourd animal champestrechampêtre

Qui [un]100 paistre paître

Je ne le voyvois differentdifférent.

EMOR.

Pauvre homme martelé d’une effroyable crainte,

1740Par quel bout te faut -il ourdir une complainte ?

Comme doydois-je couvrir de mon fils le defautdéfaut

Devant ce peuple HébrieuHébreux qui a le cœur si haut ?

Je sensens ja que mon sang dans ses tuyaux se glace,

Et la pallepâle couleur qui me couvre la face.

1745Ja mes bras demydemi-morts commencent à trembler,

Et mon pauvre estomachestomac ne faictfait que panteler.

Une fiebvrefièvre mortelle en ma mouellemoelle rampe,

Et la froide sueur mon corps mymi-gelé trampetrempe.

Mes internes esprits ont perdu leur pouvoir,

1750Et n’ayai membre sur moymoi qui facefasse son devoir.

PourrayPourrais-je bien (malheur) si bien cacher ce crime,

Que mon pallepâle visage, ou ma voix ne l’exprime ?

Chœur des Sichimites.

LE pauvre patient, au plus fort de sa fievrefièvre,

MonstreMontre sur son visage ou au bord de la levrelèvre

1755De son mal la chaleur.

Et ne sçaitsait tant subtil, cacher sa maladyemaladie

Que son corps descharnédécharné, et sa face blesmyeblêmie

N’enseigne la douleur.

Ainsi celuycelui qui sent sa conscience impure

1760Du tout cautériseecautérisée et souilleesouillée d’ordure,

Ne se peut tant couvrir,

Que ses gestes, ses mots, et que sa voix tremblante

Ne vienne plus subit que la foudre drillante101

Ses œuvres descouvrirdécouvrir,

EMOR.

1765Mais ne sera jamais ce regret adoucyadouci,

NyNi ce bourreau tourment qui vous martyre ainsi ?

Jacob.

Ce maudit mal a pris en noznos bras sa naissance,

PourcePour ce à bon droit sur nous en remet102 la vengeance.

Emor.

Il n’est mal si cuisant qu’on ne puisse amoliramollir.

Jacob.

1770Trop aigre est la douleur qui nous vient assaillir.

Emor.

J'ayai vos pleurs, vos sanglots, vostrevotre plainte entendue.

Vous lamentez ce semble une fille perdue :

--- 29v° ---

VostreVotre fille en Sichem demeure de plein gré,

Où elle s’est guydeeguidée au souverain degré :

1775Et là un lictlit royal desdès ores luylui ordonne

CeluyCelui qui doit porter apresaprès moymoi la couronne.

Il la tient et cheritchérit, il l’aymeaime cent fois mieux

Que moymoi qui l’ayai nourrynourri, que sa vie, et ses yeux.

Mais ce n’est pas un feuimpudicimpudiq'qui l’enflamme

1780Car il la veut avoir pour legitimelégitime femme,

L’empire que je tientiens souzsous moymoi assubiectyassujetti.

(Mais qui refuseroitrefuserait tant honnestehonnête partyparti ?

Sera par le moyen d'un heureux mariage,

Ainsi que si c'estoitétait vostrevotre propre heritagehéritage,

1785Demeurez parmyparmi nous et nos fillez prenez,

Et les vostresvôtres de mesmemême à nos hommez donnez.

La terre de Sichem est riche et spacieuse

Et pour vostrevotre bestailbétail fecondeféconde et plantureuse,

Menez -y vos traficztrafics, et qu'un noeud mutuel

1790Joigne le Sichimite au peuple d'IsraelIsraël

Et que vostrevotre pucelle au throsnetrône destineedestinée

Soit à mon fils Sichem pour espouseépouse donneedonnée.

Odelette103

Quand l'honnestetéhonnêteté104 joinctjoint

Les coeurs ensemble

1795D'un noeud sacré et sainctsaint

Qui les assemble,

Je ne craindraycraindrai jamais

(Ou je me trompe)

Que ce contractcontrat de paix

1800Se casse ou rompe.

 

Mais si quelque desborddébord

Ou deffiancedéfiance

--- 30r° ---

Articule l'accord

D'une aliancealliance,

1805L'amitié qui naistranaîtra

D'un lieu peu ferme,

SimuleeSimulée, sera

Bien tostbientôt à terme.

Sichem.

Je fremyfrémis, je frissonne, et mes sens tous confus

1810Se perdent, tant j'ayai peur d'un vergoigneuxvergogneux refus,

Mais Sichem, d'où te vient cette nouvelle crainte ?

Ne peux -tu pas user s'il te plaistplaît de contrainctecontrainte ?

Je peux bien le contractcontrat à mon plaisir passer :

Mais l'honnestehonnête amitié se veut -elle forcer ?

1815Aydez Aidez- moymoi à ce coup deitezdéités amoureuses,

Soyez Soyez- moymoi à ce coup, et jamais plus heureuses.

Le Choeur des HebrieuxHébreux

Comme si le grand ciel que nous voyons de loin

VouloitVoulait de nos meschefsméchefs estreêtre chef ou complice,

Et se rendre avec nous autheurauteur de mesmemême vice,

1820Nous l'appelons souvent pour en estreêtre tesmointémoin.

 

Mais pense penses-tu mortel que ton impietéimpiété

CacheeCachée sous le fard d'une penseepensée caute,

Puisse adoucir le ciel, et qu'une lourde faute

Puisse l'ire adoucir de la divinité ?

 

1825Penses-tu tes desseins estreêtre si bien couverscouverts

Que les heureux esprits du ciel ne les cognoissentconnaissent ?

