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Sichem Ravisseur
- Pré-édition
- Transcription, Modernisation, Annotation et Encodage : Etudiants de Master 1 de Littératures et Médiations, Metz, promotion 2025-2026
- Relecture : Nina Hugot et Milène Mallevays
TRAGEDIETRAGÉDIE.
EXTRAITE DU GE-
nesenèse trente quatriesmequatrième
Chapitre.
Par François Perrin Autunois.
À PARIS,
Chez Guillaume Chaudiere, ruë S.,
Jacques, à l'enseigne du Temps et
de l'Homme Sauvage.
M. D. LXXXIX.
Avec Privilege
DISCOURS
À MESSIRE PIERRE
JEHANNIN, CONSEILLER DU
RoyRoi en son Conseil d'estatétat, PresidentPrésident
En sa CourtCour de Parlement, seigneur
de Monieu etc.
Par François Perrin Autunois.
MOnseigneur si le ciel avoitavait faictfait l'homme naistrenaître
Tant seulement à afinafin de le rendre le maistremaître
Des animaux qui sont soubssous les ondes couverscouverts,
Vagabonds pour chercher d'une course afaméeaffamée
Par les lieux incongusinconnus de la forestforêt rameeramée,
Par la pleine campagne ou sur les monts bossus
La proyeproie qui s'enfuit creintivecraintive par dessus :
Si Dieu (dy dis-je) eusteût icyici faictfait germer nostrenotre race
SeullementSeulement pour jouirjouïr de la cueillette grasse
Sans sueur, sans travail, sans soin laborieux
Que la terre produit de son sein amoureux
Nous vouldrionsvoudrions comme fit l'un des hommes d'UlisseYlysse
Faire au monde enchanteur perpetuelperpétuel service,
--- aiiv° ---Quitter et les haultshauts cieux, et le grand Dieu aussi,
Pour nous bastirbâtir (malheur) un Paradis icyici :
Et sans chercher le bien qui nostrenotre mort doit suivre
Nous vouldrionsvoudrions en ce monde eternellementéternellement vivre
Mais certes tout le bien qui se voit soubssous le ciel
A cent mille fois plus d'aloesaloès que de miel
Et l'estatétat inconstant des plaisirs de ce monde,
FreslesFrêles comme l'empoulleampoule esleveeélevée sur l'onde,
Les travaulxtravaux assidus, la crainte du danger,
La langueur qui nous vient à toute heure charger
L'enrageeenragée famine et le fer qui s'aiguise
À finAfin que nostrenotre sang d'heure à aultreautre il espuiseépuise
Peuvent bien imprimer dans nostrenotre ameâme un mesprismépris
De ce dont les mondains havement1 sont épris,
Et nous faire aspirer à un autre heritagehéritage
Que Dieu à ses esleuzélus a promis en partage,
Plein des biens eternelséternels qui ne craignent la main
NyNi le fer émoulu du voleur inhumain :
Car qui peut espererespérer soubssous la voultevoute ethereeéthérée
Une cité qui soit d'eternelleéternelle dureedurée ?
Ou que peut -on trouver soubssous le clair firmament
Qui ne soit le butin d'un subit changement ?
Quand le sieclesiècle de fer à la face rouilleerouillée
En milemille et milemille lieux eut la terre souilleesouillée
Les hommes ne sentantssentant plus les agesâges premiers
Se vont rendre soudain aux vices coustumierscoutumiers :
SoubdainSoudain l'on commença à fouiller dans la terre
Pour trouver les metauxmétaux ministres de la guerre
Et ce qu'elle tenoittenait soubssous ses larges poulmonspoumons
SecrettementSecrètement couvert aux premierespremières saisons.
NostreNotre genre desdès lors à tous maux se desbordedéborde
Le sanglant meurdremeurtre vint naistrenaître de la discorde,
Le poison, le venin, le debatdébat mutuel
--- aiiir° ---Trempa le dur trenchanttranchant dans le sang fraternel
La terre qui estoitétait et pure et innocente
Un genre viperinvipérin et monstrueux enfante,
La nature desdès lors son bel ordre rompit.
Et d'un malheureux part2 accoucha par despitdépit :
Mais quoyquoi : se pourroit pourrait-il quelque chose produire
D'un germe corrompu fors cela qui peut nuire ?
Tant fecondfécond fut ce part en sa force venant
Qu'il se voit par le monde encoresencore maintenant.
Les hommes qui estoientétaient aux hommes sociables
Furent plus que les loups aux hommes effroyables,
Et mesmemême oserentosèrent bien leur escumeécume getterjeter
Contre la deitédéité, et le ciel despiterdépiter.
En la mesmemême saison que cette gent ferreeferrée
De ce monde euteût bannybanni la belle vierge AstreeAstrée
Le ciel au paravantauparavant gratieuxgracieux et serein
Sembla estreêtre de cuyvrecuivre et la terre d'airinairain
Qui ne pouvant porter d'un tel sieclesiècle la crasse
GemissoitGémissait soubssous les pieds de cette inique race.
La mer lançoitlançait en l'air ses bouillons escumeuxécumeux
Et les vents insensezinsensés leur souflesouffle impetueuximpétueux,
Le feu sembloitsemblait aussi dans l'air se venir fondre
Pour de l'ageâge premier le bel ordre confondre,
L'air qui sentit troubler son antique repos
Va dans son ventre creux concevoir un chaos
Duquel il fit sortir le foudre et le tonnerre,
Et d'infinitsinfinis esclairséclairs espouvantaépouvanta la terre,
DescochantDécochant sur ses flancs les foudroyansfoudroyants esclaséclats
La greslegrêle, la bruine, et les cuisanscuisants verglas.
ApresAprès au monde vint la nombreuse vermine,
La fiebvrefièvre, la langueur, la peste et la famine,
--- aiiiv° ---L'avare ambition et l'orgueil decevantdécevant3,
La rapine et le vol se mirent en avant,
L'envie qui rongeoitrongeait aux enfers ses entrailles
Vint pour semer le fer, le feu et les batailles :
Les tygrestigres et les Ours, le lion rugissant
Et tout ce qui estoitétait à l'homme obeissantobéissant
Vint s'armer contre luylui pour prendre la vengeance
(SupliceSupplice meritémérité) de sa mortelle offense.
Bref mille afflictions soubssous les cieux irritezirrités
Au travers des humains vindrentvinrent de tous costezcôtés
Non sans difficulté la nature est rendue
En son estatétat premier quand elle est corrompue.
Si le remederemède n'est bien promptement cherché
À l'ulcereulcère qui s'est à un membre attaché
CesteCette playeplaie par art ne peut estreêtre guerieguérie
Quand faultefaute d'y [pourvoir] elle est demydemie pourrie
Ains faictfait tant peu à peu que ce qui la nourrit
Par un nouveau martiremartyr avecque elle pourrit.
Quand le mal commençoitcommençait d'abandonner le centre
Pour se venir trainertraîner au monde sur son ventre
L'on pouvoitpouvait sans grand peine alors le repousser
Mais l'on luylui permit tant peu à peu s'avancer
Qu'il perdit, malheureux, tant ses forces valurent
Et soymesmesoi-même et tous ceux qui suivre le voulurent
Lors la crainte de Dieu, lors l'amour de vertu
Ne sceutsut rendre le coeur des hommes abatuabattu
Tant que de perepère en fils et d'une à l'autre race
TousjoursToujours ne leur ait pleuplu la vicieuse trace :
PourcePour ce Dieu qui d'enhaulten haut regarde jusque icyjusqu'ici
Y laissa les malheurs et l'homme à leur mercymerci.
Mais qui croira que Dieu sa vengeance retire,
Ou qu'il facefasse cesser la rigueur de son ire
Quand il voit les mondains aux vices obstinezobstinés
--- aiiiir° ---Plus que les vieux corbeaux qu'on dit estreêtre encharnezencharnés
Aux poulmonspoumons immortels de l'impur sacrilegesacrilège
Qui osa bien voler jusquesjusque dessoubsdessous le siegesiège
De celuycelui qui doublant et redoublant son tour,
Chasse l'obscure nuictnuit pour ramener le jour ?
Plus la terre a estéété à produire fecondeféconde
Tant plus ont fourmillé les meschansméchants par le monde
Et Et à leur injustice et leur impietéimpiété
Tellement des grands cieux le courroux irrité
Que la terre seroitserait jajà dans l'onde abismeeabîmée
Ou la mer escumeuseécumeuse en flammes consumeeconsumée
Si les bons n'y estoientétaient dont le nombre petit
Des divins jugemensjugements la fureur divertit.
C'est certes ta bonté, Seigneur, qui infinie
Laisse le plus souvent nostrenotre faultefaute impunie
C'est (dy dis-je) ta douceur, c'est (dy dis-je) ta bonté
Qui pour dix qui vont droictdroit espargneépargne une cité.
Il n'est champ si ingrat, croupe tant infertile,
DesertDésert tant reculé nyni terre tant sterilestérile
Qui sentant le ZephireZéphyre ou le doux Subsolan4
N'estalleétale à l'oeil du ciel quelque saison de l'an
Ou la verte couleur d'une plante petite,
Ou les plus d'une fleur par la nature escriteécrite
Qui ne garde du moins, la racine en son sein
D'un simple nom commun qui sert au medecinmédecin
Certainement la terre (à produire trop riche
Le germe corrompu) n'est qu'une meigremaigre friche
Gardant en son gyrongiron tout ce que moins y sert
Et laissant ce qui est le meilleur en desertdésert.
Mais elle a neantmoinsnéanmoins tousjourstoujours eu quelque plante
Quelle tige de prisprix, quelque fleur odorante
--- aiiiiv° ---De laquelle le fruictfruit est fortyforti à foison
Pour honorer de Dieu l'eternelleéternelle maison.
Ce grand seigneur qui veultveut que de coeur l'on le serve
De tout temps a des bons mis la tropetroupe en reserveréserve
Et les faictfait dans l'escueilécueil du monde vicieux
Luire comme en la nuictnuit les clairs astres des cieux,
Car bien que sans cesser meintsmaints travaux les assaillent
DessoubsDessous le pesant faizfaix pourtant ils ne defaillentdéfaillent.
Tant plus l'arbre branchu se charge de bon fruictfruit
Plus à coups de cailloux le passant le poursuit
Laissant la seichesèche souche et l'espineépine mordante
Qui n'a rien que les yeux ou l'apetitappétit contantecontente.
Ainsi SathanSatan, la chair et les mondains attraictsattraits
Ont tousjourstoujours atintéateinté la fureur de leurs traits
Contre le sainctsaint tropeautroupeau qui avoitavait sa penseepensée
(MagazinMagasin de vertu) vers le sainctsaint mont dresseedressée.
LaissantsLaissant courir tous ceux en pleine liberté
Qui tenoienttenaient pour leur Dieu l'impure volupté,
Bref cette sainctesainte tropetroupe a tousjourstoujours senti comme
Ce n'est rien qu'un conflictconflit que la vie de l'homme :
Mais en adversité s'epreuveéprouve la vertu,
Et le coeur genereuxgénéreux, quand il est combatucombattu
Et tant plus contre l'or le brazierbrasier se mutine
Plus ce riche metalmétal au beau milieu s'affine
Ainsi que nous voyons le pauvre voyager
Qui suit la mer barbare et le peuple estrangerétranger
Constamment endurer la tempestetempête et la greslegrêle,
La pluyepluie, la chaleur, et les vents pesle meslepêle-mêle,
Surmonter les rochers et les scabreux sentiers,
Les cruels animaux des desersdéserts heritiershéritiers
Tant le desirdésir luylui vient poinçonner le courage
De revoir sa maison, son bien et son mesnageménage :
--- a5r° ---Ainsi l'homme de bien comme estrangerétranger ça bas
De ce monde trompeur endure les combascombats,
Les accidents divers, et le faizfaix de la peine
EsperantEspérant qu'il aura recompenserécompense certaine
S'il peultpeut (estantétant venu au terme de ses ans)
Voir tout à son plaisir la terre des vivansvivants.
Pendant Dieu qui le voit si seurementsûrement le guide
Qu'eschappantéchappant les dangers de l'enfer homicide
Avec milemille travaux il va gaignergagner le port
Qui ne creintcraint nyni SathanSatan, le monde nyni la mort.
Monseigneur icyici n'est l'entiereentière histoire escriteécrite
Du perepère genereuxgénéreux du peuple IsraeliteIsraélite :
NyNi comme contre luylui son frerefrère combatoitcombattait
DejaDéjà dans la matrice où encorencore il estoitétait :
Je ne dydis point comment luylui mal veuvu de son perepère
Tomba en tel desdaindédain aux deux yeux de son frerefrère
Qu'il fut contraint laissant le perepère jajà chenu
Fuir comme un bannybanni vers le peuple incongnuinconnu,
Quelquefois assaillyassailli des vents et du tonnerre
Passer l'humide nuictnuit le chef sur une pierre,
Sentant une des fois l'aiguillon fremissantfrémissant
L'autre fois le soleil jusque jusqu'aux os le perçant.
IcyIci ne sont les maux et les dures traverses,
Les mauvais traictementstraitements et les saisons diverses
Qui chassé du pays riche de ChanaanCanaan
Il souffrit soubssous la main de son oncle Laban
Qui demydemi forcené contre luylui printprit querelle
Comme il pençoitpensait revoir sa terre naturelle.
Qui pourra dire au vrayvrai la frayeur qu'il a eu5
À l'aprocheapproche qu'il fit de son frerefrère EsauEsaü ?
Qui dira la douleur qui son plaisir derobedérobe
Quand de son petit fils l'on luylui porte la robe
Aussi rouge de sang que si l'Ours affamé
--- a5v° ---De ceux qui nonobstant Rhadamante et son Urne
Sur leur tombe ont gravé le meritémérité Cothurne
D'un artifice tel que les ans qui suivront
Tant rapides soient -ils, ne l'en effaceront.
Mais si quelque desirdésir sainctementsaintement vous allume
De voler par dessus le bas traict de ma plume
Vous cognoitrezconnaîtrez combien a plus de gravité
Ce que le sainctsaint esprit a luy mesmelui-même dicté
Que les carmes lassifslascifs et les fables moisies
Que forgerentforgèrent les vieux dedans leurs phantasiesfantaisies
Qui flattent pour un temps l'aureilleoreille seulement
Mais Dieu qui d'un cleinclin d'oeil tornetourne le formament
Mesurant le chemin de l'un à l'autre polepôle
VeultVeut que la majesté de sa sainctesainte parole
(Aliment precieuxprécieux qui nos amesâmes nourrit)
PenetrePénètre le profond centre de nostrenotre esprit
Et qu'elle y soit par nous receuereçue à si bonne heure
Que tant que nous vivrons elle vifvevive y demeure.
AU SEIGNEUR SUSDICTSUSDIT
Sonnet,
LE Palais, le parquet, le droictdroit et la justice,
Les affaires urgents d'un prince genereuxgénéreux,
Et tout ce que pour vous ont prodigué les cieux
Vous donne (je le sçaysais) plus qu'assez d'exercice
Mais celuycelui qui chantoitchantait les durs travaux d'UlisseUlysse,
Les flamesflammes d'Ilion, les hymnes des dieux
PosoitPosait bien quelquefois son faisfaix laborieux
Pour respirer avant que de rentrer en lice
Quand donques vous aurez trompé les longues nuictsnuits
ProuvoyantPourvoyant au public, et au bien du pays
Lisez de mon Sichem une page petite :
Le stilestyle certe est bas, et l'artifice encor
Mais le subjetsujet est tel, et si sainctsaint qu'il meritemérite
EstreÊtre peinctpeint et escriptécrit en belles lettres d'or.
DES ANTIQUITEZANTIQUITÉS d'AUTUN CI-
té jadis capitale de Gaule, desquelles l'AutheurAuteur
faictfait nouvelles recherches
AU MESMEMÊME SEIGNEUR
Sonnet,
DE ces tronçons de murs qui fermoientfermaient nostrenotre Hedue
La tempestetempête du temps et l'hostile fureur
Ont si fort terrassé le plus beau et meilleur
Qu'il semble qu'elle soit dans la terre fondue
Où ses temples estoientétaient à chaque coin de rue
Les buissons herissezhérissés presque y donnent terreur
Où les riches Palais furent, le laboureur
Y couple ses taureaux pour trainertraîner la charrue :
Mais j'ayai l'outil en main expresexprès pour arracher
Les ronciers espineuxépineux qui ont osé cacher
La cité et le nom de la race Heduenne.
ApresAprès je vous ferayerai soubssous l'oeuiloeil d'un beau matin
RenaistreRenaître ses vieux murs pour veoirvoir nostrenotre lumierelumière
Et les freresfrères aussi du vieilvieux peuple Latin.
SUR LA TRAGEDIETRAGÉDIE DE JEPHTEJEPHTÉ
traduittetraduite par Monsieur Perrin Chanoine et
Syndic de l'EgliseÉglise CathedraleCathédrale
d'Autun.
SONNET,
C'EstoitÉtait assez Perrin, que ton archet d'yvoireivoire
Et ton luth Tracienthracien eusteût faictfait ouirouïr les vers
Aux rochers, aux forestsforêts, et aux beaux sillons versverts
Qui sont desdès nostrenotre Arroux jusqu'aux rives de LoyreLoire
Cela pouvoitpouvait sauver ton nom de l'onde noire
Et le faire vollervoler presque par l'univers
Ou le faire graver pour durer mille hivers
Au lieu plus eminentéminent du temple de MemoireMémoire :
Mais quoyquoi ? tu veux ravir (ce semble) le laurier
Qui est deudû à Senequ'Sénèque Euripide ou Garnier
Pour servir à ton chef d'un redoublé ombrage
Bien bien, poursuypoursuis Perrin, car les grands Cieux qui ont
JettéJeté les fondements de ton premier ouvrage
À un labeur si sainctsaint jamais ne te fauldront6.
Par. I. B. Dardault Bourguinon et Chanoine d'Autun.
À LUY MESMELUI-MÊME
par le susdit.
J'Admire ton esprit de mille inventions
Qui gravent ton sçavoirsavoir au temple de MemoireMémoire
Mais des livres sacrezsacrés les riches versions
Te couronnent (Perrin) d'une eternelleéternelle gloire.
À LUY MESMELUI-MÊME
PArfois l'avete7 mesnagereménagère
Et le fourmyfourmi laborieux
Demeurent oysifsoisifs en leurs lieux
Sans travailler en leur tainieretanière,
Le laboureur en fin repose
À l'espierrure de ses champs
Le berger prend son passetemps
Quelque fois à cueillir la rozerose
Mais à Perrin, bien que la peine
Qui va travaillant son repos
Ne donne loisir à son corps
De respirer ou prendre haleine
Cherchant la science honorable
Ne veut cedercéder laborieux,
Et comme un forgeron des Dieux
De marteler infatigable.
Par I. B. Dardault Autunois Chanoine dudit lieu.
AUDIT PERRIN.
Sonnet.
QUand les vieux Heduens semoientsemaient leur renommeerenommée
DezDès l'ArtiqueArctique OcceanOcéan jusqu'à l'oeil du matin,
Faisant trembler la GreceGrèce et le monde Latin
Ils n'avoientavaient parmyparmi eux qu'une Pallas armeearmée.
