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Thébaïde

par Jean Robelin (1584)
  • Edition de Alain Cullière
  • Transcription, Modernisation et Annotation : Alain Cullière
  • Encodage : Nina Hugot
  • Relecture : Milène Mallevays

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THEBAIDETHÉBAÏDE
TRAGEDIETRAGÉDIE COMPO-
SEESÉE PAR JEAN ROBELIN DU
CONTECOMTÉ DE BOURGOIGNEBOURGOGNE.

À MONSEIGNEUR
le Duc de Lorraine.


AU PONT-À-MOUSSON,
Par Martin Marchant, Imprimeur de Mon-
seigneur le Duc de Lorraine.

M. D. LXXXIIII.

THÉBAÏDE, TRAGÉDIE DE JEAN ROBELIN (1584)
par Alain Cullière

L’auteur

Originaire d’Arlay, au comté de Bourgogne, Jean Robelin est venu poursuivre ses études à la faculté de droit de Pont-à-Mousson, qui avait ouvert ses portes en octobre 15811. Au début de l’année 1584, sans doute pour étrennes, il offrit au duc de Lorraine Charles III sa tragédie Thébaïde, qu’il venait d’écrire et qui fut imprimée sur place. Le duc lui fit remettre vingt écus de récompense2. Robelin est resté à Pont-à-Mousson jusqu’en septembre 1584 au moins, terme de l’année universitaire3. Il alla ensuite étudier la médecine à Paris. Il publia dès son arrivée un recueil de poèmes latins qu’il présente comme des Juvenilia composés en Lorraine4. Au cours des années suivantes, il fit paraître diverses pièces de circonstances. Il participa notamment aux hommages funèbres rendus à son compatriote Jean-Édouard du Monin, assassiné en novembre 15865. Dans ses plaquettes, où il évoque quelques événements importants survenus pendant la huitième guerre de Religion, il épouse franchement la cause royale. Ses derniers vers connus font l’éloge d’Henri III au moment de la réunion des États de Blois, en octobre 1588. On n’a pas retrouvé sa trace au-delà.

Robelin est un patronyme fort courant. À la Renaissance, on le rencontre fréquemment en Bourgogne, aussi bien en terre française qu’en terre impériale. Parmi les personnages notoires, citons Vincent Robelin, qui était conseiller au parlement de Dijon depuis 1571. Il avait deux fils, Jean et Vincent. Ce dernier allait par la suite devenir président à mortier de ce même parlement6. En 1579, les deux frères étudiaient à Paris sous la tutelle d’André Robelin, prêtre et procureur du collège de Cambrai, qui était probablement leur proche parent7. À Vuillafans et Montgesoye, au bailliage d’Ornans, on trouve également aux XVIe et XVIIe siècles toute une dynastie de Robelin, très ramifiée8. Mais notons surtout la présence à Arlay, dans les années 1570, d’un notaire nommé Jean Robelin, dit le Vieux, qui fut fait lieutenant du bailli local en 1581, ainsi que celle d’un certain Jean Robelin le Jeune, habitant le même quartier, sans doute son fils9. Il est probable que l’auteur de la Thébaïde appartenait à cette famille10. Comme sa région était alors dévastée par les armées de passage11, on comprend qu’il ait voulu s’en écarter, tout en poursuivant sa formation. Outre l’intérêt qu’offrait sa jeune université, la Lorraine avait l’avantage, à peu de distance, d’être épargnée par les guerres.

La pièce

En août 1582, l’imprimeur verdunois Martin Marchant fut autorisé à installer une presse à Pont-à-Mousson pour répondre aux besoins universitaires. De nombreux avantages lui étaient offerts, en particulier une garantie d’exclusivité, mais il était étroitement assujetti au recteur en qualité d’officier juré12. Il n’a fourni au début que des textes officiels ou de prestige. On ne lui connaît aucun manuel scolaire avant 158613. Dans ces conditions, la publication de la Thébaïde, à la fin de 1583 ou au début de 1584, paraît exceptionnelle. Comme rien ne pouvait être imprimé sans autorisation, il faut supposer que le jeune auteur a entrepris des démarches auprès du doyen de sa faculté, sans doute aussi auprès des jésuites qui régentaient le collège et les facultés des arts et de théologie, et bien évidemment auprès de l’imprimeur qui ne pouvait répondre sans rémunération à des commandes personnelles. Dans une longue épître figurant dans son recueil de Poemata, Robelin évoque le travail et les frais considérables exigés par les typographes pour mettre en lumière la moindre « bagatelle »14. Si sa pièce a paru à compte d’auteur, les vingt écus qui lui furent octroyés par le duc de Lorraine ont pu servir d’indemnisation. Le tirage fut forcément limité. Dans les années 1620, les exemplaires étaient déjà rares, puisque des gens de théâtre jugeaient utile d’en faire des copies manuscrites15. Dans ces conditions, il est difficile de parler d’influence ou de postérité16.

La Thébaïde de Robelin a-t-elle été jouée à Pont-à-Mousson en son temps ? Sur les premières décennies de l’université lorraine, on ne dispose que d’une chronique rédigée par le jésuite Nicolas Abram et demeurée manuscrite. C’est une source fiable et détaillée17. Toutes les pièces jouées depuis le début y sont recensées, avec leurs titres, les circonstances de leur représentation et parfois, pour les séances festives, les réactions du public. Les spectacles se déroulaient à l’origine dans les appartements des jeunes princes lorrains inscrits comme étudiants. À partir de 1582, une salle fut aménagée pour les événements solennels, qu’il s’agisse de théâtre, de soutenance de grades ou de distribution des prix, en partie financée par le pouvoir ducal18. À aucun moment Abram ne parle de la Thébaïde de Robelin. En 1845, Jean-Nicolas Beaupré la cite dans ses Recherches bibliographiques avec simple renvoi au Manuel du libraire19. Trois ans après, dans une monographie sur le théâtre lorrain, l’archiviste Henri Lepage la cite à son tour, en se référant à Beaupré, et ajoute, sans preuve, qu’on la représenta dans la salle inaugurée quelques mois plus tôt20. Dans une autre monographie, censée compléter la précédente, il est même précisé que l’auteur était un jésuite, « le P. Jean Robelin »21. La Bibliothèque de la Compagnie de Jésus fait également apparaître la Thébaïde dans la liste des pièces produites au collège de Pont-à-Mousson, mais on ne peut rien en déduire, les auteurs de cette Bibliothèque ayant tendance à mettre au crédit des jésuites tout ce qui fut publié dans les villes où ils avaient des établissements22. En définitive, toutes ces données cumulées sont sans fondement.

Si l’impression de la Thébaïde fut autorisée, c’est peut-être parce que les maîtres de l’université avaient estimé qu’elle présentait un intérêt pédagogique en raison de sa nouveauté. Dans son avis Au lecteur, Robelin déclare avoir voulu s’affranchir des modèles pour élaborer un « discours tragique » à sa façon. Évidemment il n’envisageait pas de toucher au récit ou d’aller au-delà de ce que permet la « dispense poétique ». On constate d’ailleurs que Ronsard et Du Bartas guident sa plume et qu’il a manifestement lu Sénèque et les auteurs de son temps, Garnier en particulier23. En fait, son « artifice » propre est plutôt formel. Au lieu d’imaginer une action qui évolue vers la catastrophe, à la façon des tragiques grecs et de leurs imitateurs, il a construit une pièce statique, qui juxtapose les différents moments de l’histoire thébaine sans valoriser tel ou tel protagoniste, comme Stace, mais sans le copier. Le titre qu’il a choisi reflète d’ailleurs son intention. De façon fort originale, il fait jouer à Amphiarée le rôle du personnage protatique et à Tydée celui du confident. Il introduit Étéocle et Polynice sans les mettre face à face. Jocaste les affronte séparément. De même, Antigone et Ismène, la première au côté de son père et la seconde au côté de sa mère, ne se rencontrent pas. Œdipe et Créon sont absents. La question posée par la sépulture de Polynice est simplement évoquée. La pièce s’achève par le suicide de Jocaste. En définitive, Robelin s’est imposé moins de contraintes que Garnier, mais son style n’est pas aussi « doux-coulant ».

Tout comme le cinéma peut faire découvrir un roman et inciter à le lire, la Thébaïde de Robelin est la mise en voix française d’un des plus célèbres drames antiques. Elle le donne à entendre, elle le rend perceptible et familier. Libre au professeur de susciter ensuite la curiosité de son auditoire par la lecture et le commentaire. Rappelons que Stace était encore à la Renaissance aussi étudié qu’Ovide et Virgile24.

Dans certaines archives municipales, il est fait parfois mention de représentations théâtrales scolaires données avec le soutien financier de la ville. On apprend par exemple que les régents du collège de Metz auraient fait jouer en 1609 « une partie des Æneides de Virgile »25. C’était là un choix banal, commode et à moindres frais. Il s’agissait de sélectionner, dans le plus grand classique des programmes scolaires, un épisode remarquable, comme la descente aux enfers ou le concert des dieux avant les combats, puis de le sectionner en tirades pour différents acteurs. Des tréteaux et une toile peinte à l’arrière pour décor suffisaient à ce type de spectacle, sans mise en scène, strictement oratoire. Or la Thébaïde de Robelin, par sa composition, se prêtait aussi parfaitement à ce type de jeu. Chaque acte, et même chaque scène, avec son argument étoffé pour mise en situation, pouvait donner lieu à une séquence déclamatoire autonome. Si la pièce n’a pas été représentée au sens où nous l’entendons aujourd’hui, elle a pu servir à de tels exercices, éventuellement solennisés, aussi bien chez les jésuites que chez les juristes. On ne pouvait accéder au prétoire ou à la chaire sans maîtriser l’art de la parole.

Quelques tragédies françaises du temps ont pris directement leur sujet dans l’actualité, comme le Coligny de Chantelouve ou la Guisiade de Pierre Matthieu. D’autres, à partir d’un thème antique ou biblique, se présentent comme « vrais miroirs » des malheurs présents26. Dans l’ensemble, ce théâtre, avec son lot de désastres, faisait écho aux malheurs du royaume. Il était notamment difficile, en redécouvrant l’histoire de Thèbes avec ses luttes fratricides, de ne pas songer aux guerres civiles dont on souffrait depuis plus de vingt ans. Cela dit, on aurait tort de faire une lecture strictement politique de tout ce que les auteurs pouvaient produire à l’époque. Même s’il a été séduit par Garnier, dont l’Antigone fut plusieurs fois réimprimée depuis 1580, même s’il était comme lui conscient de vivre un âge « misérable » et de traverser un « siècle de fer »27, Robelin semble avoir voulu, avant tout, dérouler un beau tableau tragique, dont les historiens et les poètes lui fournissaient la matière. Comme on l’a dit, il a composé sa Thébaïde en 1583, dans un climat plutôt serein. Les conflits avaient pris fin en novembre 1580, avec la paix de Fleix. C’est seulement après la mort du duc d’Anjou, le réveil des ambitions et la reconstitution de la Ligue, à l’automne 1584, que le spectre de la guerre allait réapparaître28.


Bibliographie

La Thébaïde

Illustration de la page de titre de Thébaïde de Jean Robelin
Thébaïde. Tragédie composée par Jean Robelin du comté de Bourgogne. À Monseigneur le duc de Lorraine Paris BnF, Arsenal 8-BL-14068 – La base USTC mentionne faussement un exemplaire à l’UB d’Utrecht. – Nyon 17231, p. 28 ; RBLIFSS, IV, p. 39 ; Cullière [1999], p. 863 ; Cullière [2000], n° 58, p. 97-98. → Copie manuscrite du début du XVIIe siècle (sans la dédicace au duc de Lorraine et sans l’avis final Au lecteur) : Chantilly Musée Condé, ms 687 (1604) [XX AII 15], f. 164 v°-194 v° – Soleinne 811 ; Cullière [2012], p. 88. → Réédition : par Daniela Boccassini, TFR, p. 455-575.

Autres œuvres de Jean Robelin

Joannis Robelin Burgundionis Poemata. – Parisiis : apud Marcum Orry, in monte Divi Hilarii, 1585, in-8° : 141 p. Besançon BM, 223043 (exemplaire mutilé) ; Dresde SLUB, Lit.Lat.rec.A.1286 ; Londres BL, 1213.k.37 (millésime modifié 1586) ; Londres UCL, Strong Room C 1585 R6 ; Madrid BN, R/44318 ; Paris BnF, YC-8560.
Taphiodacrye ou Larme funèbre sur le déplorable trépas de Jean-Édouard du Monin, poète philosophe [† 5 novembre 1586], contenant une apostrophe satirique à certains encomiastes qui, se proposant de faire vivre autrui, se sont misérablement ensevelis eux-mêmes. Par J. R. B. – Paris : chez Marc Orry, rue Saint-Jacques, à l’enseigne du Lion rampant, [1587], in-8° : 13, [3] p. – 49 quatrains. Chicago Newberry Library, Case folio BX4060.A1 S25 ser. 1 v. 57. → Reprise, p. 1-7, 2e pagination, dans un recueil de pièces funèbres à la mémoire de Jean-Édouard Du Monin et Jean des Caurres, édité par Georges L’Apostre à Paris, chez Étienne Prévosteau en 1587, comportant trois tirages avec pages de titre différentes : Le tombeau […] avec quelques épitaphes… (Le Mans BM, Rés. BL 8° 2021) ; Les tombeaux… (Le Mans BM, BL 8° 2019, en ligne dans BVH-Bibliothèques Virtuelles Humanistes ; Paris Bibl. Mazarine, 22017) ; Recueil d’épita[p]hes en diverses langues… (Le Mans BM, H 8° 6589, en ligne dans BVH ; Paris BnF, 8-LN27-6670). – Pantin / Magnien, p. 460.
Sonnet à l’auteur, f. A3 v°, dans : Discours funèbre sur le trépas de Jean-Édouard du Monin, poète philosophe… Composé par J.D.P.P. – Paris : chez Didier Millot, imprimeur demeurant à la rue de la petite Bretonnerie, [1587], in-4° : [14] f. Paris Bibl. Mazarine, 4° 10627-10. – Pantin / Magnien, p. 461.
Discours de la défaite des Suisses en Dauphiné, par très valeureux seigneur Monseigneur de La Valette, contenant la vraie histoire de la récente prise et reprise de la ville de Mont[é]limar. Par J. Robelin Bourguignon. – Paris : chez Guillaume Linocier, au mont Saint-Hilaire, à l’enseigne du Vase d’or. Avec privilège du roi [26 août 1587], in-8° : 11, [1] p. Amiens BM, H 2613 A ; Cambridge (USA) Harvard Libr., Houghton Libr. 2019-340(7) ; Carpentras Bibl. Inguimbertine, M. 709 ; Paris BnF, 8-LB34-366 et 366A ; Wolfenbüttel HAB, A:95.19 Pol(3). – Contient un Discours de la défaite en prose (p. 3-8) et un Discours à la louange de La Valette en 58 alexandrins (p. 9-11). Il existe un tirage sans mention de l’auteur au titre. → Suivant la copie imprimée à Paris, chez Guillaume Linocier, 1587, in-8° : [8] p. (Paris BnF, 8-LB34-366B) – Ne contient que le Discours en prose. → Rouen : chez Richard L’Allemant, 1587 (Aix-en-Provence, Bibl. Méjanes Rec D8/236).
Épithalame sur le mariage de très haut et très illustre seigneur Monseigneur le duc d’Épernon et de très vertueuse dame Madame Marguerite de Foix, comtesse de Candale [23 août 1587]. Par J. Robelin, Bourguignon. – Paris : chez Pierre Ramier, demeurant rue S. Jean de Latran à l’enseigne du Serpent, 1587, in-8° : 12 p. – Contient des anagrammes et 56 quatrains. Copenhague KB, 152. 217 02347 ; Paris BnF, 8-YE PIECE-6001. → Lyon : par Benoît Rigaud, 1587, in-8° : 10, [2] p. (Paris BnF, RES-YE-4725).
Discours funèbre sur le déplorable trépas de très haut et très magnanime seigneur Monseigneur le duc de Joyeuse [† 20 octobre 1587], par J. Robelin Bourg. – Paris : chez Étienne Prévosteau, demeurant au clos Bruneau, près le puits Certain. 1587, in-8° : 7, [1] p. – 144 alexandrins, suivis d’un Quatrain. Chantilly Musée Condé, IV-D-021 ; Copenhague KB, 152. 266b 02788 ; Dijon BM, Rés. 63 ; Paris BnF, YE-55661 (Gallica) et RES-YE-4723 ; Paris Bibl. Mazarine, 8° 37214-4.
Discours sur l’insupportable fréquence des vices du jourd’hui, et sur la prétendue réformation d’iceux par le Roi en la présente assemblée des États [16 octobre 1588]. Dédié au Roi. Par Jean Robelin, poète bourguignon. – Paris : Chez Étienne Prévosteau, demeurant rue Chartière près les trois Croissants, 1588, in-8° : 11 p. – Anagramma, 38 quatrains, Prière (2 quatrains), Au Roi Sonnet, Sonnet sur la harangue prononcée par sa Majesté à l’ouverture des États, Quatrain. Paris BnF, RES-YE-4724 (Gallica). → Le Sonnet sur la harangue et le Quatrain sont repris, 1re pagination, f. [12] v°, dans le Sommaire de toutes les harangues, édits et ordonnances [faits et prononcés aux] États tenus à Blois, jusqu’à présent… – Jouxte la copie imprimée par Jamet Mettayer, imprimeur du roi, 1588, in-8° (nombreux exemplaires ; ceux de la BYU Library (Provo) et de la FB Gotha sont en ligne).

Références

Abram, Nicolas, Historia universitatis et collegii Mussipontani ab fundationis anno 1572 usque ad annum 1650 (Épinal BMI, ms 32 P/R, en ligne sur Limedia galeries ; Nancy BM, ms 923[41]).
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Beaupré, Jean-Nicolas, Recherches historiques et bibliographiques sur les commencements de l’imprimerie en Lorraine et sur ses progrès jusqu’à la fin du XVIIe siècle, Saint-Nicolas-de-Port : impr. de P. Trenel, 1845.
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Garnier, Robert, Œuvres complètes, éd. Raymond Lebègue, Paris : Les Belles Lettres, 4 vol. : 1952 [La Troade, Antigone], 1973 [Porcie, Cornélie], 1974 [Marc Antoine, Hippolyte], 1979 [Les Juives, Bradamante, Poésies diverses, 3e tirage].
Gougenheim, Georges, Grammaire de la langue française du seizième siècle, Paris, Éd. Picard (Connaissance des langues, vol. VIII), 1974.
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Ronsin, Albert, Le livre en Lorraine (1482-1696), Haroué : Gérard Louis éditeur, 2023.
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Note sur la présente édition

Elle est établie à partir d’une reproduction photographique de l’exemplaire de la BnF, Arsenal 8-BL-14068, seul connu. Il n’était pas possible de numériser cet exemplaire de façon satisfaisante en raison de marges intérieures trop étroites. On propose une version originale et une version modernisée.

L’imprimeur a utilisé tantôt des caractères droits et tantôt des italiques. Pour une meilleure lecture, on utilise ici des caractères droits. On se conforme dans l’ensemble à la mise en page. Toutefois on distingue chaque réplique de la pièce par un retour à la ligne, alors que le texte imprimé aligne les répliques très courtes pour un gain de place. Quand, dans certaines scènes, les personnages sont désignés seulement par les deux ou trois premières lettres de leur nom, on harmonise en écrivant les noms en entier. On mentionne la signature des feuillets entre crochets au début de chaque page. Les vers du Discours liminaire et de la pièce sont numérotés séparément. Les retraits de première ligne, qui sectionnent certaines longues répliques, sont maintenus. Comme dans le texte imprimé, les 66 vers gnomiques sont précédés du signe ». Des crochets dans le texte, isolant des mots ou des groupes de lettres, indiquent des passages corrigés, l’état fautif du texte imprimé [TI] étant alors indiqué en note simultanément. Quand il s’agit de coquilles et autres petites imperfections d’atelier portant sur une lettre ou deux, on rectifie dans le texte sans crochets.

Dans la version originale, on distingue i et j, u et v ; on écrit en entier les mots abrégés et on substitue aux caractères anciens des formes actuelles (& → et, ∫ → s, ß → ss) ; on ajoute les éventuelles apostrophes absentes ; on supprime celles qui sont incorrectes. De plus, comme le requiert le protocole éditorial, on modifie l’accentuation pour opérer certaines distinctions (la et , ou et , a et à). On laisse la ponctuation en l’état, mais il est parfois nécessaire d’ajouter un point manquant en fin de phrase ou de marquer par une virgule supplémentaire certaines pauses syntaxiques, pour une meilleure compréhension.

Dans la version modernisée, la graphie des noms propres peut être modifiée. Lorsque la langue actuelle exige une lettre supplémentaire dans un mot, par exemple le e des désinences du futur, qui est souvent absent en moyen français29 , on remplace cette lettre par une apostrophe si elle est de nature à déséquilibrer le vers. Plus généralement, on veille à ce que la transcription ne compromette ni la prosodie, ni les rimes, ni les éventuels effets de sonorité.

On ne fournit pas de glossaire. Les notes ne prennent en compte que les mots ou tournures rares, dans leur première occurrence. On pourra se reporter au Dictionnaire du moyen français de Greimas et Keane (Larousse) ou consulter le site de l’ATILF (http://www.atilf.fr/dmf). De même, les notes éclairent un certain nombre d’allusions mythologiques, mais sans identifier systématiquement tous les lieux et personnages cités. On trouvera les informations utiles dans le Dictionnaire de Pierre Grimal.