Penses -tu aveuglé qu'aux yeux ils ne paroissentparaissent

De ce grand Dieu qui voit par tout cestcet univers ?

 

La deitédéité qui vit immortelle à jamais

--- 30v° ---

1830Les actes des humains equitableséquitables, mesure

Et faisant à chacun egalementégalement droicturedroiture

RecompanseRécompense à bon poixpoids les biens et les malfaits.

Sichem.

HelasHélas si mes regrets peuvent avoir creditcrédit

EscoutezÉcoutez ce qu'Emor mon perepère vous a dictdit

1835Je suis esperduementéperdument esprisépris de vostrevotre Dine

Seule d'un fils de RoyRoi elle me semble digne :

Demandez maintenant tout ce que vous voudrez,

AsseurezAssurez que de moymoi bien tostbientôt vous l'obtiendrez

Si de vous elle n'a assez ample douaire,

1840Je le veux de mon bien abondamment parfaire.

Demandez moy-moi des dons, et ce qu'il vous plaira,

Le tout bien promptement accordé vous sera :

Que Dine soit par vous mon espouseépouse tenue,

Je serayserai bien heureux de l'avoir toute nue :

SimeonSiméon.

1845Nous ne pouvons traictertraiter ce point en ce pays,

NyNi donner nostrenotre soeur à un incirconcis.

LeviLévi

À un incirconcis ?

Demy TropeDemie Troupe

QuoyQuoi ? à un ravisseur ?

SimeonSiméon.

Jamais incirconcis n'espouseépouse nostrenotre soeur,

PlustostPlutôt sur nostrenotre chef tombe la mort subite,

1850Que nous laisser penser cette faute maudite.

LeviLévi.

Non mais si vous voulez nous joindre avecques vous,

Il faut que vous soyez circoncis comme nous.

TropeTroupe.

Ainsi pourrons -nous bien sans quelque offenceoffense craindre

En paix avecques vous nos mariages joindre.

Demye TropeDemie Troupe.

1855Soit tout maslemâle entre vous en suyvantsuivant nostrenotre loyloi

Circoncis dezdès le gueux jusqu'au throsnetrône du RoyRoi.

SimeonSiméon.

Lors entre nous serons communs les mariages.

LeviLévi.

Lors vos filles viendront entrer dans nos mesnagesménages

Lors pourrez -vous aussi nos pucelles avoir.

--- 31r° ---

Dem tr.Demie Troupe.

1860Lors Emor et Jacob en paix se pourront voir.

Lors Emor et Jacob ne feront qu’une ville,

Et ensemble vivront en ce pays fertile.

LeviLévi.

Mais si vous rejettezrejetez la circoncision,

Nous vuyderonsviderons bien-tostbientôt de cette regionrégion.

SimeonSiméon.

1865Et en quelque pays que nostrenotre troupe arrive,

Il faut malgré ses dents que notre sœur la suive.

Emor.

Si cela semble bon à chacun je ne sçaysais,

NeantmoinsNéanmoins pour un coup nous en ferons l’essayessai.

Sichem.

Tant m’est le souvenir de ma Dine agreableagréable,

1870Que pour elle la mort mesmemême m’est delectabledélectable.

VostreVotre dire sera suivysuivi de son effecteffet.

L’effecteffet non le parler, monstremontre l’amyami parfaictparfait,

Les grands de la Cité avec le populaire

En peu de temps seront circoncis pour vous plaire.

Chœur des Sichimites.

1875LA foyfoi, la loyauté

Ont la terre quitteequittée

Et quant à l’équité

De l’antique bonté

Elle nous est osteeôtée.

 

1880La Justice s’endort

Froide comme la glace :

Le mensonge et le tort,

Et l’outrageux effort

Ont occupé sa place.

 

1885Ô perepère langoureux,

Ô miserablemisérable meremère,

Ô freresfrères malheureux,

Ô lascif amoureux,

Ô fille trop legerelégère.


--- 31v° ---

1890Les flots qu’on voit baller

Dessus l’onde azureeazurée,

La flamme d’un esclairéclair,

Et la fumeefumée en l’air

Ont bien peu de dureedurée.

 

1895Ainsi est bien souvent

La fille trop muable,

Qui folefolle va suyvantsuivant

Ce que met en avant

Son penser variable.

 

1900Aussi tostAussitôt que le RoyRoi

Viole la justice,

Le peuple vit sans loyloi

Attendant quelque effroyeffroi

Pour corriger son vice.

 

1905Avec souspirssoupirs cuisants,

Bourreaux de mon courage

Je regrette les ans,

Je regrette les temps

Qu’on vit au premier ageâge.

 

1910Sur la terre marchoitmarchait

La belle vierge astreeastrée,

La fureur se cachoitcachait,

Et de sang ne tachoittachait

Cette basse contreecontrée.

 

1915EncorEncor' le fer pointu,

Instrument de la guerre,

Le parchemin batubattu,

Ny le cuyvrecuivre tortu

N’espouventoyentépouvantaient la terre :

 

1920Lors ne courait l’aireau

De l’une à l’autre borne

Tiré par un cordeau,

--- 32r° ---

Et n’avoitavait le taureau

Le joug de surdessus la corne.

 

1925Le bois n’estoitétait vendu,

NyNi le gras heritagehéritage,

Ny Ni le cordeau tendu

Sur le friche fendu,

Pour en faire partage.

 

1930La course du laquetlaquais

N’estoitétait pas inventeeinventée,

Et n’estoitétait le caquet

AcheptéAcheté au parquet

Pour la cause intenteeintentée.