Un autre ageâge fit d'eux comme d'une fumeefumée
Qui floteflotte dedans l'air, faictfait le vent incertain :
(Mais qui pourra fuir la rigueur du destin ?)
Et long tempslongtemps tint leur gloire en la pouldrepoudre enfermeeenfermée.
ApresAprès (comme tout est subjetsujet au changement)
Leur honneur a forcé le pouldreuxpoudreux monument
AffinAfin que desormaisdésormais entier il se conserve,
Et Perrin despitantdépitant les tropheestrophées de Mars
Par ses vers leur ameineamène une douce Minerve
Qui tire avecques soysoi les Muses et les arsarts.
IN EUNDEM
ARmatum excepit dominatrix Haedua quondam
Pallada, quae Gallis celtica jura dabat.
Sic ea tunc belli nunc dea pacis erit.
Guy Gouget Dijonnois.
AU LECTEUR
MOn intention premierepremière n'estoitétait (amyami Lecteur) de te faire veoirvoir cette TragedieTragédie, parce que je n'en sentoissentais le stilestyle assez pur pour les aureillesoreilles doctes et delicatesdélicates : Mais Monsieur maistremaître Guy de la Tornelle, Doyen d'Autun (duquel toute nostrenotre province a desdès long tempslongtemps experimentéexpérimenté les rares vertus et singulieresingulière eruditionérudition) pristprit un jour tant de plaisir en la lisant, qu'ayant sur ce ouyouï son raportrapport je me suis hazardéhasardé de la laisser voir le jour. C'est maintenant de ta benignitébénignité de ne prendre garde aux imperfections que tu y trouveras tant de l'Imprimeur que de moymoi, dequoyde quoi je te supliesupplie humblement, ensemble, si mon labeur ne t'est du tout agreableagréable, de louer du moins, la bonne volonté de laquelle il t'est presentéprésenté à Dieu.
À MONSIEUR MAISTREMAÎTRE Jaques Arthault, Lieutenant particulier aux baillages d'Autun, et de Montreius, François Perrin humble Salut.
Vous m'avez tant importuné qu'enfin j'ayai esteété contrainctcontraint de chercher parmyparmi un grand fatras de vieux papiers, qui ne servent que d'encombre en mon estudeétude, la ComedieComédie des escoliersécoliers, vous ne la trouverez par adventureaventure telle que vous esperiezespériez. ToutesfoisToutefois puis quepuisque monsieur maistremaître Odet de Montagu Lieutenant en la Chancellerie et Vieg d'Autun (que les lettres et la vertu recommandent assez) en a une fois donné le subjectsujet, j'ayai pensé que ce seul point vous apporteroitapporterait plus de plaisir que l'ouvrage mesmemême que je vous envoyeenvoie tel qu'il est. S'il vous plaitplaît retrancher quelques divines heures de vos plus graves et serieuxsérieux empeschementsempêchements, pour employer à en voir quelque page, vous luylui ferez plus d'honneur qu'il n'en meritemérite. ApresAprès cela je vous prie (Monsieur) n'en faire plus d'estatétat que moymoi, et attendre quelque besongnebesogne mieux limeelimée de ma forge. À Dieu.
AUCTEURSACTEURS
Emor RoyRoi de ChanaanCanaan. Lie femme de Jacob. Jacob. Sichem fils d’Emor. Sobal. Dine fils de Jacob Le Chœur des HebrieuxHébreux. SymeonSiméon. Levi. TropeTroupe. Le CheurChoeur des Sichimites. DemyDemi TropeTroupe des Enfants de JacobACTE I
EMOR
D’où vient cette frayeur qui me trouble les sens ?
D’où cent mille esguillonsaiguillons qu’au fond du cœur je sens ?
Quell' fureur m’a forgé mille ardentes tenailles,
Qui viennent sans cesser bourreler mes entrailles ?
5Soit que l’ombreuse nuictnuit me retienne au sejourséjour
Soit que j’en soit tiré par l’estoileétoile du jour,
TousjoursToujours devant mes yeux quelque maudit presageprésage
Engendre dans mon ameâme une nouvelle rage.
En lieu du Rossignol qui sous les GemeauxGémeaux chante,
10Le Hibou malheureux de son crycri m'espouvanteépouvante,
8Le Corbeau croassant citoyen des desertsdéserts,
Ne presenteprésente à mes sens que le fond des enfers,
Les corneilles qui sont au malheur destineesdestinées
Viennent prognostiquerpronostiquer la fin de mes anneesannées,
15Les chesneschênes foudroyezfoudroyés et les hurlantes voix,
Les orages tonnants et leurs sifflants abboisabois,
Les foudres, les esclairséclairs, la petillantepétillante greslegrêle,
Les noirs estourbillons9 qui rouënt peslepêle- meslemêle,
Les grands chevrons de feu qui se pendent en l’air,
20Les commettescomêtes10 hydeuxhideux que j’adviseavise11 voler,
Les rayons alumezallumés qui par sente incognueinconnue
Horriblent à mes yeux l’estoileétoile chevelue,
--- 1v° ---Bref le ciel ennemyennemi ne rechante à Emor
Que tourments, que malheurs, que la sanglante mort.
25L’espouventableépouvantable effroyeffroi de la mort et du songe,
En une mer d’ennuysennuis à toute heure me plonge.
TanstotTantôt je voyvois ma ville et mon pays en sang,
TanstotTantôt je voyvois mouiller l’espéeépée dans mon flanc,
TanstotTantôt en mon palais il naistnaît une fournaise,
30Qui couvre mes subjetcssujets et leur bien en la braizebraise.
Que veultveut dire cecyceci ? pourroypourrais- je bien nourrir
Quelqu'un dans mes palais qui me feroitferait mourir ?
Qui seroitserait ce meschantméchant ? cette ameâme desloyaledéloyale,
Qui ensanglanteroitensanglanterait la majesté royale ?
35 Je tientiens plus cher que moymoi mon Sichem qui est né
Afin qu’apresaprès ma mort il soit RoyRoi couronné.
À peine eut-il laschélaché le sein de sa nourrice,
Que moymoi-mesmemême luylui feisfis d’un bon perepère l’office,
EsperantEspérant de le voir (estantétant là parvenu)
40Le naturel pilier de mon ageâge chenu.
SeroitSerait-il bien l’outil de ma perte future ?
SeroitSerait-il bien formé en despitdépit de nature,
Pour faire fondre en sang mon hyverhiver langoureux ?
Ah ! ah perepère dolent ! ah perepère douloureux !
45 AuroisAurais-tu bien tenu si cherechère son enfance
Pour payer tes vieux ans de telle recompenserécompense ?
AuroisAurais-tu bien, meschantméchant, le cœur si endurcyendurci,
Que d’enferrer celuycelui qui te faictfait vivre icyici ?
QuoyQuoi ? te prendroitprendrait-il bien une damnable envie,
50De saccager celuycelui duquel tu tiens la vie ?
Sichem, mon cher Sichem, non, tu ne voudroisvoudrais pas,
Penser tant seulement un si estrangeétrange cas.
Penser ! quoyquoi ? la fureur de nostrenotre destineedestinée
Ne nous a -t-elle point mesmemême mort destineedestinée ?
55Ah songe malheureux de la dernieredernière nuictnuit,
--- 2r° ---Combien le souvenir de ton effroyeffroi me nuictnuit !
Tu m’as monstrémontré à l’œil ou (s’il faut ainsi dire)
GenieGénie malheureux, tu m’es venu predireprédire
Le carnage sanglant de mon fils et de moymoi,
60Et des hommes encorencor' qui marchent soubzsous ma loyloi,
Qui doibventdoivent aujourd’huyaujourd’hui d’une main estrangereétrangère
Sentir les durs assauxassauts de l'espeeépée meurdryeremeurtrière.
J'ayai veuvu un feu brulantbrûlant toute ma nation,
Qui prenoitprenait sa naissance en ma propre maison.
65D’où vient cruel flambeau, qu’ainsi tu te despitesdépites ?
Que ne prensprends tu pitié de mes ans decrepitesdécrépites
D’où vient cela aussi, impitoyables cieux,
Que vous estesêtes, malins, de mon bien envieux ?
Que me sert -il d’avoir sous mes mains cette terre,
70Et sentir dedans moymoi une mortelle guerre ?
Que te sert-il, Emor, d'estreêtre prince puissant,
Et sentir un bourreau qui te va meurdrissantmeurtrissant ?
Que te sert le Palais, le Sceptre, et la couronne,
Puisque ta conscience en ce poinctpoint t'esguillonneaiguillonne ?
75Que servent les honneurs, et les tresorstrésors enclos,
Qui ne peuvent payer une heure de repos ?
DequoyDe quoi me sert le bal, les masques, et la dancedanse,
Le farceur Histrion, et la douce cadancecadence,
Les instruments trouveztrouvés pour le plaisir d’un RoyRoi,
80Puisque tout cela m’est un turbulent effroyeffroi,
Qui me vient desroberdérober mon repos, mesmemême à l’heure
Que je pense piper12 l’occasion meilleure ?
Que te sert RoyRoi dolent, l'espesseurépaisseur d’un rampartrempart,
Puisque tu as le cœur navré13 de part en part ?
85 OÔ dieux (s’il est des Dieux) que vos fureurs malignes,
Vont mon chef menacantmenaçant de terribles ruynesruines !
DejaDéjà je suis esprisépris de bouillonnante rage,
DejaDéjà j'ayai cent braziersbrasiers qui brulent mon courage,
--- 2v° ---DejaDéjà ce mesmemême feu mes moüellesmoelles destruictdétruit
1490Et rend dans ses canaux mon sang à demydemi cuit.
DejaDéjà mille serpensserpents dans mes intestins rampent,
Et leur venin mortel malgré moymoi y destrampentdétrempent
Où és es-tu maintenant ? où, Emor malheureux,
Te trame maintenant le destin rigoureux :
95Les petillantspétillants esclatséclats et la foudre subite,
Contre les haultshauts sapins plus souvent se despitedépite
Que contre le roncier, ou le buisson pointu,
Qui tant plus il est bas tant moins il est battu,
L'inevitableinévitable coup du feu et de la foudre
100Met plustostplutôt le rocher trop orgueilleux en pouldrepoudre
Que le petit caillou qui soudain va courant
Devant les flots esmeuzémus d’un rapide torrent.
Le tonnerre vangeurvengeur que le triste ciel darde15
En sa chaude fureur de foudroyer n’a garde
105La cazecase du berger et maigre vilageoisvillageois,
Ains sur les haultshauts logis de l’avare bourgeois,
Et sur les beaux palais (Ah vengeance severesévère)
Et sur les hautes tours, il vomit sa colerecolère.16
Ainsi le mal, le fer, la poison, le danger,
110Pardonnent aux petits pour les grands oultrageroutrager.
OÔ destin malheureux ! ne pouvoitpouvait donc ta rage
Me couver et nourrir en un triste vilagevillage,
Pour ne me laisser voir les palais sourcilleux
Ces furieux rampartsremparts et ces murs orgueilleux
115Desquels (comme je croycrois) l’irreparablel’irréparable perte
A desjadéjà dans mon cœur une playeplaie entr’ouuerteentrouverte
Que ne me fermais-tu, ô Ciel malicieux
Que ne me fermais-tu premierementpremièrement les yeux ?
Que ne me faisais tu soubssous les ombres descendre,
120Premier que de17 greslergrêler sur les miens teltelle esclandre ?
Que ne m'envoyoisenvoyais18 tu (Naucher) du premier jour
--- 3r° ---TastonnerTâtonner les sentiers du tenebreuxténébreux sejourséjour19
Sans trainertraîner jusqu’icyici ma miserablemisérable vie
Qui d’un si dur regret maintenant est suyviesuivie,
125Que le profond enfer qui ne voit le Soleil,
N’en a jamais songé, ce me semble, un pareil ?
Au milieu de mes biens j'ayai extremeextrême disette.
Au milieu des plaisirs, les plaisirs je regrette
Je suis de mes subjectssujets, peu s’en faut adoré,
130Et de mes passions internes devorédévoré.
Que les biens, les honneurs et les estatsétats perissentpérissent
Desquels les possesseurs malheureux ne jouyssentjouissent,
J'ayai la paix au prochain, et au prince estrangerétranger,
Et la guerre intestine ores me vient ronger :
135Si j'ayai quelque plaisir ce n’est qu’un pipeur songe,
Car le mal qui me presse en mille erreurs me plonge.
Emor qui ne souloitsoulait20 chercher que ses esbatsébats,
N’imagine que meurdremeurtre et furieux combats.
Ah RoyRoi qui n’est plus RoyRoi, mais serf de la fortune
140 RoyRoi, non plus RoyRoi, mais serf de la caverne brune
RoyRoi non plus RoyRoi, mais bien la proyeproie du destin
RoyRoi non plus RoyRoi, mais bien du hazardhasard le butin
RoyRoi non plus RoyRoi, mais las un animal biforme21,
RoyRoi qui ne retient plus de l’homme que la forme,
145Où estes êtes-vous mes sens, où vous estes êtes-vous mis ?
Vienne plustostplutôt ce mal briser mes ennemis.
Et si le ciel est prestprêt de vomir sa malice,
Que du tout despitédépité l'estrangerétranger il punisse.
Et vienne le malheur dont estonnéétonné je suis,
150Perdre ceux qui sont loingloin et non ceux du pays.
22CHOEUR DE SICHIMITES.
JAmais la fortune adverse
Son traistretraître poison ne verse
--- 3v° ---Sur nous, que premierementpremièrement
Le malheur qui nous menace
155De sa venue ne facefasse
Certain advertissementavertissement.
Pendant que dans l'air s'appresteapprête
Quelque effroyable tempestetempête
La nue et le vent subit
160À pas legerslégers postillonnent
Et les enseignes nous donnent
De l'orage qui les suytsuit.
Quand tels signes se rencontrent
Quand tels presagesprésages se monstrentmontrent
165Si les hommes scavoyentsavaient bien
PrevoirPrévoir la chose future,
Ils pourroyentpourraient de l'adventureaventure
Changer le malheur en bien.
Mais nostrenotre freslefrêle penseepensée
170Ne s'arrestearrête au meilleur poinctpoint.
Et quant au but difficile
Qui nous est le plus utile,
Nous ne le recherchons point.
Quiconque a pouvoir d'eslireélire
175Si des deux il prend le pire,
MeriteMérite d'estreêtre repris :
Et qu'au milieu de la bande
Où la folyefolie commande,
Premier il gaignegagne le prix.
180CeluyCelui que l'air admoneste,
Les songes, ou la tempestetempête,
S'il ne veut lors se ranger,
S'il n'a de raison la bride,
LuyLui de soy mesmesoi-même homicide,
--- 4r° ---185Tombe au milieu du danger.
Par esclairséclairs et par tonnerre,
Par ses balais de la terre,
Emor cognoistconnaît bien qu'en bref
Le mal, comme un coup de foudre
190Qui met le foteau en poudre
LuyLui viendra casser le chef.
Mais de trouver un remederemède
Au mal, qui trop aspreâpre excedeexcède
Tout ce qu'on dictdit des plus vieux,
195Cela luylui est impossible,
Pour autant qu'il naistnaît possible
De ce qu'il aymeaime le mieux.
<Lie>
23D’où viennent ces souspirssoupirs ? d’où ce prompt changement ?
Jacob.
Du profond de mon cœur, et ne sçaysais pas comment.
Lie.
200Vous est -il advenu quelque nouvelle perte ?
Jacob.
NennyNenni ou pour le moins je ne l’ayai descouvertedécouverte.
Lie.
Vos enfansenfants vous ont -ils faillyfailli en quelque poinctpoint ?
Jacob.
Certes je n’en sçaysais rien, et n’est ce qui me poingtpoint.
Lie.
Vos troupeaux ne sont -ils gras comme de coustumecoutume ?
Jacob.
205Ce n’est de là que vient le regret qui m’alumeallume.
Lie.
QuoyQuoi donc ? estes êtes-vous point contre moymoi courroucé ?
Jacob.
NennyNenni, car je ne fus onc24 par vous offencéoffensé.
Lie.
Peut estrePeut-être vous deplaistdéplaît cette terre estrangereétrangère.
Jacob.
Mon dueildeuil y a trouvé l’occasion premierepremière.
Lie.
210Mais d’où vient -il ce dueildeuil ?
Jacob
Je n’en sçaysais la raison.
Lie.
Si le faut il laisser.
Jacob
Je n’en voyvois la saison.
Lie.
Vos propos nous souloyentsoulaient 25 plaire plus que l’ombrage
Que nous prenons lassezlassés estendusétendus sur l’herbage.
Maintenant, ou de dueildeuil, ou de soucysouci comblé,
--- 4v° ---215Vous suyvezsuivez le desertdésert, ou le mont reculé.
Ou, si la fin du jour tout lassé vous rameineramène,
Nous n’avons que souspirssoupirs, que chagrin et que peine.
QuoyQuoi, Jacob, quoyquoi ? depuis vostrevotre abord en ce lieu,
Avez -vous oublyéoublié la promesse de Dieu ?
Jacob.
220Oublier le grand Dieu ! oublier sa promesse !
Que plustostplutôt du haut ciel la lumierelumière je laisse :
Non, non, il me souvient du grand Dieu d’Abraham,
Et de ce que je vis venant en Canaam.
Il me souvient aussi de la rigueur severesévère,
225Et du courroux ardant de Labam vostrevotre perepère,
Lequel au mesmemême instant que je n’y pensoispensais pas,
OurdissoitOurdissait cauteleux, le fil de mon trespastrépas :
Et me vouloitvoulait ravir, d’une main larronnesse,
Le labeur tout entier de ma forte jeunesse.
230Mais ce Dieu d’Abraham et de mes perespères vieux,
Qui tousjourstoujours me portoitportait, et me prometoitpromettait mieux,
Me feitfit abandonner cestecette terre ennemie,
Et tout le pays gras de MesopotamieMésopotamie.
Il a guidé mes pas, et me tenoittenait les mains26
235Passant les lieux desertsdéserts et estrangesétranges chemins27
MesmeMême en tous les dangers ausquelsauxquels je me hazardehasarde,
Il me donne tousjourstoujours son Ange pour ma garde.
C’est luylui qui soubzsous le temps d’un songe gracieux,
Pour se monstrermontrer à moymoi feitfit fendre tous les cieux,
240C’est luylui qui prevoyantprévoyant à l’heur de ma ligneelignée
A cestecette terre icyici pour elle destineedestinée.
C’est ce puissant Seigneur qui d’un simple berger
M’a faictfait un demy-Roydemi-Roi au pays estrangerétranger,
Faisant croistrecroître mon bien comme l’herbe nouvelle
245 CroistCroît au giron du pré quand l’an se renouvelle.
C’est luylui qui a calmé de mon frerefrère Esau,
Animé contre moymoi, le courroux qu’il a eu :
--- 5r° ---Et qui nous donne icyici une terre habitable
Comme un beau Paradis et riche et delectabledélectable,
250Nous avons les beaux prezprés escrits de vif emailémail,
Nous avons ce qu’il faut pour nourrir le betailbétail :
Nous avons et le bois et la source bien vive
Qui de rochers prochains jusqu’à noznos pieds arrive :
Nous avons et les champs, et la commodité
255De tous les biens qui sont en la proche Cité,
Qui de milemille habitants et milemille frequentéefréquentée,
Est vis -à -vis de nous superbement plantée,
Nous avons la faveur benignebénigne des petits
Et du RoyRoi qui les tient soubssous soysoi assubjectisassujettis
260Que diraydirais-je de Dieu qui par la seule gracegrâce.