[1] Sur les débuts du droit à Pont-à-Mousson, se reporter à Collot. Guillaume Barclay, reçu d’emblée « professeur ès lois », donnait des cours de façon informelle depuis 1577. Pierre Grégoire, qui vint le rejoindre en octobre 1581, fut le premier « doyen régent » de la nouvelle faculté, dont les règlements furent rédigés en mars 1582 (Archives départementales de Meurthe-et-Moselle [AD 54], D 54, 1re pagination, p. 1-4). Il est possible que Robelin ait fréquenté auparavant l’université de Dole, même si son nom n’apparaît pas dans la matricule de cet établissement, au demeurant lacunaire (Besançon BM, ms 984, en ligne).
[2] AD 54, B 1201, f. 336 r° : « A Jean Robelin, natif d’Arlay, Comté de Bourgoigne, 20 escus sol que Son Altesse luy a octroyé en don. » (mandement du 22 janvier 1584).
[3] Il n’existe pas de matricule pour les inscriptions en droit, mais on conserve un registre de passation des grades commençant dès 1582 (AD 54, D 1). Lors d’une soutenance de baccalauréat ès droits, datée du 15 septembre 1584, parmi les étudiants appelés comme témoins figure « Joannis Robelini Burgondionis Arlatensis » (p. 29).
[4] Dans les pièces liminaires de ce recueil, il est présenté comme « Medicinae candidato » et comme « Médecin et Poète » pouvant donner à l’âme, tout comme au corps, « des remèdes divers ».
[5] Pantin / Magnien, p. 453, 454, 458, 463.
[6] Palliot, p. 89-90, 223.
[7] Arch. nationales, minutes de Ph. Lamiral 1579, MC/ET/XXXIII/195.
[8] Arch. départementales du Doubs, BBP 13878 (f. 136-139) et 13879 (f. 99-102 r°).
[9] Abry d’Arcier, p. 246, 317, 339.
[10] Dans le recensement où ces noms apparaissent, il est précisé que Jean Robelin le Jeune constitue un foyer à part, ce qui laisse sous-entendre qu’il était marié. C’était peut-être le père de notre poète.
[11] Abry d’Arcier, p. 244-245. En février 1579, la population d’Arlay adressa une requête auprès du gouverneur du comté pour dénoncer les exactions des troupes.
[12] Par mandement du 29 août 1582, Martin Marchant reçut 500 francs du duc de Lorraine « pour le transport de ses meubles de Verdun audit Pont » (AD 54, B 1192, f. 279 v°). Ronsin, p. 67.
[13] RBLIFSS, IV, p. 39-40  ; XXIX, p. 106. Les deux premiers manuels scolaires imprimés à Pont-à-Mousson, en 1586, sont les De arte rhetorica libri tres de Cyprien Soarez (Saint-Mihiel BM, O. 269) et le manuel des Déclinaisons des noms et verbes de Robert Estienne, avec une partie des Rudimenta du jésuite Annibal Codret (Augsbourg SSB, Spw 423). Ils manquent au RBLIFSS.
[14] Poemata, p. 128 : « … at quis nescit pro similibus nugis mercedem a typographis non modo non exigendam, sed ne eorum quidem operam sine summa pudoris suffusione deposcendam ? ».
[15] Cullière [2012], p. 80-81. La copie du ms 687 du musée Condé, datant des années 1620, pourrait avoir été faite par André Mareschal, Lorrain d’origine, futur auteur de théâtre à succès, un temps bibliothécaire de cour à Paris.
[16] Buchetmann, p. 250-264. La tragédie de Robelin est présentée comme une des sources de l’Antigone de Rotrou, jouée en 1637.
[17] Outre les deux copies manuscrites de référence, on dispose de la traduction partielle publiée par Carayon.
[18] Carayon, p. 182.
[19] Beaupré, p. 205  ; Brunet, p. 98.
[20] Lepage, p. 288.
[21] Maggiolo, p. 272.
[22] Sommervogel, VI, col. 1003 ; IX, col. 778-779. Au t. IX, le titre complet de la Thébaïde est noté d’après Beaupré et Brunet, en situant son impression en 1583.
[23] Dans les notes ci-dessous, on mentionnera les emprunts aux auteurs antiques et modernes.
[24] Comme on le verra dans les notes, Robelin a puisé des détails chez d’autres auteurs.
[25] Cullière [2003], p. 605.
[26] On songe en particulier à Josias (1566) et à Adonias (1586), tragédies parues sous le nom de « M. Philone ».
[27] Garnier, dédicace d’Antigone, 1952, p. 125.
[28] Cullière [1999], p. 612-615 pour une analyse complémentaire et un découpage de la pièce.
[29] Gougenheim, p. 114.

--- A2r° ---

À TRES-TRÈS HAUT
ET TRES-TRÈS ILLUSTRE PRINCE
Monseigneur, le Duc de Lorraine.30

MOnseigneur, si tous ceux que le nom et devoir de Princeprince oblige à se monstrermontrer d’autant plus zelezzélés à la vertu, qu’ils sont esloignezéloignés de la basse condition du populaire, avoientavaient en si religieuse recommandationrecommendation que vostrevotre Excellence, l’exercice des perfections spirituelles (sans lesquelles demeure manque31 le lustre de toute grandeur), je n’auroisaurais crainte que --- A2v° --- par faute de culture le territoire de la vertu demeurademeurât en friche, nyni que l’on veitvît desormaisdésormais si peu de trophées appendus au temple des filles de MemoireMémoire, Carcar les raritezraretés que le Ciel a prodigalement logélogées en vous comme en reserveréserve vous rendent si fort animé encontre les habitudes contraires que tous vos desseins ne tendent qu’à la ruine et entier aneantissementanéantissement du vice, mesmesmême jusques jusqu'à estendreétendre la persecutionpersécution sur ce qui, ne participant à la malignité d’iceluyicelui, porte seulement de sa deformitédifformité une odieuse representationreprésentation et apparence. Ce qui s’est veuvu à l’œil en la recenterécente défaite du monstre d’ignorance contre lequel vous avez pris les armes à si bonnes enseignes que, l’ayant dompté en vos terres avec autant d’honneur qu’Alcide en receutreçut en la victoire de son Hydrehydre, vous avez delivrédélivré de miserablemisérable ser- --- A3r° --- vitude les esprits qu’il tenoittenait esclavezesclavés au cep de sa tenebreuseténébreuse tyrannie. De ce fera foyfoi vostrevotre ville du Pont-à-Mousson qui, portant desjadéjà le celebrecélèbre nom de Pont aux MusesPont-aux-Muses (dezdès lors qu’elle receutreçut l’honorable societésociété de ceux qui, au grand proffitprofit de la RepubliqueRépublique Chrestiennechrétienne, s’occupent laborieusement à marier la pietépiété au saint exercice des letreslettres), a estéété par vostrevotre Excellence de nouveau enrichie des depouillesdépouilles d’AthenesAthènes, y appellant des Professeursprofesseurs qui, naguerenaguère stipendiezstipendiés aux plus fameuses Universitezuniversités de France, ont quictéquitté la douceur de leur patrie pour venir en vos pays disposer la jeunesse au futur ornement du public, induits à ce par les hauts gages que leur a assignéassignés vostrevotre plus que royale magnificence. De sorte que vostrevotre Provinceprovince peut se dire tres-heureusetrès heureuse d’avoir acquis par la liberalitélibéralité de son --- A3v° --- Princeprince si noble reputationréputation que d’estreêtre proclamée norricenourrice des arts et sciences, et vous, Monseigneur, trescontenttrès content, de voir obligezobligés perpetuellementperpétuellement à vostrevotre grandeur des esprits de tant de nations qui, avec le burin immortel de leurs escritsécrits, graveront un jour tellement vos divines louanges en l’airain de memoiremémoire qu’ils rendront vostrevotre Excellence non moins admirable à la posteritépostérité que ses Heroiqueshéroïques vertus la rendent recommendablerecommandable à nos sieclessiècles. Et de ma part, pour reconnoissancereconnaissance non du scavoirsavoir profond et solide (car je ne veux de tant m’oublier que de m’en attribuer autre chose que l’ambition et convoitise d’y parvenir) mais de la superficielle connoissanceconnaissance acquise en vos terres, je prensprends la hardiesse de vous offrir ce premier fruictfruit de mon labeur, lequel je prie vostrevotre accou- --- A4r° --- stuméetumée debonnairetédébonnaireté mesurer non selon sa valeur, qui est de trop peu de meritemérite, mais selon l’affection de son autheurauteur qui, bien qu’estrangerétranger, seroitserait marrymarri de s’estreêtre veuvu devancé en serviable devoir par le mieux affectionné de vos naturels et legitimeslégitimes subjetssujets. Pour asseuranceassurance de quoyquoi, je vous suppliraysupplierai, Monseigneur, croire qu’un ouvrage artificiellement elaboréélaboré par le sainctsaint ministereministère des sœursSœurs en la boutique de Minerve pourroitpourrait vous estreêtre presentéprésenté par un plus industrieux maneuvremanœuvre d’Apollon que je ne suis avec beaucoup plus de parade, mais non avec un cueurcœur mieux devotionédévotionné à vostrevotre service, nyni avec les salutations d’une Musemuse qui plus gayementgaiement se voulutvoulût esgarerégarer parmyparmi le labirinthelabyrinthe de vos louanges, si l’humble capacité de ses nombres32 respondoitrépondait à la grandeur de vozvos meriméri- --- A4v° --- tes,. Que s’il plaitplaît à vostrevotre Excellence favoriser de tant cestecette ThebaïdeThébaïde que de l’honorer des heureuses marques de sa favorable protection, je m’asseureassure qu’il n’y a destroitdétroit si fascheuxfâcheux qu’elle ne franchisse avec seurtésûreté, ayant le front armé de la sauvegarde d’un Princeprince qui, par ses vertueuses actions, force un chacun d’admirer avec respect, et publier avec honneur les bonnes parties dont il est pourveupourvu, autant heureusement que son esprit se monstremontre prompt à suyvresuivre les bonnes inclinations deriveesdérivées de sa celestecéleste origine. En esperanceespérance donc que vous, Monseigneur, luylui ferez tant d’honneur (eu esgardégard au zelezèle de celuycelui qui, la vous offrant, offre quant et quant33 et dediedédie au service de vostrevotre respectable grandeur les foiblesfaibles dependencesdépendances de sa petitesse) que de la faire quelque foisquelquefois servir d’objectobjet à --- A5r° --- la serenitésérénité de vos yeux, je prirayprierai l’eterneléternel autheurauteur des prosperitezprospérités humaines, joindre à tant de perfections qui emperlent et illustrent vostrevotre Excellence, une longue entresuyteentresuite d’anneesannées, afin de la bien-heurerbienheurer par une longue jouissance de ses louables vertus.

Le plus affectionné de ceux qui ont voué perpetuelleperpétuelle obeissanceobéissance à vostrevotre ALTESSE.

J. ROBELIN.

--- A5v° ---

SUR LA CONJONCTION
des lettres et des armes en Lorraine.
SONETSONNET.34

PhœbusPhébus, à ton cueurcœur haut, Pallas, à ta vaillance

Celuy laCelui-là fait grand tort qui va disant jaloux

Que vous n’osez couards, pour la crainte des coups,

Approcher tant soit peu d’où Mars fait residencerésidence.

 

Hé ! siSi tant vous donnoitdonnait d’horreur, la violence,

Et le sanglant effort des armes, verrionverrions-nous

(Quand la Lyrelyre a fini ses chants sainctement-saintement doux)

À l’un l’arc en la main, et à l’autre la lance ?

 

Non, non, le Dieudieu des arts, et celuycelui des combats,

À presentprésent compagnons, s’entrelassent les bras,

PortantsPortant de deux lauriers une mesmemême coronecouronne :.

 

Car on les a si bien en Lorraine alliezalliés

Qu’on voit (ô noble soin de Princeprince !) mariezmariés

Minerve au ThraciainThracien35, et PhœbusPhébus à BellonneBellone.

--- A6r° ---

DISCOURS EN FORME DE DIALOGUE À LA LOUANGE DE MONSEIGNEUR LE DUC
de Lorraine.

Le Grec.

Pucelles trois-fois-trois, douce-scavantesavante troupe36,

D’où vient qu’avez cherché des repaires nouveaux,

Privant d’honneur la GreceGrèce, HeliconHélicon de ses eaux

4Et de ses lauriers verts vostrevotre jumelle croupe ?

Les Muses.

D’où vient que les GregeoisGrégeois, rude-ignorante troupe,

Pour l’antique vertu ont des vices nouveaux,

--- A6v° ---

Nous profanent en GreceGrèce, enlimonent nos eaux,

8Et soullentsouillent la verdeur de nostrenotre double croupe ?

Le Grec.

PourquoyPourquoi nous privez -vous de nostrenotre antique gloire,

Quittant vostrevotre sejourséjour pour un autre habiter ?

GreceGrèce est vostrevotre pays, en GreceGrèce Jupiter

12Vous fit avec Pallas sortir de sa memoiremémoire.

Muses.

PourquoyPourquoi vous monstrez montrez-vous indignes de la gloire

Des Sœurs, les contraignant autre part habiter ?

GreceGrèce n’est leur pays, en tous lieux Jupiter

16Les retient, où l’on haa leur valeur en memoiremémoire.

 

CHARLES nostrenotre Apollon, qui de sa vertu dore

Ses bords, comme PhœbusPhébus par le lustre du jour,

Nous a changé la GreceGrèce en un plus beau sejourséjour,

20Qui, honoré de nous, nos meritesmérites honore.

 

Ce sejourséjour, de Lorraine est un heureux rivage

Où fleurit la vertu, la science, et l’honneur,

--- A7r° ---

Où sur tout fait paroistreparaître et luire sa grandeur

24Ce Charles, ce grand Ducduc, miracle de nostrenotre âge.

 

Ores à sa faveur en Lorraine est la GreceGrèce,

De Minerve aux yeux verts la Citécité est au Pont,

HippocreneHippocrène en Muselle, et sur le prochain mont

28Repose la verdeur des <rives de Permesse>37.

 

Long tempsLongtemps nous attendoitattendait cestecette demeure belle,

Plus commode pour nous que le rocher besson,.

Hé ! doit mieux loger la Muse qu’à Mousson ?

32Où doit mieux estreêtre l’eau des Muses qu’en Muselle ?

ClionClio

à ses Sœurs.

Or puis quepuisque ce grand Ducduc, ce grand Charle’ advantageavantage38

Si fort le chœur sacré des Muses son soucysouci,

Puis qu’il l’aime et cheritchérit, Sœurssœurs, cherissonchérissons-le aussi,

36Et faisons de son los retentir le rivage.

ClionClio.

CHARLES, je te diroisdirais avoir pris origine

D’un tige non mortel, tant la synceritésincérité

De tes faictzfaits se conforme à la divinité,

40Si capable on estoitétait de l’essence divine.

--- A7v° ---

Uranie.

Tu es race des Dieuxdieux, ô Charles, ou j’atesteatteste

Le ciel dont j’ayai le nom, qu’Alcide, ÆnéÉné', Quirin39,

N’ont pris estreêtre de Mars, de Cypris, de Jupin,

44Et qu’onc mortel ne fut né de tige celestecéleste.

MelpomeneMelpomène.

Charles, race des Roisrois, tellement tu foisonnes

En toutes les vertus dignes d’un souverain,

Qu’un chacun va disant estreêtre digne ta main

48De cent sceptres, ton chef de cent nobles coronescouronnes.

Thalie.

Charles entre les grands est cil qui plus s’adonne

À priser et cherirchérir nos odes et nos vers,

Aussi Charles est cil qui de nos lauriers verts

52Le plus entre les grands ses cheveux encoroneencouronne.

EratonÉrato.

Les Princesprinces en valeur le grand Charles surpasse

D’autant qu’un roc surmonte en hauteur les valonsvallons,

Le masmât porte-drapeaux les humides seillonssillons,

56La forestforêt, les cheveux de la campagne basse.

--- A8r° ---

Euterpe.

Entre les grands Seigneursseigneurs paroitparaît Charle’ en la sorte

Que la torche du jour entre tous les flambeaux,

Le lis entre les fleurs, l’or entre les metauxmétaux,

60Et comme un chef parmyparmi sa gueriereguerrière cohorte.

PolihymniePolymnie.

TousjoursToujours Charles vivra, franc du pouvoir d’Atrope,

Car je voue à son los plus d’hymnes et chansons

Qu’aux Indes l’on ne voit de brutales façons,

64De fiertezfiertés en l’AffricAfriq', de douceurs en l’Europe.

Terpsicore.

De Charles, qui de nous et de nos vers a cure,

Vivra le souvenir, la louange, et le nom,

Tant qu’Ops sechesèche sera, et humide Junon,

68ChauChaud le Cyclopien, NeptunNeptun' plein de froidure.

Calliope.

PlustotPlutôt seront les jours à nos yeux des nuits sombres,

PlustostPlutôt sera VulcanVulcain (, ThetisThétys), ton favoritfavori,

Que perissepérisse l’honneur de Charles, qui cheritchérit

72Nous, nos eaux, nostrenotre roc, nos lauriers, et nos nombres.

--- A8v° ---

ARGUMENT DE
la TragedieTragédie.

EdipeŒdipe, fils de Laïe, Royroi de ThebesThèbes, et d’Iocaste, cerchantcherchant ses parents dont il n’avoitavait congnoissanceconnaissance, lesquels selon la responseréponse de l’Oracleoracle il devoitdevait trouver à ThebesThèbes, rencontre fortuitement son perepère et, sans le recongnoistrereconnaître pour tel, le tue en une seditionsédition qui s’emeutémeut à son arriveearrivée, mort. Mort que fut Laïe, EdipeŒdipe succedesuccède à la coronecouronne par le moyen de la Roynereine Iocaste, qu’il espousaépousa ne sçachantsachant qu’elle fut sa meremère, de laquelle il eut quatre enfansenfants, EtheocleÉtéocle, Polynice, Antigone, et IsmeneIsmène. Quelque temps apresaprès estantétant informé de son estreêtre, en detestationdétestation du parricide par luylui commis, et de l’Incesteinceste avec sa meremère, il se depouilledépouille du royaume, et, s’estantétant arraché les deux yeux, se fait guider par Antigone au mont de CythéronCithéron, proche de ThebesThèbes, pour illec40 se confiner en perpetuelleperpétuelle solitude et employer le reste de ses jours à lamenter son infortune. Ce pendantCependant EtheocleÉtéocle et Polynice s’emparent du royaume comme successeurs, et font convention entre eux qu’ils regneroientrégneraient alternativement d’an en an. --- B1r° --- Polynice donc, cedantcédant l’administration de la premierepremière année à son frerefrère comme aisnéaîné, se retire en la ville d’Argos, où le Royroi Adraste le receutreçut si honorablement qu’à son arrivée il luylui donna l’une de ses filles en mariage. L’an estantétant revolurévolu, Polynice somme son frerefrère de luylui cedercéder à son tour le gouvernement du Royaumeroyaume, mais EtheocleÉtéocle, amorcé des plaisirs qu’il avoitavait si bien savourezsavourés à ce commencement, deliberedélibère de ne s’en point desaisirdessaisir, et, de fait, rompt sa promesse aussi facilement, que temerairementtémérairement il s’estoitétait proposé de s’assouvir, continuant son regnerègne, en toutes sortes de delicesdélices. Et d’advantagedavantage, pour plus ample tesmoignagetémoignage de sa deloyautédéloyauté, il fait embusquer des soldats en un bois,devoitdevait passer Tydée, ambassadeur de Polynice, pour l’assasiner, mais iceluyicelui, vaillant qu’il estoitétait, se defenditdéfendit si bien que de tous les assaillansassaillants ne resta qu’un seul, qui en porta les nouvelles à ThebesThèbes. Deux ou trois ans apresaprès, Polynice, indigné de la tromperie de son frerefrère, deliberedélibère de luylui faire la guerre et pourcepour ce implore l’aide de son beau pere-père Adraste, Royroi des ArgiainsArgiens, qui, desireuxdésireux de le voir en possession de ses terres, pratiqua si bien les Princesprinces du PeloponesePéloponnèse ses voisins que, s’estansétant liguezligués ensemble, ils leverentlevèrent ce qu’ils peurentpurent de gendarmes en leurs provinces pour secourir Polynice en si juste querelle, resolusrésolus --- B1v° --- d’y mourir eux mesmes-mêmes, ou de luylui reduireréduire ThebesThèbes en son obeïssanceobéissance. Amphiarée, qui estoitétait doué de la prescience des choses futures, prevoyantprévoyant le calamiteux successuccès de cestecette guerre et que luy mesmeslui-même devoitdevait estreêtre vif engloutyenglouti par la terre devant ThebesThèbes, dissuade tant qu’il peut l’entreprinseentreprise, mais, ne servant de rien ses lieux communs de dissuasion, il se distrait de la compagnie des Princesprinces et se cache,. toutefoisToutefois, estantétant descouvertdécouvert par sa femme EriphileÉriphile (cupide d’avoir un carquancarcan d’or41 presentéprésenté par Adraste), il fut contraint d’assister à la guerre, où il scavoitsavait inevitablementinévitablement la mort luylui estreêtre preparéepréparée,. Venus qu’ils furent à ThebesThèbes, ilzils l’assigerentassiégèrent, mais ils n’eurent si tostsi tôt commencé la batterie que les assiegezassiégés sortirent vaillamment en campagne, et firent testetête à l’ennemyennemi qui, joyeux de les voir à decouvertdécouvert, ne tarda guereguère à venir aux mains. Le Royroi EtheocleÉtéocle, et Polynice, de tout loingloin qu’ils s’apperceurentaperçurent, coururent furieusement l’un sur l’autre, et à coupcoups de lances s’entretuerententre-tuèrent. La bataille fut tressanglantetrès sanglante d’une part et d’autre, toutefois. Toutefois le champ, et la victoire, demeura à ceux de ThebesThèbes. De tous les Princes Grecsprinces grecs qui suyvoientsuivaient le partyparti de Polynice ne resta qu’Adraste, qui avec bien peu de ses gens se retira en ses terres. Amphiarée ne fut tué comme les autres, ains, comme il avoitavait préveuprévu, la terre --- B2r° --- s’ouvrant, au plus fort de la bataille, il fut engloutyenglouti aux entrailles d’icelle. Iocaste, acertenée de la mort de ses fils, mourut de ses propres mains42.