 

1935Leurs delicatsdélicats morceaux,

EstoitÉtait la douce feine ,105

Et avec leurs troupeaux

Ils beuvoyaientbuvaient aux ruysseauxruisseaux

D’une belle fontaine.

 

1940Les fillettes du ciel,

Troupe douce et fecondeféconde,

AssaisonnoitAssaisonnait le miel

À ce bon peuple vieil

Qui lors estoitétait au monde.

 

1945La brebis ne doubtoitdoutait106

Le loup aymeaime-carnage,

Et la chevrechèvre broutoitbroutait.

Au lieu mesmemêmeestoitétait

La TygresseTigresse sauvage.

1950L’on n'avoitavait apperçeuaperçu

La couleuvre qui rampe

Par le buisson moussu

Encor n’auoitn’avait deceudéçu

Le venin qu’on detrampedétrempe

 

1955 L’on n’entendoitentendait le bruit

--- 32v° ---

De Mars nyni de Bellone :

Et le bourgeois de nuictnuit

N’abandonnoitabandonnait son lictlit

À la guerre felonefélonne

 

1960Aux soldats et meschantsméchants

Ne prenoitprenait lors envyeenvie

De saccager les champs,

Là ravir aux marchands

Et le bien et la vie.

 

1965L’embuscheembûche du pendartpendard

N’estoitétait au bois tendue :

Et la terre au soudartsoudard107

Pour planter son rampartrempart

N’estoitétait encorencor' fendue.

 

1970Le dol, la trahison,

La simuleesimulée face,

Le sang nyni la poison108

Ne souilloyentsouillaient la maison

De cette antique race.

 

1975Le fils ah ! ne tramoittramait

Le trespastrépas de son perepère :

Et lors l’on ne blasmoitblâmait,

Et lors l’on ne nommoitnommait

L’inceste ou l’adultereadultère.

 

1980L’hostehôte ne se doutoitdoutait

De son hostehôte bijarrebizarre

Qui mesmemême ou il estoitétait

À son huis109 ne mettoitmettait

Le verrouxverrou nyni la barre :

--- 33r° ---
CHANSON.110

1985L‘Aveugle amour qui ne voit pas,

TraineTraîne ses pas

À la traverse :

Et poulseepoussée d’un petit vent ;

Tombe souvent

1990À la renverse.

 

L’outrageux qui jouirjouïr ne peut

De ce qu’il veut.

HardyHardi s’efforce.

De ravir ce qu’il tient trop cher

1995Et l’arracher

Des mains par force.

 

Celle qu’un desirdésir d’honneur poingtpoint

Ne prise point

D’amour la ruse.

2000Mais celles qui n’aymentn’aiment l’honneur

Vont au pipeur

Qui les abuse,

 

Jamais de ce larron subtil

Un cœur gentil

2005Ne se doibtdoit prendre.

Et n’a dequoyde quoi en tout son art

Le babillartbabillard

Pour le surprendre

 

OÔ combien se reputerépute heureux

2010Un amoureux

Qui l’honneur prise,

Et celle qui pour la beauté

Sa chasteté

Ne met en prise.

--- 33v° ---

ACTE QUATRIESMEQUATRIÈME

SimeonSiméon, LeviLévi.

<Levi>

2015ELle ne mourra pas, traistretraître, la felonniefélonie111.

Elle ne mourra pas en ce point impunie

Pense tuPenses-tu de Jacob avoir le nom taché,

Et porter inpunyimpuni aux enfers le pechépéché ?

SimeonSiméon.

Avoir ravyravi l’honneur de ma sœur violeeviolée ?

LeviLévi.

2020Avoir sa chasteté par force maculeemaculée ?

SimeonSiméon.

Je sensens se caillonner les bouillons de mon sang,

LeviLévi.

Je sens horriblement de l’un à l’autre flanc

FremirFrémir mes intestins et froidir mes entrailles,

SimeonSiméon

Mille ardantesardentes fureurs me livrent leurs batailles :

2025Ne verrayverrai-je jamais ce scandale effacé ?

LeviLévi.

Ne verrayverrai-je jamais ce paillard terrassé ?

Je jure par le ciel, où Dieu a mis son siegesiège,

Que j’aurayj’aurai ma raison en briefbref du sacrilegesacrilège.

SimeonSiméon.

Est-ce pour te mocquermoquer, dydis traistretraître ravisseur,

2030De venir demander à femme nostrenotre sœur,

ApresAprès avoir faictfait d’elle (ah trop juste rancune!)

Pis que l’on ne feroitferait d’une fille commune.

LeviLévi

Oh l’horrible fureur qui soubssous un feu nouveau

Va sans cesse rouant dans mon pauvre cerveau !

SimeonSiméon.

2035Est - ce un acte royal dydis desloyaldéloyal perjureparjure

De faire à l’estrangerétranger recevoir cette injure ?

LeviLévi.

C’est acte de tyran, et non d’un noble RoyRoi

De mettre soubssous ses pieds Dieu, justice, et la loyloi.

SimeonSiméon.

Est-ce l’acte d’un RoyRoi qui d’un peuple a la garde

2040De seduireséduire une vierge et la rendre paillarde ?

LeviLévi.

Tu sentiras que vaultvaut la force de ce bras,

SoubsSous lequel aujourd’huyaujourd’hui tout mort tu tomberas,

Et ta putyereputière chair ou plustostplutôt ta charongnecharogne

Sera pour le repas d’une vieille leonnelionne.

--- 34r° ---

SimeonSiméon.

2045SeCe seroitserait estreêtre à toytoi (Sale Bouquin) trop doux,

Qui t’enseveliroitensevelirait en la pancepanse des loups.