FaictFait peupler à veu'vu' d’œil les surgeons de ma race
Comme l’arenearène croistcroît dessoubsdessous le beau [cristal]
Du ruysseletruisselet qui va jouant dans son canal ?
D’iceux les plus grandets par le moyen de l’ageâge,
265Sur les plus jeunes ont dejadéjà quelque avantage,
Ruben et Simeon, puis Juda et Levi,
Ne doydois -je en vous voyant estreêtre hors de moymoi ravi ?
Vous qui estesêtes support de ma foiblefaible vieillesse
Ne doydois -je m'esjouiréjouir aupresauprès de la jeunesse ?
270Des autres qui ne veultveut que le mignard coton28
Se monstremontre ouvertement encorencor' sur leur menton ?
Azar, Dan, et Joseph, Nephtalin, et encore
Ysachar, Zabulon, et Gad mon petit more.
J’ayai Dine aussi qui doit renouvellerrenouveler mes ans
275D’un marymari vertueux et de cent beaux enfansenfants,
Cela devroitdevrait suffire à l’ageâge qui doit suivre,
Et pour bien fortuner les ans que je doydois vivre :
Ayant plus de bon heurbonheur qu’on ne peut souhaittersouhaiter
Mais quoyquoi ? cela ne peut ma douleur contenter
280Mais tout cela ne peut esclarciréclaircir cet orage
--- 5v° ---Qui roue incessamment autour de mon courage :
Et les bouillons fumeux qui dedans sont enclos,
EstonnansÉtonnant ma pensée, et mes sens, et mes os.
Soit que nostrenotre Soleil ses bouquets esparpilleéparpille
285Sur la mer du levant ou sur l’Inde fertile :
Soit qu'estantétant au milieu de son ouvrage ourdyourdi
Il eschauffeéchauffe les bains qui sont soubssous le MidyMidi,
Soit qu’au fond de la mer de rechefderechef il se plonge,
La langueur, le chagrin, et le soucysouci me ronge,
290Et ne voyvois point d’où naistnaît ce qui me tient pressé,
Sinon que le grand Dieu est par moymoi offensé,
OÔ le dur esguillonaiguillon ! la dure penitencepénitence
Que de sentir un ver picquerpiquer sa conscience.
Je ne sçauroysaurais trouver bien nyni contentement
295À mon esprit troublé une heure seulement :
Car tanstottantôt une ardeur mes facultezfacultés menace :
TanstotTantôt parmi mon sang s’espaissitépaissit une glace :
Le mesnageménage me put, et le labeur des champs,
Et le Taureau qui fend la terre à beaux tranchanstranchants,
300Quant aux camus troupeaux, et la bande petite
Qui me donnoitdonnait plaisir, ores je la depitedépite.
Bref malheur me contraint maintenant de fuir
Tout ce qui me souloitsoulait29 autrefois resjouirréjouir.
J’ayai tiré du danger mon opulent mesnageménage,
305Pour venir vivre icyici en eterneléternel servage.
J’ayai bien sçeusu eviteréviter de Laban les dangers
Pour redoubler icyici la main des estrangersétrangers.
J’ayai fuyfui de Laban la fureur et l’espeeépée,
Mais je crains que ma force icyici soit dissipeedissipée.
310Chasse bien loin de moymoi cet esclandre cruel,
Chasse -le loingloin de moymoi, ô grand Dieu immortel :
FayFais plustostplutôt ta faveur sur tout ce peuple estendreétendre
Qui ne veut, idolatreidolâtre, à ta parolleparole entendre.
--- 6r° ---Tourne plustostplutôt, Seigneur, vers nous les yeux serainssereins,
315Chassant (quoyquoi que ce soit) le danger que je crains.
Choeur des HebrieuxHébreux
LE heurt de la bataille
Et les chaplis sanglants,
Terrassent les vaillants,
PlustostPlutôt que la canaille.
320Bien souvent pelle meslepêle-mêle
Le froment nourricier
Avecque le roncier
Est perdu de la greslegrêle.
Et le vent qui ondoye
325Perd souvent la toison
De la riche moisson
Et reserveréserve l'yvroye31.
Ainsi cheritchérit fortune
Tout ce qui ne vaut rien,
330Et sur l'homme de bien
DescocheDécoche sa rancune.
Tout ainsi le naufrage
Perd le riche basteaubateau
Et le chetifchétif vaisseu
335EschappeÉchappe sans dommage.
Si la terre fecondeféconde
A quelque homme produictproduit,
Si elle a quelque fruictfruit
Excellent mis au monde,
340IsraelIsraël (si je n'erre)
PerePère du peuple HebrieuHébreux
GaigneGagne le premier lieu
Maintenant sur la terre.
--- 6v° ---
Cela pourtant n'empescheempêche
345Qu'une amereamère liqueur
Du profond de son coeur
N'ait bien trouvé la breschebrèche.
Cependant qu'il lamente,
Cette IdolatreIdolâtre gent
350Pleine d'or et d'argent,
De tous biens se contente.
Mais peut estrepeut-être la chance
Un jour se tournera
Et l'un au bien sera
355L'autre à la penitencepénitence.
<Sichem>
Jusques à quand mon cœur sentiras-tu la braizebraise
Et la flamme ondoyer comme en une fornaizefournaise ?
Jusques à quand ce feu qui fait ardre32 mes os,
Sera -t-il le meurdriermeurtrier cruel de mon repos ?
360Est-ce encorencor' pour long tempslongtemps que ce foudreux orage
Me brulera tout vif dans l’amoureuse rage ?
OÔ terre malheureuse ! ô maudictemaudite maison !
Où l’amour me versa tant amereamère poison,
Je ne la sçavoissavais pas la langoureuse peine
365Dont l’Amour enragé tous les esclaves geinegêne33,
Amour sanglant bourreau, pourquoypourquoi m’as -tu ostéôté
Au premier de mes ans ma prime liberté ?
Que n’as -tu attendu la force de mon ageâge,
Que j’eusse resistérésisté, robuste, à ton outrage ?
370Est-ce ainsi que tu prensprends aux filets dangereux
Les captifs pour les rendre à jamais malheureux ?
Quel plaisir si tu m’as ( destineedestinée fatale)
Fait mourir au milieu d’une maison royale ?34
--- 7r° ---Que me sert la grandeur ? Et de mon perepère Emor
375Le sceptre, la couronne, et l’avare thresortrésor ?
Que me sert son orgueil et sa puissance brave,
Puisqu’il faut malgré moymoi que je chemine esclave,
DessoubsDessous le joug meurdriermeurtrier d’une serve beauté,
Qui a d’un seul regard tous mes sens enchanté ?
380Or va pauvre Sichem apresaprès une estrangereétrangère.
Va chetifchétif estreêtre serf d’une pauvre bergerebergère
Qui t’a faictfait oublier le Royaume et le RoyRoi,
Et faictfait (ah langoureux) que tu n’es plus à toytoi.
Je croycrois que tous les Cieux et la rouge tempestetempête
385Vomissent leur fureur maintenant sur ma testetête,
Comme le pauvre chef que le veneur35 cruel
A desjadéjà transpercé avec un traicttrait mortel,
SuytSuit parmyparmi les desertsdéserts la voyevoie plus secrettesecrète,
TrainantTraînant avecques soysoi la mortelle sagette36
390Qui est toute enfonceeenfoncée au milieu de son flanc,
Et se joue dedans s’abbreuvantabreuvant de son sang
Je perypéris languissant, miserablemisérable, je bruslebrûle
Comme au milieu du feu fait une seichesèche estule37
Le pauvre cerf qui sent de mort les esguillonsaiguillons,
395TascheTâche à les secouer courant sur les sillons,
Mais en vain, car sa mort est dedans luylui cacheecachée
SoubsSous le fer inclementinclément de la flescheflèche lascheelâchée :
Ainsi le fer bourreau qui a navré38 mon cœur
Triomphe au beau milieu comme cruel vainqueur,
400Et n’a deliberédélibéré que jamais il en sorte
Que ma vie avec soysoi homicide il n’emporte.
Je ne trouve repos nyni de jour nyni de nuictnuit,
Le Soleil me deplaistdéplaît, et la clarté me nuictnuit,
Cependant ce tyran qui dans mon sang se baigne,
405Mes plaintes, mes soupirs, et ma vie desdaignedédaigne.
Ah mal estrangeétrange trop ! qui trop tosttôt as surpris
--- 7v° ---Et mon corps languissant et mes foiblesfaibles esprits
Je ne sçaysais dire au vrayvrai d’où ce mal me procedeprocède :
Et moins encorencore y puypuis-je apporter un remederemède
410RemedeRemède : à quel propos y tendroyenttendraient mes desseins ?
Le remederemède n’est pas en l’art des medecinsmédecins
Et quand bien ils pourroyentpourraient m’osterôter de cette peine,
Je ne le voudroyvoudrais pas, car le mal qui me gehennegêne
Me plaistplaît mille fois mieux que ne fait ma santé :
415OÔ gracegrâce nom pareille ô naifvenaïve beauté,
Sobal.
Beauté, quelle beauté ?
Sichem.
Celle mesmemême où je pense.
Sobal.
Où estes êtes-vous Sichem ?
Sichem
Hors de ma patience ?
Sobal.
Où estesêtes-vous Sichem ?
Sichem
Je suis tout hors de moymoi.
Sobal.
La raison de ce mal ?
Sichem
J’en scaysais autant que toytoi.
Sobal.
420OÔ martiremartyre nouveau.
Sichem
Mais innommeeinnommée rage
Sobal.
Las qui vous a charmé ?
Sichem
Une mortelle image
Sobal.
Mais peultpeut -il estreêtre vrayvrai ?
Sichem
En doubtesdoutes-tu encor ?
Sobal.
Qu’attendez-vous de là ?
Sichem
JouyssanceJouissance ou la mort.
Sobal.
Quell'sorcieresorcière a charmé vostrevotre [jeunesse] tendre ?
Sichem.
425Celle mesmemême qui scaitsait les plus rusezrusés surprendre39.
Sobal.
FaictesFaites-moymoi cet honneur le tout me raconter.
Sichem.
Tu me feras plaisir si tu veux l’escouterécouter.
Tu as ouyouï le bruit de la race ancienne
D’Abraham qui laissa la terre CaldeenneChaldéenne,
430Pour suyvresuivre le sentier que son Dieu luylui monstramontra,
Et comme en ce pays, vagabond, il entra,
Et y trouva en finenfin nostrenotre terre si bonne,
Que pour y habiter sa tante il y ordonne :
Isaac fut son fils, qui de deux qu’il y eueut40
435L’un se nommoitnommait Jacob, l’autre fut EsauÉsaü,
Jacob dejadéjà grandet, feitfit un nouvel eschangeéchange
De cette terre icyici à une plus estrangeétrange :
Où en moins de dix ans (je n’en scaysais les moiensmoyens)
Il s'accruaccrut en enfansenfants, en troupeaux et en biens :
--- 8r° ---440Mais si tostsitôt qu’il sentit qu’on luylui portoitportait envie,
Il se meitmit en chemin au danger de sa vie,
Et sans scavoirsavoir comment il a peupu eschapperéchapper,
Tout vizvis -à -vizvis de nous il s’est venu camper.
Sobal.
Encor n’entenentends -je rien qui tourment vous apporte :
445S’il vous nuictnuit en ce lieu, faictesfaites tant qu’il en sorte.
Sichem.
Sortir, Sobal, sortir ? escouteécoute et tu diras
Autrement, quand à plein le tout tu entendras :
Il ne fut arrivé (comme l’on est cupide
TousjoursToujours de nouveauteznouveautés) que soudain je me guide
450Vers ce peuple nouveau, convoiteux de scavoirsavoir :
Mais alors je perdyperdis mon sens et mon pouvoir,
Aussi tostAussitôt que j’euzeus veuvu une jeune pucelle
Qui surpasse en beauté toute beauté mortelle,
DeslorsDès lors et ma raison, mes sens et mes esprits
455Furent subitement par ces deux yeux surpris.
Sobal.
Cette jeune fureur ainsi qu’elle est subite
Il faut que bien soudain elle prenne la fuytefuite :
Monseigneur corrigez cette aigre passion,
Et la chassez au loingloin par autre affection,
460Vers les extrmitezextrémités de l’AffriqueAfrique bruléebrûlée,
Une terre je scaysais des autres reculée
Pleine d’herbes, de fleurs, et de sorciers aussi,
Qui ostentôtent et d’amour, et d’aymeraimer le soucysouci.
Sichem.
Je ne scaysais nyni charmeurs, nyni infamesinfâmes sorcieressorcières,
465Quand bien elles romproyentrompraient le droit fil des rivieresrivières,
Qui sceussentsussent retirer hors de moymoi la liqueur
Que l’Amour a versé jusqu’au fond de mon cœur.
Sobal.
Voudriez -vous estreêtre serf de cestecette fille estrangeétrange41 ?
Sichem.
L’aveugl’aveugle Amant ne voit tousjourstoujours où il se range
Sobal.
470Mais n’avez -vous moyen d’eschapperéchapper ce tourment ?
Sichem.
Las je le voudroyvoudrais bien, mais je ne voyvois comment.
Sobal.
Si faut-il qu’à vos sens raison serve de guydeguide.
Sichem.
L’impatient amour n’endure point de bride.
Sobal.
Cette rage sied mal à un enfant de RoyRoi.
Sichem.
475Mais las qui pourroitpourrait bien à l’amour donner loyloi ?
Sobal.
L’amour n’a point de lieu ou la vertu resisterésiste,
Sichem.
Tant plus on le repousse, et tant plus il persiste
Sobal.
Il faictfait mal se fyerfier à un peuple estrangerétranger ?
Sichem.
Mais l’exploit genereuxgénéreux se faictfait -il sans danger ?
Sobal.
480Voyez que vostrevotre estatétat aux autres ne resembleressemble.
Sichem.
Amour et majesté ne peuvent estreêtre ensemble.
Sobal.
Un Prince doibtdoit sur toutsurtout brider son appetitappétit.
Sichem.
Amour bride le grand, le sage, le petit.
Sobal.
VostreVotre amyeamie n’est pas d’une maison royale ?
Sichem.
485L’on nourrit bien des RoysRois dans la cage rurale42.
Sobal.
Si faut -il temperertempérer un peu ses passions,
Sichem.
L’amour ne scaitsait dompter ses chaudes actions.
Sobal.
Quelle sera la fin de tant chaude entreprise ?
Sichem.
L’amant ensorcelé à l’issue n'adviseavise.
Sobal.
490Que feront ce pendantcependant les dieux qui sont là -haut ?
Sichem.
Qui aymeaime ses plaisirs des dieux il ne luylui chaut43.
Sobal.
Faut -il qu'en si bas lieu un grand prince se plaise ?
Sichem.
C'est c'est tout un pourveupourvu que son feu il rapaise
Sobal.
Mon cher Seigneur, il faut oublier cet amour ?
495Et attendre venir pour vous quelque beau jour
Auquel le RoyRoi Emor desdès ores44 vous prepareprépare
Une dame d’honneur et d’une beauté rare :
Alors ayant un pair qui vous sera egalégal,
Heureux vous entrerez dans le lictlit conjugal.
Sichem.
500À celuycelui qui est sain c’est chose assez facile
D’estreêtre aux douleurs d’autruyautrui clair-voyantclairvoyant et habile,
Mais si tu estoisétais ore en la rage où je suis,
Tu prendroisprendrais, j’en suis seursûr, bien-tostbientôt un autre advisavis,
Conclusion, il faut quoyquoi qu’apresaprès il advienne,
505Que tout à mon plaisir cette fille je tienne.
--- 9r° ---Si l’on m’en fait refus, et que de quelque part
Je la puisse choisir reculeereculée à l’escartécart,
Je luylui ferayferai au long ma volonté entendre :
Mais si à m’escouterécouter son amour ne veut tendre,
510Je jure par les Dieux (si quelques Dieux je croycrois,)
Et par les cheveux gris de mon perepère le RoyRoi,
Encor qu’il me devroitdevrait coustercoûter ma propre vie,
Qu’en despitdépit de ses dents elle en sera ravyeravie.
Choeur des Sichimites.
45TAnt plus que l'on eviteévite
515Le malheur quand il suit
Tant plus il marche vite
ApresAprès celuycelui qui fuit.
Et la seule vertu
Le peut rendre abatuabattu.
520Tout en la mesmemême sorte
Sur les rives du Nil,
La fureur se comporte
Du mortel CrocodilCrocodil'
Qui chasse l'impuissant
525Et suytsuit le pourchassant.
Fatale destineedestinée
Qui sur nous tiens le piépied,
N'auras -tu obstineeobstinée
Jamais de nous pitié ?
530Veux-[tu] tousjourstoujours t'armer
Pour malheur nous tramer ?
Jusques à quand cruelle,
Viendra sur nous frapper
Ce fer qui nous bourrelle
535Qu'on ne peut eschapperéchapper
--- 9v° ---Quand il est inhumain,
EsbranléÉbranlé de ta main ?
NyNi la jeunesse folefolle,
NyNi l'autre ageâge qui suit
540NyNi l'autre ageâge qui vole
Tant plus qu'on la refuit,
Ne rapaisent jamais
La fureur de tes traictstraits.
NyNi le thresortrésor avare
545Qui tient nos yeux charmezcharmés,
NyNi du peuple barbare
Les presensprésents embamezembaumés
Ne peuvent t'enrichir
NyNi ta rigueur fleschirfléchir.
550Souvent la matineematinée
SoubsSous le doux air d'estéété
Promet à la journeejournée
Le beau temps souhaittésouhaité,
Mais un Note46legerléger
555Fait bien tostbientôt tout changer.
Incontinent l'orage
Et l'enragé torrent,
DespouilleDépouille l'heritagehéritage
SurquoySur quoi il va courant,
560Et perd en sa fureur
L'espoir du laboureur.
Lors l'esmailémail de la preeprée
Qui ryoitriait au matin
Est avant la vespreevêprée
565FaictFait un nouveau butin
Et n'est plus descouvertdécouvert,
Qu'un malheureux desertdésert.
Ainsi quand l'homme haulsehausse
--- 10r° ---Vers le Ciel son orgueil,
570La destineedestinée faulsefausse
Le vient couvrir de dueildeuil,
Et son plaisir changer
En un mortel danger.
Et mesmemême quand il pense
575Quelque bien recevoir,
Le malheur qui s'advanceavance
Par un secret pouvoir,
Le verse de sa faux
Au gouffre de tous maux.
580C'est donc en vain que l'homme
Tant soit -il genereuxgénéreux,
En ce monde se nomme
Ou riche ou bien heureuxbienheureux,
Car certe il ne l'est pas
585Jusqu'apresaprès le trespastrépas.
Cette race HebraiqueHébraïque
LigneeLignée d'Abraham,
Fuyant la loyloi inique
De l'avare Labam
590En un plus grand danger
Se vient icyici plonger.
Sichem s'il perseverepersévère
En son acte entrepris,
Fera blanchir son perepère
595Qui n'est qu'à demydemi gris,
Allumant le flambeau
De son triste tombeau.