CesteCette histoire, rapportée avec grande diversité par les autheursauteurs, est escriteécrite en Diodore Sicilien, HygineHygin, Stace, et traictéetraitée diversement par les Tragiques Grecstragiques grecs43.

[30] Après les hommages attendus, Robelin célèbre, comme il convient, la fondation de l’université de Pont-à-Mousson, œuvre civilisatrice du duc Charles III. Il fait allusion à la venue de « l’honorable société » des jésuites, qui s’efforçaient depuis 1574 de « marier la piété au saint exercice des lettres », avant d’évoquer la mise en place plus récente de l’étude des lois. C’est ce qu’il appelle les « dépouilles d’Athènes ». Comme d’autres avant lui, Robelin loue la « libéralité » du prince, qui a su, par de « hauts gages », attirer d’emblée les juristes les plus réputés. Dès 1579, dans son poème Pont-à-Mousson, Jean de Vaubreuil parlait déjà du « beau salaire » que le duc de Lorraine versait aux « docteurs ès lois » venus enseigner dans son université (Cullière [2018], p. 140). L’Écossais Guillaume Barclay, qui était lecteur des Institutes à Bourges, reçut 1200 francs de gages annuels dès son arrivée en 1576 (AD 54, B 1175, f. 154 v°). Quant à Pierre Grégoire, anciennement professeur à Cahors et à Toulouse, il se vit attribuer 1000 écus par an en sa qualité de premier doyen de la faculté de droit, soit 4750 francs (B 1192, f. 168 v°). Au temps de Robelin, il y avait trois enseignants à la faculté de droit : Barclay et Grégoire ont été rejoints en octobre 1582 par François de Lestres, venu de Langres. Ses gages annuels de « docteur régent » furent fixés à 500 écus, dont 160 au titre de lecteur des Institutes. Il est décédé à l’automne 1585. À titre de comparaison, les médecins et autres conseillers de cour ne touchaient que 600 francs. À ces émoluments s’ajoutaient de nombreux avantages, dont le logement, ainsi que des dons occasionnels. À titre d’exemple, Barclay reçut 1000 francs lors de son mariage en 1579 (B 1183, f. 264 v°).
[31] adjectif : imparfait, inachevé.
[32] De son talent de poète, donc de ses poèmes (lat. numeri).
[33] loc. adv. : en même temps.
[34] Nicolas Boucher, précepteur des jeunes princes lorrains à Pont-à-Mousson et futur évêque de Verdun, rappelle dans ses Literae et Arma (Reims, J. de Foigny, 1577) que la grandeur d’une famille a toujours résidé dans sa capacité à servir glorieusement l’Église et le roi à chaque génération. Il note que cette complémentarité s’est idéalement incarnée à son époque dans la maison de Lorraine, et plus particulièrement dans la branche cadette des Guises, puisque le premier duc Claude a donné six fils à la France, les trois premiers s’étant illustrés à la guerre et les trois autres dans l’exercice de leurs charges ecclésiastiques. Le chancelier de la cathédrale de Metz Jacques Tigeou, qui a publié une traduction amplifiée du livre de Boucher sous le titre de Conjonction des lettres et des armes (Reims, J. de Foigny, 1579), se plaît à dire qu’on retrouve la même harmonie à la génération suivante dans la branche aînée, avec les fils du duc régnant et leurs cousins de Mercœur. Dans son commentaire de l’Hymne de la philosophie de Ronsard (Paris, J. Febvrier, 1582), le Lorrain Pantaléon Thévenin revient sur le thème, en insistant sur son fondement antique et juridique. Il explique aux élèves de Nicolas Boucher, à qui il dédie son travail, que les lettres, qui englobent les arts, la religion et les lois, forment avec les armes un « heureux mariage », dont dépend la conservation des États (Élie, p. 111). Revenu d’Allemagne avec un doctorat, Thévenin a séjourné à Pont-à-Mousson au cours de l’été 1583 et prononcé des leçons de droit à l’université, sans être gagé à ce titre. Robelin eut probablement l’occasion de le rencontrer et de consulter ses ouvrages. Dans son Sonnet, sans évoquer les princes lorrains, il se borne à rapprocher sous diverses appellations les divinités guerrières (Mars, le Thracien, Bellone) et les divinités civilisatrices (Phébus, Pallas, Minerve). Pour plus de détails sur la théorie des armes et des lettres, voir Cullière [1999], p. 681-687.
[35] La Thrace, région peu hospitalière, était considérée comme le séjour habituel de Mars.
[36] V. 1-32. Célébrer un lieu comme nouveau refuge des Muses est commun, puisque les Latins considéraient déjà qu’elles avaient quitté la Grèce pour s’installer chez eux. Dans son commentaire de Ronsard, Thévenin cite le vers de Claudien « In Latium spretis Academia migrat Athenis  » (In F. Mallii Theodori cons., 94), pour le transformer ainsi : « Mousonium spretis Academia migrat Achivis ». Puis il ajoute que « Les Muses, laissant leur fabuleux Parnasse et Hélicon », se sont venues « véritablement placer sur Mousson, le transformant d’Amousson qu’il était, comme qui dirait barbare et sans lettres [lat. amusos : qui ignore la musique], en un vrai Museum, siège et délices des Muses » (Élie, p. 113-114). Dans son poème Pont-à-Mousson, Vaubreuil loue pareillement la Moselle, auprès de laquelle, dit-il, les « Filles de Mémoire » sont venues habiter et qu’elles préfèrent désormais à « leur gentil Hélicon » (Cullière [2018], p. 133). Robelin fait à son tour parler les Muses, qui se réjouissent de leur nouvelle demeure, dans un paysage qui leur rappelle la Grèce. Après avoir connu le Parnasse et la fontaine de Castalie, ainsi que l’Hélicon et la source d’Hippocrène, elles ont à présent pour séjour un « prochain mont » (v. 27), au pied duquel coule une rivière qui leur était naturellement consacrée, puisqu’elle se nomme Muselle (v. 27 et 32). Le mont en question est la butte de Mousson, sur la rive droite de la Moselle. La ville de Pont-à-Mousson s’est construite sur le versant et, pour permettre son essor, il a fallu jeter un pont vers l’autre rive. L’université s’étendait sur les deux bords. Le collège des jésuites a d’abord occupé d’anciens bâtiments religieux sur la rive droite et les juristes, après 1580, se sont installés dans des locaux neufs de l’autre côté. Tout comme Thévenin et Vaubreuil, l’étudiant Robelin a eu le temps d’apprécier ce cadre symbolique. Quand il parle de Muselle, il ne fait pas un simple jeu de mots, car la Moselle antique était aussi nommée Musella ou Mosula.
[37] Dans le texte imprimé, le second hémistiche est quasiment illisible en raison d’un défaut du papier, qui tient à l’exemplaire et non à une imperfection typographique. On reconstitue cette fin de vers sans assurance, après examen du passage endommagé. À la place du mot « rives », on pourrait lire « ondes ». Ronsard parle du « bord fleuri de Permesse » (VI, p. 232), du « bord de Permesse » où dansent les Muses (VIII, p. 341) ou encore des « ondes de Permesse » où l’on peut se « laver la bouche » (X, p. 368). Dans la copie du ms 687 du musée Condé, f. 165 v°, le vers a été remplacé, sans tenir compte des mots de début encore lisibles, par celui-ci : « Du Parnasse pillé s’étale la richesse ». La substitution, avec le mot « pillé », n’est pas très heureuse. Faut-il en déduire que le copiste d’alors, au début du XVIIe siècle, avait déjà sous les yeux le seul exemplaire imprimé dont on dispose aujourd’hui ?
[38] V. 33-72. Les Muses célèbrent ensuite, chacune à son tour, le duc Charles III, fondateur et protecteur de l’université. Sa grandeur tient à la fois à ses « faits », vraiment divins, qui l’apparentent à la « race des Dieux » (v. 39-41), et à ses « vertus », qui le destinent d’autant plus à gouverner qu’il est de la « race des Rois » (v. 45-46). Robelin ne cherche pas ici à rivaliser avec les nombreux généalogistes du temps qui faisaient des princes lorrains les descendants plus ou moins directs des Carolingiens et des rois de Jérusalem. Quant aux Muses, elles se font écho, avec un peu de surenchère. Leur dithyrambe, construit sur la comparaison (v. 53-60) et l’adynaton (v. 65-72), reste vague et redondant. – V. 70. Cette évocation des contraires, le feu et l’eau, reprise dans la tragédie (v. 543), figure aussi chez La Péruse (Médée, 823 : « Avant le feu et l’eau ne seront plus contraires »).
[39] Romulus a été tardivement honoré sous le vocable de Quirinus, ancienne divinité romaine.
[40] adv. de lieu : là.
[41] Désireuse de posséder un collier d’or, qu’Adraste lui aurait proposé. L’épisode est plus complexe, mais Robelin s’en tient ici à ce que dit Hygin (Fables, 73, 2).
[42] Comme chez Euripide (Phéniciennes, 1455-1459), Jocaste se suicide seulement après avoir appris la mort de ses deux fils.
[43] Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 64-65 ; Hygin, Fables, 66-73 ; Stace, Thébaïde. Les tragiques grecs sont évoqués dans l’avis final Au lecteur.

--- B2v° ---

Entreparleurs.

Amphiarée Polynice Tydée Chœur EtheocleÉtéocle Iocaste IsméneIsmène Antigone Le Messager Chœur de ThebainsThébains.
--- B3r° ---

THEBAIDETHÉBAÏDE.

 

ACTE. I.

SOMMAIRE DU DISCOURS d’Amphiarée.

AMphiarée, interpreteinterprète des Dieuxdieux, introduit quasi en forme de prologue, pronostique les desastresdésastres qui doivent malheurer l’entreprinseentreprise de la guerre de ThebesThèbes, et, asseuréassuré que luylui mesmes-même pendant le siegesiège auquel il est contraint d’assister doit estreêtre miserablementmisérablement enserré tout vif dans les flancs de nostrenotre commune meremère, commence à debaccherdébaccher44 premierementpremièrement contre les Dieuxdieux qui par inevitableinévitable necessiténécessité ordonnent une si prodigieuse fin à sa vie, laquelle (pour avoir estéété le sainctsaint truchement de leurs divines volontés) il avoitavait tousjourstoujours jugéjugée digne d’une plus heureuse destineedestinée, puis, tournant la fureur de ses maledictionsmalédictions sur les causes loingtaineslointaines, il en veut ores à OedipeŒdipe, et ores à ses enfansenfants EtheocleÉtéocle et Polynice, vomissant contre eux une nueenuée --- B3v° --- d’injures et imprecationsimprécations pour estreêtre les autheursauteurs de la guerre, et par consequentconséquent de sa ruine. En apresaprès il s’attaque à sa desloyaledéloyale EriphileÉriphile, pour la trahison de laquelle il conçoit un tel mécontentement en son ameâme que, demy demi-transporté, il se met à blasonner tout le sexe femininféminin, jusques jusqu'à taxer en la production de chose si necessairenécessaire à l’entretenement de l’especeespèce humaine la liberalelibérale et officieuse providence de Naturenature. Finalement il se console en l’esperanceespérance qu’il a que son fils AlcmeonAlcméon (tout autre devoir postposé à l’amitié paternelle) fera un plaisant sacrifice à ses Manesmânes, souillant cruellement ses mains parricides au sang de sa propre meremère pour s’estreêtre de tant oubliée que d’avoir causé la ruine de celuycelui, la prosperitéprospérité duquel elle devoitdevait procurer au prisprix mesmesmême de sa propre vie.

AMPHIAREEAMPHIARÉE.

Qui se doit estonnerétonner si le grand œil du monde45,

Quand tournoyant il fait sa journalierejournalière ronde,

Ne voit homme si ferme en ses déportemensdéportements

Qui ne soit esbranléébranlé de divers mouvemensmouvements

5Et qui de passions en son ameâme amassées

Par les objets des sens n’alterealtère ses penseespensées,

Puis quePuisque mesmesmême les Dieuxdieux, les grands Dieuxdieux immortels

--- B4r° ---

Qui moulent aux idésidé's nos formes, ne sont tels ?

Je t’en prensprends à tesmoingtémoin, Jupin, que l’on dit estreêtre

10Des courtisans du Cielciel le monarque et le maistremaître,

Qui es autant bisarrebizarre en tes conceptions

Que prompt au changement de tes affections.

Qui le scaitsait mieux que moymoi, qui d’un heur manifeste

NaguereNaguère estoisétais cherychéri comme un mignon celestecéleste

15Et ore, sans avoir offencéoffensé nyni mépris,

AyAi acquis innocent ta disgracedisgrâce et mesprismépris ?

Ton marche-pied d’azur, dont la volte fecondeféconde

Va tousjourstoujours animant les organes du monde,

Bien qu’il tourne et retourne onques ne s’arrétantarrêtant,

20Est encor milemille fois moins que toytoi inconstant.

Tu n’es pas moins legerléger que l’un des quatre freresfrères

Qui s’entre-guerroyansguerroyant de puissances contrerescontraires

Rompent à tous momensmoments leurs discordansdiscordants accords

Pour tousjourstoujours inconstants produire un nouveau corps46.

25Encor seroitserait-ce peu si ta divine essence

TiroitTirait son imparfait de la seule inconstance,

Si de plus l’injustice, et fierefière cruauté

N’ostoitôtait à ta grandeur le lustre, et la beauté.

Mais, dy dis-moymoi, Dieudieu, non Dieudieu, ains tyran detestabledétestable,

30Pernicieux aux bons, aux méchansméchants favorable,

Qui te meut à vouloir, innocent que je suis,

M’engouffrer tout vivant aux Avernalesavernales nuits ?

OÔ malheurMalheur, ! quiQui est cil qui, detestantdétestant le vice,

Craindra de perpetrerperpétrer desormaisdésormais injustice,

--- B4v° ---

35Puis quePuisque mesmemême les Dieuxdieux, les Dieuxdieux, d’iniquité

Polluent et le Cielciel, et leur divinité ?

Quel grand mal ayai-je fait, quel execrableexécrable crime

Pour me precipiterprécipiter en l’infernal abymeabîme,

Laissant de mon malheur et desastredésastre inhumain

40Une marque eterneleéternelle au rivage Thebainthébain ?

Sont -ce là les faveurs, Dieuxdieux ingrats, que vous faites

Aux respectables chefs de vos sacrés prophetesprophètes ?

Est ceEst-ce l’office deu que vous rendez, cruels,

Pour avoir si souvent fait fumer vos autels ?

45Et toytoi, Latonien, qui au temple Delphiquedelphique

M’as daigné honorer de l’esprit prophetiqueprophétique,

Apollon47 dont je n’ayai, en toute humilité,

Moins cherychéri la douceur, que craint l’authoritéautorité,

Devois Devais-tu, ajoutant aux autres ton suffrage,

50De ton ministre saint appreuverapprouver le naufrage ?

Que me sert maintenant d’avoir estéété, devin

Si souvent inspiré de ton esprit divin ?

Que me sert ta fureur divinement soufleesoufflée,

PredisantPrédisant le futur en ma poictrinepoitrine enfleeenflée ?

55Que me sert la vertu des Oraclesoracles et vers ?

Que me servent, helashélas, tes rameaux tousjourtoujours verts

Si, ô dur DelienDélien, ingratement tu souffres

La terre ouvrant son sein m’engloutir en ses gouffres ?

OÔ triste et malheureux cent et cent fois le jour

60Que j’approchayapprochai jamais le Delphiquedelphique sejourséjour,

Car (ô que n’est il vrayvrai !) la propheteprophète cortinecourtine

Ne m’euteût appris à voir ma pendante ruine,

--- B5r° ---

Le pourtraitportrait de la mort efroyanteffrayant et hydeuxhideux

Ne viendroitviendrait comme il fait apparoir à mes yeux,.

65Je vivroisvivrais pour le moins franc de peur et de peine

Jusques au point fatal de ma mort incertaine,.

» La mort inopinée est moins facheusefâcheuse au cueurcœur

» Que celle qu’on prévoit, car sans aucune horreur

» Elle a plutostplutôt rendu nos heures accourcies

70» Que l’on n’a veuvu le vol de ses aislesailes noircies.

Mais je prevoyprévois, chetifchétif, las, je voyvois le méchef

Qui preveuprévu ne delaissedélaisse à me broyer le chef,

Qui fait que milemille horreurs en mon esprit j’assemble

Sur l’objet de ma mort, vif et mort tout ensemble,

75Semblable au criminel qui, jugé au trépas,

Pense voir à tous coups le meurtrier coutelas

LuyLui menacer le chef, si que la crainte blesmeblême

Plus le va travaillant que ne fait la mort mesmemême.

Que puis -je avoir forfait, dites, Dieuxdieux irrités,

80Que puis-je avoir commis contre vos deitésdéités ?

Quel blasphemeblasphème inhumain, d’une fureur mutine,

Puis-je avoir debacchédébacché contre la cour divine

Pour me punir ainsi ? Je ne suis assésassez fort48,

Pour vous renouveler le temerairetéméraire effort

85Des fols Titaniens, qui subit pesle-melepêle-mêle

Entassant mont sur mont bastirentbâtirent une écheleéchelle

Pour forcer, mais en vain, de vos palais dorés

Les murs en forme ronds, en couleur azurés,

Desquels tu sceussus si bien, Jupin, punir l’audace

90Que, boulversantboul'versant sur eux la montagneuse masse,

--- B5v° ---

Ta main darde-mechefméchef pour tombeau eterneléternel

Les serra de rechefderechef au ventre maternel,

D’où, ne pouvant sortir pour refaire la guerre,

Par les flancs caverneux du mont qui les enserre

95Ils vomissent des feux, et des ardantsardents cailloux

De leur vaste estomac bouillonnant de courroux

Et boursouflent grondansgrondant de si grande furie

Qu’ils esbranlentébranlent mutins toute la Trinacrie49.

De ces corps transcendanstranscendants par ta dextre estendusétendus

100NyNi mes majeurs, nyni moymoi ne sommes descendus.

Que s’ils ont assiegéassiégé ta fortressefort'resse estoilléeétoilée,

S’ils ont seditieusséditieux toute ta cour troublée,

MoyMoi, qui ayai reverérévéré toytoi, tes Cieuxcieux, dignement,

SeraySerai-je proy'proi' comme eux du plus grave elementélément ?

105» CeluyCelui qui ne consent au crime et maleficemaléfice

» Incoupable ne doit en porter le suplicesupplice.

» C’est aux Dieuxdieux de punir ceux qui auront mesfaitméfait

» Selon que plus ou moins est grave le forfait,

Non pas vomir sur moymoi d’une rage inhumaine

110Pour ne scaysais quel delitdélit une si grievegriève peine.

M’ensepulchrerensépulcrer vivant ? mM’enfoncer au profond

Du centreux estomac de l’immobile rond ?

Ce n’est moymoi, ce n’est moymoi, ains ceux qui detestablesdétestables

Comblent cet univers de maux insuportablesinsupportables,

115Qui, poussezpoussés hors de gonds de toute humanité,

Ne bruient que forfait, que sang, qu’impietéimpiété,

De sorte que la terre, à bon droit despitéedépitée

De se voir si souvent par leur crime infectée,

--- B6r° ---

Leur fond dessous les pieds et les reçoit froissezfroissés

120Dans les abymesabîmes creux de ses flancs crevassezcrevassés,

Où la fierefière Alecton, connoissantconnaissant leur courage,

Les caresse cruelle et d’horreur et de rage.

Que si par mon destin, destin trop rigoureux

Je suis haihaï, Jupin, et de toytoi et des Dieux,

125Que ne vient Atropos, du Ciel authoriséeautorisée,

CizelerCiseler de mes jours la fatale fuzéefusée,

Ou que n’élances-tu sur mon chef odieux

La tonantetonnante rigueur de tes dards, de tes feux ?

Mon ombre de son corps par ta dextre écartée

130Plus contente verroitverrait la rive Acherontéeachérontée :.

Ou bien devois devais-tu pas, ains qu’arresterarrêter mon sort,

M’avertir du plaisir que te donroitdonn'rait ma mort ?

J’eusse, me victimant sur tes chastes verveines50,

MoymemeMoi-même lanceté mes tortueuses veines.

135J’eusse fait, j’eusse fait escoulerécouler de mon flanc

Ouvert en milemille lieux milemille ruisseaux de sang,

Si qu’en fin mon corps veuf de chaleur et de vie

EutEût possible assouvyassouvi ta sanguinaire envie.

Mais tu veux sans raison, cruel Saturnien,

140Renommer par ma mort le champ Ogygienogygien51,

Tu veux, tu veux montrer à la race future

Le gouffreux monument d’un desastrédésastré Augureaugure.

Si pour avoir polupollu de la terre le dos

Il faut qu’un homme soit vif en son sein enclos,

145Appaise Apaise-la par cil qui l’a contaminée

Par l’execrableexécrable joug d’un monstreux Hymenéehyménée,

--- B6v° ---

Qu’elle engloutisse Oedip’Œdip’, prodige des humains,

La peste des voysinsvoisins, le malheur des ThebainsThébains,

OedipeŒdipe viperinvipérin qui dans le sang humide

150De son perepère trampatrempa sa dextre parricide52,

Qui, joignant mal au mal, et horreur à l’horeurhorreur

(Parlant le poil m’en dresse, et m’en fremitfrémit le cueurcœur)53,

Souilla incestueux (ô crime  !), avec sa meremère

Souventefois meslémêlé, la couche de son perepère,

155Si que femme, Iocaste, et meremère tu luylui feisfis

D’un part54 plus que brutal des freresfrères et des filzfils.