LeviLévi.

Ils sont tous circoncis, et voicyvoici la vrayevrai' heure

Qu’il faut que de Sichem toute la race meure.

SimeonSiméon.

Ils trainenttraînent languissants, un corps demydemi pasmépâmé,

2050Qui a vuydévidé son sang par le lieu entamé :

Mais je leur tireraytirerai par le grand Ciel j’en jure,

L’esprit déjà damné par une autre ouverture.

LeviLévi.

Excitez - vous dans moymoi, vous qui ja bouillonnez

De nouveau feu esprisépris, mes sens passionnezpassionnés,

2055À finAfin qu’estansétant menezmenés d’une ardanteardente furyefurie,

Vous faciezfassiez regorger de sang la boucherie,

Et qu’on voyevoie bien tostbientôt milemille corps trespasseztrépassés,

Et milemille qui seront l’un sur l’autre entassezentassés,

Pour joncher le pavé de la cité mauldictemaudite.

2060Que mon coeur embrasé cent mille fois depitedépité,

Et vous lampes du ciel servez - moymoi, pour le moins,

En ce faictfait genereuxgénéreux de cent milemille tesmoinstémoins.

SimeonSiméon.

Infernale fureur ores trop pitoyable,

Ne veux-tu pas vangervenger ce faictfait tant detestabledétestable ?

2065Et toytoi Ciel ennemyennemi peux-tu bien voir encorencor'

Un tige si maudit en la terre d’Emor ?

Terre qui me desplaitdéplaît ouvre ton large ventre,

Ouvre -le à finafin que vif ce malheureux y entre,112

Je jure par le Dieu vivant auquel je sers,

2070Que ce fer t’envoyraenverra au profond des enfers,

Il faut, il faut racler et de tout point abatreabattre

D’un bras encouragé cette gent idolatreidolâtre.

LeviLévi.

EnyvreEnivre - toytoi tantosttantôt oô malheureux pays

Du paillard sang de ceux que trop gras tu nourris

2075Tu es, mon SimeonSiméon, ma seconde personne :

Devant le Dieu puissant ma dextre je te donne,

Et atteste le ciel et la terre, et la mer,

--- 34v° ---

Tout vif puissepuissé-je donc au sepulchresépulcre abismerabîmer )113

Si je ne suis tes pas, et si du Sichimite

2080Je n’arrache du tout la semence mauldictemaudite.

SimeonSiméon.

Avoir de nostrenotre sœur ainsi l’honneur ravyravi ?

Je jure, je promets, je proteste, LeviLévi,

Que je ferayferai tomber soubssous mon fer ces superbes,

Ainsi que soubzsous la faux l’on voit tomber les herbes,

2085Je sensens ja dans mon sang cent couleuvres ramper,

Et comme en un estangétang - dedans se trampertremper.

Car quand exactement je pense à cet outrage,

Tous mes sens sont esmeusémus et fremissentfrémissent de rage,

Mais ne sommes - nous pas fils de cet Abraham

2090Qui versant les soldats braves de Canaam

Vit quatre Rois puissants mettre au fil de l'espéeépée

Et tirer de leurs mains cette terre occupeeoccupée

Qu’eux mesme-même' avoyent avaient dejadéjà par belliqueux effrois

RavyRavi injustement en despitdépit de cinq Rois ?

2095N’eut -il pas sa raison voire en pleines batailles,

(En despitdépit d’Amraphel) de toutes ses canailles,

Du tort qu’ils avoyentavaient faictfait à la maison de loth ?

PourquoyPourquoi ne ferons -nous le mesmemême dans Socoth ?

Il vengea son nepveuneveu en bataille rangeerangée

2100Par un carnage aussi Dine sera vengeevengée.

LeviLévi.

Mais ce peuple bastardbâtard incirconcis de cœur,

Pense avoir appaiséapaisé du tout nostrenotre rancœur,

Pour avoir aujourd'huyaujourd’hui tranché sa chair polue.

Mais il a racourcyraccourci sa vie dissolue :

2105Car ores de la playeplaie ouverte la douleur

FaictFait à tous perdre cœur force, sang et couleur,

Et leur fera aussi promptement perdre l’ameâme

Car tant que durera en ma main cette lame,

Ce peuple malheureux, faictfait en despitdépit de Dieu,

2110À son dam sentira quel est le peuple HebrieuHébreux,

--- 35r° ---

Chœur des Sichimites

114

Se pouvoit pouvait-il trouver

Se pouvoitpouvait il couver

Plus horrible scandale

Pour le PhereseenPhariséen

2115Pour le ChananeenCananéen

Et pour la cour royale ?

 

Ah miserablemisérable RoyRoi

Ja se saisit de toytoi

L’effroyable tuerie.

2120Tu sens dejadéjà l’effort

De l’effroyable mort

Qui à ta porte crie.

 

VoyVois les bourreaux destins,

VoyVois des enfants mutins

2125Qui d'un bouillant courage115

Malgré tous les valets,

Vont remplir tes palais

D'un horrible courage.

 

N’eust N’eût-il pas mieux valu

2130Que ton corps ja polu

Sichem, fustfût mort en guerre,

Que voir ton sang espaisépais

TramperTremper par tes mesfaictsméfaits

Ta naturelle terre ?

 

2135Faut-il qu’un dueildeuil si grief

Soit d'un plaisir si brief116

La juste recompenserécompense,

Et que le mal cuisant

MeurdrisseMeurtrisse l’innocent

2140Quand au mal il ne pense ?