Un coeur plein de manyemanie
Et de mortel poison
600Qui suytsuit la vilennyevilennie
Oubliant la raison,
--- 10v° ---Souvent luy mesmelui-même chet
Pris en son trebuchettrébucher.
Malheur sur la province
605Dont l'estatétat turbulantturbulent
Est soubssous le bras d'un prince
Qui a le sang bouillant,
Et ne peut arresterarrêter
Ses sens pour les dompter.
610D'Où vient en la penseepensée
Ce tourment langoureux,
Qui la rend insenseeinsensée
Par un feu amoureux ?
D'où ces traictstraits rigoureux
615Qui nos esprits entament,
Et enyvrentenivrent
D'infinyesinfinies langueurs
Dont souvent ils se pamentpâment.
Les Dieux en leur colerecolère
620PunissantsPunissant les humains,
De ce tourment severesévère
Nous devoyentdevaient, pour le moins,
Donner entre les mains
Herbes, jus ou racine
625Qui eusteût quelque saison
Contre cette poison
Servi de medecine.
Jamais cette semence
Quiconque soit le Dieu
630Qui nous en recompenserécompense,
Ne sortit de bon lieu,
--- 11r° ---Car soubssous un plaisant feu
Cette liqueur mauvaise
EschauffeÉchauffe nos poulmonspoumons :
635Et cache nos rongnonsrognons
Au milieu de la braissebraise
Certainement j'appreuve
L'amour qui vient du ciel,
Et qui nostrenotre ameâme abreuve
640D'un vin plus doux que miel :
Mais l'autre plein de fiel
Qui les humains tourmente,
C'est pour ces enragezenragés
Qui restent outragezoutragés
645De ce qui les contente.
ACTE DEUXIESMEDEUXIÈME
<Sobal>
Doncques il est conclu.
Sichem
C’est un point arrestéarrêté,
C’est trop de peu de cas longuement disputé
Il faut qu’à mon plaisir promptement j’en jouisse
Va Sobal au palais royal faire service :
650QUant à moy je battraybattrai tant le dos des chemins,47
Qu’un hazardhasard me mettra la proyeproie entre les mains.
Sobal.
Ah vouloir trop legerléger, malheureuse alliance,
Que tu trames pour nous une aspreâpre penitencepénitence,
Car toujours le forfait d’un Prince abandonné
655Retombe sur le chef du peuple infortuné
Je maudymaudis mille fois et mille encore, l’heure
Que Jacob feitfît jamais en ce lieu sa demeure.
Cent et cent mille fois soit malheureux aussi
Le jour qui amena cette pucelle icyici :
660Car je craincrains que le mal que je n’ose pas dire,
N’en attire apresaprès soysoi un qui soit encorencor' pire.
Flambeau de l'univers
Qui fais la ronde,
PenetrantPénétrant le travers
665De nostrenotre monde,
Tu mesures le jour
À nostrenotre terre,
Et où tu n'as ton tour
La nuictnuit s'y serre.
670Tu vois dessus le dozdos
De l'eau saleesalée
La furie des flots
Quand elle enfleeenflée
FaictFait bondir le Nocher
675Dans l'air sublime,
Et puis le va cacher
Dedans l'abismeabîme.
Tu vois les animaux
Par les campagnes,
680TU vois bien ceux des eaux,
Et des montaignesmontagnes,
Et ceux qui en plein jour
AtourezAtourés d'aislesailes
Menaçent le sejourséjour
685De tes estoilesétoiles.
Tu vois sainctesainte clarté,
Tu vois bien l'homme,
Et sa desloyautédéloyauté,
Et encor comme
690Il quitte la raison,
Et suytsuit le vice,
--- 12r° ---Et se oaistpaît du poison
De sa malice.
L'homme est de l'animal
695Seigneur et maistremaître,
S'il ne veut desloyaldéloyal
Se mescognoistreméconnaître :
Mais quand du droit sentir
Il se devoyedévoie
700L'animal qui est fier
Le met en proyeproie.
DINE.
Plus je sens le doux air de cette regionrégion,
Tant plus j’entre estonnéeétonnée en admiration,
Et voyant la douceur de la terre fecondeféconde,
705J’estime qu’il n’en est point de telle en ce monde,
Si je tourne mes yeux vers le riche matin,
Je voyvois de mille odeurs le signalé butin.
Si vers le bas du jour quelquefois je regarde,
Le cedrecèdre, le palmyerpalmier, le cyprescyprès qui s’y garde
710De sa verte beauté me ravit hors de moymoi.
Quand du MidyMidi ardant la grand’ traictetraite je voyvois,
SeCe sont mille coustauxcoteaux plainspleins de vignes pampreespamprées :
Devers la BizeBise sont estenduesétendues les preesprées
Peintes de milemille fleurs qui au soupir du vent
715BalentBallent devant les yeux du beau Soleil levant :
Par là les ruisselets dessus l’arenearène blonde
CrespezCrêpés de mille plizplis s'escoulentécoulent onde à onde,
Ou le jour, quand il vient un peu sur le declindéclin
Voit pancher nos troupeaux sur le bord cristalincristallin.
720Le Nil impetueuximpétueux rend l’EgypteÉgypte fertile,
Mais pres près de cette terre elle semble sterile stérile.
--- 12v° ---L’arabe, le Persan, mesmemême l’AssirienAssyrien
AupresAuprès de ce pays je ne l’estime rien,
Mais n’oseroyoserais-je aller en la Cité voisine,
725Pour voir si la gent est ou clementeclémente ou maligne ?
Si les filles y sont d’une telle beauté,
Qu’elles sont au pays de ma nativité ?
Il faictfait mal se fier à la gent incognueinconnue :
ToutesfoisToutefois desdès le jour qu’icyici je suis venue,
730J'ayai tousjourstoujours desirédésiré et desiredésire de voir
Ce que cette Cité de riche peut avoir :
La nature se plaistplait aux choses differentesdifférentes,
Et à nous sont aussi les nouveauteznouveautés plaisantes :
Mes frères sont aux champs, et mon perepère est trop doux
735Pour entrer pour cela contre moymoi en courroux.
Choeur des HebrieuxHébreux.
49QUi pourra le flot humide
Du gouffre marin
Faire obeyrobéir à la bride
Et mordre le frein.
740Qui subtil pourra surprendre
Des vents les sifllets,
Si bien qu'ils se viennent prendre
Dedans les filets.
Qui pourra suyvresuivre la trace
745Le courbe bateau
Quand le Tramontin le chasse
Sur le dos de l'eau.
Qui pourra dessus la plaine
SuyvreSuivre les destoursdétours
750Où le caultcaut serpent se trainetraîne
Durant les grands jours.
--- 13r° ---
Qui pourra marquer la course
Des oiseaux en l'air,
Quand du midymidi contre l'Ourse
755Ils veulent voler.
Qui pourra en la vieillesse
RapellerRappeler les ans
Qui servent à la jeunesse
D'un heureux printemps.
760De la femme trop volage
Il retiendra bien
Le boubouillonnant courage
D'un estroitétroit lien
Il retiendra bien luymesmelui-même
765La pudicité
De la Pucelle qui aymeaime
Trop sa liberté.
SICHEM.
OÔ qu’est-ce que je voyvois ! ô beauté non humaine !
C’est toytoi par qui je suis en eternelleéternelle peine :
770 HelasHélas je ne sçaysais plus si maintenant je vyvis,
Ou bien si je suis hors de moymoi–mesmemême ravyravi.
Plus que le long esclairéclair ou la foudre drillante50
Qui le pauvre berger d’un tonnerre espouvanteépouvante
M’a rendu estonnéétonné ce visage si beau,
775OÔ Image celestecéleste ! oô miracle nouveau !
OÔ Vierge au teinctteint vermeil plus delicatedélicate et tendre
Que le caillé qu’on voit dessus le jonc estendreétendre !
Je fremyfremis dedans moymoi quand je veux approcher
Cherchant le bien que j’ayai en ce monde plus cher.
780Ah malheureux Sichem tu vois ce qui t’enflamme,
Tu sens à gros bouillons ondoyer cette flamme
--- 13v° ---Tu vois ce qui te peultpeut faire vivre et mourir,
Et n’oses cependant ton grand feu descouvrirdécouvrir.
Si la pucelle m’est à ce coup rigoureuse,
785(Car de premier abord une fille est honteuse
Quand à sa chasteté quelqu’un veultveut faire effort)
Que deviendraydeviendrai-je lors ? et quel genre de mort
Me sera le plus prompt ? quel bourreau ? quel supplice
Fera d’un fils de RoyRoi le sanglant sacrifice ?
790Sichem, non plus Sichem : quelle rage te prend ?
Quel manyaquemaniaque esprit, malheureux, te surprend ?
Tu souloissoulais51 commander à toute une province.
Tu souloissoulais piapherpiaffer dans le thronetrône d’un Prince
Tu souloissoulais apresaprès toytoi tirer mille valets
795Tu souloissoulais sans soucysouci vivre dans un Palais
Te voylavoilà maintenant le serf d’une incongnueinconnue,
Qui est tout freschementfraîchement en ta terre venue :
Et n’as (ah aveuglé) nyni esbatsébats nyni plaisir
Qu’à desirerdésirer cela dont tu ne peux jouir.
800Que sert -il à Sichem que superbe il commande,
Puisqu’il faut que servant d’une serve il se rende ?
Que sert -il à Sichem d’estreêtre le fils d’un RoyRoi,
Puisque le malheureux n’est plus maistremaître de soysoi ?
Que sert -il à Sichem d’avoir estéété si brave,
805Pour estreêtre maintenant d’une serve l’esclave ?
MiserableMisérable amoureux ! quand le bonheur te vient
Sur le poinctpoint de le prendre, une honte te tient.
Une honte te tient ? il faut de cette honte,
Des estatsétats et grandeurs ores ne tenir contecompte.
810La fortune tousjourstoujours favorise aux hardis,
Et chasse loingloin de soysoi les cœurs acouardisaccouardis :
Je sensens mille serpensserpents ramper dans mes entrailles,
Je sensens là dedans mesmemême infinies batailles,
La crainte, le soucysouci et l’amour et l’honneur,
--- 14r° ---815Et l’objectobjet où est peinctpeint mon mal ou mon bon heurbonheur
Cet honneur me deffenddéfend de faire violence,
Mais l’amour qui s’est joinctjoint avec l’impatience,
JaJà de ce dur conflictconflit a gaignégagné le dessus.
C’est faictfait, il faut mourir, ou en jouir. Or sus,
820ToyToi qu’on dictdit presiderprésider sur l’amoureuse rage,
Si ton pouvoir est tel donne moy-moi l’advantageavantage :
Ou si tu ne le peux venez à mon secours
Ombres, qui avez jajà parachevé le cours
DesDès l’ageâge infortuné qui languissant me trainetraîne,
825Et qui comme un bourreau me tire sur la geinegêne :
Si vous sentitessentîtes onc ce que peut l’amitié,
C’est à ce coup qu’il faut avoir de moymoi pitié.
Si cela ne me sert, toytoi Idole infernale
(Si quelque chose peut ta deitédéité fatale)
830FayFais moy-moi descendre vif dans l’enfer tenebreuxténébreux,
Qui (comme on dictdit) reçoit les amants malheureux.
Je veux suyvresuivre l’amour qui me laschelâche la bride,
Et vers le bel objectobjet malgré l’honneur me guide.
Ah cœur passionné que tu seras confus,
835Si tu n’obtiens icyici qu’un rigoureux refus.
AInsi qu'un cheval indomtéindompté,
Qui a rompu sa bride,
Et celuycelui qui le guide
À ses pieds a jectéjeté,
840Galope en liberté,
Et court comme le fouldrefoudre,
Que le tonnerre va suyvantsuivant,
EsparpillantÉparpillant la pouldrepoudre
Au cours impetueuximpétueux du vent
--- 14v° ---
845Comme on voit le jeune Bouveau
Ou la tendre GenisseGénisse
Offerte au sacrifice
EvitantsÉvitant le couteau
Courir sur un copeau
850ApresAprès qu'au jour de festefête,
Tout aupresauprès du sanglant autel,
Ils sentent sur la testetête
Le pesant faix du coup mortel.
Ainsi le pauvre ensorcelé,
855Qui se laisse conduire
Par l'amoureux martire.
De raison reculé,
Vagabond, aveuglé,
Court, la veuevue baissée,
860ApresAprès l'enragé appetitappétit
De la chaude pensée
Qui son sepulchresépulcre luylui bastitbâtit.
<Dine>
VoylaVoilà doncquesla foyfoi, ô grand’meremère Nature,
VoylaVoilà doncques la foyfoi de ce peuple perjureparjure !
865PlustostPlutôt l’Ours affamé, les lyonslions, ou les loups
Qui sont à leurs pareils plus fidellesfidèles que vous,
En quelque bois profond, ou dans l’horreur d’un antre,
De mon corps dechirédéchiré viendront emplir leur ventre,
Que je n’endurerayendurerai icyici ma chasteté
870PerirPérir par les attraits d’une desloyautédéloyauté.
Laissez -moi eschapperéchapper que la roche desertedéserte
RamolisseRamollisse ses os, et gemissegémisse ma perte.
Et vous monts sourcilleux qui me verrez mourir,
Je ne veux point que vous me veniez secourir :
--- 15r° ---875Mais je veux que la fin que le destin m’ordonne,
Vos antres caverneux et vous mesmes-mêmes estonneétonne.
Laissez - moymoi eschapperéchapper que je cherche la mort,
Qui me garantira (traistretraitre) de vostrevotre effort.
Sichem.
Pucelle mille fois plus belle que l’Aurore
880Qui resjouitréjouit l’Indois et tout le peuple More,
Arreste Arrête- toytoi un peu, ô vierge aux blonds cheveux,
Et tu verras le but auquel tendre je veux.
Dine.
EscouterÉcouter ? vous avez mal choisychoisi vostrevotre proyeproie.
Sichem.
OÔ tonnerre esclatantéclatant, qui mon ameâme foudroyefoudroie !
885Mignonne, me veux-tu perdre du premier coup ?
HelasHélas que ta beauté me cousteracoûtera beaucoup !
Tourne [ces]52 yeux vers moymoi, tourne cette lumierelumière,
Qui est l’heur ou le dueildeuil de mon amour premierepremière.
HelasHélas mon cher soucysouci, c’est toytoi qui de mes ans
890As nagueresnaguère gaignégagné l’honneur et le printansprintemps.
Dine.
Non, non, je n’ayai gaignégagné sur vous tel avantage,
Mais vous estesêtes esprisépris de quelque ardeur volage,
Qui a ravyravi vos sens, et fait à mon advisavis,
Que vous me pensez estreêtre autre que je ne suis.
Sichem.
895Hé que celuycelui qui veut à bien aymeraimer entendre,
N’a garde de jamais l’une pour l’autre prendre.
Dine.
Mais d’où viendroitviendrait en vous cet amoureux tourment,
Pour moymoi qui n’en sçeuzsus onc un seul commencement ?
Pour moymoi, didis -je, qui suis une simple bergerebergère
900Venue de nouveau53 d’une terre estrangereétrangère ?
Qui ne vous cognusconnus onc ? Et qui ne suis encor
CognueConnue en lieu qui soit au Royaume d’Emor ?
Sichem.
La beauté que le Ciel avecquesavec toytoi feitfit naistrenaître,
Quelque part que tu sois te faictfait assez cognoistreconnaître.
905DescouvreDécouvre moymoi ces yeux, ce front, et ces sourcissourcils.
Qui cent [chaos]54 obscurs rendroyentrendraient bien esclarciséclaircis.
Dine.
Laissez, meschantméchant, laissez ce voylevoile sur ma testetête,
--- 15v° ---Ornement de vertu et d’une vierge honnestehonnête :
Quant à cestecette beauté qu’en moymoi vous trouvez tant
910Pour moymoi à la mal-heure il y en eut autant :
Soit ainsi que je l’ayeaie escriteécrite dans la face
Comme vous la peignez ou de meilleure gracegrâce,
Si ne sera -ce point, à l’aide du Seigneur,
Un instrument à vous pour souiller mon honneur.
Sichem.
915Pour souiller ton honneur ! non ma cherechère amoureuse
Mais pour rendre avec toytoi ta race bien heureusebienheureuse :
AymeAime moy-moi seulement et je te jure Dieu
(S’il est un Dieu puissant plus que moymoi en ce lieu)
Qu’en bref tu te verras souveraine Princesse,
920Et de cette cité opulente maistressemaîtresse.
Dine.
OÔ Dieu du bon Jacob, ne regardes -tu point,
Maintenant la douleur qui dans le cœur me poingtpoint,
Qu’un amour adultereadultère, aveugleeaveuglée je suyvesuive,
Que premier au cercueil je tombe toute vive,
925Que d’un faictfait si vilain je souille ma maison.
Sichem.
PensePenses -tu que je sois si privé de raison,
Que de poursuivre icyici un amour impudique ?
Non, non, cet esguillonaiguillon qui vivement me picquepique,
Ne m’a oncdonc incité à seulement penser,
930Ce qui peut une dame honorable offenser :
Si je recquiersrequiers de toytoi une ferme aliancealliance
Longue autant que mes jours, commets-je quelque offenceoffense ?
Dine.
Quand mes parensparents voudront soubzsous tel joug me lyerlier,
Quand les ans me rendront presteprête à me maryermarier
935Et quand le Dieu puissant qui dans le ciel demeure
Aura guidé mon temps jusqu’à cestecette bonne heure,
Je marcheraymarcherai alors sans me faire presser
Au lieu où Dieu voudra mon bon heurbonheur adresser,
Mais de suyvresuivre l’amour folefolle qui vous transporte,
940Dieu me facefasse plustostplutôt à vos pieds tomber morte.
<Sichem>
55Ha que tu ne sçaysais pas folefolle, tu ne sçaissais pas,
Qui est cet amoureux qui talonne tes pas :
Je suis le fils d’Emor royroi de cestecette contreecontrée,
RoyRoi de cestecette Cité belle où tu es entreeentrée :
945MileMille scadrons timbreztimbrés56 se courbent soubzsous ses mains :57
MileMille troupeaux des siens vaguent par les chemins,
Qui raportentrapportent tousjourstoujours en sa maison sans peine
Le laictlait, le beurebeurre frais, le caillé, et la laine :
QuandQuant au rare thresortrésor que l’Orient produictproduit,
950Il est de toutes parts en son Palais conduictconduit,
Bref l’on ne trouve RoyRoi presqu’en toute la terre,
Qui soit plus riche en paix, nyni plus puissant en guerre.
Vois -tu en quel degré tu montes si tu es
IntroduicteIntroduite par moymoi dans son riche Palais ?
Dine.
955Dans un riche Palais je n’ayai estéété nourrie,
Ains parmyparmi les troupeaux de nostrenotre bergerie :
Je n’aymeaime les Palais, les biens, nyni la grandeur :
(Certes l’estatétat plus bas est tousjourstoujours le plus seur58)
Cessez de m’allecherallécher, et de plus me poursuyvrepoursuivre,
960Car le chaste desirdésir de tel vin ne s’enyvreenivre.
Sichem.
HelasHélas si tu pouvoispouvais mon estomachestomac ouvrir,
Pour voir le mal cuisant que tu me fais souffrir,
Tu ne seroisserais (mon tout) tant fierefière nyni cruelle,
Que tu n’eusses pitié de ma playeplaie mortelle,
965PrenPrends à mercymerci ce serf, car il est tout à toytoi,
À toytoi seule appartient de ranger soubzsous ta loyloi
Celuycelui qui quand il veut faictfait ses edictsédits entendre
Autant loingloin que se peut tout ce pays estendreétendre.