La lune de frayeur arrestantarrêtant sa carrierecarrière55

De son front argentin obscurcit la lumierelumière,

La nuictnuit se veitvit soudain vefveveuve de ses flambeaux,

160Et Asope56 d’horreur en replia ses eaux.

C’est là, non pas sur moymoi, ô Cielciel, où de ta rage

Se devroitdevrait dechargerdécharger l’impetueusimpétueux orage,

Car qui doit mieux mourir d’un sort prodigieux

Que celuycelui que le crime a rendu monstrueux ?

165Et toutefois tu vis, pied-troué, formforme-injure,

TuTu'-perepère, forge-horreur, pesteux, trouble-nature,

OuyOui, ouyoui, tu vis, et tes crimes commis

Te semblent avoir fait les celestescélestes amysamis.

OÔ que je fusse heureux si quelque bestebête fierefière

170EutEût de ton corps repeurepu sa pancepanse carnagerecarnagère,

Lors queLorsque pour empescherempêcher de ton destin le cours

L’on t’avoitavait exposé aux tigres et aux ours, !

Mais le malheur voulut que les cymescimes touffues

Du penchant CytheronCithéron furent lors depourveuesdépourvues

--- B7r° ---

175De leur peuple affamé, ou il ne voulut pas

Qu’un plus cruel que soysoi luylui servitservît de repas.

 ! quQu’heureux je seroisserais si de douleur extremeextrême,

Voyant par toytoi dissoutdissous le noeudnœud de son problemeproblème,

Le monstre mymi-pucelle57, au pied de son coupeau,

180T’euteût enclos avec soysoi en un mesmemême tombeau : !

Tes fils-freresfrères bastardsbâtards, race prodigieuse

Que t’a depuis donnédonné' la couche incestueuse,

Pour se fratricider ne brandiroientbrandiraient les dards,

Meurtrissant avec eux tant de nobles soldards,

185Et je n’iroisirais chetifchétif chercher la mort contrainte

Que ja je porte au cueurcœur et au visage, peinte.

OÔ aveuglée Argos, devois devais-tu recevoir

CeluyCelui qui maintenant énerve ton pouvoir,

Cet OedipodiainŒdipodien, ce bannybanni Polynice

190Qui, t’envlopantenv'loppant ingrat en son malheur et vice,

T’osteôte d’entre les bras tes plus chers norriçonsnourrissons

Pour d’Asope et d’IsmeneIsmène engraisser les poissons. ?

Et vous, PelopiensPélopiens58, vous Ducsducs, troupe legerelégère,

Qui suyvezsuivez indiscrets la discorde étrangereétrangère,

195Qui me liguez par force avec vous pour de Mars

Contre les murs Thebainsthébains lever les estandarsétendards,

Si vous scaviessaviez combien cétecette guerre outrageuse

Et à vous et à moymoi sera pernicieuse,

L’on ne vous verroitverrait ore estreêtre à couvrir si prompts

200Les plaines de chevaux, de gendarmes les monts.

Si la prophéteprophète ardeur dont j’ayai eu l’ameâme attainteatteinte

N’est encoresencore du tout en ma poitrine éteinte59,

--- B7v° ---

Et si le DelienDélien, des Oraclesoracles autheurauteur,

Daigne encorencore à mes yeux presenterprésenter le futur60,

205Je voyvois dejadéjà, je voyvois la meurtrissante Parqueparque

Faire signe à Charon d’appréterapprêter sa grand barque,

Pour rendre au creux sejourséjour les citoyens nouveausnouveaux

[Que]61 doivent envoyer ses funestes cizeausciseaux,.

Je voyvois, je voyvois, je voyvois les phalanges Argivesargives,

210TrebuchantTrébuchant par milliers aux Cadmeanescadméennes rives62,

Arpenter par leurs corps le plus bas elementélément,

Et pourprer de leur sang son vert accoutrement.

Je voyvois ces deux germains (hé ! que n’est l’infortune

À eux deux seulement, non aux autres, commune !),

215Ces OedipodiainsŒdipodiens, ces deux ambitieux,

Ces deux trouble-repos, cause-mal, boute-feuxboutefeux,

Meurtris (ôoh, le beau coup !) par leurs deux dextres mesmesmêmes,

Aller aux sombres lieux chercher leurs diademesdiadèmes.

HelasHélas, je voyvois un tas de vefvesveuves, et de fils

220Lamenter leurs maris et perespères déconfits,.

» Ainsi tousjourtoujours le peuple est punypuni pour les fautes

» Des Princesprinces mal-vivansvivants et des personnes hautes.

Je vous voyvois, Conducteursconducteurs, avec vos bataillons

EstendusÉtendus comme espicsépis sur les jaunes sillons,63

225Sans qu’il se trouve aucun qui daigne prendre cure

Pour office dernier de vostrevotre sepulturesépulture,

Si que qu'en finenfin vous aurez pour urnes et tombeaux

Les ventres charongnierscharogniers des lousloups et des corbeaux.

Telles seront vos fins, telles vos destinées,

230Mais vous n’en croyez rien, ô amesâmes obstinées, !

--- B8r° ---

Possible terrassés au milieu des combascombats,

IncredulesIncrédules encor ne le croirez-vous pas.

Ainsi (je le prevoyprévois) Cassandre Phrygienephrygienne,

EschauféeÉchauffée64 l’esprit de fureur Delphiennedelphienne,

235PrediraPrédira fort souvent les encombres futurs

Qui tapiront en finenfin les Dardanidesdardanides murs,

Malheurant et Priam, et toute sa noblesse

Pour avoir enlevé une femme de GreceGrèce.

Mais les Teucres, plongés en profondes erreurs,

240Malsages se riront de ses sainctes fureurs

Jusque Jusqu'à tant qu’ils verront les rougissantes flamesflammes

DevorerDévorer la grandeur de leurs nobles Pergames

Et les plus grands d’entre eux, pour n’estreêtre massacrés,

Embrasser le genoilgenou des Pelopidespélopides Grecs65.

245Or meurmeurs quand tu voudras, propheteprophète Amphiarée,

Tu n’iras voir tout seul la voutevoûte Tartaréetartarée,

Les autheursauteurs de la mort que tu dois endurer

Iront avant-coureurs ton logis assurer,.

» C’est consolation de voir nôtrenotre infortune

250» À d’autres comme à nous se montrer importune.66

Mais content ne serayserai sous Atrope rangé

Que je n’ayeaie apperceuaperçu mon desastredésastre vengé,

Remarquant, legerelégère ombre au royaume sterilestérile

Du tenebreuxténébreux Pluton, ma traistressetraîtresse EriphileÉriphile,

255Qui pour m’avoir trahytrahi viendra conter labaslà-bas

Que son fils AlcmeonAlcméon a tramé son trespastrépas.

Dea67, femme au cueurcœur felonfélon, déloyale, parjure,

Est -ce à moymoi qu’il failloitfallait ourdir si grande injure ?

--- B8v° ---

As -tu bien eu le cueurcœur, ingrate, pour de l’or

260D’une felonnefélonne main me livrer à la mort ?

OÔ Dieuxdieux, qu’est -il de sainctsaint, qu’est -il d’inviolable68

Que ne corrompe d’or la faim insatiable ?

» Le desirdésir des tresorstrésors, des amesâmes le poison,

» De tout vice et pechépéché empeste la raison,.

265» Par or le frerefrère on voit homicider son frerefrère,

» Par or le fils cruel est Atrope à son perepère,

» Par or la femme esteintéteint son cherissablechérissable espousépoux,

» Par or de toutetout amour les liens sont dissous,

» Par or l’on trahiroittrahirait le ciel et les Dieuxdieux mesmesmême,

270» Par or l’on trahiroittrahirait, l’on se vendroitvendrait soimesmesoi-même.

Doncque pour obtenir un peu de fin metalmétal

Tu as fait banqueroute à l’Hymenhymen conjugal.

Est-ce là l’amitié, brise-foyfoi, songe-feinte,

Que tu disoisdisais si fort en ta poitrine emprainteempreinte

275Quand tu me caressoiscaressais, bien-heurantbienheurant mes desirsdésirs

Par tant de jeux mignards, et amoureux plaisirs ?

Est -ce là le devoir que tu rensrends inhumaine

Au lieu de supporter la moitié de ma peine,

Au lieu de me venir doucement secourir

280Et mourir à demydemi en me voyant mourir ?

OÔ que fol est celuycelui qui met son asseuranceassurance

En sexe si fragilfragile, et si plein d’inconstance69. !

Celle que je pensoispensais qui metroitmettrait tout effort

À m’osterôter, me celant, des filetzfilets de la mort,

285Guidée par la soif d’une extremeextrême avarice,

Me deceledécèle, me vend, et me meinemène au supplice.

--- C1r° ---

Or cherche desormaisdésormais, marymari, cherche la foyfoi

En celle qui se dit moins à elle qu’à toytoi.

Tu es trop esblouyébloui des raizrais de son visage

290Pour pouvoir decouvrirdécouvrir le fiel de son courage :.

Croy Crois-moymoi, bien que souvent elle jure t’aymeraimer,

Ne t’y fie non plus qu’en la parjure mer70,.

J’en parle bien sçavantsavant, mais c’est à mon dommage,

Car je n’ayai sceusu pauvret eviteréviter le naufrage,

295Bien que j’ayeaie moulé mes serves actions

Au type monstrueux de ses conceptions.

L’on dit (mais qui le croit ?) que l’on a veuvu des femmes71

Avoir le cueurcœur esprisépris de si loyales flamesflammes

Que, ne pouvant survivre à leurs maris, le dueildeuil

300Leur arrachoitarrachait la vie et les pleurs au cercueil,

Afin que les deux corps dans les sepulchressépulcres sombres,

Et aux champsChamps ElisésÉlisé's se joignissent les ombres.

Pourroit Pourrait-il estreêtre vrayvrai que jamais ait estéété

ApresAprès l’obscure mort telle fidelitéfidélité

305En celles qui vivant nous borrellentbourèlent les vies

De milemille et milemille morts sous elles asservies ?

Quant à moymoi, de mon ourceourse et parque le venin

M’enseigne assez quel est le sexe femininféminin,.

Ce qu’au forcat forcé sont les plaines humides,

310Aux arbres enfueillésenfeuillés les soufleurssouffleurs Æolideséolides,

Aux esclaves les fers, aux establesétables les loups,

Et le joug aux toreauxtaureaux, la femme est à l’épousépoux.

PourquoyPourquoi as -tu produit, envieuse Naturenature72,

En ton globeux pourpris si fierefière creaturecréature ?,

--- C1v° ---

315Plus cruelle aux humains que n’est l’ours montagnard,

Le tygretigre, le lyonlion, l’once, le leopardléopard ?

C’est, c’est pour nous mattermater que dedans mesmemême couche

Tu joins à nos costezcôtés compagne si farouche,

Afin qu’ayant tousjourstoujours presprès de nous les enfers

320Nous ne soyons jamais delivresdélivrés de nos fers.

Sans la femme on verroitverrait bien plus entiereentière et saine

L’amitié, l’union, la compagnie humaine,.

L’homme, exentexempt de soucis et de regrets cuisanscuisants,

Joyeux devuyderoitdéviderait le fuzeaufuseau de ses ans,

325Son ameâme ne seroitserait vilement engagée,

Sa testetête ne seroitserait d’injures oragée,

Il se firoitfi'rait en soysoi, et jamais son secret

Ne luylui nuiroitnuirait ouvert au vulgaire indiscret,.

Le perepère saisonnier, non la langueur secrétesecrète,

330Par le plâtre des ans luylui blanchiroitblanchirait la testetête,.

Somme en prosperitéprospérité et heur il seroitserait tel

Que l’on le jugeroitjugerait plustotplutôt Dieudieu que mortel.

VoyVois, voyvois, sexe malin, en la race brutale

Si la femelle est point comme toytoi déloyale,.

335La tourte, se voyant vefveveuve, vefveveuve73 ses jours74,

FidelleFidèle à son pareil, de secondes amours,

Et pour n’avoir estéété avecque luylui ravie

Triste passe en regrets sa languissante vie.

Si la Mugemuge apercoitaperçoit les pecheurspêcheurs porte-hains75

340Avoir surpris son maslemâle, éleelle ne craint leurs mains,

Ains franchissant les bords de ThetysThétys marinieremarinière

Suit outré’ de douleur sa moitié prisonniereprisonnière.

--- C2r° ---

OÔ cruelle Eriphil’Ériphil’, voy vois-tu ces animants

Qui loyaux l’un de l’autre espousentépousent les tormentstourments,

345Qui seulement guidés d’un appetitappétit volage

Font honte à ta raison et à ton mariage, ?

Mariage ? Non, non, je parle improprement

De nommer mariage un tel accouplement,

Auquel (ô la funeste, et sinistre journée !)

350Le Royroi Tenarienténarien estoitétait pour HymenéeHyménée

Et sa noire compagne, HecateHécate à triple nom76,

AlloitAllait representantreprésentant la nopcierenocière Junon,.77

Les filles de la nuit, borrellesbourrelles Plutonidesplutonides,

FecondesFécondes en horreurs, et venins Gorgonidesgorgonides,

355Sortirent du profond de l’antre stygial

Pour venir malheurer ce festin nuptial,

Qui se veitvit éclerééclairé non pas de torches saintes

Mais des leurs, qui de corde éfroyablementeffroyablement ceintes

Et grosses des replis de milemille colevreauscouleuvreaux

360Ne demandent à voir qu’homicides nouveausnouveaux.

Atrope et ses deux seurssœurs, d’une prophéteprophète bouche,

ChantérentChantèrent à l’entour de la mortelle couche,

Au lieu de chant joyeux et Hymeneanhyménéen son,

Le malheur de la nopcenoce en funebrefunèbre chanson.

365VoilaVoilà, voilavoilà les Dieuxdieux, et les Deessesdéesses saintes

Qui receurentreçurent le dol de tes promesses feintes,

Qui oreores sans t’armer de flamesflammes nyni de fer

Te font causer des maux dignes de leur enfer.

Or tu endureras, ou mon attente est vaine,

370ChetiveChétive comme moymoi la rigueur de la peine,.

--- C2v° ---

Je pourroispourrais assouvir ma cholereusecoléreuse main,

Par milemille coups mortels sur ton avare sein,

Mais je veux qu’AlcmeonAlcméon, ta propre genituregéniture,

Te tuant, comme toytoi enmonstre la Naturenature,.

375Il faut, il faut venger ton infidelitéinfidélité

Et forfait impieux par autre impietéimpiété,.

Comme par toytoi trahytrahi j’ayai douleur plus amereamère,

Ainsi toytoi, en mourant par cil dont tu es meremère,.

Comment meremère ? Que dis-je ? Enfanté tu ne l’as,

380C’est mon fils AlcmeonAlcémon, ma femme tu n’es pas,.

 ! siSi ainsi estoitétait, me turois tu'rais-tu, cruelle,

Et luylui m’aimeroit aimerait-il d’une amour si fidellefidèle ?

Or s’approche le jour qui doit finir mes ans.

Sus, sus, il faut changer mes lauriers verdoyants

385En funebresfunèbres cypréscyprès, ja. Jà la voix crouassierecroassière78

Des chantres enroués, messagers de la bierebière,

Me va triste advisantavisant de mon prochain méchef,

Et ja le noir Hibouhibou lamente sur mon chef.

Je voisvais premier que toytoi au contour de MegereMégère,

390Mais si quelqunquelqu'un de là revient, ombre legerelégère,

Je me presenterayprésenterai noir fantomefantôme à tes yeux,

Plus importun, et plus que l’ErebeÉrèbe, odieux,.

Ton cueurcœur tremousseratrémoussera de milemille horreurs soudaines,

Ton sang s’engourdira cailloneux79 dans tes veines,

395Tu blémirasblêmiras d’efroyeffroi, tu mourras sans mourir80,.

Pour penser m’eviteréviter tu auras beau courir,

Je te suyvraysuivrai, fut cefût-cenaistnaît le flambeau du monde,

Fut ceFût-ce où nous aveuglant il se plonge dans l’onde,

--- C3r° ---

Fut ceFût-ce aux bords Lybienslybiens, ou bien fut cefût-ce aux climats

400Que baloiebalaie Aquilon, pleins de neige et frimas.

Je te rendrayrendrai du jour horrible la lumierelumière

Et plus hydeusehideuse encor la nuit sille-paupierecille-paupière,

Car j’emplirayemplirai ton lictlit de monstres menassantsmenaçants

Afin que le sommeil ne te charme les sens,.

405Jamais à tormentertourmenter une ameâme malheureuse

Tant la fierefière Alecton ne fut industrieuse

Que tu m’espreuveraséprouveras,. puisPuis, quand auras souffersouffert

En ces terrestres lieux les maux de mon enfer,

Le jour viendra auquel par les mains vengeresses

410Tu iras vers Pluton t’assouvir de richesses.

Polynice et Tydée, discourantsdiscourant sur les occurencesoccurrences de la guerre, rejettent comme vains les advertissementsavertissements et pronostics des Auguresaugures touchant la calamiteuse fin de leur entreprinseentreprise, et prennent les armes pour aller mettre le siegesiège devant ThebesThèbes, accompagnezaccompagnés des autres Princesprinces de leur ligue.

POLYNICE, TYDEETYDÉE

POLYNICE.

DesjaDéjà hors des bessonsBessons le cocher Latonidelatonide81

Des ronsins souflesouffle-jour isnel tornetourne la bride,

Et ja pour de CeresCérès n’éconduire les veuxvœux

Pourpense comme il doit luylui blondir les cheveux82.

--- C3v° ---

415Sus, sus, prince exilé, sus, pauvre Polynice,

Temps est qu’impatient ton courage s’aigrisse

Et qu’assisté de Mars ton valeureux effort83,

Puis quePuisque le droit ne peut te rendre le plus fort.

C’est trop, c’est trop tardetardé, c’est trop croupir aux rives

420(EstrangerÉtranger habitant) des puissances Argivesargives.

Il est temps desormaisdésormais de parer souverain

De tiare ton chef, et de sceptre ta main.

QuoyQuoi ?, Ququ’aux bords inconnus ton ameâme genereusegénéreuse

Soit tousjourtoujours mendiant sa retraite honteuse,

425Pendant qu’un brise-foyfoi, un traistretraître, un déloyal,

Usurpera ton droit et ton tiltretitre royal ?

Non, non, premier que l’an soit marqué de deux bornes

Par l’astre qui courant prend et pose des cornes84,

ThebesThèbes ne te pouvant, Royroi parjure, cacher

430Te verra et la vie, et le sceptre arracher.

» Les Dieuxdieux, dezdès le plus haut de la tente azurée85

» Où des globes se fait la danse mesurée,

» Jettent l’œil tout-voyant sur les peuples esparsépars

» Que ce rond spatieuxspacieux comprend de toutes parsparts,

435» Afin que, decouvrantdécouvrant nos actes, leur justice

» Bien-heureBienheure la vertu, et corrige le vice,.

Mais principalement ils se montrent soigneux

Du noble estatétat des Roisrois qui commandent sous eux,

Punissant aigrement cil qui d’un jeune prince

440S’eforceefforce sans raison d’occuper la province.

C’est pourquoypourquoi à present d’un visage serainserein

Ils me tendent beninsbénins leur secourable main,

--- C4r° ---

VouansVouant à mes desseins la plus noble jeunesse

Qui ait jamais porté les armes en la GreceGrèce.

445Bien que le vain soupçon des incertains augurs86

Nous aille menacantmenaçant de desastresdésastres futurs

Si nous faisons sentir par nos dures alarmes

Aux parjures ThebainsThébains l’aspreâpre rigueur des armes,

Si est -ce toutefois que nyni les cris nouveaux,

450NyNi le vol observé des senestressinistres oyseauxoiseaux,

NyNi le foyefoie apperceuaperçu testeux87 en deux parties

Au ventre vif ouvert des tremblantes hosties,

Ne me scauroitsaurait induire à croire que les cieux,

Support des oppressés, nous soient injurieux.

455Qui des Dieuxdieux, je vous prypri', sauf le fils de SeméleSémèle88,

Se voudroitvoudrait opposer à si juste querélequerelle ?

Qui des Dieuxdieux, du pavois de son authoritéautorité,

VoudroitVoudrait targuer l’autheurauteur d’une infidelitéinfidélité ?

TYDÉE.

Ce sont, ce sont propos et, songes manifestes

460Que ces fols truchements des volontés celestescélestes

Nous forgent en dormant, seulement destinés

Pour martirermartyrer d’éfroyeffroi les cueurscœurs effeminésefféminés.

Bien qu’il seroitserait ainsi, nôtrenotre emprise arrestéearrêtée

DemeurroitDemeur'rait pour cela sans estreêtre executéeexécutée ?

465Non, non, nyni par conseil, nyni par effort humain,

L’on ne peut eviteréviter la meurtrissante main

Des filandieresfilandières sœurs qui tranche nos années

--- C4v° ---

Au point dont en naissant elles sont terminées.

La vie et le trespastrépas, le bon-heur et le mal

470D’un chascunchacun des mortels, par un ordre fatal,

Suivent asseurémentassurément d’une course immuable

Le decretdécret obstiné du sort inexorable,

Qui de si bons ramparsremparts a asseuréassuré ses forts

Pour repousser des Dieuxdieux les impuissants éfortsefforts

475Que nyni le grand Jupin89, non, le grand Jupin mesmemême

(Qui, fronçant le sourcil, de puissance suprémesuprême

Peut en chaos hydeuxhideux déformer l’univers90

Par le discord confus des meslangesmélanges divers)

Ne le scauroitsaurait forcer avec sa violence

480À changer tant soit peu sa fatale ordonanceordonnance.