--- 35v° ---

Souvent pour un pechépéché

Le sang est espanchéépanché

De toute une province ;

Et un peuple infini

2145Bien souvent est punypuni

Pour le meffaictméfait du prince.

 

Vieillard infortuné

Ton pauvre corps trainétraîné

Sur le pavé sanglote,

2150Et le sang espaissiépaissi

Hors de ton corps transi

Dans la poussierepoussière floteflotte.

 

Ja Sichem recourbé

Sur la terre est tombé.

2155Ja les cruelles Parques

Le vent culebutant

Où leur rigueur attandattend

Les plus braves monarques.

 

QuoyQuoi mon jeune seigneur ?

2160QuoyQuoi est -ce là l'honneur

Que fortune te donne,

Est -ce là le chemin

Où elle par la main

Te trainetraîne à la couronne.

 

2165Certes je ne voyvois pas

SoubsSous la charge d’Atlas

Un bien qui tienne ferme

Mais je voyvois nostrenotre bien

Qui treuvetrouve en moins de rien

2170Le droictdroit but de son terme.

 

Ah jeune audacieux !

Un plaisir vicieux

Qui charmoitcharmait ta penseepensée,

--- 36r° ---

A de ce pays gras

2175Que plus tu ne verras,

La ruine avanceeavancée.

 

Le pourpre élabouréélaboré,

Le velours chamarré

Les princes n’anoblissent,

2180Mais les belles vertus

Quand ils en sont vestusvêtus,

Les grands Rois enrichissent.

 

Or gistgît sur le pavé

NostreNotre enfant dépravé

2185RoydeRaide, transi, et blesmeblême,

Qui rend, trop amoureux,

Son pays malheureux,

Et son perepère, et soy-mesmesoi-même.

CHANSON.

JE ne fayfais pas grand compte

2190Du vicieux desirdésir,

Quand la peine surmonte

De tout point le plaisir,

J’aymeaime bien la beauté

Jointe à la chasteté.

 

2195La jeunesse insenseeinsensée

HelasHélas ne cognoitconnaît pas,

L’effecteffet de la penseepensée

Qui talonne ses pas,

Et son malheur ne sent

2200Qui luylui est tout presentprésent.

 

Quiconque voudra, suyvresuivre

Son plaisir vicieux :

Que de sens il se prive,

--- 36v° ---

Qu’il se bande les yeux,

2205Mais quelque jour viendra

Qui bien le chastyerachati'ra.

 

L’amour la jeune flameflamme

Et le sang trop bouillant,

Nous vont jusquesjusque dans l’ameâme

2210Sans cesse bourrelantbourrellant,

Et retranchent le cours

Bien souvent de nos jours.

 

L’amour trop violente117

Ne faictfait que nous troubler,

2215Et sa dextre118 sanglante

Dans nostrenotre sang mouiller,

Pour nous faire sentir

Trop tard le repentir.

ACTE CINQUIESMECINQUIÈME.

SimeonSiméon, Dine, LeviLévi.

<SimeonSiméon>

TU es doncques vengé maintenant, IsraelIsraël,

2220Tu es ores vengé et l’exemple en est tel

Que tous ceux qui de nous doivent un jour descendre

Seront tous estonnezétonnés seulement de l’entendre.

Ces paillards bordeliers auront pour leurs tombeaux

Les ventres affamezaffamés des loups et des Corbeaux :

2225Or vienne maintenant le foudre119 et le tonnerre

BrulerBrûler ces vilains corps qui infectent la terre,

Et que la cendre soit de cet amas puant

Par milemille estourbillons120 esparpilléeéparpillée au vent.

Dine.

Ô Dine malheureuse ! oô malheureuse Dine !

2230De la terre, et de l’air, et des vagues indigne,

Où sont tes jours heureux ? où est ton beau printemps,

Mais quel bien advenir est-ce que je pretensprétends ?

--- 37r° ---

Qui me retient encorencor' que cette main cruelle

Ce corps qui tant me put, sanglante, ne bourrelle.

2235De quel œil me verront mes parensparents offencezoffensés,

Qui sont de deshonneurdéshonneur par moymoi recompensezrécompensés ?

Ah ! perepère je partis d’avecques vous pucelle,

Mais tant que vous vivrez vous ne me verrez telle.

Bourreau CananeamCananéen que ne m’as -tu ostéôté

2240L’ameâme passionneepassionnée avec la chasteté ?

Que diront nos neveux quand cette histoire escriteécrite,

Leur dira que par moymoi le peuple Sichimite

A passé sans pitié par le fil d’un trenchanttranchant ?

OÔ cruelle douleur qui me vais121 desseichantdesséchant

2245Retranche, au moins, le cours des maudites anneesannées

Que trop longues je voyvois à ma vie ordonneesordonnées.

PourquoyPourquoi ayai-je receureçu en ce mortel sejourséjour

Ah, (malheureusmalheureux pour moymoi) la lumierelumière du jour !

Frappez, freresfrères frappez à mort cette chetivechétive

2250Qui trop vous deplairadéplaira tant qu’elle sera vive :

Et chassez aux enfers cette ordure là -bas

Qui digne du haut ciel et du monde n’est pas.

LeviLévi.

Facilement la vierge est par force outrageeoutragée,

Et impuissante n’est de la coulpe122 chargeechargé.

2255Mais la justice doit son glaive punisseur

DeschargerDécharger sur le chef d’un paillard ravisseur.