Dine.
Vos mots ensorcelezensorcelés auroyentauraient un grand pouvoir
970Sur celles qui pour peu se laissent decevoirdécevoir,59
Mais ainsi que le Roc se mocquemoque de la fouldrefoudre,
Et le rampartrempart espaisépais du plomb et de la pouldrepoudre,
Ainsi vos mots pipeurs (c’est un point arrestéarrêté)
--- 16v° ---N’auront jamais pouvoir sur ma pudicité.
Sichem.
975Ha cruelle cent fois plus que n’est la LyonneLionne,
MileMille fois plus que n’est la Tigresse felonnefélonne,
Qui as estéété couveecouvée en quelque antre reclus
Par un monstre enragé que nous ne voyons plus :
Auras-tu bien le cœur, dydis, superbe estrangereétrangère,
980D’estreêtre d’un fils de RoyRoi la sanglante meurdrieremeurtrière ?
As-tu le cœur de fer, ou de pierre, ou de bois,
Qui ne s’esmeutémeut non plus à ma dolente voix
Que s’[émeut] 60 eu Caucase, ou bien les monts RypheesRiphées,
Au doux vent par qui sont les saisons eschauffeeséchauffées ?
985QuoyQuoi ? quoyquoi pauvre Sichem, n’auras-tu pour loyer
Qu’un refus qui sera de ta vie meurdriermeurtrier ?
Il ne sera ainsi ! à quel but qu’il en vienne,
Ou la force, ou l’amour te fera estreêtre mienne.
Dine.
La force ! est -il possible un faictfait si desloyaldéloyal
990Avoir estéété songé par un enfant royal?
Sichem.
Les Rois sont -ils exempts de la flamme amoureuse?
Dine.
Non mais l’amour doit estreêtre et sainctesainte et vertueuse.
Sichem.
Les Rois sont -ils exempts des amoureux plaisirs ?
Dine.
Non pas, mais la raison doit brider leurs desirsdésirs.
Sichem.
995Raison a -t -elle lieu là où l’amour domine?
Dine.
MauldicteMaudite soit l’amour qui d’honneur est indigne.
Sichem.
QuoyQuoi ? ne ferayferai-je pas ce qui me semble bon ?
Dine.
Le vicieux tirantyran parle en cette façon ?
Sichem.
Mais le plaisir d’un Prince est-ce une tirannietyrannie ?
Dine.
1000OuyOui : quand il est joinctjoint à quelque vilennie.
Sichem.
Si te faut-il complaire à l’amour qui me poingtpoint,
Dine.
La loyale amitié de force ne veut point.
Sichem.
Mais où l’amour n’a lieu il y faut la contrainctecontrainte.
Dine.
OuyOui bien si l’on veut que vertu soit estaincteéteinte.
1005N’apprehendezappréhendez -vous point le bras de ce grand Dieu,
Qui a tousjourstoujours gardé son petit peuple HebrieuHébreu ?
--- 17r° ---Et qui en sa fureur d’inevitableinévitable foudre,
EscarbouillaÉcrabouilla Sodome et la mit toute en pouldrepoudre,
Pour punir le forfait des hommes dissolus
1010Qui s’estoyentétaient aux plaisirs deshonnestesdéshonnêtes poluspollus61 ?
Sichem.
Je n’imagine point quel peuple tu veux dire,
Je ne cognoiconnais ce Dieu qui foudroyefoudroie son ire.
Je ne pense au paispays que l’orage brulabrûla :
Mon brazierbrasier allumé ne s’esteintéteint pour cela.
1015Laissons ce vain discours qui mon plaisir retarde,
CeluyCelui n’a jamais bien qui trop tard se hazardehasarde.
Choeur des HebrieuxHébreux
62Le vin et la fin du jour,
Et l'Amour
Qui tant de fois nous travaillent,
1020Et la folle affection,
Rien de bon
À nostrenotre honneur ne conseillent.
Qui au souffre donne lieu
PresPrès du feu
1025Enfoncé dans la fournaise
il voit son souffre aluméallumé,
Consumé
En moins de rien soubssous la braizebraise.
Ainsi le jeune amoureux
1030Langoureux
PresPrès du feu qui le bourrelle,
Sentira bien tostbientôt surpris
Ses esprits
Dans cette flamme cruelle.
1035La trop grande liberté
A estéété
--- 17v° ---Cause seule de l'outrage
Que Sichem, d'amour trancytransi
FaictFait icyici
1040À cette fille volage.
Car si les troupeaux esparsépars
De ses parczparcs
Elle n'eusteût quitté legerelégère,
Joyeuse elle les verroitverrait,
1045Et seroitserait
De son perepère la bergerebergère.
Choeur des Sichimites.
Une impudique personne
Qui se donne
La liberté à tout mal,
1050MeriteMérite quoyquoi qu'elle facefasse,
Qu'on la chasse
ApresAprès le brut animal.
L'homme qui ses pas ne guide
SoubsSous la bride
1055D'une prudente raison,
Si le temps ne le reprimeréprime,
Je l'estime
Indigne de nostrenotre nom.
Si tostSitôt que l'amour folatrefolâtre
1060PeultPeut abatreabattre
Un jeune coeur soubssous son piépied,
Il faictfait tant que de soymesmesoi-même
(Mal extresmeextrême)
Il ne peultpeut prendre pitié.
1065Si nostrenotre Prince volage
EstoitÉtait sage,
--- 18r° ---Il reconduiroitreconduirait en paix
Cette simplette bergerebergère
EstrangereÉtrangère
1070Qui ne l'offensa jamais
Tard viendra la repentance
De l'offenceoffense
Qu'il a commise aujourd'huyaujourd'hui :
Et trop de cette inconueinconnue
1075La venue
Est malheureuse pour luy.
Trop est la personne folefolle
Qui viole
Le droictdroit deudû à l'estrangerétranger :
1080Car de telletel outrage injuste
Le ciel juste
MesmeMême s'en voudra venger.
Que peultpeut faire une province
Quand son Prince
1085Est ennemyennemi de vertu,
Et quand par l'effort du vice
La justice
Et le droit est abbatuabattu ?
Or est cette desoleedésolée
1090VioleeViolée
Opprobre de ses Parents,
Qui dejadéjà ça et laçà et là courent
Et recourent
ApresAprès leur fille plorantspleurant.
1095Le ravissement indigne
FaictFait de Dine
JaJà nous rend tous esbaysébahis :
Certes je craincrains ce diffame
Qu'il ne trame
--- 18v° ---1100La ruyneruine du pays.
Cette fureur amoureuse
Dangereuse
N'enfante rien que malheur :
Aussi tostAussitôt que ce martiremartyre
1105Se retire
Des limites de l'honneur.
Heureux est en son lignage
Le vieil ageâge
Qui peultpeut veoirvoir en ses enfansenfants
1110Une vertueuse crainte
Qui est jointe
À l'heur de leurs jeunes ans.
Mais cet ageâge decrepitedécrépite
Je depitedépite
1115Qui voit ses enfansenfants mal neznés,
Avecque le vice croistrecroître
Et trop estreêtre
À leurs plaisirs adonnezadonnés.
J'aymeaime de l'amour honnestehonnête
1120Les heureux commencements
Mais je n'aymeaime la tempestetempête,
Qui vient brillant sur la testetête,
Avec infinis tourments
Des fols amants.
1125L'amitié bien commenceecommencée
A tousjourstoujours un but heureux ?
Mais cette rage insenseeinsensée
Qui bouillonne en la penseepensée
Rend coquins et malheureux
--- 19r° ---1130Les amoureux.
Ceux qui en leur saison prime
Ne se peuvent eschaufferéchauffer
Du feu amoureux, j'estime
Qu'ils sont sortis d'un abismeabîme
1135Ou d'une enclume de fer,
Ou d'un enfer.
Mais cet amour qui n'aspire
Qu'à un plaisir vitieuxvicieux,
C'est un si cruel martiremartyre,
1140Que je n'en voyvois point un pire
SoubsSous les cercles spacieux
De ces haultshauts cieux.
Vive donc cette amour sainctesainte
Qui ce monde en un retient :
1145Mais soit cette amour estaincteéteinte,
Qui n'engendre que complainte,
Et tout le mal entretient
Qui nous advient.
ACTE TROISIEMETROISIÈME.
<Sichem>
Si n’est-il mal si grand que le temps ne l’efface,
1150Mais que te sert cela de dechirerdéchirer ta face ?
De noyer dans tes pleurs les rayons de tes yeux ?
D’abandonner au vent l’or de tes beaux cheveux ?
Si est -ce qu’il se faut à quelque poinctpoint resoudrerésoudre.
Dine.
Las, helashélas que ne fus -je accableeaccablée de la foudre,
1155Aussi tostAussitôt que j’eus veuvu la lumierelumière du jour?
PourquoyPourquoi me laissoislaissais-tu en ce mortel sejourséjour
EspouventableÉpouvantable mort ! pourquoypourquoi dezdès la matrice
Ne me feisfis-tu verser en quelque precipiceprécipice ?
--- 19v° ---Que ne m’enyvroisenivrais-tu de mortelle poison,
1160Sans me laisser emplir d’opprobre ma maison ?
Vous lions enragezenragés, Tigres insatiables,
Et vous loups affamezaffamés estesêtes trop favorables
Venez, venez gloutons qu’on vous voyevoie sortir
De vos antres puants pour vive m’engloutir.
1165Et toytoi grand œil du ciel lumierelumière vagabonde,
PourquoyPourquoi me feisfis-tu voir l’ornement de ce monde,
Et ce malheureux jour qui premierepremière me vit,
Que ne se changeoitchangeait -il en une obscure nuictnuit ?
Et vous astres cruels (car c’est à vostrevôtre veuevue
1170Que ma virginité par force s’est perdue)
PourquoyPourquoi me laissez -vous encore à la clarté
Du beau ciel qui s’est tant contre moymoi despitédépité ?
Je sensens dejàdéjà l’horreur de la profonde bourbe,
Je voyvois jajà ce me semble une infernale tourbe
1175Qui tousjourstoujours me bourellebourrelle et talonnant mes pas,
N’attend que le butin de mon triste trespastrépas.
OÔ malheureux Jacob! ô malheureuse meremère
D’avoir une fois mis un tel part63 en lumierelumière :
Un tel part ! ah douleur qui me vient estouffantétouffant
1180Non : ne vous dictesdites plus parents d’un tel enfant :
Mais bien, si vous avez un si cruel courage,
DechirezDéchirez ce corps mien pour en faire un carnage
Aux corbeaux qui viendront, pour de moymoi vous vangervenger,
Mes membres becqueter, s’ils en daignent manger
1185Vous enfansenfants de Jacob qui ce malheur receustesreçûtes
À ma nativité que mes freresfrères vous fustesfûtes,
Laissez les bois touffus, et les rives des eaux,
Ou vous suyvezsuivez vos bœufs et [vos]64 camuzcamus troupeaux
Pour venir vous vangervenger de cestecette desoleedésolée
1190Qui a dedans Sichem sa chasteté souilleesouillée.
Sichem.
Mignonne, je te prypri' essuyeessuie ces beaux yeux,
--- 20r° ---Qui semblent proprement deux estoilesétoiles des cieux
Cesse de deschirerdéchirer cestecette divine face
Qui les rares beautezbeautés de ce monde surpasse,
1195Je te prie mon cœur, et la moytiémoitié de moymoi,
De prendre tes esprits, et revenir à toytoi.
Tu n’as occasion mignonne de te plaindre :
Je veux avecques toytoi une alliance joindre
Qui mettra bien à fin ces tristes differentsdifférends,
1200Bien-heurantBienheurant ta maison, tes biens et tes parensparents,
S'il me faut confesser devant toytoi mon delictdélit,65
Je t'ayai faictfait malgré toytoi entrer dedans mon lictlit :
Mais je veux reparerréparer maintenant cet outrage,
Moyennant le traictétraité d’un heureux mariage,
1205Qui te fera monter aux trosnestrônes triomphanstriomphants,
MereMère de milemille Rois qui seront tes enfansenfants.
Dine.
Hé que j’aymeroyaimerais mieux la houlette champestrechampêtre
Que de branler un sceptre inconneuinconnu en ma dextre.66
Quiconque veut voler plus roideraide qu’il ne faultfaut,
1210Souvent se rompt le col sur l’humain eschafautéchafaud
Or va va maintenant va pauvre malheureuse,
Aux antres tenebreuxténébreux te cacher vergongneusevergogneuse,
Puisque le ciel cruel contre toytoi irrité,
T’a veuvu' perdre l’honneur de ta virginité.
Sichem.
1215T’a veuvu' perdre l’honneur ! mignonne jajà n'advienne :
Que jusqu’au ciel le crycri de ta plainte parvienne.
Laisse moy-moi ces regrets et ces souspirssoupirs cuisants
Qui ne font que meurdrirmeurtrir l’honneur de tes beaux ans
Et pense quel honneur t’apporte une seule heure.
1220Que devant tes deux yeux tout maintenant je meure,
Si pour un seul plaisir que j’ayai receureçu de toytoi,
Je ne te fais nommer seule espouseépouse d’un RoyRoi.
Quant à ta chasteté, je l’accepte pour gage
(Autres biens je ne veux) du futur mariage.
--- 20v° ---1225Je jure le haut Ciel et les ombreux demonsdémons,
Et ce qui vient laver nos grasses regionsrégions,
Que seule tu seras de mon cœur la maistressemaitresse :
Que seule tu auras le feu de ma jeunesse :
Que seule tu seras la Dame des mes biens.
1230Que dydis-je de mes biens ? mignonne : mais des tiens,
Car plus je vayvais avant plus la rage amoureuse
BruleBrûle d’un souffre ardantardent mon ameâme langoureuse,
Met en poudre mes os, et me prive de sens :
Et plus je luylui resisterésiste et plus vif je le sens.
1235Mais est -il animal plus qu’amour indomtableindomptable ?
Est-il douleur au monde à la mienne semblable ?
MamyeMa mie, ne crains point ne crains point de changer
À ce Royaume tien quelque lieu estrangerétranger,
Où tu ne peux jamais estreêtre autre que bergerebergère,
1240EspreuveEprouve la douceur chenue de mon perepère
Qui te fera monter au trosnetrône triomphant,
Comme si tu estoisétais son naturel enfant.
ExperimenteExpérimente aussi je te pri’ quelle gloire
Il adviendra aux tiens et à toytoi de me croyrecroire.
1245DyDis-moymoi n’auras-tu point de toytoi - mesmemême pitié,
Et de moymoi qui languis apresaprès ton amitié ?
Dine.
Je ne me laisse prendre avecque telle amorce,
Mais justice n’a lieu où l’on use de force.
OÔ Dieu le seul support de mon perepère tremblant,
1250Compense mon forfait d’un supplice sanglant.
Si sur moymoi tu ne veux ton bras cruel estendreétendre,
Souffre que la vengeance un jour j’en puisse prendre :
Et que moymoi-mesmemême puisse à l’aide de mes mains
M’arracher du parquet où vivent les humains.
1255CEluyCElui qui lie67
Ce qui se plie
DessoubsDessous l'aireau,
Parle de l'herbe
Ou de la gerbe,
1260Ou du Taureau.
Quiconque avide
La pleineplaine humide
FaictFait escumerécumer,
Du Nord devise,
1265Ou de la BizeBise,
Ou de la mer,
Quiconque avare
Marchand, s'esgareégare
LoingLoin de ses borsbords,
1270Jamais ne pense
Qu'à la chevance68
Et aux tresorstrésors.
L'un de l'usure
TousjoursToujours murmure,
1275Et des denyersdeniers,
Et garde à peine
Sa cave pleine
Et ses greniers.
La fierefière masse,
1280Et la cuirasse
Dessus le dos,
Le coup, l'alarme
Sont du gendarme
Le doux propos.
--- 21v° ---
1285L'aspreâpre justice
Parle du vice
Pour le punir,
Et du bon prince
VeultVeut sa province
1290En paix tenir.
L'yvrongneivrogne pippepipe
Le muy, la pipe
Et le poiçon :
Et de ses vignes
1295Mises par lignes
Est sa chanson.
QuandQuant au folastrefolâtre
OpiniastreOpiniâtre
Jeune amoureux,
1300Lors queLorsque sa dame
LuyLui succesuce l'ameâme,
Il est heureux.
Ce feu il chante
Qui le tourmente
1305VoyreVoire et l'endort,
Tant qu'il desiredésire
Ce qui le tire
Jusqu'à la mort.
Bref la lumyerelumière
1310Qui journalierejournalière
SeicheSèche l'EstéÉté,
Ne voit hastivehâtive
Nul qui ne suyvesuive
Sa volupté.
<Jacob>
1315Tu m’as doncques, Seigneur, oublié maintenant
QuoyQuoi Seigneur, n’es-tu plus à ce coup souvenant
NyNi du bon Abraham, nyni de la maison sainctesainte
De mon perepère Isaac ? Que ne te veyvis -je estaincteéteinte
Au ventre d’un tombeau, plustostplutôt que d’avoir sçeusu
1320L’outrageux deshonneurdéshonneur que par toytoi j’ayai receureçu ?
OÔ fille malheureuse ô malheureuse Dine,
De la terre, et du ciel, et des vagues indigne,
Te failloitfallait -il ainsi d’un opprobre eterneléternel,
ProphanerProfaner et l’honneur et le nom d’IsraelIsraël ?
1325Je depitedépite le jour auquel tu fus conceueconçue,
Et le pays maudictmaudit qui vive t’a receuereçue.
Ah ! que trop inclementinclément estoitétait l’astre irrité
Qui conduisoitconduisait le sort de ta nativité.
Te failloitfallait -il venir sur la terre, Tigresse,
1330Pour de mille regrets accabler ma vieillesse,
Que ne vins-je plustostplutôt t’estranglerétrangler de mes mains ?
Quand tu vis le flambeau qui faictfait voir les humains ?
Que ne t’a la sorcyeresorcière en sa rage eschauffeeéchauffée,
Au partir du maillot, d’un cordeau69estouffeeétouffée
1335Sans attendre le jour que ton vice sanglant
DevoitDevait noircir le cœur de ton perepère tremblant ?
VoylaVoilà donc le support impudique paillarde,
Qui par toytoi dezdès long tempslongtemps à mes vieux ans se garde
Ah si je te tenoistenais maudit Cananeam70,
1340Tu sentiroissentirais que peut la race d’Abraham
De ces deux propres mains en piecespièces déchireedéchirée
Ta chair seroitserait donneedonnée aux Corbeaux pour cureecurée.
Mais qui doydois-je accuser (malheureux que je suis).
--- 22v° ---Cette meschanteméchante ou toytoi de l’outrage commis ?
1345Bien que le crime soit à l’homme peu louable,
Si est -il cent fois plus en la fille damnable
Qui te faisoitfaisait quitter les troupeaux de mes parcs,
Pour aller voir le flanc des furieux ramparsremparts ?
Tu ne sçaissais pas quants71 maulxmaux dans les villes se forgent,
1350Tant pleines de putiers que les murs en regorgent.