Donc, comme pourrions -nous à ce contrevenir

Qui, malgré tous les Dieuxdieux, vient s’il veut aveniradvenir ?

LaissonLaissons ces vains soucyssoucis, ceux. Ceux que Mars eguillonneaiguillonne,

Ceux qui l’ont veuvu rageux d’une dextre felonefélonne

485Horribler par le choc de plus aspresâpres combats,

Pour malheur si douteux ne s’espouvententépouvantent pas.

FaisonFaisons, faisons marcher nos puissantes cohortes.

Ja nous devrions avoir planté l’horreur aux portes

Des AmphyoniensAmphioniens91, ja fait pluvoirpleuvoir nos dards

490Sur milemille et milemille chefs d’infidelesinfidèles soldards,.

Je ne serayserai joyeux que de cestecette canaille

Nous n’ayons tant défait, qu’au-tourautour de la muraille

Les chamschamps, graissezgraissés de morts, par leur fruit redoublé

Outre-passentOutrepassent les veuxvœux du rustic aime-blé.

495Par le ciel (croyez -moymoi, Polynice, j’en jure),

--- C5r° ---

Ce n’est le souvenir de la traistressetraîtresse injure

Qu’ils m’ont fait me voulant, au grand mépris des lois,

LegatLégat inviolable assommer dans le bois

Qui m’anime contre eux, car sans autre puissance

500Ce fort bras, Dieu mercymerci, en a pris la vengeance :.

Mais c’est le seul despitdépit et regret de vous voir

Frustrer injustement de sceptre et de pouvoir.

 ! pourriez Pourriez-vous avoir, cher amyami, infortune

Qui ne futfût à Tydé ainsi qu’à vous commune ?

505» Ceux que joint le lien de parfaite amitié

» Et le bien, et le mal partissent par moitié,.

» Si l’un vit à souhait, l’autre a part à son ayseaise,

» Si en dueildeuil, l’autre veut n’estreêtre exentexempt du malaise,

» Si que, sympathisanssympathisant ensemble, leurs accords

510» Font de deux esprits un, possedépossédé de deux corps92.

C’est pourquoypourquoi comme vous j’ayai part à la querelle,

C’est pourquoypourquoi de vous voir en la ville rebelle

RegnerRégner sur vos mutins c’est mon entier soucysouci,

Car quand vous serez royroi, je regnerayrégnerai aussi.

POLYNICE.

515Depuis le jour heureux que le Royroi Argoliqueargolique,

Faisant cesser humain en sa cour magnifique

Notre soudain discord, d’inconnus ennemysennemis

Nous rendit promptement et freresfrères et amysamis,93

D’amitié, ô Tydé, tousjourtoujours la vive flameflamme

520Vous a fait patronerpatronner les desseins de vôtrevotre ameâme

--- C5v° ---

Sur mes propres desirsdésirs,. tesmoingsTémoins en sont vos faits,

D’un cueurcœur vrayment loyal manifestes effets94.

Quel hazardhasard m’est venu, quelle haute entreprise

Dont vous en ma faveur n’ayez la charge prise ?

TYDÉE.

525Qui, moymoi ? Par les hauts cieux, pour vous j’entreprendrois

De desceptrer la main des plus superbes Roisrois,

Pour vous j’iroisirais tirer, malgré les vaines ombres,

La fille de CeresCérès hors des royaumes sombres,

Pour vous j’oteroisôterais l’arc au vainqueur de Python,

530La pique au ThraciainThracien, la torche à Alecton.

POLYNICE.

Par la necessiténécessité qui est pierre de touche

Pour voir l’amyami de cueurcœur entre ceux la-là de bouche95,

J’ayai fait preuve, Tydé, de vostrevotre bon vouloir,

Qui est si grand que mesmemême il passe le pouvoir.

535De là vient qu’envers vous une amitié sacrée

Au centre de mon cueurcoeur s’est tellement ancrée

Que plustôtplutôt le legerléger contrebas tirera96,

Et de soysoi le pesant aux astres volera,

PlustostPlutôt le ciel lassé à la terre grossieregrossière

540ResigneraRésignera ses feux, et sa course legerelégère,

PlustostPlutôt sera Junon envieuse à ces bords,

--- C6r° ---

PlustostPlutôt les murs Thebainsthébains soutiendront nos éfortsefforts,

PlustostPlutôt vivra le feu au ventre de NeréeNérée

Qu’on la voyevoie jamais tant soit peu alteréealtérée.

TYDÉE.

545LaissonLaissons tous ces propos, et pensons aux exploisexploits97

Qu’à ThebesThèbes nous ferons, quant. Quant à moymoi, je voudrois

Ja dejadéjà voir choquer la corne dépiteuse

Du belierbélier hurteheurte-roc, et froisser ruineuse

L’ouvrage d’Amphion.

POLYNICE.

Et moymoi, ja je voudrois

550EstreÊtre seul accouplé98 au voleur de mes droits,

Pour luylui faire sentir la peine que meritemérite

CeluyCelui qui déloyal son frerefrère desheritedéshérite.

Qu’il m’attende.

TYDÉE.

OuyOui da, vous seul et vos éfortsefforts

Vaillant il soutiendra, luylui dedans, vous dehors,

555La muraille entre-deux.

POLYNICE.

Quand la harpe nombreuse

Du massonmaçon sans outil charmant harmonieuse

Tout le grand ThermopilThermopyl’ pour le rendre asseuréassuré

L’auroitaurait de toutes parsparts de rochers emmuré,

Si faut -il qu’il se montre et que ma main vaillante

560Le facefasse aleraller regnerrégner -bas vers Rhadamante,.

Rien ne peut m’empecherempêcher, quand le Tyrinthien99,

Guerrier espouvantailépouvantail de ce rond terrien,

Avec le mesmemême bras qui les monstres atterre

VoudroitVoudrait servir de fort, et rampartrempart à sa terre,

565Et quand mesmemême vulcanVulcain, le maneuvremanœuvre des Dieuxdieux,

L’auroitaurait de tous côtés d’un art laborieux

--- C6v° ---

Enceinturé d’acier, pour d’un si fort ouvrage

RabatreRabattre les efforts de ma puissante rage.

TYDÉE.

Nous le verrons, alon. Allons penser à nos apretsapprêts.

POLYNICE.

570Tout est ja ordonné, nos gendarmes son prestsprêts.

TYDÉE.

Sus, qu’attendonattendons-nous donc d’armer nos mains de masses,

De salades nos chefs, et nos dos de cuirasses ?

POLYNICE.

Ne reste qu’assembler en un nôtrenotre pouvoir,

Deca delaDeçà delà esparsépars,. ja le noble terroir

575Des vaillansvaillants MycenoisMycénois, ja Argos, ja MegareMégare100

Et, bref, tout le pays qui celebrecélèbre se pare

Du surnom de PelopsPélops a les armes au pointpoing

Pour me suyvresuivre par toutpartout jusques au dernier point.

TYDÉE.

Allons trouver Adrast’.

POLYNICE.

AlonsAllons, et tous les princes

580Qui pour nostrenotre secours ont armé leurs provinces,

Car il est ore temps qu’un chacun promptement

FaceFasse d’ordre et de rang marcher son regimentrégiment.

CHŒUR.

DezDès que la folle Ambitionambition

Dans le cueurcœur de l’homme furonne,

585Au trouble, et à la faction

Son enflé courage s’addonneadonne.

À tous hazardshasards il s’abandonne

Sans qu’aucune apprehensionappréhension

Du grand perilpéril qui l’environne

--- C7r° ---

590Puisse esteindreéteindre sa passion.

 

Toute insolente affection

De grandeur, en malheurs foisonne,

Mais sur toutsurtout la pretensionprétention101

D’avoir sur le chef la coronnecouronne.

595Cil que ce desirdésir empoisonne

Par meurtres, par seditionsédition,

TacheTâche sans égard de personne

AttaindreAtteindre à son intention.

 

Il n’épargne le plus souvent

600NyNi sa cité nyni son lignage,

PourveuPourvu qu’il aille poursuyvantpoursuivant

Les hauts desseins de son courage :.

NeantmoinsNéanmoins, pour tout advantageavantage,

Il n’en remporte que du vent,

605Et Junon peinte en un nuage

Va ses caresses decevantdécevant102 :.

 

Ou bien fortune qui assaut

Ceux qui plus se crestentcrêtent la face,

Le voyant ainsi d’un cueurcœur haut

610S’élever sur la populace,

Afin qu’elle mieux l’atterrasse

Le faisant tomber de plus haut,

Joint sa faveur à son audace

Puis d’un coup luylui donne le saut.


--- C7v° ---

615SeurSûr tu ne seroisserais en tes Cieuxcieux,

Jupin, grand maistremaître du tonnerre

N’estoitétait le foudre impetueuximpétueux

Que sur nous ta dextre desserre.

Car, n’estantétant assouvyassouvi en terre

620Le desirdésir d’un ambitieux,

ApresAprès cil des hommes, conquerre

Il voudroitvoudrait l’empire des Dieuxdieux.

ACTE SECONDII.

EtheocleÉtéocle, apresaprès avoir fait enumerationénumération des choses qui rendent autant desirabledésirable la condition des Roisrois que leur defautdéfaut apporte d’avilissement et mesprismépris à celle du vulgaire, jugeant en icelle consister l’entiereentière perfection de la felicitéfélicité humaine, deliberedélibère d’en usurper totalement la jouissance et (nonobstant les suasions contraires d’Iocaste) en frustrer Polynice son frerefrère :, alleguantalléguant pour toutes raisons qu’il luylui seroitserait moins facheuxfâcheux de mourir que de voir changer de mets à son ameâme affriandée aux viandes inconnues au goustgoût du commun pour s’estreêtre desjadéjà à la delicatessedélicatesse d’icelles delicieusementdélicieusement habituée.

--- C8r° ---
ETHEOCLEÉTÉOCLE, IOCASTE

ETHEOCLEÉTÉOCLE.

Qui veut sçavoirsavoir que c’est des aises de ce monde,103

Qui veut sçavoirsavoir en quoyquoi la volupté se fonde,

625Et comme au goulphegolfe doux de la mer des plaisirs

L’on peut plonger ses sens pour noyer ses desirsdésirs

Vienne, vienne regnerrégner, vienne au thrônetrône des princes

Ranger à son vouloir les subjettessujettes provinces,

Vienne graver ses lois dans le cueurcœur du commun,

630ObeissantObéissant à nul, obeiobéi d’un châcunchacun,.

Soudain il jugera ses qualitezqualités haussées,

Plus fecondesfécondes en heur que son cueurcœur en pensées.

Par le sceptre, divin ornement de nos mains,

Le souverain bon-heurbonheur est connu des humains,

635Par le sceptre roialroyal nostrenotre ameâme est assouvie

Des plus douces douceurs dont s’adoucit la vie,.

Le sceptre à un châcunchacun admirable se rend,

Le sceptre tous honneurs en son honneur comprentcomprend,

Le sceptre fait qu’en tout son abondance abonde,

640Le sceptre a tout pouvoir sur le pouvoir du monde.

Bref, rien ne manque au sceptre en ce terrestre lieu,.

Il peut tout, il fait tout, mesmesmême d’un homme un Dieudieu.

Discourez, ô humains, à qui des ans la presse

Imprime au chef le gris, en l’ameâme la sagesse,

645Qu’heureux ne sont les Roisrois que par opinion,

--- C8v° ---

Qu’ils sont souvent la proyproi’ d’une rebellionrébellion,

Que de fortune ils ont à tous coups des atteintes,

Que de milemille perilspérils leurs couronnes sont ceintes,

Et que la peur d’avoir la mort en trahison

650Par les glaives de nuit, de jour par le poison,

Enfielle (tout ainsi que les sales Harpyes

Les viandes de Phiné) les douceurs de leurs vies,.

Vous ne voyez pourtant qu’un Royroi, en plus grand heur

Change, las de regnerrégner, sa royale grandeur.

655L’œil de vostrevotre raison, ô sages sans sagesse,

Peut voir ce qui les Roisrois, en apparence, blesse,

Mais, quant à leurs plaisirs, debiledébile il ne voit pas

Que le moindre trop peu s’achepteachète d’un trespastrépas104 :.

Aussi n’est -ce aux subjetssujets que se rendent connues

660Des Princesprinces leurs Seigneursseigneurs les joyesjoies continues,.

CeluyCelui seul la valeur du sceptre peut sçavoirsavoir

Qui a du sceptre en main l’honneur et le pouvoir.

Y a ila-t-il plus grand heur que de voir asservies

SouzSous sa puissante main de tant d’hommes les vies,

665Qui, admirant leur Royroi comme un d’entre les Dieuxdieux,

S’estiment fortunés d’un regard de ses yeux ?

Si c’est contentement que pouvoir se distraire

Du poudrier inconuinconnu de l’humble populaire105,

Quel aise sent celuycelui duquel l’authoritéautorité

670Fait flechirfléchir des vassaux de toute qualité ?

Jupin mesmemême, qu’a ila-t-il ? Quel grand heur dont la vie

Heureuse de nous, Roisrois, luylui deutdût porter envie ?

--- D1r° ---

Il gouverne le ciel, nous les pays terrains,.

Dieu il commande aux Dieuxdieux, nous hommes aux humains,.

675Son desirdésir est suyvysuivi de téletelle obeissanceobéissance

Que l’effet bien souvent ses paroles devance.

Et nous, vers nos sujets, quoyquoi ? Ne faison faisons-nous pas

L’ordonanceordonnance et l’effet marcher de mémemême pas ?

Croulant le chef, du ciel il fait trembler la voutevoûte

680Et le plus assuré de ses Dieuxdieux le redoute.

Nous, fronçant le sourcil, qui est cil qui de peur106

Ne dérobe à son front le sang et la couleur ?

Par le divin accueil de ses Dieuxdieux et Deessesdéesses

Reçoit -il souverain plus d’honneur, de caresses

685Que nous des Courtisanscourtisans ? Il a son ApolinApollin

Qui, seantséant tout à bas de son thrônetrône divin,

Fait dire aux tendres nerfs de sa lirelyre nombreuse

Des champs Thessaliensthessaliens107 la victoire fameuse.

Combien en avonavons-nous qui par leurs doux accords

690Font mouvoir et danser les insensibles corps,

Quand ils vont celebrantcélébrant les superbes trophées

Dont nous avons rendu nos Citéscités étoffées ?

Il n’a qu’un Mars au ciel, et nos riches palais

Regorgent de guerriers ennemysennemis de la paix

695Qui, maniansmaniant ou l’arc, ou la hache, ou la lance,

FoudroyentFoudroient les harnois de si grande puissance

Qu’on les fuit comme au champ, les lievreslièvres le levrierlévrier,

Les poussins le Milanmilan, les merles l’esprevierépervier.,

Ou comme fuit par l’air une nue agitée

700Du gousiergosier souflesouffle-sec du gendre d’ErictéeÉrechthée108.

--- D1v° ---

Nos hommes, abbreuvezabreuvés au flot Aonienaonien,

Cedent Cèdent-ils orateurs à son CyllenienCyllénien109

Pour faire aux grands seigneurs et Damesdames un message,

Enrichissant de fleurs et succrantsucrant leur langage

705Du doux miel Hibleanhybléen, pour surprendre enrétésenretés

Les esprits aux filets des propos affettésaffétés ?

N’avonavons-nous des Junons ? N’avonavons-nous des Cyprines

Qui de Roisrois nous font serfs de leurs beautezbeautés divines

Et qui, bien tostbientôt cessant leur douce cruauté,

710Nous permettent cueillir à nostrenotre liberté

Les roses dont Amour d’une face joyeuse

CoronneCouronne ses guerriers en la cargue amoureuse ?

Si Jupin en avoitavait de plus belles aux Cieuxcieux,

Viendroit Viendrait-il si souvent qu’il fait en ces bas lieux

715Amortir les chaleurs que causent en ses mouellesmoelles

De nos nymphes les yeux, brillonantesbrillonnantes estoilesétoiles,

Empruntant d’un toreautaureau ore la forme, et or’

D’un cygne Meandrinméandrin, ou d’une pluyepluie d’or110 ?

Nos escuyersécuyers sont tels que le moindre ne cedecède

720À sa servante HebéHébé nyni à son GanymedeGanymède.

Bref, nous sommes des Dieuxdieux et ne nous passe en rien

Ta Cielinecieline grandeur, PerePère saturnien,

Sinon que comme toytoi nos magestésmajestés irées

Ne peuvent élancer des flechesflèches ensoufrées

725Sur le chef odieux des rebelles humains

Qui depitentdépitent souvent nous et nos longues mains.

Ma DameMadame, c’est pourquoypourquoi si ardemment desiredésire

VostreVotre jeune ArgiainArgien de voir flamber et luire

--- D2r° ---

Le parement royal sur son front arrestéarrêté

730Et s’yvrerivrer des plaisirs de nostrenotre dignité.

Mais, le simple qu’il est, il faut qu’il considereconsidère

Que premier -né je tiens la place de mon perepère

Et qu’il est trop jeunet encor pour me vouloir

Contraindre et brusquement ranger à son vouloir.

735Je suis Royroi et serayserai jusque jusqu'à l’heure dernieredernière.

Qui m’osteraôtera ce droit, m’oteraôtera la lumierelumière.

IOCASTE.

Si est -il fils de Royroi comme vous, et, partant,

Ne doit -il estreêtre exclusexclu du sceptre qu’il pretendprétend.

Quand le Royroi s’en alla en exil volontaire,

740Ne luylui laissa -t-il pas le regnerègne hereditairehéréditaire

Comme à vous ? Vous avez avec luylui appoinctéappointé

Que quand l’un de vous deux se seroitserait absenté

Quelque espace de temps, l’autre de bonne gracegrâce,

Pour regnerrégner à son tour, luylui cederoitcéderait la place,.

745Vous avez commandé et luylui patiemment

S’en allant n’a troublé vostrevotre gouvernement.

Le voilavoilà qui revient,. maintenantMaintenant, pourquoypourquoi est-ce

Qu’il ne jouyrajouira pas du fruictfruit de la promesse ?

ETHEOCLEÉTÉOCLE.

Que je cedecède mon lieu ? Que je renonce à l’heur

750Dont un Dieudieu daigneroitdaignerait s’advoueravouer possesseur ?

Que dethronédétrôné chetifchétif j’ensceptre Polynice ?

Qu’obeiobéi d’un chacun, moimémemoi-même j’obeisseobéisse ?

Que je rampe inconuinconnu parmyparmi le peuple abjet111 ?

Que je me rende égal à un simple sujet

--- D2v° ---

755Qui comme un Dieudieu puissant, m’admire, me revererévère

Et courbé souzsous ma main à mes loixlois obtempereobtempère ?

Que la fable je sois de mes voysinsvoisins moqueurs,

Vilement degradédégradé de mes nobles honneurs,

Et que j’aille (ô regret !) d’une voix importune

760Au superbe étranger conter ma defortunedéfortune

Pour m’offrir sa maison ? PlustostPlutôt, m’ouvrant le flanc,

HardyHardi je vomirayvomirai et la vie et le sang.

MeurMeurs, meurmeurs, si tu n’es plus ce que tu souloissoulais estreêtre,

PlustostPlutôt que d’estreêtre serf quand tu as estéété maistremaître.

IOCASTE.

765Mais que craignez -vous tant ? Jusque Jusqu'à un temps certain

Il veut ainsi que vous avoir le sceptre en main.

Ce n’est pas pour tousjourstoujours,. vostreVotre dextre étonnée,

Sans y penser, soudain s’en reverroitreverrait ornée,

Car le temps chasse-jour marche d’un piépied volant,

770Entretenant son cours comme un fleuve coulant.

ETHEOCLEÉTÉOCLE.

Non, Madame, d’un Royroi le sceptre au lieu resembleressemble

Qui ne se peut tenir de deux corps tout ensemble112.

IOCASTE.

Tout ensemble on ne peut regnerrégner, je le scaysais bien,

Mais par tour.

ETHEOCLEÉTÉOCLE.

Non, je veux estreêtre Royroi seul ou rien.

IOCASTE.

775Vous le voulez ? Mais quoyquoi ! ceCe n’est pas vostrevotre frerefrère

Qu’il faut tromper ainsi.

[ETHEOCLEÉTÉOCLE.]113

Quand ce seroitserait mon perepère.

IOCASTE.

Puis quePuisque le sang vers vous a si peu de pouvoir,

Pensez quel est d’un Royroi tel que vous le devoir

Touchant ses actions, s’il ne faut pas qu’il donne

780Ce qu’il promet.

ETHEOCLEÉTÉOCLE.

OuyOui, mais non pas sa coronecouronne114.

 ! queQue me serviroitservirait de luylui garder la foyfoi

Si gardée éleelle fait que je ne sois plus Royroi ?

--- D3r° ---

IOCASTE.

Vous voudriesvoudriez pour regnerrégner commettre une injustice ?

ETHEOCLEÉTÉOCLE.

Je voudroisvoudrais perpetrerperpétrer toute sorte de vice.

785Trop sot seroitserait celuycelui qui pour regnerrégner craindroit

De renverser les lois, la justice, et le droit.

Qu’on soit tant qu’on voudra juste en toute autre chose,

PourveuPourvu que sur le chef la coronecouronne repose.

IOCASTE.

Quel plaisir aurez -vous en telle dignité,

790Ternie des efforts d’une infidelitéinfidélité ?

ETHEOCLEÉTÉOCLE.