Sichem a fait l’outrage, et voylavoilà la main forte

Qui a puisé le sang de sa charongnecharogne morte :

Ores gistgît estenduétendu tout mort sur le pavé,

2260Et le peuple sans Dieu et son RoyRoi depravédépravé,

Mais d’un genre meschantméchant plein d’orgueil et d’audace,

N’en doit -on pas du tout exterminer la race ?

Quand aux hommes plus forts, je m’assure qu’ils sont

En tel poinctpoint que jamais vierge ils ne forceront,

2265Marchez Dine ma sœur, marchez sans plus attendre

--- 37v° ---

Car je veux au logis de mon perepère vous rendre.

123
ODE.

À Grand peine voit -on

PirouëtterPirouetter l’orage

Au ventre d’un nuage

2270En la chaude saison,

Que de cette prison,

Et la tempestetempête forte,

Et le feu sans mercymerci

Et le vent qui le porte

2275Ne vienne jusqu’icyjusqu’ici.

 

À peine le malheur,

Le malheur qui bourrelle

Cette vie mortelle,

Comme Aquilon la fleur,

2280Va sans quelque douleur.

Et une autre seconde :

Car jamais un effroyeffroi

Sans l’autre ne nous sonde

Qu’il tire avecques soysoi.

 

2285Si tostSitôt que le torranttorrent,

ApresAprès une lavasse,

Aux prezprés vient prendre place ,

Par toutPartout il va courant,

À ses talons tirant

2290Les gros membres des roches

Et les chesneschênes moussus

Qui se dressoyentdressoient trop proches

De cent coupeaux bossus.

 

Il abismeabîme en ses flots

--- 38r° ---

2295EscumantsÉcumants de furyefurie,

L’honneur de la prairyeprairie

Et les boutons declozdéclos

Tous fraîchement esclozéclos,

Des perles esmailleesémaillées,

2300Qui d’un teinctteint non pareil

Se monstroyentmontroient estalleesétalées

Aux deux yeux du Soleil.

 

Ravisseur enragé,

Il perd en sa colerecolère

2305Et l'AigneauAgneau et la meremère :

Et dans son fil changé

Est souvent oultragéoutragé

CeluyCelui qui point n’y pense :

Et mesmemême sa fureur

2310DesrobeDérobe l’espéranceesperance

Du maigre laboureur.

 

Ainsi l’homme bouillant

Qui se laisse conduyreconduire

À la rage de l’ire,

2315D’un esprit turbulantturbulent

Va ses membres souillant

Dans une mort sanglante.

Et enferre, cruel,

La personne innocente

2320Avec le criminel.

TropeTroupe des enfansenfants de Jacob, DemyeDemie TropeTroupe.

<TropeTroupe>

Que songes-tu caignardcagnard maintenant au foyé124

Puisqu’un si beau chemin devant toi s’est frayé ?

--- 38v° ---

Demy TropeDemie Troupe

QuoyQuoi Israël ? dors- tu ? as- tu perdu la trace

Et l’animosité de ton antique race ?

Trope.Troupe.

2325Nos ayeuxaïeux aymoyentaimaient mieux cent milemille fois mourir,

Qu’un acte vicieux à leurs portes nourrir.

Demy TropeDemie Troupe

C’est bien peu d’estred’être issu de race genereusegénéreuse

Si du perepère on ne suit la sente vertueuse.

Trope.Troupe.

Oublier tel forfait sans en avoir raison ?

Demy Trope.Demie Troupe

2330Souffrir si lachelâche tour dedans nostrenotre maison ?

Trope.Troupe.

J’atteste le grand ciel et les flambeaux nocturnes,

Que tout le reste ira aux ombres taciturnes.

Demy TropeDemie Troupe

Ces paillards sont dejadéjà foudroyezfoudroyés aux enfers :

Mais il faut que leurs champs se changent en desersdéserts,

2335Et que leurs jardins soyentsoient une pleineplaine sterilestérile,

Et leur sale cité perde le nom de ville.

Trope.Troupe.

Laissons à nos neveux une eternelleéternelle horreur

Pour marque du delictdélit et de nostrenotre fureur.

Demy TropeDemie Troupe

Ha, gentil SiméonSymeon ! que tu as de courage

2340De force, de vertu, et de sens plus que d’ageâge

Et toytoi l’autre moymesmemoi-même, et toytoi frère LeviLévi,

Que ton cœur invincible aujourd'huyaujourd’hui m’a ravyravi.

Vos punissantes mains ont commencé l’ouvrage,

Mais ores nous allons mettre à chef ce carnage.

Trope.Troupe.

2345Il faut le residurésidu en piecespièces chiqueter :

Qui pourra là -dedans à nos coups résisterresister ?

Qu’il ne demeure rien non plus que si la foudre

EslanceeÉlancée du ciel avaitavoit tout mis en pouldrepoudre :

Qu'on voyevoie à mille flots les flammes ondoyer

2350Qu’on oyeoie125 les mourants horriblement crier :

Et prenons des troupeaux les bestesbêtes toutes vives

Les filles, les enfants, et les femmes captives.

--- 39r° ---

Choeur des Sichimites.

126

SOleil qui vois de toutes parsparts,

Et sur nos testestêtes jettes

2355Tes ardantesardentes sagettes127,

Et tes traits çà et là esparsépars,

Ne vois-tu point le sang

Qui (ah cruelle espreuveépreuve)

De nostrenotre terre abreuve

2360Et le ventre et le flanc ?

 

Faut-il, sanguinaires guerriers,

Pour la faute d'un Prince,

Que toute une province

Sente vos coutelas meurdriersmeurtriers ?

2365Et que l'impietéimpiété

D'une seule personne

De tant de maux étonne

NostreNotre pauvre cité.