Tu ne sçaissais combien plus agreableagréable est le mont,
Et la belle campaignecampagne, et les ruisseaux qui sont
Au giron peincturépeinturé de la freschefraîche valeevallée,
Tu ne seroisserais (malheur) à mon regret voleevolée
1355Si tu n’eusses quitté le sueilseuil de ma maison,
Si j’endure pour toytoi ce n’est pas sans raison :
Car pour t’avoir donné la liberté trop grande,
Tu as commis le crime, et j’en paye l’amandeamende.
VoilaVoilà ce que mon cœur propheteprophète predisoitprédisait
1360Quand cent milemille sanglots secrets il aiguisoitaiguisait :
VoilaVoilà les durs regrets et la dolente72 plainte
Qui m’ont par tant de jours et tant tenus en crainte,
Quand mon pauvre estomachestomac de douleur pantelant
M'alloitallait à tous propos ce malheur revelantrévélant.
1365Race de CanaamCanaan, engenceengeance de viperevipère,
Tu vas suivant de presprès la trace de ton perepère.
Ton maudit perepère Can voyant le bon Noé
Dans la liqueur du vin presque demydemi noyé,
De l’honneur paternel ne feitfit point tant de contecompte,
1370Qu’il ne luylui feitfît souffrir en public une honte,
ApresAprès qu’il eut (meschantméchant) les membres descouversdécouvert
Du vieillard qui dormoitdormait estenduétendu à l’envers :
Je ne m’estonnem’étonne donc si sa race maudictemaudite,
Contre les gens de bien encore se despitedépite.
Le chœur des HebrieuxHébreux.
1375PourquoyPourquoi voyvois-je à grands coups vostrevotre estomachestomac plombé
Lie.
Mon honneur, mon plasirplaisir, en un jour est tombé.
Le chœur des HebrieuxHébreux.
D’où vient cestecette fureur qui ainsi vous transporte ?
Lie.
D’un subjectsujet qui me fait desirerdésirer estreêtre morte.
Le chœur des HebrieuxHébreux.
Ne mettrez -vous point fin à tant cruel effort ?
Lie.
1380Oui bien quand j’aurayj’aurai eu le coup de la mort.
Le chœur des HebrieuxHébreux.
Si ne faut -il pour tantpourtant de soysoi estreêtre homicide.
Lie.
La rage ne se peut refrenerrefréner par la bride.
Le chœur des HebrieuxHébreux.
La rage vous peut - elle asservir souzsous ses loixlois ?
Lie.
Non si j’avoyj’avais le cœur ou de fer, ou de bois.
Le chœur des HebrieuxHébreux.
1385Qui livre à vos esprits ces cruelles batailles ?
Lie.
Le mal que j’ayj’ai nourri dans mes propres entrailles.
Ainsi que nous voyons une plante au matin
Rire dessouzdessous l’Aurore au milieu [du] jardin73,
Cependant qu’en secret une seule vermine
1390LuyLui ronge en trahison ou l’œil, ou la racine,
D’où premier elle avoitavait son halainehaleine tiré,
Ainsi malheureux part74 (fusses - tu dechirédéchiré)
Tu apportes la mort (toytoi enrageeenragée lice)
À moymoi qui t’ayt’ai nourri dans ma propre matrice.
1395Ah qu’il vaudroitvaudrait bien mieux estreêtre privé d’enfansd’enfants
Que de les voir (helashélas) depravezdépravés et meschansméchants.
Je ne m’estonnem’étonne pas si l’horrible tourmente
Par les chemins tortus cruelle me tourmente
Puisque j’en sens au vif (dont helashélas je rougis)
1400Les esclatséclats fouldroyansfoudroyants dans mon propre logis.
PleustPlût à Dieu pleustplût à Dieu que je fusse avorteeavortée
Le jour que je te vivis en ce monde enfanteeenfantée :
Ou bien que toutes deux et par double tourment,
Eussions perdu la vie à cet enfantement.
--- 23v° ---1405Je n’auroyn’aurais le vouloir de despiterdépiter chetivechétive,
Le premier jour maudit qui te veitvit oncque75 vive.
Ah meremère infortuneeinfortunée où estoitétait ton esprit
Quand de voir ce paispays la volonté te prit ?
Que ne fus -tu d’un somme eterneléternel endormyeendormie
1410En metantmettant le pied hors de MesopotamyeMésopotamie
Où tu voyoisvoyais Euphrate et le Tigre ondoyants
ResjouirRéjouir la campagne et les prezprés verdoyants ?
Où tu avoisavais en front la riche BabiloneBabylone,
Et à dos un caucase où la Bize frissonne,
1415Qui infinis torrents vomit pour les meslermêler
Dans les fleuves qui font cent milemille flots couler
Au travers du Medois esloignééloigné de l’Affriquel'Afrique
Pour s’aller encofrerencoffrer dans le gouffre Persique ?
Est-ce cyci le bonheur que les fils d’Abraham
1420Attendent au paispays mauldictmaudit de CanaamCanaan ?
Qui te faisoitfaisait quitter, ah fille trop volage !
Le sueilseuil de ta logette, et ton petit mesnageménage,
À finAfin d’aller trouver ce miserablemisérable dueildeuil
Qui chasse honteusement tes parensparents au cercueil,
1425Laissant à la maison qui t’enleva, maudictemaudite
Une vilaine marque à tout jamais escripteécrite ?
JettezJetez, mes pauvres yeux de larmes un torrent,
Et toytoi maudis tes jours, pauvre meremère, en mourant :
Va va dolente va, va pauvre infortuneeinfortunée,
1430Remplir l’air de tes cris depuis la matineematinée
Jusqu’à l’heure qu’Hespere au sein de l’OcceanOcéan
Aura fait reposer le compasseur de l’an.
Pendant que j’attendrayattendrai ce qui jajà 76 me bourrelle
Venir siller mes yeux d’une nuictnuit eternelleéternelle.
1435Voila le seul moyen, autre je n’en attensattends.
Qui peut tirer au but et mes maulxmaux et mes ans.
Mais ne pensepenses -tu point meurdriermeurtrier de ma vie,
--- 24r° ---Au mal dont maintenant par toytoi je suis suivie,
Que par toytoi le desirdésir de plus vivre est ostéôté
1440À ceux par qui tu vois cette douce clarté ?
La viperevipère en ce poinctpoint tant ses forces espreuveéprouve77,
Que le ventre empouléampoulé de sa meremère elle crevecrève,
Encore as -tu faictfait pis : car ce serpent hideux
N’en peut bourreler qu’un, et tu en meurdris78 deux.
1445Va indigne que l’œil du beau ciel te regarde,
Va gaignergagner en Sichem le nom d’une paillarde.
Donne toy-toi du bon temps vilaine, en ce quartier
Dans le logis polu79 d’un barbare putier.
Ô ciel trop ennemyennemi que n'esteins éteins-tu, cruel,80
1450D'un esclatéclat foudroyant mon dueildeuil perpetuelperpétuel,
Ou que ne changeoischangeais-tu si l'esclatéclat ne me tue
Mes membres my glacezmi-glacés en pierreuse statue ?
Est -ce là le plaisir, Dine, que tu gardois
Pour soulager helashélas ! mes decrepitesdécrépites mois ?
1455Ainsi l’affection dans le cerveau conceueconçue
Est par l’evenementévènement tout contraire deceuedéçue,
J’esperoyespérais bien de voir une pudique amour
Qui devoitdoit amener de tes nopcesnoces le jour,
Pour esjouiréjouir ton père au declindéclin de son ageâge
1460Et je voyvois maintenant un tyran qui t’outrage :
Et comme s’il tenoittenait quelque ennemyennemi butin,81
Te chasse dans sa couche ainsi qu’une putain.
Puisse venir du Ciel le tonnerre et le souffre82
Venger l’aigre douleur qu’ores par toytoi je souffre,
1465Ou si le Ciel ne veultveut nyni le souffre cruel
Meurdrir ce ravisseur de son flambeau mortel,
Que la terre soubssous vous ouvrir son gosier puisse,
Et que tous deux ensemble elle vous engloutisse.
Chœur des HebrieuxHébreux.83
BElle estoileétoile du jour,
1470Qui de ton clair sejourséjour
Vois l’EstéÉté et l’Automne,
Et d’Avril la moisson,
Et l’horreur du glaçon
Qui soubssous Chiron frissonne.
1475Ne vois -tu point aussi,
Comme en ce monde icyici,
Sont differentsdifférents les hommes ?
Ne vois-tu point comment
L’on vit diversement
1480Sur la terre où nous sommes ?
Belle aube qui blanchis
Nos sillons enrichis,
Nos monts et nos valéesvallées,
Et les [antres]84 profonds,
1485DescouvrantDécouvrant jusqu’aux fonds
Les grands vagues salées.
Dans le gyrongiron du pré
De ton sein bien paré
Tant de fleurs tu ne verses
1490Que les hommes qui sont
En ce monde icyici ont
D’affections diverses.
Belle Aurore aux yeux versverts
Qui monstremontre à l’univers
1495Ta robe safraneesafranée,
Quand tu viens t’advanceravancer
Pour nous recommencer
Quelque belle journeejournée.
--- 25r° ---
Tu vois les actions,
1500Tu vois les passions,
Et tout ce qui nous meinemène
Et des hommes combien
Est au val terrien
La penseepensée incertaine.
1505Pendant que l’un gemitgémit,
L’autre d’ire85 fremitfrémit
Qui son repos devoredévore,
L’autre à la volupté
Est si bien arrestéarrêté,
1510Que pour Dieu il l’adore.
D’un obstiné desirdésir
Chacun suytsuit le plaisir
Auquel il se desbordedéborde,
Et du grand Ciel l'aissueil
1515Ne voit un homme seul
Qui à l’autre s’accorde.
<Emor>
CE sont doncques, Sichem les fremissantsfrémissants abois
Qui venoyentvenaient arracher la racine des bois :
C’est l’horrible tonnerre et la trouble tempestetempête
1520Qui depuis quelque temps tournoyetournoie sur ma testetête.
C’est le feu petillantpétillant qui rendoitrendait parmyparmi l’air :
Les hecateshécates encorencore que j’entendoisentendais hurler.
Ce sont Sichem, ce sont les fantosmesfantômes nocturnes,
Et les songes hideux de cent nuictsnuits taciturnes.
1525C’est le hybouhibou et c’est le corbeau croassant
Qui alloitallait sans cesser mon palais menacantmenaçant,
Et me prognostiquoitpronostiquait l’homicide infortune
Qui desjadéjà de bien presprès mes talons importune.
--- 25v° ---Oublier et l’honneur, et la civilité,
1530N’estreêtre plus souvenant de ma benignitébénignité,
Perdre pour ton plaisir l’antique renommeerenommée
Qui a tousjourstoujours rendu ma maison bien nommeenommée,
Se souffrir tirasser comme un brut animal
TrainéTraîné par le chevestrechevêtre à tout genre de mal,
1535Est-ce suyvresuivre, Sichem, est-ce suyvresuivre la trace
Et les faictsfaits genereuxgénéreux d’une royale race ?
En lieu que pour le bien du pays tu devrois
Renverser les scadrons86 effroyables des Rois
Qui veulent envahir la terre EmorreenneEmoréenne87,
1540Garder à tes subjectssujets la justice ancienne,
Rembarrer vaillamment le Barbare estrangerétranger
Qui vient comme voleur cette terre ronger,
Et comme un feu du ciel qui le chesnechêne foudroyefoudroie,
Veut mettre ma maison, et mon estatétat en proyeproie :
1545Tenir les bons en paix, et à coups de tranchants
Avecquesla justice extirper les meschantsméchants :
Tu te desbordedéborde' au vice avecques moins de honte
Qu’un forfant88 casanyercasanier duquel l’on ne tient contecompte :
AyAi-je jamais bronché en ce bourbier si or89 ?
1550As-tu appris cela de la vie d’Emor ?
Je sens dejadéjà le ciel qui mon ameâme tourmente
Pour l’honneur violé de la fille innocente.
QuoyQuoi, Sichem n’est-ce pas mon honneur outrager ?
Faut-il de telle façon caresser l’estrangerétranger90 ?
1555Ne vois -tu pas, meschantméchant, une fureur divine
Qui menace ton chef d'une prompte ruyneruine ?
Ne vois -tu pas dejadéjà la foudre de ce Dieu
Qui reçoit les presentsprésents offerts par cet HebrieuHébreu ?
Ne sçais sais-tu pas encorencor', malheureux que sa main
1560Est presteprête à se venger de ce faictfaitt inhumain ?
91Si ton paillard desborddébord tant tant te provoquoitprovoquait,
--- 26r° ---Si de ton premier feu la flamme te piquoitpiquait :
J’en devoydevais bien sçavoirsavoir la premierepremière nouvelle.
J’eusse fait un traictétraité avecques la pucelle,
1565Et avec ses parents, puis d’un accord commun,
J’eusse faictfait de vous deux que ce n’eusteût estéété qu’un :
Mais de forcer l’honneur (que le ciel ne m’entandeentende)
Qui pourroitpourrait s’adviseraviser d’une injure plus grande ?
Sichem.
Sire, si vous cuidiez92 avec quelque raison
1570TempererTempérer prudemment l’amoureuse poison,93
Vous sembleriez celuycelui qui pour sa recompenserécompense
Est du tout insensé avecques sa prudence.
Amour est mon bourreau qui de son bras ferré
Tient fort estroitementétroitement tout mon corps enferré
1575Et les perfections et beautezbeautés d’une Dame
Ont vivement attainctatteint le profond de mon ameâme.
Pardonnez à mes yeux qui ont estéété surpris,
Mais suis-je le premier de ceux qui s’y sont pris ?
Confesser son pechépêché est la premierepremière amandeamende,
1580Cher perepère, seulement cecyceci je vous demande :
Sire, si vous m’aymezaimez, ne le refusez poinctpoint94,
Que par un bon traictétraité à Dine je sois joinctjoint,
Si de me faire vivre il vous prend quelque envyeenvie :
Où si vous la m’ostezôtez ostezôtez aussi ma vie.
Emor.
1585N’estesêtes vous malheureux, perespères infortunezinfortunés,
Qui avez des enfansenfants outre bord adonnezadonnés
À leurs maudits plaisirs ? Où est l’obeissanceobéissance
Que doit à ses parents la folefolle adolescence ?
Que ne puis-je, meschantméchant sans mon nom offenceroffenser,
1590Un fer bien esmouluémoulu dans tes flancs enfoncer ?
Mais est-ce à ton advisavis une partyepartie egaleégale
De mettre une incognueinconnue en la couche royale ?
Malheureux est qui court en estrangeétrange pays,
Et ne voit son bonheur tout aupresauprès de son huyshuis !
--- 26v° ---1595J’esperoyespérais bien qu’un jour un riche mariage
AgrandiroitAgrandirait d’Emor le superbe mesnageménage :
Et que mon fils par là seroitserait doublement RoyRoi :
Mais Sichem, maintenant le contraire je croycrois,
Puisque tu veux avoir malgré moymoi espouseeépousée95
1600En lieu d’une Princesse une pauvre abuseeabusée.
Ce n’est pas tout, Sichem ces vagabonds HebrieuxHébreux
Ont un cœur trop hautain et un bras furieux :
Et n’endurera point cette race bannyebannie
Cette injure à jamais demeurer impunyeimpunie.
Sichem.
1605Sire, quant à cela, le sort en est jettéjeté.
Tant plus je vayvais avant plus je suis agité.
Je sensens un feu cruel qui ardantardent me bourrelle,
Et dans mes os tous secs faictfait cuyrecuire la moüellemoelle :
Partant si en vous est quelque interne amitié,
1610Si vous avez aussi de moymoi quelque pitié,
Accordez moy-moi ce don, ou aultrementautrement j’en jure,
Vous accompagnerez bien tostbientôt ma sepulturesépulture.
<Le CheurChoeur des Sichimites>
Dieu establitétablit les Princes,
L’Empereur, et les RoysRois,
1615Pour tenir les provinces
Au dur frein de leurs loixlois :
Et qui pris de manyemanie,
Sur les RoysRois entreprend,
La deitédéité il nyenie
1620À laquelle il se prend.
Le RoyRoi qui de sa terre
Uniquement a soin,
De là bannit la guerre
Et le meurdremeurtre inhumain,
--- 27r° ---1625Luy mesmeLui-même au lieu du vice,
Et du cuyvrecuivre97 tortu,
Y nourrit la justice,
Les loixlois et la vertu.
Le canon nyni les armes,
1630La poudre nyni le fer,
NyNi l’orgueil des gensdarmesgens d’armes
Bien prompts à s’eschauffers’échauffer,
Les bornes n’alongissent
Des RoysRois ambitieux,
1635Si les loixlois ne florissent
Tout au beau milieu d’eux,
Quand le RoyRoi débonnaire
A l’honneur pour objectobjet,
Il sert d’un exemplaire
1640À son peuple subjectsujet :
Mais si tostsitôt qu’il s’adonne
Au vitieuxvicieux desirdésir,
Tu ne trouves personne
Qui n’y prenne plaisir.
1645Heureuse est la contreecontrée
Là où réside encor
La belle Vierge astreeastrée
En un beau thronetrône d’or :
Et voidvoit dessouzdessous l’espace
1650Du grand Ciel azuré
EncoresEncore quelque trace,
Du bon siècle d’orédoré.
Là le mutin rebelle
CerteCerte' ainsi je le croycrois)
1655Hautain ne se rebelle
Jamais contre son RoyRoi :
Là les sectes diverses
--- 27v° ---Pour une opinion
Ne fondent cent traverses
1660Sur leur religion.
Ô la sainctesainte musique
Et les divins accords !
Quand une republiquerépublique
FaicteFaite de plusieurs corps,
1665Sans courir à l’eschangel’échange
Use de mesmesmêmes droictsdroits,
SouzSous mesmemême RoyRoi se range
Et vit souzsous mesmesmêmes loixlois.
<TropeTroupe>
Mais comme est advenu entre nous cet esclandre ?
Levi.
1670Pourrions -nous je vous pry'prie un plus grand mal entendre ?
TropeTroupe.
Qui a jamais ouyouï acte tant malheureux ?
Demye tropeDemie troupe
Mais comment vit encorencor' ce paillard amoureux ?
SimeonSiméon.
Qu’une fille nous facefasse endurer telle injure !
Levi.
Souffrir tel deshonneurdéshonneur d’une paillarde impure !
TropeTroupe
1675 Ah fille trop volage !
Demye tropeDemie Troupe
Ah malheureux enfant !
SimeonSiméon.
Oh quel horrible feu va mon cœur eschauffantéchauffant !
Levi
Mais d’où vient ce desborddébord ?
SimeonSiméon.
D’où vient cette insolence ?
Levi.
Qu’une fille se donne une telle licence98 !
SimeonSiméon.
Je crevecrève de despitdépit.
LeviLévi.
Je suis tout hors de moymoi.
Trope
1680Ah malheureux pays !
Demye tropeDemie troupe
Terre sans Dieu, nyni loyloi.
SimeonSiméon.
Je despitedépite le jour que premier je t’ayai veuëvue.
Levi.
Ah fille de bon sens et raison despourveuëdépourvue !
TropeTroupe..
Va Sichem, tu as fait un acte genereuxgénéreux !
Demye trope.Demie Troupe.
VoylaVoilà un fait royal !
Trope.Troupe.