Mais quel plaisir auroyaurai-je, exclusexclu de mon office,

De Royroi rendu vassal, subjetsujet, offre-service ?

IOCASTE.

Un chacun publirapubli'ra vostrevotre deloyautédéloyauté

D’avoir vostrevotre germain ainsi desheritédéshérité.

ETHEOCLEÉTÉOCLE.

795Mais chacun publiroitpubli'rait ma trop grande simplesse

D’avoir perdu le sceptre en tenant ma promesse.

IOCASTE.

Or le voicyvoici qu’il vient parler à vous de presprès,

Avec un monde armé de Pelopidespélopides Grecs.

Pensez à luylui donner de bonne heure sa terre

800Ou vous serez contraint par l’éforteffort de la guerre

À lui quitter le tout, puis quepuisque par amitié

Vous refusez ainsyainsi luylui cedercéder la moitié.

ETHEOCLEÉTÉOCLE.

Contraint ? haHa ha, contraint, comme si j’éstoisétais prince

Que puissent les voysinsvoisins contraindre en sa province,

805Comme si les ThebainsThébains, vrais norriçonsnourrissons de Mars,

EstoientÉtaient inferieursinférieurs aux Pelopespélopes soldards. !

IOCASTE.

L’on a bien veuvu des Roisrois plus puissants que vous n’estesêtes

Changer honteusement leurs sceptres en houlettes115.

Vous pensez estreêtre fort, estantétant de boulevarsboulevards

810Et de forts bastions enceint de toutes parsparts,

--- D3v° ---

Pour estreêtre clos de murs et de tours dont les cymescimes

Vont voisinant de l’air les estagesétages sublimes,.

ScachezSachez qu’il n’y a rien qui ne soit surmonté

Par celuycelui que du droit arme l’authoritéautorité.

815Avecque le Belierbélier, foudroyante machine,

Il demolitdémolit les murs, les hautes tours il mine,

Il remplit les fossezfossés, écheleéchelle les rampartsremparts

Malgré le vain pouvoir des iniques soldards,.

Bref, il unit au dos des campagnes fertiles

820Le front audacieux des plus superbes villes,

» Car quiconque haa le droit il haa pour soysoi les Dieuxdieux,

» Qui a les Dieuxdieux pour soysoi se rend victorieux.

ETHEOCLEÉTÉOCLE.

C’est moymoi à qui le ciel se doit montrer propice.

IOCASTE.

OuyOui, s’il hait le droit, et aymeaime l’injustice.

ETHEOCLEÉTÉOCLE.

825Toujours, toujourtoujours les Dieuxdieux favorisent aux Roysrois.

IOCASTE.

OuyOui, s’ils sont soigneux de justice et des lois.

ETHEOCLEÉTÉOCLE.

Jupin comme enfansenfants siens toujourtoujours les prend en garde.

IOCASTE.

Il n’haa les ravisseurs de sceptre en sauvegarde.

C’est luylui qui les punit.

ETHEOCLEÉTÉOCLE.

Mais c’est luylui, tant s’en faut,

830Qui favorise ceux qui, ayantsayant le cueurcœur haut,

Par fraude, et par vertu d’une ruse secrettesecrète

Rendent à leur pouvoir une terre sugettesujette.

LuymesmeLui-même n’ha ila-t-il pas, avecque ses germains,

De son perepère chenu privé les foiblesfaibles mains

835Du sceptre de ce monde, en donnant du Cocyte

À l’un l’empire noir, et à l’autre Amphitrite ?

Pour certain, il cheritchérit ceux la-là qui scaventsavent mieux

Contenter finement leurs cueurscœurs ambitieux.

--- D4r° ---

IOCASTE.

Dites vous,. jJayai grand peur que ce douteux affaire

840Ne facefasse à vostrevotre dam apparoir du contraire.

Croyez moy-moi, et cedezcédez le royaume promis

Avant que de le voir en proyeproie aux ennemysennemis,

Car sept Princesprinces liguezligués d’une voix solemnélesolennelle

Ont juré de mourir pour si juste querélequerelle,

845Et avec eux encor les plus braves soldards

Qu’ait jamais veuvus la GreceGrèce à la suytesuite de Mars.

ETHEOCLEÉTÉOCLE.

Quand ils auroientauraient de gens plus qu’il n’y a d’avettes

Au montMont Hymettianhymettien succelantsucelant les fleurettes,

Plus que le Nil ne voit de grues arriver

850Pour changer en estéété le Borealboréal hyverhiver,

Plus encor milemille fois que le printemps n’ameineamène

De fueillesfeuilles aux foretsforêts, et d’herbes en la plaine,

Je suis bien assez fort pour leur faire sentir

De leur temeritétémérité un triste repentir.

855Viennent quand ils voudront, ou. Ou je perdrayperdrai la vie

Ou d’iceux nous ferons si sanglante turietu'rie

Qu’un mont naissant des corps l’un sur l’autre entassés

Contera aux nepveuxneveux leurs desastresdésastres passés.

CHŒUR.

Lors queLorsque le ThraciainThracien pervers116

860Sema premier en l’univers

Les horreurs de la guerre dure

Qui firent à l’or jaunissant,

Se changeant en fer meurtrissant,

Perdre sa luisante teinture,


--- D4v° ---

865Astrée aux balancieresbalancières mains

Qui, caresseecaressée des humains,

FaisoitFaisait icy ici-bas son repaire,

Pour ne voir les hydeuxhideux degatsdégâts,

Les meurtres sanglants et combats,

870S’en volaenvola au ciel vers son perepère.

 

Plusieurs excellentes vertus

Dont les sieclessiècles s’estoientétaient vêtus

QuicterentQuittèrent la terre apresaprès elle,

Mais elle eut le soin quant et soysoi117

875D’emmener la constante foyfoi,

Sa seursœur et compagne eternelleéternelle.

 

En son lieu la fraude a surpris

Des humains les traistrestraîtres esprits,.

L’on fait autrement qu’on ne jure,

880Le frerefrère, quelque fin qu’il soit,

Est tout estonéétonné qu’il recoitreçoit

De son frerefrère un dol et injure.

 

Où sera la foyfoi seurementsûrement

Si d’un Royroi le sacré serment

885Avec les Aquilonsaquilons s’en voleenvole ?

D’un Royroi qui, bien qu’il soit plus fort,

Doit plustotplutôt courir à la mort

Que de manquer à sa parole. ?


--- D5r° ---

EtheocleÉtéocle, ayant en sa main

890Pour un temps le sceptre Thebainthébain,

Ne le veut cedercéder à son frerefrère,.

Encores outrage-il118 trompeur

L’inviolable Ambassadeurambassadeur

Qui le somme de s’en distréredistraire.

 

895HelasHélas, que t’euteût servyservi, Tydé,

Si le Dieudieu Mars ne t’euteût aydéaidé,

DyDis, que t’euteût servyservi ton olive119 ?

Tu te pouvoispouvais bien apréterapprêter

D’aller la réponse porter

900À ceux de l’infernale rive.

Iocaste, advertieavertie que le camp de Polynice est desjadéjà aux environs de ThebesThèbes, commence à se douloir, accusant de trop grande rigueur et importunité les cieux qui, par la perversité de leurs influences, apresaprès une infinité d’encombres et desastresdésastres, la reduisentréduisent à tel malheur que de luylui faire voir sur le declindéclin de sa vie ses enfans alterezaltérés du sang l’un de l’autre, et ThebesThèbes sa patrie assaillie par celuycelui sur qui elle debvroitdevrait s’appuyer comme sur le support, et principale colonne de sa defencedéfense.

120 --- D5v° ---

<Iocaste>

Qui euteût jamais pensé que l’instable fortune

Tant stable en mes malheurs m’euteût estéété importune ?

Qui euteût jamais pensé que le destin pervers

EutEût fait rouler sur moymoi tant d’encombres divers ?

905OÔ Dieuxdieux, que de rigueurs, que de peines cuisantes

Lancent en mesmemême lieu vos dextres punissantes,

Que de fiers accidensaccidents ireux vous dechargezdéchargez

Sur l’infortuné chef des pauvres affligezaffligés. !

Hé, n’ayai-je assez souffert, ? lasLas, n’avez-vous, Celestescélestes,

910Arraché de mes yeux assez de pleurs funestes

Sans me troubler encor, sans joindre de rechefderechef

À tant de maux receusreçus un tout nouveau mechefméchef ?

Toujours de sa beauté la terre ne fait perte121

Et n’haa de froids glaçons son eschineéchine couverte,

915Les HiadesHyades toujours ne nous versent des pleurs,

La nuit n’osteôte tousjourstoujours à nos yeux les couleurs,

Ains succedesuccède à l’hiver la saison printaniereprintanière,

Le beau temps à la pluyepluie, à la nuit la lumierelumière :.

Mais, helashélas, à mon col les desastresdésastres cruels

920Obstinément clouezcloués durent perpetuelsperpétuels,

Si que l’un n’haa si tostsitôt fait sa course maline

Que soudain contre moymoi un autre se mutine.

OÔ palais lumineux, ô celestecéleste pourpris

Qui, maistrisantmaîtrisant tous corps sous ta masse compris,

925Influes quand tu veux dessurdessus la race humaine

L’heur ou l’adversité, le repos ou la peine,

Puis quePuisque ton vaste corps toujours se promenanspromenant

Va par tours et retours ce monde environnansenvironnant,

--- D6r° ---

Comme peus peux-tu causer, par tes globes habiles

930À courir vagabonds, tant d’effets immobiles ?

Comment, Cielciel inconstant, peux -tu si constamment

Par malheurs continus me combler de tormenttourment ?

DezDès le jour que ClotonClothon, fatale filandierefilandière,

Retordit de mes ans la filacefilasse premierepremière,

935Sans discontinuer deux torrents larmoyeux,

TesmoingsTémoins de ma douleur, ont coulé de mes yeux,

Sans discontinuer, mes rigoureuses peines

Ont fait l’air retentir de mes complaintes vaines.

Lors queLorsque pour nos pechezpéchés ce sejourséjour Cadmeancadméen

940Se voyoitvoyait empesté du venin Letheanléthéen,

Et que du PythiainPythien la meurtrieremeurtrière sagette

JetoitJetait tant de ThebainsThébains dans le lac de PhlegetePhlégète122

Que sept portes pouvoientpouvaient à peine metremettre hors,

Et à peine les champs inhumer tant de morts,

945Fis -tu pas, TiresieTirésie, à mon père MenyceMénice,

Se meurtrissant, de l’air corriger la malice ?123

Pour le salut de tous ne se getta-jeta-t-il pas,

Le pauvre homme, du haut des murailles en bas ?

Laïe mon époux, époux qu’encor je pleure,

950Fut -il pas fait bourgeois de la palepâle demeure,

Ayant (ô crevecrève-cueurcœur !) pour sa fierefière Atropos

Cil mémemême qui estoitétait et sa chair et ses os ?

Je ne l’ose nommer, las, je n’ose honteuse,

Aussi bien ses deux noms font ma langue douteuse,

955Noms d’un seul qui, tireztirés des degrezdegrés plus estroitsétroits

De consanguinité, confondent tous les droits.

--- D6v° ---

IceluyIcelui n’ha a-t-il pas (estantétant ja épuisée

De son cerveau étraintétreint la larmeuse rosée)

Arraché ses deux yeux, pensant à ses ennuysennuis

960Donner encor des pleurs par si larges conduits ?

S’est -il pas depouillédépouillé de sceptre et de coronecouronne ?

S’en est -il pas allé, guidé par Antigone,

Raconter ses malheurs aux rochers et aux bois

Et les faire gemirgémir sous sa dolente voisvoix,

965Me laissant en ce lieu de ses faits heritierehéritière

Qui feront comme luylui me priver de lumierelumière,

Car autant qu’à mes yeux se presententprésentent d’objets

Autant conçoit mon cueurcœur de douloureux subjetssujets. ?

Et toutefois encor, encor les Dieuxdieux severessévères

970Ne sont point assouvizassouvis de nos maux et miseresmisères,.

Encore de Junon n’est desenflédésenflé le cueurcœur

Obstinément bouffi de jalouse rancueurrancœur.

Ell’ veut, je le voyvois bien, en despitdépit de SemeleSémèle

Et de son fils vomir sa fureur eternéleéternelle124

975Sur nous, pauvres ThebainsThébains, et nous rendre tousjourtoujours

Par prodiges nouveaux horrible ce sejourséjour.

Ayant ja veuvu le fils (ô dueildeuil !) tuer le perepère,

Elle veut voir meurtrir le frerefrère par le frerefrère

Et renverser par eux leur natale Citécité

980Pour ne laisser au loingloin aucune impietéimpiété.

Ja ja proche est l’éforteffort, ja fremissentfrémissent nos rives

Sous le fer outrageux des puissances Argivesargives,125

Ja de sept Ducsducs gregeoisgrégeois l’ost nombreux et puissant

Des Dirceanesdircéennes tours126 va le front menaçant.

--- D7r° ---

985OÔ jeune ambitieux, ô fol cherche-coronnecouronne

Qui seul nous vas causant ces fureurs de BélonneBellone,

Est -ce ainsi qu’il te faut ton pays ravager

Et exposer en proyeproie au soldat étranger ?

T’ayai-je donc enfanté, dydis, ingrat Polynice,

990ThebesThèbes t’ha-élea-t-elle estéété si mignarde norricenourrice,

T’élevant tendrement, pour te voir par le fer

Des siens, le joug au col, et d’elle triompher ?

Faites, ô immortels, faites que je visite

Les antres plus profonds du tenebreuxténébreux Cocyte,

995PlutotPlutôt, helashélas, plutotplutôt que je voyevoie parfaits

Par la fureur des miens si damnables forfaits.

Aussi bien dezdès long tempslongtemps m’est par trop odieuse

Du flambeau Deliendélien la clarté radieuse,

Car de tant de malheurs les rigoureux abboisabois

1000Sans mort me font mourir en un jour milemille fois.127

ISMENEISMÈNE.

Ma DameMadame, nous avons d’un assuré courage

Souffert jusqu’à presentprésent du sort malin la rage,.

Faisons, faisons encor qu’à presentprésent ne soyons

ImbecilesImbéciles, au faix de ses appressions128.

1005» C’est peu d’avoir bien fait si la vertu se mue,

» Ou si ses actions elle ne continue.

Quand des Inachiens129 la guerriereguerrière fureur

AuroitAurait cruélementcruellement mis à sac la grandeur

De cestecette ample Citécité en égalant aux plaines

1010Ses superbes palais, et murailles hautaines,

Il faudroitfaudrait l’endurer, mais je ne puis penser

Que cil qui les conduit voulutvoulût tant offenceroffenser

--- D7v° ---

Que de vomir ingrat une rage ennemie

Contre les membres saints de sa cherechère patrie.130

1015Il nous vient menacer à cel’cell' fin d’obtenir

Le sceptre qui de droit luylui doit appartenir,

Mais non pour faire effort.

IOCASTE.

S’il vient131, c’est au contraire

Pour egorgerégorger felonfélon EtheocleÉtéocle son frerefrère.

ISMENEISMÈNE.

Ne le croyez, Madame, il n’est pas si cruel.

IOCASTE.

1020S’il ne l’estoitétait jadis, il est devenu tel.

ISMENEISMÈNE.

Qui luylui auroitaurait ainsi farouché le courage ?

IOCASTE.

L’ambition, qui semesème et l’horreur et la rage.

ISMENEISMÈNE.

Quelque rage qu’y soit, c’est son frerefrère germain.

IOCASTE.

C’est cil auquel il veut premier mettre la main.

ISMENEISMÈNE.

1025Meurtrir son frerefrère, ô Dieu.  !

IOCASTE.

Il ne scauroitsaurait suprémesuprême

Se parer autrement du royal diadémediadème.

ISMENEISMÈNE.

S’il commet tel forfait, que ne fera-il-t-il point ?

IOCASTE.

Que ne fait pas celuycelui qu’un tel desirdésir époint ?

DezDès que l’ambition les esprits ensorceleensorcelle,

1030L’on voudroitvoudrait extirper toute sa parenteleparentèle

Afin de commander.

ISMENEISMÈNE.

Si n’ha-a-t-il pas au cueurcœur

D’un rocher caverneux la pierreuse rigueur,.

AlonAllons [l’ouïr] parler132 avant que son armée

Soit à nous outrager davantage animée,

1035Et vous verrez soudain son desirdésir carnager

(S’il haa les passions d’un homme) se changer

En benignebénigne douceur, et la pique offenciveoffensive

Du guerrier Thraciainthracien en un rameau d’olive.

» La meremère a tel pouvoir qu’il n’y a rien si fort

1040» Qui puisse resisterrésister à son larmeux éforteffort.

AlonAllons, Ma DameMadame, alonsallons.

--- D8r° ---

IOCASTE.

Je crains par trop chetivechétive

De faire naistrenaître encor un monstre en nostrenotre rive,

Ja tant pleine d’horreurs.

ISMENEISMÈNE.

 ! commentComment ?

IOCASTE.

Par ma mort.

ISMENEISMÈNE.

Que l’on s’oubliaoubliât tant que de vous faire tort ?

1045Bons Dieuxdieux, qui oseroitoserait ?

IOCASTE.

SeurementSûrement n’est la meremère133

Où le frerefrère se plaitplaît à massacrer son frerefrère.

ISMENEISMÈNE.

Vous craignez vostrevotre fils ?

IOCASTE.

Ce n’est pas sans raison

ApresAprès tant de forfaits veusvus en nostrenotre maison.

ISMENEISMÈNE.

Pensez -vous qu’il voulutvoulût estreêtre enfant de viperevipère ?

IOCASTE.

1050Pensez -vous qu’il voulutvoulût estreêtre autre que son perepère ?

ISMENEISMÈNE.

Des Celestescélestes puissants l’eternelleéternelle bonté

Nous vueilleveuille preserverpréserver de telle impietéimpiété,.

PlustotPlutôt du Cielciel grondant la tempestetempête et le foudre

Nous vienne accravanter, et redigerrédiger en poudre,.

1055Je croycrois que la douleur qui vous point de le voir

Contre son sang armé faillir à son devoir

Vous fait parler ainsi.

IOCASTE.

Allons par sacrifices

Importuner les Dieuxdieux à nous estreêtre propices.

CHŒUR.

CeluyCelui qui pourra de NeréeNérée

1060ConterCompter tous les flots écumeux,

Tous les boutons d’or qui des Cieuxcieux

EtôfentÉtoffent la cappecape azurée,

Tous les blonds espicsépis des estésétés,

Tous les ris du Dieudieu d’Amathonte134,

1065CeluyCelui seul pourra mettre en contecompte,

(OÔ ThebesThèbes), tes adversités.


--- D8v° ---

DezDès que banni de PhæniciePhénicie135

Cadme, par l’advisavis du Trepiétrépied,

Du beufbœuf qu’il avoitavait espiéépié

1070Surnomma nostrenotre BeotieBéotie,

Quand contraint il cerchoitcherchait sa seursœur,

Dont l’adultereadultère fils de Rhée,

DementantDémentant sa grandeur astrée,

Dieu-toreautaureau estoitétait ravisseur,

 

1075DezDès lors, toujours, toujours des astres

L’aspect plein de malignité

A sur ce terroir excité

Des tristes malheurs et desastresdésastres,

Toujours l’espargnanteépargnante136 CeresCérès,137

1080Le meurtrier enfant de Latone,

Et la meurtrissante BellonneBellone,

Tour à tour nous ont malheurés,.

 

Nous n’avions encor origine

Que dejadéjà les glaives trenchantstranchants

1085AlloientAllaient cliquetant en nos champs

Par une discorde mutine,

Quand du serpent les dents semezsemés138

Soudain firent germer de terre

Des freresfrères armezarmés que la guerre

1090Rendit aussi tostaussitôt assommezassommés.


--- E1r° ---

De là vient, ThebesThèbes, que ta race

Sur son antique fondement

Pour ne forligner va semant

Les horreurs du guerrier de Thrace,.

1095Les freresfrères au meurtre addonnésadonnés

Se vueillentveulent l’un l’autre defairedéfaire

Et, mettant à sac leur repaire,

Nous rendre tous infortunés.

 

Ce n’est rien des douleurs passées

1100Au prisprix des encombres presensprésents

Et des miseresmisères qu’en ses ans

EdipeŒdipe nous a amassées,

EdipeŒdipe qui a tant méfait

Que pour ses damnables incestes

1105De maux nous comblent les Celestescélestes

Afin d’expier son forfait.

 

Mais d’où vient que ThebesThèbes heritehérite,

OÔ Cielciel, sans l’avoir meritémérité,

De la peine dont l’equitééquité

1110Charge l’autheurauteur du démeritedémérite ?

PourquoyPourquoi, (ô Jupin), punissant

De nos Princesprinces le maleficemaléfice,

Vas -tu transferanttransférant le suplicesupplice

Sur nous, populaire innocent ?


--- E1v° ---

1115Si EdipeŒdipe, et sa race infette139,

T’aigrit par l’horreur de ses faisfaits,

Pour supplicier tels forfaits,

AyesAie recours à ta tempestetempête,

FoudroyeFoudroie les coupables chefs,

1120Mais loingloin, loingloin de nostrenotre innocence,.

ThebesThèbes, qui n’a part à l’offenceoffense,

Ne doibtdoit avoir part aux mechefsméchefs.

ACTE 3III.

Iocaste, ayant par les prodiges d’un sacrifice colligé la ruine future de ses enfansenfants, rengregerengrège ses douleurs, pendant lesquelles arrive un soldat qui l’asseureassure (faucementfaussement toutesfoistoutefois) avoir reconnu le Royroi (que l’on disoitdisait estreêtre provoqué au duel par son frerefrère Polynice) au milieu d’une troupe de chevaux qui alloientallaient reconnoistrereconnaître l’ennemyennemi, de façon que la pauvre meremère, sentant un tout tel élancement en son cueurcœur que peut sentir celle qui entend l’arrestarrêt diffinitifdéfinitif de la mort de sa genituregéniture, soudain sans autre propos, nonobstant l’imbecillitéimbécillité de son âge chenu, se met à courir comme forcenée vers le camp des ArgiainsArgiens, accompagnée de sa fille IsmeneIsmène.