 

Sichem, c'est toytoi qui as mesfaictméfait,

2370Pendant ton peuple crie

Qui à la boucherie

Est miserablementmisérablement defaictdéfait,

Comme un pauvre taureau

Destiné à l'ofrandeoffrande

2375Qui rien plus n'aprehendeappréhende

Que le coup du bourreau.

 

Tu devroisdevrais du moins pardonner

À la douillette enfance

Qui n'a point de deffencedéfense,

2380Et le jeune sang espargnerépargner.

Et pardonner aussi

DevoitDevait ta main cruelle

--- 39v° ---

À la tendre pucelle

Qui te crie mercymerci.

 

2385SI quelque pitié est en toytoi

Ta tant juste entreprise

Dessus la barbe grise

Ne devoitdevait pratiquer sa loyloi :

Moins encorencor' tes tranchants,

2390Et ta dextre robuste,

OultragerOutrager l'homme juste

Avecques les meschantsméchants.

 

Mais la rage, qui ardammentardemment

Dans le cerveau bouillonne

2395D'une tourbe felonnefélonne

Marche si [furieusement],

Qu'il n'y a frein tant fort

Qui de cette malice

Tenir souzsous bride puisse

2400Un quart d'heure l'effort.

 

DejaDéjà le tranchant depravédépravé

AvoitAvait à la colerecolère

Et l'enfant et le perepère

Versé sur le pavé :

2405Mais las, la fin du jeu,

Comme une hostile guerre

Met le reste par terre

Et la cité en feu.

 

À DieuAdieu mon pays bien ayméaimé

2410Qui le coeur me fais fendre

En re voyant en cendre

À mon grand regret consumé :

Recueille de mon oeil

Les larmes qui s'espandentépandent,

2415Et tesmoignagestémoignages rendent

--- 40r° --- 128

FidellesFidèles de mon dueildeuil.

 

À DieuAdieu ma cité qui soulois129

Superbement mureemurée,

Tenir cette contreecontrée

2420DessouzDessous la rigueur de tes loixlois :

Allant chercher le lieu

Où le sort me destine,

Je baise ta ruyneruine

Pour le dernier à Dieuadieu.

Jacob, Siméon, LeviLévi.

<Jacob>

2425FAlloit FAllait-il malheureux ! tant tant se desborderdéborder ?

Falloit Fallait-il donc ainsi dans Sichem aborder ?

Falloit Fallait-il donc meurdrirmeurtrir d’une main si sanglante,

Avec le criminel la personne innocente ?

Un seul ou deux au plus nous avoyentavaient offencezoffensés,

2430Un seul ou deux au plus nous avoyentavaient courroucezcourroucés ,

Falloit Fallait- il donc meurdrirmeurtrir milemille innocensinnocents et milemille,

Et pour un mettre en feu et en sang une vileville ?

Simeon

Un Prince mal vivant de son peuple est suivysuivi :

Son peuple s’il vit bien faictfait ainsi comme luylui.

Si le Prince a du bien le peuple s’en contente.

2435S’il a du mal il faut que le peuple s’en sente.

Jacob

Ah ah pauvre Jacob ! Ah perepère malheureux !

Impatients regrets ! ô jours trop langoureux

Qui me trainestraînes par force à l’ageâge decrepitedécrépite,

Avec mille travaux que le temps me suscite !

2440Ma fille est violeeviolée, et mes cruels enfansenfants,

Ont bandé contre moymoi tous les CananeansCananéans,

[Naturels]130 habitants de cette riche terre,

Qui mutinezmutinés, viendront me mouvoir une guerre.

--- 40v° ---

Où sera mon secours en ce lieu estrangerétranger,

2445Quand mille hommes contre un viendront sur moymoi charger ?

LeviLévi

Un noble cœur ne peut souffir la vilennyevilennie,

Un noble cœur ne peut voir telle tyrannie.

J’aymeaime mieux trespassertrépasser de cent diverses morts,

Que de voir IsraelIsraël souillé par tels efforts.

2450La mort me sera douce, après l’aspreâpre vengeance

Qui a punypuni le tort d’une execrableexécrable offenceoffense,

QuoyQuoi ! vouliez -vous laisser impunyimpuni ce mutin131,

Abusant de ma sœur comme d’une putain ?