Mais du tout malheureux.
TropeTroupe.
1685Tu as sur une fille emporté la victoire !
Demye trope.Demie Troupe.
OÔ que tu t’es acquis une heroiquehéroïque gloire !
Trope.
N’est-ce point violer le droictdroit de l’estrangerétranger ?
Jacob.
Dieu de mes bisayeuxbisaïeux quand viendras-tu vangervenger
De ce stupre maudictmaudit par ton glaive l’offencel’offense ?
1690D’en avoir ma raison il n’est en ma puissance,
Raison ? quelle raison ? Ô Dieu c’est le pechépéché
Qui s’est secrettementsecrètement dans ma maison caché,
Ou quelque grand forfait dont ma main est souilleesouillée,
Qui ores me faictfait voir ma fille violeeviolée.
1695Je ne croycrois point que Dieu soit sans cause irrité,
Qui à tel deshonneurdéshonneur a ma race apprestéapprêté,
Que mesmemême nos neveux si on le leur raconte,
En grinceront les dents, et rougiront de honte.
Tu as esprisépris le feu peut estre-être d’un baiser,
1700(MeschanteMéchante) qui a sçeusu ce jeune homme embrazerembraser.
Comme le papillon qui roue tant de l’aisleaile
Que luylui - mesmemême se bruslebrûle au feu de la chandelle :
Ainsi cestcet amoureux de soysoi - mesmemême s’est pris
AupresAuprès de toytoi qui mis ton honneur à mesprismépris.
1705Mais quoyquoi ? la liberté outre bord excessive
JettaJeta les fondements de cetcette amour lascive,
En vienne aussi sur toytoi le mal plus que sur nous
Qui esprouvonséprouvons que vaut d’avoir estéété trop doux.
La colerecolère trop ardente,
1710Qui tourmente
NostreNotre sang dans son canal,
Ne permet jamais à l’homme
--- 28v° ---De voir comme
Le bien differediffère du mal.
1715La fureur, tant elle est forte,
Le transporte
Pour quelque temps hors de soysoi :
Et faictfait tant cette folyefolie
Qu’il oublyeoublie
1720Son Dieu, son Prince, et sa loyloi.
Elle faictfait bien, trop severesévère,
Que le PerePère
Dans son brazierbrasier s’eschauffantéchauffant,
DesmentDément, ah cruelle injure,
1725La nature,
Et despitedépite son enfant.
Corrige de cette bestebête,
La tempestetempête
Le mortel, sans s’y fier :
1730Et qu’il luylui serre la bouche
Trop farouche
Dans un frainfrein de fin acier.
Car qui asservit son ageâge
À la rage
1735D’une ire qui le surprentsurprend,
D’un lourd animal champestrechampêtre
Qui [un]100 paistre paître
Je ne le voyvois differentdifférent.
EMOR.
Pauvre homme martelé d’une effroyable crainte,
1740Par quel bout te faut -il ourdir une complainte ?
Comme doydois-je couvrir de mon fils le defautdéfaut
Devant ce peuple HébrieuHébreux qui a le cœur si haut ?
Je sensens jajà que mon sang dans ses tuyaux se glace,
Et la pallepâle couleur qui me couvre la face.
1745JaJà mes bras demydemi-morts commencent à trembler,
Et mon pauvre estomachestomac ne faictfait que panteler.
Une fiebvrefièvre mortelle en ma mouellemoelle rampe,
Et la froide sueur mon corps mymi-gelé trampetrempe.
Mes internes esprits ont perdu leur pouvoir,
1750Et n’ayai membre sur moymoi qui facefasse son devoir.
PourrayPourrais-je bien (malheur) si bien cacher ce crime,
Que mon pallepâle visage, ou ma voix ne l’exprime ?
Chœur des Sichimites.
LE pauvre patient, au plus fort de sa fievrefièvre,
MonstreMontre sur son visage ou au bord de la levrelèvre
1755De son mal la chaleur.
Et ne sçaitsait tant subtil, cacher sa maladyemaladie
Que son corps descharnédécharné, et sa face blesmyeblêmie
N’enseigne la douleur.
Ainsi celuycelui qui sent sa conscience impure
1760Du tout cautériseecautérisée et souilleesouillée d’ordure,
Ne se peut tant couvrir,
Que ses gestes, ses mots, et que sa voix tremblante
Ne vienne plus subit que la foudre drillante101
Ses œuvres descouvrirdécouvrir,
EMOR.
1765Mais ne sera jamais ce regret adoucyadouci,
NyNi ce bourreau tourment qui vous martyre ainsi ?
Jacob.
Ce maudit mal a pris en noznos bras sa naissance,
PourcePour ce à bon droit sur nous en remet102 la vengeance.
Emor.
Il n’est mal si cuisant qu’on ne puisse amoliramollir.
Jacob.
1770Trop aigre est la douleur qui nous vient assaillir.
Emor.
J'ayai vos pleurs, vos sanglots, vostrevotre plainte entendue.
Vous lamentez ce semble une fille perdue :
--- 29v° ---VostreVotre fille en Sichem demeure de plein gré,
Où elle s’est guydeeguidée au souverain degré :
1775Et là un lictlit royal desdès ores luylui ordonne
CeluyCelui qui doit porter apresaprès moymoi la couronne.
Il la tient et cheritchérit, il l’aymeaime cent fois mieux
Que moymoi qui l’ayai nourrynourri, que sa vie, et ses yeux.
Mais ce n’est pas un feuimpudicimpudiq'qui l’enflamme
1780Car il la veut avoir pour legitimelégitime femme,
L’empire que je tientiens souzsous moymoi assubiectyassujetti.
(Mais qui refuseroitrefuserait tant honnestehonnête partyparti ?
Sera par le moyen d'un heureux mariage,
Ainsi que si c'estoitétait vostrevotre propre heritagehéritage,
1785Demeurez parmyparmi nous et nos fillez prenez,
Et les vostresvôtres de mesmemême à nos hommez donnez.
La terre de Sichem est riche et spacieuse
Et pour vostrevotre bestailbétail fecondeféconde et plantureuse,
Menez -y vos traficztrafics, et qu'un noeud mutuel
1790Joigne le Sichimite au peuple d'IsraelIsraël
Et que vostrevotre pucelle au throsnetrône destineedestinée
Soit à mon fils Sichem pour espouseépouse donneedonnée.
Quand l'honnestetéhonnêteté104 joinctjoint
Les coeurs ensemble
1795D'un noeud sacré et sainctsaint
Qui les assemble,
Je ne craindraycraindrai jamais
(Ou je me trompe)
Que ce contractcontrat de paix
1800Se casse ou rompe.
Mais si quelque desborddébord
Ou deffiancedéfiance
--- 30r° ---Articule l'accord
D'une aliancealliance,
1805L'amitié qui naistranaîtra
D'un lieu peu ferme,
SimuleeSimulée, sera
Bien tostbientôt à terme.
Sichem.
Je fremyfrémis, je frissonne, et mes sens tous confus
1810Se perdent, tant j'ayai peur d'un vergoigneuxvergogneux refus,
Mais Sichem, d'où te vient cette nouvelle crainte ?
Ne peux -tu pas user s'il te plaistplaît de contrainctecontrainte ?
Je peux bien le contractcontrat à mon plaisir passer :
Mais l'honnestehonnête amitié se veut -elle forcer ?
1815Aydez Aidez- moymoi à ce coup deitezdéités amoureuses,
Soyez Soyez- moymoi à ce coup, et jamais plus heureuses.
Le Choeur des HebrieuxHébreux
Comme si le grand ciel que nous voyons de loin
VouloitVoulait de nos meschefsméchefs estreêtre chef ou complice,
Et se rendre avec nous autheurauteur de mesmemême vice,
1820Nous l'appelons souvent pour en estreêtre tesmointémoin.
Mais pense penses-tu mortel que ton impietéimpiété
CacheeCachée sous le fard d'une penseepensée caute,
Puisse adoucir le ciel, et qu'une lourde faute
Puisse l'ire adoucir de la divinité ?
1825Penses-tu tes desseins estreêtre si bien couverscouverts
Que les heureux esprits du ciel ne les cognoissentconnaissent ?
Penses -tu aveuglé qu'aux yeux ils ne paroissentparaissent
De ce grand Dieu qui voit par tout cestcet univers ?
La deitédéité qui vit immortelle à jamais
--- 30v° ---1830Les actes des humains equitableséquitables, mesure
Et faisant à chacun egalementégalement droicturedroiture
RecompanseRécompense à bon poixpoids les biens et les malfaits.
Sichem.
HelasHélas si mes regrets peuvent avoir creditcrédit
EscoutezÉcoutez ce qu'Emor mon perepère vous a dictdit
1835Je suis esperduementéperdument esprisépris de vostrevotre Dine
Seule d'un fils de RoyRoi elle me semble digne :
Demandez maintenant tout ce que vous voudrez,
AsseurezAssurez que de moymoi bien tostbientôt vous l'obtiendrez
Si de vous elle n'a assez ample douaire,
1840Je le veux de mon bien abondamment parfaire.
Demandez moy-moi des dons, et ce qu'il vous plaira,
Le tout bien promptement accordé vous sera :
Que Dine soit par vous mon espouseépouse tenue,
Je serayserai bien heureux de l'avoir toute nue :
SimeonSiméon.
1845Nous ne pouvons traictertraiter ce point en ce pays,
NyNi donner nostrenotre soeur à un incirconcis.
LeviLévi
À un incirconcis ?
Demy TropeDemie Troupe
QuoyQuoi ? à un ravisseur ?
SimeonSiméon.
Jamais incirconcis n'espouseépouse nostrenotre soeur,
PlustostPlutôt sur nostrenotre chef tombe la mort subite,
1850Que nous laisser penser cette faute maudite.
LeviLévi.
Non mais si vous voulez nous joindre avecques vous,
Il faut que vous soyez circoncis comme nous.
TropeTroupe.
Ainsi pourrons -nous bien sans quelque offenceoffense craindre
En paix avecques vous nos mariages joindre.
Demye TropeDemie Troupe.
1855Soit tout maslemâle entre vous en suyvantsuivant nostrenotre loyloi
Circoncis dezdès le gueux jusqu'au throsnetrône du RoyRoi.
SimeonSiméon.
Lors entre nous serons communs les mariages.
LeviLévi.
Lors vos filles viendront entrer dans nos mesnagesménages
Lors pourrez -vous aussi nos pucelles avoir.
Dem tr.Demie Troupe.
1860Lors Emor et Jacob en paix se pourront voir.
Lors Emor et Jacob ne feront qu’une ville,
Et ensemble vivront en ce pays fertile.
LeviLévi.
Mais si vous rejettezrejetez la circoncision,
Nous vuyderonsviderons bien-tostbientôt de cette regionrégion.
SimeonSiméon.
1865Et en quelque pays que nostrenotre troupe arrive,
Il faut malgré ses dents que notre sœur la suive.
Emor.
Si cela semble bon à chacun je ne sçaysais,
NeantmoinsNéanmoins pour un coup nous en ferons l’essayessai.
Sichem.
Tant m’est le souvenir de ma Dine agreableagréable,
1870Que pour elle la mort mesmemême m’est delectabledélectable.
VostreVotre dire sera suivysuivi de son effecteffet.
L’effecteffet non le parler, monstremontre l’amyami parfaictparfait,
Les grands de la Cité avec le populaire
En peu de temps seront circoncis pour vous plaire.
Chœur des Sichimites.
1875LA foyfoi, la loyauté
Ont la terre quitteequittée
Et quant à l’équité
De l’antique bonté
Elle nous est osteeôtée.
1880La Justice s’endort
Froide comme la glace :
Le mensonge et le tort,
Et l’outrageux effort
Ont occupé sa place.
1885Ô perepère langoureux,
Ô miserablemisérable meremère,
Ô freresfrères malheureux,
Ô lascif amoureux,
Ô fille trop legerelégère.
--- 31v° ---
1890Les flots qu’on voit baller
Dessus l’onde azureeazurée,
La flamme d’un esclairéclair,
Et la fumeefumée en l’air
Ont bien peu de dureedurée.
1895Ainsi est bien souvent
La fille trop muable,
Qui folefolle va suyvantsuivant
Ce que met en avant
Son penser variable.
1900Aussi tostAussitôt que le RoyRoi
Viole la justice,
Le peuple vit sans loyloi
Attendant quelque effroyeffroi
Pour corriger son vice.
1905Avec souspirssoupirs cuisants,
Bourreaux de mon courage
Je regrette les ans,
Je regrette les temps
Qu’on vit au premier ageâge.
1910Sur la terre marchoitmarchait
La belle vierge astreeastrée,
La fureur se cachoitcachait,
Et de sang ne tachoittachait
Cette basse contreecontrée.
1915EncorEncor' le fer pointu,
Instrument de la guerre,
Le parchemin batubattu,
Ny le cuyvrecuivre tortu
N’espouventoyentépouvantaient la terre :
1920Lors ne courait l’aireau
De l’une à l’autre borne
Tiré par un cordeau,
--- 32r° ---Et n’avoitavait le taureau
Le joug de surdessus la corne.
1925Le bois n’estoitétait vendu,
NyNi le gras heritagehéritage,
Ny Ni le cordeau tendu
Sur le friche fendu,
Pour en faire partage.
1930La course du laquetlaquais
N’estoitétait pas inventeeinventée,
Et n’estoitétait le caquet
AcheptéAcheté au parquet
Pour la cause intenteeintentée.
1935Leurs delicatsdélicats morceaux,
EstoitÉtait la douce feine ,105
Et avec leurs troupeaux
Ils beuvoyaientbuvaient aux ruysseauxruisseaux
D’une belle fontaine.
1940Les fillettes du ciel,
Troupe douce et fecondeféconde,
AssaisonnoitAssaisonnait le miel
À ce bon peuple vieil
Qui lors estoitétait au monde.
1945La brebis ne doubtoitdoutait106
Le loup aymeaime-carnage,
Et la chevrechèvre broutoitbroutait.
Au lieu mesmemême où estoitétait
La TygresseTigresse sauvage.
1950L’on n'avoitavait apperçeuaperçu
La couleuvre qui rampe
Par le buisson moussu
Encor n’auoitn’avait deceudéçu
Le venin qu’on detrampedétrempe
1955 L’on n’entendoitentendait le bruit
--- 32v° ---De Mars nyni de Bellone :
Et le bourgeois de nuictnuit
N’abandonnoitabandonnait son lictlit
À la guerre felonefélonne
1960Aux soldats et meschantsméchants
Ne prenoitprenait lors envyeenvie
De saccager les champs,
Là ravir aux marchands
Et le bien et la vie.
1965L’embuscheembûche du pendartpendard
N’estoitétait au bois tendue :
Et la terre au soudartsoudard107
Pour planter son rampartrempart
N’estoitétait encorencor' fendue.
1970Le dol, la trahison,
La simuleesimulée face,
Le sang nyni la poison108
Ne souilloyentsouillaient la maison
De cette antique race.
1975Le fils ah ! ne tramoittramait
Le trespastrépas de son perepère :
Et lors l’on ne blasmoitblâmait,
Et lors l’on ne nommoitnommait
L’inceste ou l’adultereadultère.
1980L’hostehôte ne se doutoitdoutait
De son hostehôte bijarrebizarre
Qui mesmemême ou il estoitétait
À son huis109 ne mettoitmettait
Le verrouxverrou nyni la barre :
1985L‘Aveugle amour qui ne voit pas,
TraineTraîne ses pas
À la traverse :
Et poulseepoussée d’un petit vent ;
Tombe souvent
1990À la renverse.
L’outrageux qui jouirjouïr ne peut
De ce qu’il veut.
HardyHardi s’efforce.
De ravir ce qu’il tient trop cher
1995Et l’arracher
Des mains par force.
Celle qu’un desirdésir d’honneur poingtpoint
Ne prise point
D’amour la ruse.
2000Mais celles qui n’aymentn’aiment l’honneur
Vont au pipeur
Qui les abuse,
Jamais de ce larron subtil
Un cœur gentil
2005Ne se doibtdoit prendre.
Et n’a dequoyde quoi en tout son art
Le babillartbabillard
Pour le surprendre
OÔ combien se reputerépute heureux
2010Un amoureux
Qui l’honneur prise,
Et celle qui pour la beauté
Sa chasteté
Ne met en prise.
ACTE QUATRIESMEQUATRIÈME
<Levi>
2015ELle ne mourra pas, traistretraître, la felonniefélonie111.
Elle ne mourra pas en ce point impunie
Pense tuPenses-tu de Jacob avoir le nom taché,
Et porter inpunyimpuni aux enfers le pechépéché ?
SimeonSiméon.
Avoir ravyravi l’honneur de ma sœur violeeviolée ?
LeviLévi.
2020Avoir sa chasteté par force maculeemaculée ?
SimeonSiméon.
Je sensens se caillonner les bouillons de mon sang,
LeviLévi.
Je sens horriblement de l’un à l’autre flanc
FremirFrémir mes intestins et froidir mes entrailles,
SimeonSiméon
Mille ardantesardentes fureurs me livrent leurs batailles :
2025Ne verrayverrai-je jamais ce scandale effacé ?
LeviLévi.
Ne verrayverrai-je jamais ce paillard terrassé ?
Je jure par le ciel, où Dieu a mis son siegesiège,
Que j’aurayj’aurai ma raison en briefbref du sacrilegesacrilège.
SimeonSiméon.
Est-ce pour te mocquermoquer, dydis traistretraître ravisseur,
2030De venir demander à femme nostrenotre sœur,
ApresAprès avoir faictfait d’elle (ah trop juste rancune!)
Pis que l’on ne feroitferait d’une fille commune.
LeviLévi
Oh l’horrible fureur qui soubssous un feu nouveau
Va sans cesse rouant dans mon pauvre cerveau !
SimeonSiméon.
2035Est - ce un acte royal dydis desloyaldéloyal perjureparjure
De faire à l’estrangerétranger recevoir cette injure ?
LeviLévi.
C’est acte de tyran, et non d’un noble RoyRoi
De mettre soubssous ses pieds Dieu, justice, et la loyloi.
SimeonSiméon.
Est-ce l’acte d’un RoyRoi qui d’un peuple a la garde
2040De seduireséduire une vierge et la rendre paillarde ?
LeviLévi.
Tu sentiras que vaultvaut la force de ce bras,
SoubsSous lequel aujourd’huyaujourd’hui tout mort tu tomberas,
Et ta putyereputière chair ou plustostplutôt ta charongnecharogne
Sera pour le repas d’une vieille leonnelionne.
SimeonSiméon.
2045SeCe seroitserait estreêtre à toytoi (Sale Bouquin) trop doux,
Qui t’enseveliroitensevelirait en la pancepanse des loups.
LeviLévi.
Ils sont tous circoncis, et voicyvoici la vrayevrai' heure
Qu’il faut que de Sichem toute la race meure.
SimeonSiméon.
Ils trainenttraînent languissants, un corps demydemi pasmépâmé,
2050Qui a vuydévidé son sang par le lieu entamé :
Mais je leur tireraytirerai par le grand Ciel j’en jure,
L’esprit déjà damné par une autre ouverture.
LeviLévi.