--- E2r° --- 140

IOCASTE.

OÔ victime funeste, ô triste sacrifice,

OÔ feu prodigieux, irrefragableirréfragable indice

1125De nos proches malheurs, a jamais veuvu autel,

Tant sinistre fut fût-il, un sacrifice tel ?

OÔ Dieudieux, c’est à ce coup, c’est à ce coup, Celestescélestes,

Que vos severitéssévérités se rendent manifestes,

C’est ore que voulez rendre d’un coup éteints

1130Les deux Princesprinces, la race et le nom des ThebainsThébains.

HelasHélas, qu’ayai-je apperceuaperçu, qu’ayai-je veuvu, malheureuse,

 ! queQue ne tiriez -vous la courtine ombrageuse

Sur vos clartés, mes yeux, pour cela ne voir point

Qui de doute sans doute a mon esprit époint ?

ISMENEISMÈNE.

1135Ma DameMadame, n’attristez ainsi vostrevotre courage.

Non, ce ne sera rien,. ceCe qu’appelez presageprésage

Et fable, c’est tout un,. vousVous vous troublez en vain,.

Ne croyez.

IOCASTE.

De nos maux n’est -ce augure certain141

L’hostie regimber, et cornicher142 la troupe ?

1140Le vin (prodige !) en sang se muer dans la couppecoupe ?

Le sang ne couler point ? Trouver dedans le flanc

De gros caillons143 boueux faits de lie de sang,

Les intestins sans ordre, et de plus opposées

Du feu holocaustal les flammes divisées ?

1145OÔ Cielciel, Cielciel rigoureux, jamais ne verron verrons-nous,

Jamais ne verra ThebeThèbe appaiséapaisé ton courouscourroux ?

 ! pauvrePauvre Tantalide en roche convertie,

Qui lamentes toujours ta race aneantieanéantie

--- E2v° ---

Par les traitztraits Latoninslatonins, ton malheur et le mien,

1150CadmeanCadméens l’un et l’autre, helashélas, s’accordent bien144.

Tu vis pousser tes fils sur les rivages blémesblêmes,

Et les miens à mes yeux s’y vont poussant eux mémes-mêmes.

MESSAGER.

Ma DameMadame, si encor vous desirezdésirez voir sains

Vos fils, germe royal, hastez hâtez-vous, car leurs mains

1155Ils vont souiller au sang l’un de l’autre.

IOCASTE.

Ô miseremisère,

OÔ monstres ;, ô enfans tres-dignestrès dignes de leur perepère. !

ISMENEISMÈNE.

Où sont -ils ? Parle à moymoi.

MESSAGER.

VoilaVoilà le Royroi qui sort.

Je croycrois que du combat il va tenter le sort,

Car (on le dit ainsi) il a receureçu naguerenaguère

1160Un cartel de deffydéfi de la part de son frerefrère.

ISMENEISMÈNE.

ScaisSais-tu bien que c’est il145 ?

MESSAGER.

J’ayai connu ses chevaux

Et ses armes.

ISMENEISMÈNE.

Ô dueildeuil, obvions à ces maux,

Ma DameMadame, courons -y.

IOCASTE.

Ô Dieuxdieux, quoyquoi qu’il avienneadvienne,

Surmonte qui voudra, la perte sera mienne.

ISMENEISMÈNE.

1165Ma DameMadame, alonsallons.

MESSAGER.

Je crains que vous ne perdez temps

Et qu’on ne vous accable entre les combatanscombattants.

IOCASTE.

C’est ce que je demande.

ISMENEISMÈNE.

 ! Ma DameMadame, ma myemie,

Courons et tirontirons droit à la foule ennemyeennemie.

CHŒUR DE THEBAINSTHÉBAINS.

Qui a veuvu comme se tormentetourmente146

1170DesurDessus CytheronCithéron une Evanteévante147

Avec la Thyrsiquethyrsique verdeur,

Quand au Dieudieu de nostrenotre Ogygie

Elle va celebrantcélébrant l’Orgieorgie,

Pleine de vineuse fureur,


--- E3r° ---

1175Il voit errer ainsi troublée

NôstreNotre Iocaste échevelée

Qui, sans craindre piques nyni dards,

S’en va, tant la douleur la presse,

Fendre furieuse la presse

1180Entre milemille et milemille soldards.

 

L’ardeur qui des aislesailes luylui donne

Malgré sa viellessevieillesse grisonne

La fait par les plaines voler,

Comme un navire que Borée

1185Sur le dos de l’onde azurée

Fait par son haleine couler.

 

Plaise aux bons Dieuxdieux que sa priereprière,

Confite en larmeuse riviererivière,

FaceFasse mettre les armes bas

1190À ses fils, race ambitieuse,

Et que la Paixpaix victorieuse

TrionfeTriomphe du Dieudieu des combats.

Arrivée qu’est Iocaste au camp de l’ennemyennemi, elle commence son discours par une Apostropheapostrophe qui demonstredémontre assez combien son cueurcœur est indigné à ceux qui en une guerre si detestabledétestable asistentassistent son fils Polynice, duquel ayant mepriséméprisé le recueil148 pour estreêtre armé de toutes piecespièces, luylui fait en finenfin desarmerdésarmer entieremententièrement le chef,. lequelLequel, voyant à decouvertdécouvert, elle sollicite --- E3v° --- d’osterôter les armes du pointpoing de ses soldardssoldats, luylui remonstrantremontrant combien seroitserait grande son impietéimpiété si l’ambition le faisoitfaisait tellement forligner de son devoir que de luylui faire ruiner son pays pour la defencedéfense duquel luy lui-mesmesmême se devroitdevrait reputerréputer heureux de prodiguer son sang et sa vie :, estantétant les meritesmérites de la patrie si grands et si estroiteétroite l’obligation d’un châcunchacun que petite encore seroitserait la satisfaction de celuycelui qui auroitaurait acheptéacheté la tranquillité et repos d’icelle par un libre sacrifice de soymesmessoi-même. Puis, ses raisons estantétant de peu d’effecteffet, elle a recours aux prieresprières, ausquellesauxquelles, accompagneesaccompagnées de larmes et soupirs (armes merveilleusement fortes et commodes à celle qui tachetâche d’expugner la rigueur du cueurcœur aceréacéré de sa portée), elle n’oublie rien de ce qui peut servir pour émouvoir à pitié, et rendre ployable à ses cris celuycelui qui, sortysorti de ses entrailles, honestementhonnêtement ne la peut esconduireéconduire, nomémentnommément en chose fondée sur la mesmemême vertu, et franche des soupçons de toute injustice. Mais, voyant avoir aussi peu proffitéprofité avec ses prieresprières et larmes qu’avec le debiledébile effort de ses raisons, soudain elle change son humilité adouloureeadoulourée en fureur et, accusant Polynice de cruauté, le poursuit si vivement à belles injures qu’il est contraint de se distraire de sa compagnie pour ne causer par sa presenceprésence la continuation de ses --- E4r° --- justes reproches. Dont, le voyant evaderévader et se caler parmyparmi les troupes, elle l’advertitavertit pour toutes menaces, (ne pouvant luylui faire peur d’autre chose) qu’elle, et sa fille IsmeneIsmène s’iront opposer au premier effort et violence de ses soldardssoldats pour y recepvoirrecevoir la mort, qui les rendra autant heureuses que la vie leur apporteroitapporterait de regret en voyant les farouches exploits de sa barbaresque tyrannie.

149

IOCASTE.

Brigands Inachiensinachiens, canaille de la GreceGrèce,

Meurtriers qui desirezdésirez d’extirper la noblesse

1195Et le sang d’AgenorAgénor, rendez ces rancsrangs ouverts,

Fendez ces esquadronsescadrons que je passe à travers,

A finAfin qu’au fier combat des deux freresfrères, presenteprésente,

Par un forfait nouveau d’une horreur plus sanglante

Je repaisse vos yeux,. nonNon, non, ne pensez pas

1200Que je vienne paisible, empecherempêcher les combats.

C’est moymoi qui trouble tout, c’est moymoi qui fayfais la guerre

Et qui semesème les feux en ma natale terre,.

Sachant le grand plaisir que vous prenez à voir

Deux freresfrères s’accabler d’un contraire pouvoir,

1205Je vienviens, pour augmenter vostrevotre esbatébat sanguinéresanguinaire,

Joindre au meurtre du fils le meurtre de la meremère.

Où sont-ils ?, Queque je voyvoie où est ce brave Heroshéros150,

--- E4v° ---

Cet enfant adoptif de l’estrangereétrangère Argos

Qui nous vient saccager. ? Me veut-il pas défaire

1210Avec le mesmemême estoc qu’il veut occir’ son frerefrère ?

Montrez -le -moymoi, soldardssoldats,. haHa, ! c’estC'est il, je le voyvois.

Ne bouge, tien tiens-toytoi là, ne t’approche de moymoi

Que je sache premier si mon destin me guide

Vers mon fils revenu ou vers un parricide,

1215Si vers un Princeprince doux, ou bien vers le flambeau

Et peste du pays,. holaHolà, holaholà, tout beau. !151

QuoyQuoi ?, Tutu m’embrasseras ? Ô Dieuxdieux, Dieuxdieux, tu me blesses. !

VoilaVoilà pas beau recueil ? VoylaVoilà pas les caresses

Que je devoisdevais avoir, ? faireFaire sentir le poixpoids

1220À mon corps ja chenu d’un si pesant harnois ?

MetMets, met mets-moymoi bas ce fer qui tout le corps t’embrasse,

Pose ces avant-bras, dedossedédosse ta cuirasse

Et montre à nu ton chef,. siSi mieux ne te fais voir,

PensePenses-tu qu’agreeragréer me puisse ton devoir ?

1225PensePenses-tu, puis quepuisque Mars en ton lieu me salue,

Que je puisse trouver plaisante ta venue ?

OÔ douleur, ô regret, ! queQue diriés diriez-vous, mes yeux,

Si cil ne vous donnoitdonnait creditcrédit de le voir mieux,

Pour l’absence duquel vostrevotre humeur ruisselante

1230A si souvent baigné ma face pallisantepâlissante,

Pour l’absence duquel, imitant les zephirszéphirs,

J’ayai exhalé par l’air tant de tristes soupirs ?

Lors queLorsque tant simplement sortant de BeotieBéotie

Pour t’en aller fouler les rivages d’Argie

1235Je receureçus ton adieu, tu me laissas au cueurcœur

--- E5r° ---

Un si triste regret, et facheusefâcheuse langueur

Que les jours mieux dorés des beautés Titaninestitanines

M’ont semblé, toytoi absent, estreêtre nuits Cimerinescimérines152.

Je fusse morte en dueildeuil, mais un espoir trompeur

1240De te revoir en bref temperoittempérait ma douleur,

Car je pensoispensais pauvrette à ta douce venue

Que d’un autre salut je seroisserais reconnue,

Et que, tenant ton col de mes bras enlasséenlacé,

L’usure je prendroisprendrais153 de mon regret passé.

1245Mais (ô combien estoitétait mon esperanceespérance vaine !)

Plus de dueildeuil ton retour que ton departdépart m’ameineamène,.

Te voyant éloigné, j’eus au cueurcœur grand émoyémoi,

Mais j’en ayai un plus grand te voyant presprès de moymoi.

Pour te rendre toujours les hauts Dieuxdieux favorables,

1250D’hosties j’échaufoiséchauffais leurs autels venerablesvénérables,

Et de milemille soupirs entrerompant mes veuxvœux

Je les importunoisimportunais à detornerdétourner piteux

Tout malheur de ton chef, tant de glaceuse crainte154

Qu’encombrier155 ne t’avintadvint mon ameâme estoitétait attainteatteinte.

1255Je me plaignoisplaignais alors, mais bien plus je me plains,

Car je craingnoiscraignais pour toytoi, maintenant je te crains.

OÔ destin trop cruel, qui fais contre Naturenature

Que meremère en mes vieux ans je craincrains ma genituregéniture,

Et que (on ne le craindroitcraindrait s’il nous estoitétait amyami)

1260Comme mon propre cueurcœur j’aime mon ennemyennemi,

EnnemyEnnemi qui ne fait à moymoi seule la guerre

Mais qui, peste des siens, de son sang, de sa terre,

Veut perdre et saccager (ô damnables desseins !)

--- E5v° ---

Son aymableaimable patrie et ses Penatespénates saints156. !

POLYNICE.

1265Si le Cielciel forme-tout d’une ameâme plus fidellefidèle

Formant vostrevotre EtheocleÉtéocle euteût suyvysuivi le modellemodèle,

Ou si le sceptre en foyfoi et constance éternel

EutEût sceusu meliorerméliorer son traistretraître naturel157,

ThebesThèbes ne fremiroitfrémirait, ThebesThèbes ne seroitserait pleine

1270De bellique fureur, nous ne serions en peine

Vous de la conserver, moymoi de luylui faire éforteffort

Pour à force obtenir ce dont l’on me fait tort.

IOCASTE.

L’on te fait tort ? EtEh bien, faut -il prendre la voyevoie

De Mars et exposer toute ta terre en proyeproie ?

POLYNICE.

1275J’ayai voulu procederprocéder trop simple par les lois,

Vous m’avez violé mon legatlégat et mes droits.

FayFais-je mal, ayant veuvu foyfoi et justice éteintes,

Si je viens par le fer authorizerautoriser mes plaintes ?

IOCASTE.

» Quelque droit que l’on aytait, il n’est jamais permis

1280» De livrer aux fureurs des glaives ennemysennemis

» Son pays, pour lequel le devoir nous convie

» D’immoler librement et le corps et la vie.

» Il n’y a peuple aucun si froid en pietépiété,

» Si dépourveudépourvu de sens, de loixlois, d’humanité,

1285» Qui d’offenceroffenser son lieu de naissance n’ait crainte,

» Tant ce sejourséjour natal est une chose sainte.

PourcePour ce n’entreprenentreprends pas, sous couleur de ton droit,

De forcer ta Citécité, car mal t’en aviendroitadviendroit,

Et si toute l’humeur dont ThetysThétys vagabonde158

1290Enceint le fondement des estagesétages du monde

Ne t’en scauroitsaurait purger.

POLYNICE.

QuoyQuoi ?, Queque j’erre toujourtoujours159

Sans terre, sans pays, sans asseuréassuré sejourséjour ?

Que toujours fugitif dans Argos je mendie

--- E6r° ---

Le chetifchétif entretiententretien de ma honteuse vie,

1295Pendant qu’il regnerarégnera en mon riche Palaispalais,

SuyviSuivi de Courtisanscourtisans, de pages, de laquais ?

Que toujours je flechissefléchisse, et que souflersouffler je n’ose

Sous l’insolent hauhaut-bec de ma superbe épose160

Qui, m’ayant à mesprismépris comme un sien serviteur,

1300Toujours m’esclave aux ceps de sa noble grandeur ?161

» Il est, il est trop grief de tomber en servage

» À cil à qui eschoitéchoit d’un regnerègne l’heritagehéritage.162

Afin que nostrenotre pactpact' resortitressortît son effet,

Vous m’avez commandé de sortir, je l’ayai fait,.

1305Maintenant je revienreviens, faites en mémemême sorte

Que comme luylui je regnerègne, et comme moymoi il sorte.

IOCASTE.

Si un si grand desirdésir de commander t’époint,

Que de sceptre passer ne se puisse ton pointpoing,

Va, va moy-moi employer ces troupes carnagerescarnagères

1310À soumettre à tes lois des terres estrangeresétrangères,

Va faire estincelerétinceler ces reluysansreluisants harnois

Aux bords Marmericainsmarmaricains, ou aux chamschamps Cyrenoiscyrénois,

Ou plustotplutôt va forcer à gemirgémir soubsous tes armes

L’air163 joyeux (leur voysinvoisin), tant chiche de ses larmes164.

1315Là les peuples vaincus donrontdonn'ront aux Argiens

Un bien autre butin que les BeotiensBéotiens.

Ou, s’il te plaitplaît, pour voir plustotplutôt le jour éclorreéclore,

Seigneurier les lieux plus proches de l’Auroreaurore,

FendFends le gyrongiron d’Asie, et t’en va saccager

1320Le Persan, l’Hyrcanois, ou le Parthe legerléger,165

Ou (, plus presprès), ceux ausquelsauxquels les courses serpentieresserpentières

De l’EufrateEuphrate, et du Tigre, encernent les frontieresfrontières.

C’est là où assouvir faut ton ambition,166

--- E6v° ---

Non pas sur ta Citécité, chef-d’euvrechef-d’œuvre d’Amphion,

1325Cité à qui tu dois la mignarde mollesse

Et le doux entretien de ta tendre jeunesse.

DezDès qu’éleelle te receutreçut en ses bras enfançon,

Elle esperoitespérait, helashélas, que toytoi son norriçonnourrisson

DevoisDevais estreêtre sa targue encontre la furie

1330Et l’éforteffort outrageux d’une armée ennemyeennemie,

Et or’ éleelle te voit (ô que trompeurs et vains

Sont en cet univers les espoirs des humains !),

Elle te voit armé au lieu de la defendredéfendre

De flamesflammes et de fer pour la tapir en cendre.

1335Mais dy dis-moymoi, je te prypri, aurois aurais-tu bien le cueurcœur

D’aneantiranéantir felonfélon son illustre grandeur, ?

Voudrois Voudrais-tu demolirdémolir ces belles tours aguesaiguës

Dont le front sourcilleux se cache dans les nues ?

VraymentVraiment, nul n’entreprend contre ce qui est sien.

1340Puis quePuisque donquesdoncque tu dis que ce pays est tien,

PourquoyPourquoi vien viens-tu vefverveuver de citoyens ses villes

Et de jaunes moissons ses campagnes fertiles ?

ViencaViens çà, quand la fureur de tes braves soldards

Aura brechébréché nos murs, forcé nos boulevarsboulevards

1345Et que qu'au haut des palais vos enseignes dressées

PublirontPubli'ront des ThebainsThébains les forces renversées,

Pense Penses-tu garantir par ton authoritéautorité

Des glaives ennemysennemis ta natale Citécité ?

Pense Penses-tu que d’Adraste ou de toytoi la puissance

1350Pourra du camp vainqueur refrenerréfréner l’insolence ?

Non, il faut que le fer assouvisse le cueurcœur

--- E7r° ---

De celuycelui que le fer a fait estreêtre vainqueur.

Si tôtSitôt n’aura d’Argos la trompétetrompette eclatanteéclatante

Annoncé aux soldardssoldats la victoire recenterécente

1355Que le feu rampera aux festesfaîtes des maisons,.

L’on ne bruyrabruira que sang, que meurtres, que prisons,.

À l’instant se verront éfroyableseffroyables les rues

De membres depiecésdépiécés, et testestêtes abbatuesabattues,

Des corps homicidés sourceront des ruisseaux

1360Qui enfleront d’IsmeneIsmène, et pourpreront les eaux.

Ja il me semble voir le cruel simetérecimeterre167

Ayant tué le fils ne pardonner au perepère,

Ne pardonner à ceux qui des Dieuxdieux immortels

Iront comme en franchise168 embrasser les autels.

1365Voir me semble (ô regret !) les matrones Thebainesthébaines,

Soumises à l’ardeur et aux flamesflammes vilaines

Des meurtriers de leurs fils, et de leurs chers époux,

Se plomber l’estomac et la face de coups.

Or si tu prensprends plaisir à ces piteux spectacles,

1370Si de tes citoyens les meurdresmeurtres detestablesdétestables,

Le sac de ta Citécité, et des Penatespénates Dieuxdieux

Les honneurs violés sont plaisants à tes yeux,

FayFais, fayfais donner l’assaut,. taTa sanguinaire envie

Aura bien tostbientôt de quoyquoi se sentir assouvie,

1375Car tes gens, mettant hors la rage et la fureur

Que tu fais contre nous leur couver dans le cueurcœur,

Feront voir à tes yeux de desastresdésastres avides

Plus de mortels degastsdégâts aux bords Agenoridesagénorides

Et plus de cruautés, qu’ores je ne scauroissaurois

--- E7v° ---

1380Penser en mon esprit, ou conter par ma voix.

Ce n’est pas, ce n’est pas le desirdésir qui les meinemène

De te faire jouyrjouir de ton royal domaine,.

Non non, apresaprès avoir foulé en nos gueretsguérets

Par les pieds des chevaux les presensprésents de CeresCérès,

1385ApresAprès avoir pillé d’une main larronnesse

De tout le plat pays la moyenne richesse,

Ils viennent assiegerassiéger la plus noble Citécité

Pour y planter leur rage, et leur impietéimpiété,

Pour meurdrirmeurtrir les marysmaris en violant leurs femmes,

1390Pour mettre à la mercymerci des devorantesdévorantes flamesflammes

Tout l’honneur des ThebainsThébains, excepté les trophés169

Dont les palais d’Argos doivent étre étofésétoffés,

Puis te lairront au lieu plein de leurs beaux esclandres,

RoyRoi des Mortsmorts, des desertsdéserts, des halliers et des cendres.

1395PourcePour ce, si tu te sens du Royaumeroyaume heritierhéritier,

TacheTâche à le possederposséder estantétant en son entier,

Car tout autant vaudroitvaudrait d’iceluyicelui faire perte

Que d’en faire un bucherbûcher, une terre desertedéserte.

POLYNICE.

Je ne demande pas la ruyneruine des biens

1400NyNi de l’estatétat public des Amphioniens,.