[8] Les deux vers qui précèdent sont absents de l'éd. de 1606.
[9] tourbillons.
[10] comète est masculin au XVIe siècle.
[11] que je vois.
[12] tromper.
[13] blessé.
[14] En 1606, les deux vers précédant celui-ci ont disparu, et celui-ci est devenu : "Ja le feu cracquetantcraquetant mes moüellesmoelles destruictdétruit,".
[15] En 1606 : "que le grand Jupin darde".
[16] En 1606 : "et sur les grandes tours".
[17] Avant de.
[18] En 1606, il manque une syllabe au vers : plutôt que « envois ».
[19] En 1606 :"Pastonner".
[20] n'avait l'habitude de.
[21] En 1606 : "diforme".
[22] En 1606, deux vers sont ajoutés au monologue d'Emor : "Ainsi non tant pour moy que [pour] toy ma Patrie / Je conjure les Dieux, d'adoucir leur furie". Le chant du choeur présent ici n'est pas retranscrit dans cette édition.
[23] Le nom de « Lie », présent dans la didascalie initiale, n'est pas rappelé à l'ouverture de la réplique : nous le précisons pour plus de clarté.
[24] jamais.
[25] avaient l’habitude de nous.
[26] En 1606 : "conduits par le destin".
[27] En 1606 : "d'un estrange chemin".
[28] En 1606 : "Des autres ne voulant"
[29] avait l’habitude de me.
[30] Le chant du choeur qui suit est également absent de l'édition de 1606.
[31] ivraie.
[32] brûler.
[33] sens fort : torture, fait souffrir.
[34] En 1606 : "fait nourrir".
[35] chasseur.
[36] flèche.
[37] paille.
[38] blessé.
[39] Celle qui sait surprendre les plus rusés.
[40] En 1606 : "qu'il a eu"
[41] étrangère.
[42] En 1606 : "caze rurale".
[43] importe.
[44] dès maintenant.
[45] Ce chant du choeur, ainsi que la chanson qui suit, sont absents de l'édition de 1606.
[46] Notus, le vent du midi.
[47] En 1606: "Et moy je guideray tellement mes desseins".
[48] Cette chanson n'apparaît pas en 1606.
[49] Ce chant du choeur est absent de l'édition de 1606.
[50] éclatante, brillante.
[51] avais l’habitude de.
[52] En 1606 : "ces".
[53] nouvellement, récemment.
[54] En 1606, nous lisons bien "chaos" ; "chars" est ici forcément fautif, puisqu'il manque une syllabe.
[55] Il manque ici la didascalie du changement d'interlocuteur. En 1606, l'édition rétablit le changement d'interlocuteur, qui semble en effet indubitable.
[56] escadrons avec des tambours.
[57] En 1606 : "se courbent soubz les lois... / vaguent parmy les bois".
[58] Sûr. Nous laissons cette forme pour la rime.
[59] tromper.
[60] L'imprimé note « s'esment » (de même en 1606). Nous proposons de corriger en « s'esmeut ». Le verbe "s'esmer" existe, au sens de "s'estimer", "se voir comme", mais ce sens nous semble moins évident.
[61] pollués.
[62] Ce choeur, le suivant et la chanson sont absents de l'édition de 1606.
[63] enfant.
[64] L'imprimé note "vous", nous corrigeons en "vos" (c'est aussi la leçon de l'édition de 1606).
[65] En 1606, ce vers et le suivant disparaissent, et Sichem reprend par "Car je veux reparer maintenant cet outrage".
[66] main droite.En 1606 : "à ma dextre".
[67] Cette ode est absente de l'édition de 1606.
[68] Bien, propriété.
[69] En 1606: "d'une corde".
[70] Cananéen.
[71] combien de.
[72] triste, douloureuse.
[73] L'imprimé indique "de", nous proposons de corriger en "du", conformément à la leçon de l'édition de 1606.
[74] enfant.
[75] jamais.
[76] maintenant, déjà.
[77] Dans l'imprimé original, « espreuve » (graphie « espreuue ») rime avec « creve » (graphie « creue »). La rime étant de toute façon imparfaite pour l'oreille, nous choisissons ici, exceptionnellement, de moderniser.
[78] tues.
[79] pollué, vicié.
[80] Ce vers et les cinq suivants sont absents de l'édition de 1606.
[81] Dans l'édition de 1606 : "Et comme s'il tenoit l'ennemy soubs [sa] main"
[82] En 1606 : "le foudre".
[83] Ce choeur est présent en 1606.
[84] L'imprimé note "autres", nous proposons de lire "antres", conformément à la leçon de 1606.
[85] colère.
[86] escadrons.
[87] d'Emor.
[88] fanfaron.
[89] ord (si sale).
[90] En 1606 : "de la façon".
[91] En 1606 : "Ne sçais tu pas encor, meshcant que sa justice / Est preste à se venger de cest enorme vice".
[92] croyiez.
[93] Poison est féminin au XVIe siècle.
[94] En 1606 : "Ne me refusez point".
[95] Nous maintenons le -e- pour la rime.
[96] Cette ode est présente dans l'édition de 1606.
[97] En 1606: "du vyvre tortu".
[98] liberté.
[99] Cette chanson est présente dans l'édition de 1606.
[100] Nous lisons dans l'imprimé "qui vn paistre". Nous proposons de lire "qui va paistre", comme dans l'édition de 1606.
[101] éclatante.
[102] En 1606 : "en revient la vengeance".
[103] Odelette présente en 1606.
[104] En 1606 : "Quand honnesteté joinct".
[105] Le foin.
[106] redoutait.
[107] soldat.
[108] Poison est féminin au XVIe siècle.
[109] porte.
[110] Cette chanson est présente en 1606.
[111] En 1606 : "ta felonnie".
[112] En 1606, nous lisons "Afin qu’encore vif ce malheureux y entre", ce qui simplifie la lecture du vers (sans nécessité d'apocope :"ouvre l[e]'afin").
[113] La parenthèse fermante est seule.
[114] Ce choeur et la chanson qui suivent sont présents dans l'édition de 1606.
[115] En 1606 : "Qui d'un bouillant carnage".
[116] Bref. Nous maintenons cette forme pour la rime.
[117] Amour est féminin au XVIe siècle.
[118] sa main droite.
[119] Foudre est masculin au XVIe siècle.
[120] tourbillons.
[121] En 1606 : "qui me vas desseichant".
[122] faute, culpabilité.
[123] Cette ode est présente dans l'édition de 1606.
[124] foyer.
[125] qu'on entende.
[126] Ce choeur est absent de l'édition de 1606.
[127] flèches. Désigne ici les raysons du soleil.
[128] L'imprimé indique "49" en numéro de page. Nous corrigeons.
[129] Qui soulais (avais l'habitude de).
[130] L'imprimé note "Natures". Nous corrigeons en "Naturels", conformément à la leçon de 1606.
[131] En 1606 : "ce vilain".