Excitez - vous dans moymoi, vous qui jajà bouillonnez
De nouveau feu esprisépris, mes sens passionnezpassionnés,
2055À finAfin qu’estansétant menezmenés d’une ardanteardente furyefurie,
Vous faciezfassiez regorger de sang la boucherie,
Et qu’on voyevoie bien tostbientôt milemille corps trespasseztrépassés,
Et milemille qui seront l’un sur l’autre entassezentassés,
Pour joncher le pavé de la cité mauldictemaudite.
2060Que mon coeur embrasé cent mille fois depitedépité,
Et vous lampes du ciel servez - moymoi, pour le moins,
En ce faictfait genereuxgénéreux de cent milemille tesmoinstémoins.
SimeonSiméon.
Infernale fureur ores trop pitoyable,
Ne veux-tu pas vangervenger ce faictfait tant detestabledétestable ?
2065Et toytoi Ciel ennemyennemi peux-tu bien voir encorencor'
Un tige si maudit en la terre d’Emor ?
Terre qui me desplaitdéplaît ouvre ton large ventre,
Ouvre -le à finafin que vif ce malheureux y entre,112
Je jure par le Dieu vivant auquel je sers,
2070Que ce fer t’envoyraenverra au profond des enfers,
Il faut, il faut racler et de tout point abatreabattre
D’un bras encouragé cette gent idolatreidolâtre.
LeviLévi.
EnyvreEnivre - toytoi tantosttantôt oô malheureux pays
Du paillard sang de ceux que trop gras tu nourris
2075Tu es, mon SimeonSiméon, ma seconde personne :
Devant le Dieu puissant ma dextre je te donne,
Et atteste le ciel et la terre, et la mer,
--- 34v° ---Tout vif puissepuissé-je donc au sepulchresépulcre abismerabîmer )113
Si je ne suis tes pas, et si du Sichimite
2080Je n’arrache du tout la semence mauldictemaudite.
SimeonSiméon.
Avoir de nostrenotre sœur ainsi l’honneur ravyravi ?
Je jure, je promets, je proteste, LeviLévi,
Que je ferayferai tomber soubssous mon fer ces superbes,
Ainsi que soubzsous la faux l’on voit tomber les herbes,
2085Je sensens jajà dans mon sang cent couleuvres ramper,
Et comme en un estangétang là - dedans se trampertremper.
Car quand exactement je pense à cet outrage,
Tous mes sens sont esmeusémus et fremissentfrémissent de rage,
Mais ne sommes - nous pas fils de cet Abraham
2090Qui versant les soldats braves de Canaam
Vit quatre Rois puissants mettre au fil de l'espéeépée
Et tirer de leurs mains cette terre occupeeoccupée
Qu’eux mesme-même' avoyent avaient dejadéjà par belliqueux effrois
RavyRavi injustement en despitdépit de cinq Rois ?
2095N’eut -il pas sa raison voire en pleines batailles,
(En despitdépit d’Amraphel) de toutes ses canailles,
Du tort qu’ils avoyentavaient faictfait à la maison de loth ?
PourquoyPourquoi ne ferons -nous le mesmemême dans Socoth ?
Il vengea son nepveuneveu en bataille rangeerangée
2100Par un carnage aussi Dine sera vengeevengée.
LeviLévi.
Mais ce peuple bastardbâtard incirconcis de cœur,
Pense avoir appaiséapaisé du tout nostrenotre rancœur,
Pour avoir aujourd'huyaujourd’hui tranché sa chair polue.
Mais il a racourcyraccourci sa vie dissolue :
2105Car ores de la playeplaie ouverte la douleur
FaictFait à tous perdre cœur force, sang et couleur,
Et leur fera aussi promptement perdre l’ameâme
Car tant que durera en ma main cette lame,
Ce peuple malheureux, faictfait en despitdépit de Dieu,
2110À son dam sentira quel est le peuple HebrieuHébreux,
Chœur des Sichimites
114Se pouvoit pouvait-il trouver
Se pouvoitpouvait il couver
Plus horrible scandale
Pour le PhereseenPhariséen
2115Pour le ChananeenCananéen
Et pour la cour royale ?
Ah miserablemisérable RoyRoi
JaJà se saisit de toytoi
L’effroyable tuerie.
2120Tu sens dejadéjà l’effort
De l’effroyable mort
Qui à ta porte crie.
VoyVois les bourreaux destins,
VoyVois des enfants mutins
2125Qui d'un bouillant courage115
Malgré tous les valets,
Vont remplir tes palais
D'un horrible courage.
N’eust N’eût-il pas mieux valu
2130Que ton corps jajà polu
Sichem, fustfût mort en guerre,
Que voir ton sang espaisépais
TramperTremper par tes mesfaictsméfaits
Ta naturelle terre ?
2135Faut-il qu’un dueildeuil si grief
Soit d'un plaisir si brief116
La juste recompenserécompense,
Et que le mal cuisant
MeurdrisseMeurtrisse l’innocent
2140Quand au mal il ne pense ?
--- 35v° ---
Souvent pour un pechépéché
Le sang est espanchéépanché
De toute une province ;
Et un peuple infini
2145Bien souvent est punypuni
Pour le meffaictméfait du prince.
Vieillard infortuné
Ton pauvre corps trainétraîné
Sur le pavé sanglote,
2150Et le sang espaissiépaissi
Hors de ton corps transi
Dans la poussierepoussière floteflotte.
JaJà Sichem recourbé
Sur la terre est tombé.
2155JaJà les cruelles Parques
Le vent culebutant
Où leur rigueur attandattend
Les plus braves monarques.
QuoyQuoi mon jeune seigneur ?
2160QuoyQuoi est -ce là l'honneur
Que fortune te donne,
Est -ce là le chemin
Où elle par la main
Te trainetraîne à la couronne.
2165Certes je ne voyvois pas
SoubsSous la charge d’Atlas
Un bien qui tienne ferme
Mais je voyvois nostrenotre bien
Qui treuvetrouve en moins de rien
2170Le droictdroit but de son terme.
Ah jeune audacieux !
Un plaisir vicieux
Qui charmoitcharmait ta penseepensée,
--- 36r° ---A de ce pays gras
2175Que plus tu ne verras,
La ruine avanceeavancée.
Le pourpre élabouréélaboré,
Le velours chamarré
Les princes n’anoblissent,
2180Mais les belles vertus
Quand ils en sont vestusvêtus,
Les grands Rois enrichissent.
Or gistgît sur le pavé
NostreNotre enfant dépravé
2185RoydeRaide, transi, et blesmeblême,
Qui rend, trop amoureux,
Son pays malheureux,
Et son perepère, et soy-mesmesoi-même.
JE ne fayfais pas grand compte
2190Du vicieux desirdésir,
Quand la peine surmonte
De tout point le plaisir,
J’aymeaime bien la beauté
Jointe à la chasteté.
2195La jeunesse insenseeinsensée
HelasHélas ne cognoitconnaît pas,
L’effecteffet de la penseepensée
Qui talonne ses pas,
Et son malheur ne sent
2200Qui luylui est tout presentprésent.
Quiconque voudra, suyvresuivre
Son plaisir vicieux :
Que de sens il se prive,
--- 36v° ---Qu’il se bande les yeux,
2205Mais quelque jour viendra
Qui bien le chastyerachati'ra.
L’amour la jeune flameflamme
Et le sang trop bouillant,
Nous vont jusquesjusque dans l’ameâme
2210Sans cesse bourrelantbourrellant,
Et retranchent le cours
Bien souvent de nos jours.
L’amour trop violente117
Ne faictfait que nous troubler,
2215Et sa dextre118 sanglante
Dans nostrenotre sang mouiller,
Pour nous faire sentir
Trop tard le repentir.
ACTE CINQUIESMECINQUIÈME.
<SimeonSiméon>
TU es doncques vengé maintenant, IsraelIsraël,
2220Tu es ores vengé et l’exemple en est tel
Que tous ceux qui de nous doivent un jour descendre
Seront tous estonnezétonnés seulement de l’entendre.
Ces paillards bordeliers auront pour leurs tombeaux
Les ventres affamezaffamés des loups et des Corbeaux :
2225Or vienne maintenant le foudre119 et le tonnerre
BrulerBrûler ces vilains corps qui infectent la terre,
Et que la cendre soit de cet amas puant
Par milemille estourbillons120 esparpilléeéparpillée au vent.
Dine.
Ô Dine malheureuse ! oô malheureuse Dine !
2230De la terre, et de l’air, et des vagues indigne,
Où sont tes jours heureux ? où est ton beau printemps,
Mais quel bien advenir est-ce que je pretensprétends ?
--- 37r° ---Qui me retient encorencor' que cette main cruelle
Ce corps qui tant me put, sanglante, ne bourrelle.
2235De quel œil me verront mes parensparents offencezoffensés,
Qui sont de deshonneurdéshonneur par moymoi recompensezrécompensés ?
Ah ! perepère je partis d’avecques vous pucelle,
Mais tant que vous vivrez vous ne me verrez telle.
Bourreau CananeamCananéen que ne m’as -tu ostéôté
2240L’ameâme passionneepassionnée avec la chasteté ?
Que diront nos neveux quand cette histoire escriteécrite,
Leur dira que par moymoi le peuple Sichimite
A passé sans pitié par le fil d’un trenchanttranchant ?
OÔ cruelle douleur qui me vais121 desseichantdesséchant
2245Retranche, au moins, le cours des maudites anneesannées
Que trop longues je voyvois à ma vie ordonneesordonnées.
PourquoyPourquoi ayai-je receureçu en ce mortel sejourséjour
Ah, (malheureusmalheureux pour moymoi) la lumierelumière du jour !
Frappez, freresfrères frappez à mort cette chetivechétive
2250Qui trop vous deplairadéplaira tant qu’elle sera vive :
Et chassez aux enfers cette ordure là -bas
Qui digne du haut ciel et du monde n’est pas.
LeviLévi.
Facilement la vierge est par force outrageeoutragée,
Et impuissante n’est de la coulpe122 chargeechargé.
2255Mais la justice doit son glaive punisseur
DeschargerDécharger sur le chef d’un paillard ravisseur.
Sichem a fait l’outrage, et voylavoilà la main forte
Qui a puisé le sang de sa charongnecharogne morte :
Ores gistgît estenduétendu tout mort sur le pavé,
2260Et le peuple sans Dieu et son RoyRoi depravédépravé,
Mais d’un genre meschantméchant plein d’orgueil et d’audace,
N’en doit -on pas du tout exterminer la race ?
Quand aux hommes plus forts, je m’assure qu’ils sont
En tel poinctpoint que jamais vierge ils ne forceront,
2265Marchez Dine ma sœur, marchez sans plus attendre
--- 37v° ---Car je veux au logis de mon perepère vous rendre.
À Grand peine voit -on
PirouëtterPirouetter l’orage
Au ventre d’un nuage
2270En la chaude saison,
Que de cette prison,
Et la tempestetempête forte,
Et le feu sans mercymerci
Et le vent qui le porte
2275Ne vienne jusqu’icyjusqu’ici.
À peine le malheur,
Le malheur qui bourrelle
Cette vie mortelle,
Comme Aquilon la fleur,
2280Va sans quelque douleur.
Et une autre seconde :
Car jamais un effroyeffroi
Sans l’autre ne nous sonde
Qu’il tire avecques soysoi.
2285Si tostSitôt que le torranttorrent,
ApresAprès une lavasse,
Aux prezprés vient prendre place ,
Par toutPartout il va courant,
À ses talons tirant
2290Les gros membres des roches
Et les chesneschênes moussus
Qui se dressoyentdressoient trop proches
De cent coupeaux bossus.
Il abismeabîme en ses flots
--- 38r° ---2295EscumantsÉcumants de furyefurie,
L’honneur de la prairyeprairie
Et les boutons declozdéclos
Tous fraîchement esclozéclos,
Des perles esmailleesémaillées,
2300Qui d’un teinctteint non pareil
Se monstroyentmontroient estalleesétalées
Aux deux yeux du Soleil.
Ravisseur enragé,
Il perd en sa colerecolère
2305Et l'AigneauAgneau et la meremère :
Et dans son fil changé
Est souvent oultragéoutragé
CeluyCelui qui point n’y pense :
Et mesmemême sa fureur
2310DesrobeDérobe l’espéranceesperance
Du maigre laboureur.
Ainsi l’homme bouillant
Qui se laisse conduyreconduire
À la rage de l’ire,
2315D’un esprit turbulantturbulent
Va ses membres souillant
Dans une mort sanglante.
Et enferre, cruel,
La personne innocente
2320Avec le criminel.
<TropeTroupe>
Que songes-tu caignardcagnard maintenant au foyé124
Puisqu’un si beau chemin devant toi s’est frayé ?
Demy TropeDemie Troupe
QuoyQuoi Israël ? dors- tu ? as- tu perdu la trace
Et l’animosité de ton antique race ?
Trope.Troupe.
2325Nos ayeuxaïeux aymoyentaimaient mieux cent milemille fois mourir,
Qu’un acte vicieux à leurs portes nourrir.
Demy TropeDemie Troupe
C’est bien peu d’estred’être issu de race genereusegénéreuse
Si du perepère on ne suit la sente vertueuse.
Trope.Troupe.
Oublier tel forfait sans en avoir raison ?
Demy Trope.Demie Troupe
2330Souffrir si lachelâche tour dedans nostrenotre maison ?
Trope.Troupe.
J’atteste le grand ciel et les flambeaux nocturnes,
Que tout le reste ira aux ombres taciturnes.
Demy TropeDemie Troupe
Ces paillards sont dejadéjà foudroyezfoudroyés aux enfers :
Mais il faut que leurs champs se changent en desersdéserts,
2335Et que leurs jardins soyentsoient une pleineplaine sterilestérile,
Et leur sale cité perde le nom de ville.
Trope.Troupe.
Laissons à nos neveux une eternelleéternelle horreur
Pour marque du delictdélit et de nostrenotre fureur.
Demy TropeDemie Troupe
Ha, gentil SiméonSymeon ! que tu as de courage
2340De force, de vertu, et de sens plus que d’ageâge
Et toytoi l’autre moymesmemoi-même, et toytoi frère LeviLévi,
Que ton cœur invincible aujourd'huyaujourd’hui m’a ravyravi.
Vos punissantes mains ont commencé l’ouvrage,
Mais ores nous allons mettre à chef ce carnage.
Trope.Troupe.
2345Il faut le residurésidu en piecespièces chiqueter :
Qui pourra là -dedans à nos coups résisterresister ?
Qu’il ne demeure rien non plus que si la foudre
EslanceeÉlancée du ciel avaitavoit tout mis en pouldrepoudre :
Qu'on voyevoie à mille flots les flammes ondoyer
2350Qu’on oyeoie125 les mourants horriblement crier :
Et prenons des troupeaux les bestesbêtes toutes vives
Les filles, les enfants, et les femmes captives.
Choeur des Sichimites.
126SOleil qui vois de toutes parsparts,
Et sur nos testestêtes jettes
2355Tes ardantesardentes sagettes127,
Et tes traits çà et là esparsépars,
Ne vois-tu point le sang
Qui (ah cruelle espreuveépreuve)
De nostrenotre terre abreuve
2360Et le ventre et le flanc ?
Faut-il, sanguinaires guerriers,
Pour la faute d'un Prince,
Que toute une province
Sente vos coutelas meurdriersmeurtriers ?
2365Et que l'impietéimpiété
D'une seule personne
De tant de maux étonne
NostreNotre pauvre cité.
Sichem, c'est toytoi qui as mesfaictméfait,
2370Pendant ton peuple crie
Qui à la boucherie
Est miserablementmisérablement defaictdéfait,
Comme un pauvre taureau
Destiné à l'ofrandeoffrande
2375Qui rien plus n'aprehendeappréhende
Que le coup du bourreau.
Tu devroisdevrais du moins pardonner
À la douillette enfance
Qui n'a point de deffencedéfense,
2380Et le jeune sang espargnerépargner.
Et pardonner aussi
DevoitDevait ta main cruelle
--- 39v° ---À la tendre pucelle
Qui te crie mercymerci.
2385SI quelque pitié est en toytoi
Ta tant juste entreprise
Dessus la barbe grise
Ne devoitdevait pratiquer sa loyloi :
Moins encorencor' tes tranchants,
2390Et ta dextre robuste,
OultragerOutrager l'homme juste
Avecques les meschantsméchants.
Mais la rage, qui ardammentardemment
Dans le cerveau bouillonne
2395D'une tourbe felonnefélonne
Marche si [furieusement],
Qu'il n'y a frein tant fort
Qui de cette malice
Tenir souzsous bride puisse
2400Un quart d'heure l'effort.
DejaDéjà le tranchant depravédépravé
AvoitAvait à la colerecolère
Et l'enfant et le perepère
Versé sur le pavé :
2405Mais las, la fin du jeu,
Comme une hostile guerre
Met le reste par terre
Et la cité en feu.
À DieuAdieu mon pays bien ayméaimé
2410Qui le coeur me fais fendre
En re voyant en cendre
À mon grand regret consumé :
Recueille de mon oeil
Les larmes qui s'espandentépandent,
2415Et tesmoignagestémoignages rendent
--- 40r° --- 128FidellesFidèles de mon dueildeuil.
À DieuAdieu ma cité qui soulois129
Superbement mureemurée,
Tenir cette contreecontrée
2420DessouzDessous la rigueur de tes loixlois :
Allant chercher le lieu
Où le sort me destine,
Je baise ta ruyneruine
Pour le dernier à Dieuadieu.
<Jacob>
2425FAlloit FAllait-il malheureux ! tant tant se desborderdéborder ?
Falloit Fallait-il donc ainsi dans Sichem aborder ?
Falloit Fallait-il donc meurdrirmeurtrir d’une main si sanglante,
Avec le criminel la personne innocente ?
Un seul ou deux au plus nous avoyentavaient offencezoffensés,
2430Un seul ou deux au plus nous avoyentavaient courroucezcourroucés ,
Falloit Fallait- il donc meurdrirmeurtrir milemille innocensinnocents et milemille,
Et pour un mettre en feu et en sang une vileville ?
Simeon
Un Prince mal vivant de son peuple est suivysuivi :
Son peuple s’il vit bien faictfait ainsi comme luylui.
Si le Prince a du bien le peuple s’en contente.
2435S’il a du mal il faut que le peuple s’en sente.
Jacob
Ah ah pauvre Jacob ! Ah perepère malheureux !
Impatients regrets ! ô jours trop langoureux
Qui me trainestraînes par force à l’ageâge decrepitedécrépite,
Avec mille travaux que le temps me suscite !
2440Ma fille est violeeviolée, et mes cruels enfansenfants,
Ont bandé contre moymoi tous les CananeansCananéans,
[Naturels]130 habitants de cette riche terre,
Qui mutinezmutinés, viendront me mouvoir une guerre.
--- 40v° ---Où sera mon secours en ce lieu estrangerétranger,
2445Quand mille hommes contre un viendront sur moymoi charger ?
LeviLévi
Un noble cœur ne peut souffir la vilennyevilennie,
Un noble cœur ne peut voir telle tyrannie.
J’aymeaime mieux trespassertrépasser de cent diverses morts,
Que de voir IsraelIsraël souillé par tels efforts.
2450La mort me sera douce, après l’aspreâpre vengeance
Qui a punypuni le tort d’une execrableexécrable offenceoffense,
QuoyQuoi ! vouliez -vous laisser impunyimpuni ce mutin131,
Abusant de ma sœur comme d’une putain ?