C’est au tres-très grand regret de moymoi, qui suis son Princeprince,

Que l’on va ravageant cestecette belle Provinceprovince.

Mais quoyquoi ? ! Je ne puis plus souffrir que ce voleur

M’usurpe ainsi mon droit et mon royal honneur.

IOCASTE.

1405Et par ainsi tu veux nos murailles abbatreabattre.

POLYNICE.

Faites -le sortir hors, qu’il me vienne combatrecombattre,

Nous batronsbattrons seul à seul, vienne s’il haa le cueurcœur,

--- E8r° ---

Cil des deux sera Royroi qui sera le vainqueur.

» Mieux vaut par le hazardhasard de deux (pour qui la terre

1410» Se herissehérisse de fer), terminer une guerre170

» Que de voir de leurs camps les contraires efforts

» Peupler d’amesâmes l’ErebeÉrèbe, et les plaines de morts.

IOCASTE.

PourquoyPourquoi veux -tu cruel homicider ton frerefrère ! ?

POLYNICE.

PourquoyPourquoi veut-il voler mon regnerègne hereditérehéréditaire ! ?

IOCASTE.

1415Pense que c’est ton sang, ton aisnéaîné, ton germain.

POLYNICE.

Mais plutotplutôt mon voleur, mon traistretraître, mon vilain.

Je ne le reconnoisreconnais que pour tel, car l’injure

A effacé le sang, et le droit de nature.

IOCASTE.

Mais vienviens çaçà, je te prypri,. siSi tu luylui fais effort,

1420Es -tu bien asseuréassuré te rendre le plus fort, ?

N’a-ilt-il pas comme toytoi une forte jeunesse,

Un cueurcœur en l’estomac, aux armes une adresse ?

Et puis ne scay sais-tu pas que les evenementsévénements

De Mars toujourtoujours douteux trompent nos jugements171,

1425Si bien que tel souvent vaincu baise la terre

Qui, pour avoir appris milemille ruses de guerre,

DejaDéjà se promettoitpromettait, trop à combatrecombattre prontprompt,

La palme dans la main, le laurier sur le front ?

Laisse donc les combats et la guerre inhumaine,

1430Où le crime est certain, la victoire incertaine.172

POLYNICE.

Tous ces propos sont vains, je veux m’évertuer

Contre ce déloyal de mourir ou tuer.

IOCASTE.

Tu veux tuer celuycelui à qui la vie ostéeôtée

Par ta dextre, sera par ton cueurcœur regrettée,

1435Car ce qu’ore tu tiens pour vaillance, estantétant fait,

--- E8v° ---

Te sera cruauté et indigne forfait :.173

Les trophées conquis, trompettes de la gloire

Qui du guerrier vainqueur suit l’heureuse victoire,

Au lieu de te louer, et par terre et par mer,

1440Te feront parricide et mechantméchant renommer,.

Lesquels, pourprés du sang de ton aymableaimable frerefrère,

Pourras -tu voir pendus en ton cruel repaire

Sans tirer pour regret de ton crime impieux

MileMille plainsplaints de ton cueurcœur, milemille pleurs de tes yeux ?

1445Laisse, laisse moy-moi donc cestecette guerre sanglante

Qui ne se peut finir sans miseremisère evidenteévidente,

Guerre où voudroitvoudrait plustotplutôt un honorable cueurcœur

EstreÊtre innocent vaincu, que coupable vainqueur.

POLYNICE.

Ce n’est que perdre temps, il faut, il faut qu’il meure

1450Et qu’il voysevoise regnerrégner en la basse demeure,.

Il y a trop long tempslongtemps que j’ayai voué ses os

Aux bestesbêtes des forestsforêts, et son ombre à Minos.

IOCASTE.

Ne t’ayant onc ourdyourdi aucun mortel outrage,

De le meurdrirmeurtrir cruel aurois aurais-tu le courage ?

POLYNICE.

1455Il m’a tant outragé et tellement méfait

Que pour me voir vengé de son traistretraître forfait

Je voudroisvoudrais, transpercé d’une lance Thebainethébaine,

Perdre la vie afin de luylui osterôter la sienne.

IOCASTE.

Or puis quepuisque les raisons, de ton cueurcœur émouvoir

1460À suyvresuivre la raison n’ont ores le pouvoir,

Je verrayverrai si les pleurs, le prier de ta meremère,

Et les genousgenoux flechisfléchis flechirontfléchiront ta colerecolère.

Sus, mon sein, pousse hors milemille tristes sanglots,.

--- F1r° ---

Mon cueurcœur, montre ton dueildeuil, et ton regret enclos.

1465Et vous mes yeux, cavezcavés, et plombés de viellessevieillesse,

Yeux où se voit empraintempreint le dueildeuil et la tristesse,

Si apresaprès tant d’ennuysennuis, d’encombres et de maux

Restent encore en vous quelques larmeuses eaux,

OstezÔtez ore la bonde, et tant hastezhâtez leur course

1470Que l’on voyevoie tarir leur ruisselante source.

Ma langue, apreste apprête-toytoi à dresser des discours

Dont les plaints et soupirs entrecoupent le cours,

Discours qui, suadanssuadant des guerriers la retretteretraite,

Causent l’appointement de ma juste requetterequête.

1475Par les Dieuxdieux souverains qui en cet univers

DescouvrentDécouvrent des humains les ouvrages divers,

À qui rien n’est voilé, qui de toytoi, Polynice,

VoyentVoient apertement le droit ou l’injustice,

Par le Dieudieu deux -fois-né, fidellefidèle gardien

1480De ThebesThèbes, et des droits du peuple Ogygienogygien,

Et par le sainctsaint respect des Lareslares tutelairestutélaires,

DetorneDétourne loingloin de nous tes armes sanguinaires.

Si jamais en ton cueurcœur a logé amitié,

Si en toytoi reste encor quelque trait de pitié,

1485FayFais, las, que les fureurs de ton ameâme contraintes

PloyentPloient dessous l’éforteffort de mes tristes complaintes,

Si que qu'on voyevoie affranchyaffranchi ton bras d’impietéimpiété,

De regrets tes parents, de crainte ta Citécité.

Je t’en prypri' par l’angoisse, et par la peine dure

1490Qu’enceinte j’ayai soufertsouffert pour toytoi ma genituregéniture,

Te portant par neuf mois dans mes flancs aggravés,174

--- F1v° ---

Par le juste devoir des enfansenfants élevés

À l’endroit des parents, par les eaux continues

Qu’avons pour toytoi absent de nos yeux répandues,

1495Par ces presentsprésents soupirs, et par ces deux genousgenoux

Dans le sable engravezengravés, ayesaie pitié de nous.

POLYNICE.

En vain vous gemissezgémissez, en vain vostrevotre priereprière

Pense amollir mon cueurcœur plein de rage guerriereguerrière.

Pensez -vous que, pipé par vos larmes, quitter

1500Je vueilleveuille mon royaume, et me desheriterdéshériter ?

» Trop, trop simple est celuycelui qui en miseremisère extremeextrême

» Ayant pitié d’autruyautrui n’haa pitié de soymémesoi-même.

IOCASTE.

OÔ meurtrier, ô felonfélon, ô barbare, ô cruel,

Es -tu si peu touché de l’ennuyennui maternel ?

1505Fais -tu si peu d’estatétat de la triste priereprière

De celle à qui tu dois l’essence et la lumierelumière ?

, que dis-je ? Non, non, je n’ayai onqueoncques porté

NyNi, bien que monstrueuse, un tel monstre enfanté.

Bien qu’en maux signalé, nostrenotre infameinfâme lignage

1510N’a produit la rigueur d’un si malin courage.

Tu es, tu es sortysorti des CeraunesCéraunes negeuxneigeux

Ou d’un antre moussu, ou d’un gros chesnechêne creux,

Tu as estéété nourri aux desertsdéserts d’Hyrcanie,

Tu as avec le laictlait humé la feloniefélonie

1515D’une fierefière Tigressetigresse en suçant son tetintétin,175

Tu as en l’estomac un roc diamantin

Qui, t’empierrant le cueurcœur, te fait avoir des armes

À l’épreuve des plaints, des soupirs, et des larmes.

Voyez -le, ce meurtrier, s’il a changé couleur,

--- F2r° ---

1520Voyez s’il a montré un signe de douleur,

Si mes plaintes l’ont meu, non plus que la marine

FlotantFlottant émeut le pied d’une roche voisine.

POLYNICE.

Retirez -vous, Ma DameMadame,. elleElle criracri'ra ainsi

Tant qu’elle me verra,. alonsAllons, sortonsortons d’icyici.

IOCASTE.

1525Va, méchant, va, cruel, va, peste de ta race,

Va meurtrir ton germain,. tienTiens, décharge ta masse

Sur ta seursœur,. veuxVeux -tu pas, pendant que me voicyvoici,

SuyvantSuivant ton geniteurgéniteur, me massacrer aussi ?

Courage, hardiment, ! puis quePuisque les plus grands crimes

1530Te sont les plus plaisants, donras donn'ras-tu des victimes

À ton sanglant Geniegénie, autheurauteur de nostrenotre émoyémoi,

Plus douces que le sang de ta seursœur et de moymoi ?

Sarmate, qu’attenattends-tu, ? queQue tarde ta furie,

Antiphate176 cruel, à nous osterôter la vie ?

1535ScaiSais-tu que c’est, ma fille, ? ilIl veut que voyons faits,

Pour nous mieux borrelerbourreler, ses damnables forfaits,

Car le tyran qu’il est, il scaitsait que plus heureuses

Nous serons milefoismille fois aux ondes stygieuses,.

Mais, pour le bien tromper, hardies nous irons

1540Par les rancsrangs plus épais des plus forts escadrons,

Afin qu’aux premiers coups le fer rende assopiesassoupies

Et nos calamités, et nos dolentes vies.

ISMENEISMÈNE.

OÔ quelle cruauté, de dire qu’à mercymerci

Induire on ne scauroitsaurait son courage endurcyendurci. !

IOCASTE.

1545Que ne te fis-je voir, cruel monstre, en mesmemême heure

Et ce doré Titan et la noire demeure ?

Je devoisdevais, en naissant, pour le bien des ThebainsThébains,

--- F2v° ---

Germe prodigieux t’estouferétouffer de mes mains.

OÔ qu’heureuse seroisserais si ma dextre irritée

1550T’euteût pieça châtié comme un autre Penthée,

Penthé qui, moins coupable et n’estantétant aggresseuragresseur,

Fut en piecespièces hachéhâché par sa meremère et sa seursœur177. !

ISMENEISMÈNE.

Puis quePuisque vous l’avez veuvu à nos vaines prieresprières

Aussi sourd qu’aux Nochersnochers les vagues marinieresmarinières,

1555Pensez -vous l’émouvoir d’injures ?

IOCASTE.

AlonAllons voir

Si nos pleurs vers son frerefrère auront plus de pouvoir.178

CHEURCHŒUR.

OÔ Dieudieu cuisse-né, Bromien,179

Joyeux nourriçonnourrisson de SileneSilène,

PerePère, Bassare, Eubolien180,

1560Dompteur de la terre Indieneindienne,

Dont encor les faits glorieux

Et la belliqueuse louange

CoulansCoulant bruyentbruient en tant de lieux

Les flots tributaires du Gange,

 

1565Si oncques en adversité

As eu soingsoin de nostrenotre Ogygie,

C’est or’ que la necessiténécessité

À la défendre te convie,

C’est oror' que tes éfortsefforts puissants,

1570Dieu guerrier, dompteur de gendarmes,

Implorent nos bords fremissantsfrémissants

SouzSous la violence des armes.


--- F3r° ---

Nous scavonssavons que ton bras puissant

Et le roide choc de ta lance

1575Font que tu vas outrepassant

Tous autres guerriers en vaillance,

D’autant qu’un rocher sourcilleux

Surpasse les plaines herbues,

Ou un pin qui baise les cieux

1580Les plantes aux vents inconnues.

 

C’est pourquoypourquoi tant de lauriers verts

Pris de ta guerriereguerrière conquesteconquête

Comme au dompteur de l’univers

Te pressoientpressaient le pampre en la testetête,

1585Quand tu eus planté tes valeurs

ParmyParmi la terre qui premierepremière

Voit de l’astre enfante-couleurs

Sur soysoi rayonerrayonner la lumierelumière.

 

Que si alors nos perespères vieux

1590En guerre te faisoientfaisaient escorte,

Fais en nous (, PerePère), en faveur d’eux,

RenaistreRenaître leur vertu, de sorte

Que soyons aussi valeureux

À defendredéfendre nostrenotre rivage

1595Qu’ils se sont montrezmontrés courageux

À forcer d’autruyautrui l’heritagehéritage.


--- F3v° ---

Si les preux engendrent les preux,

Ainsi que les lyonslions horribles

Produisent lyonneauxlionneaux comme eux

1600Aux aspresâpres combats invincibles,

Nous, yssusissus de si forts ayeuxaïeux,

PourveuPourvu que ta faveur nous guide,

Ferons à nos foiblesfaibles hayneuxhaineux

Mordre le sable Agenorideagénoride.

 

1605Donc, germe du plus grand des Dieuxdieux,

GenereuxGénéreux enfant de SemeleSémèle,

PrenPrends de ta ville et des neveux,

Comme des ayeulsaïeux, la tutéletutelle,

T’opposant au dessein jaloux

1610De ta maratremarâtre samienesamienne181

Qui, te dépitant, contre nous

Arme la puissance Argieneargienne.

 

Elle va couvant en son cueurcœur

Une immortéleimmortelle jalousie

1615Qui luylui fait vomir sa rancueurrancœur

DessurDessus l’innocente patrie

De celle que, felonnementfélonnement,

FauceFausse viellevieille, éleelle mit en poudre

Par le cruel embrassement

1620De ton geniteurgéniteur lance-foudre.


--- F4r° ---

Et comme ta divinité

N’est à sa rigueur asservie,

DessurDessus nous son cueurcœur irrité

Veut assouvir sa feloniefélonie,

1625Afin que plus (, ô immortel),

Des tiens la race aneantieanéantie

Ne parfume ton sainctsaint autel

Des soüevessuaves odeurs d’Arabie.

 

PourcePour ce renverse ses desseins

1630Et ne permetpermets point que ta ville

Par ceux dont ses flancs sont enceints

Soit faictefaite un bucherbûcher inutile,.

, vaillant Denis, pourrois pourrais-tu

Voir la proyeproie à ThebesThèbes ravie,

1635Publier d’Argos la vertu,

De nous l’eternéleéternelle infamie ?

 

Si tu nous rends victorieux,

À toytoi seul en sera la gloire,

Laquelle verront les nepveusneveux

1640Gravée en l’airain de memoiremémoire

Par les dépouilles que, joyeusjoyeux,

Ravirons aux troupes vaincues,

Qui en ton honneur glorieusglorieux

Dans ThebesThèbes seront appendues.


--- F4v° ---

1645Si tostSitôt ne seront nettoyeznettoyés

Nos bras sanglantés aux defaitesdéfaites

Que tu nous verras employés

Au saint misteremystère de tes festesfêtes,

Bien que, dezdès le temps mesuré

1650De ton Orgieorgie precedenteprécédente,

L’on n’ait encoresencore pressuré

Trois fois le doux fruit de ta plante.

ACTE 4IV.

Argument.

Antigone, vrayvrai exemplaire, et miroir de pietépiété, s’estantétant bannie de la cour pour s’en aller parmyparmi les bois servir de guide à OedipeŒdipe son perepère aveugle, racompteraconte les bons offices qu’elle va journellement exerçant à l’endroit d’iceluyicelui, comme dejadéjà par l’espace de trois ans elle a librement participé à sa miseremisère, sans que par les chatoulleuxchatouilleux attraisattraits des delicesdélices courtisanesques son affection ait peupu estreêtre inclinée à une vie plus heureuse et plus digne d’elle, nyni sa generositégénérosité surmontée par les difficultezdifficultés des desertsdéserts et facheusesfâcheuses incommoditezincommodités de la solitude. Sur la fin de son discours arrive un soldat de ThebesThèbes qui l’asseureassure de la mort d’EtheocleÉtéocle, et Polynice ses freresfrères, de sorte que, atristéeattristée par le rapport de si piteuses nouvelles, elle se met à faire ses lamentations et complaintes.

--- F5r° --- 182

<Antigone>

TRois fois pour plaire au Cielciel Ops rentrant en jeunesse183

A sur son tapis vert estaléétalé sa richesse

1655Et l’avare faucheur luylui a trois fois ostéôté

D’une pillarde main ses biens et sa beauté,

Depuis qu’en ces desertsdéserts mon infortuné perepère

Par ma dextre guidé fait son triste repaire,

Mon perepère qui, pensant égarer son ennuyennui

1660Par l’épaisse noirceur d’une éternéleéternelle nuit,

Arracha de ses yeux et prunéleprunelle et paupierepaupière

Pour perdre ses malheurs en perdant la lumierelumière,.

Mais, le chetifchétif qu’il est, il ne laisse sans yeux

De voir et recevoir milemille assaux furieux,

1665CruélementCruellement livrés par l’esquadreescadre ennemyeennemie

Des regrets importuns de sa dolente vie,

Qui le geinnentgênent si fort que sans moymoi, qui toujours

L’ayai empechéempêché d’avoir à la mort son recours,

Il euteût pieça quitté le logis de ce monde,

1670Où il meurt en vivant, pour se plonger en l’onde

Du fleuve à neuf replis184, afin de rendre enclos

En un mémemême cercueil son malheur et ses os.

HelasHélas, qui le verroitverrait en si pauvre equipageéquipage

Tendre au soleil ardantardent son bazanébasané visage,

1675Jugeroit Jugerait-on qu’il euteût, royroi puissant autrefois,

Fait ployer la hauteur de ThebesThèbes soubssous ses lois ?

En recoyrecoi solitaire est sa cour transformée,

--- F5v° ---

En grotte ses palais, ses tapis en ramée

Et son sceptre en bastonbâton qui, tâtonanttâtonnant en bas

1680Contre un achopementachoppement, luylui asseureassure les pas.

CytheronCithéron, où jadis il aloitallait à la chasse,

Par ses hosteshôtes felonsfélons or’ luymémelui-même le chasse,.

Ses ennuysennuis sont sa suite, et moymoi, le conduisanconduisant,

D’escuyerécuyer je luylui sers, de page, et courtisan.

1685Habite qui voudra aux Citéscités populeuses,

En richesse, en plaisirs, en honeurhonneur plantureuses,

Quant à moymoi, à jamais bourgeoise des desertsdéserts,

Je l’accompagnerayaccompagnerai, fut fût-ce par le travers

Des plus poignants haliershalliers, heureuse et trop heureuse

1690De pouvoir envers luylui me rendre officieuse.

OÔ combien et ingrate et dure je serois

Si pour suyvresuivre la cour des Princesprinces et des Roisrois,

Comme ma seursœur a fait, sans de luylui avoir cure185

Je le laissoislaissais aveugle errer à l’advantureaventure. !

1695» Cil a les sens perclus de toutes motions,

» Le cueurcœur de sentiment, l’esprit de passions,

» Cil n’est tissu de nerfs, de veines, nyni d’arteresartères,

» Cil a moins de pitié que les fieresfières Pantherespanthères,

» Qui ingrat ses parents ne daigne secourir,

1700» Pour le salut desquels mesmemême il devroitdevrait mourir.

Qui soulagera-il-t-il si secours il deniedénie

À ceux dont il a pris le corps, l’estreêtre, la vie ?

» L’on ne scauroitsaurait nombrer les biens, quoy qu'quoique apparents,

» Que nous vont conferantconférant nos aymablesaimables parents.

1705» Ministres du premier Moteurmoteur186, ils nous produisent,

--- F6r° ---

» Produits nous donnent laictlait, alaictésallaités nous instruisent,

» Instruits soigneusement ils nous vont elevantélevant

» Et vers nous élevés leur amour poursuyvantpoursuivant.

Ce sont, ce sont les biens, et les grands beneficesbénéfices

1710Qu’ores je reconnoisreconnais par honesteshonnêtes services

Envers mon geniteurgéniteur, lequel je servirayservirai

Tant que le souvenir de moymémemoi-même j’aurayaurai,

Tant que l’alme Junon donradonn'ra peine sans peine

Au mol evanteévente-cueurcœur de ma poictrinepoitrine saine.

1715Aussi bien les rochers et les bois, mon soucysouci,

Ont ja rendu mon corps au labeur endurcyendurci,

Et changé en vigueur (que c’est que d’estreêtre hostessehôtesse

Des solitaires lieux !) ma mignarde mollesse187.

La durtédur'té a surpris ma delicatedélicate peau,

1720Mon visage de lis a pris un tein nouveau,

Car sans craindre d’hyverhiver la cuisante froidure

Ni du celestecéleste chienChien la brulantebrûlante morsure188,

Le tenant par la main, or’ je le voisvais menant

Sur le dos cailloïteuxcaillouteux d’un rocher eminentéminent,

1725Ore par la verdeur d’une taille touffue

Et ore dans le creux d’une roche moussue,

Où si piteusement il soupire et se plaint,

EvantantÉventant la douleur dont son cueurcœur est attaintatteint,

Que la fille de l’air EchonÉcho, qui solitaire

1730Par les antres reclus va faisant son repaire,

Rechantant tristement des plaintes la moitié,

TemoigneTémoigne que son cueurcœur s’en émeut à pitié.

Je le vienviens de laisser souzsous la verte ramée

--- F6v° ---

, narrant de ses maux l’histoire accoutumée,

1735Le somme peu à peu a dérobé ses sens

Et terminé ses plaints l’un de l’autre naissants.

Si j’osoisosais le laisser, je couroiscourrais plus isnéleisnelle

Que d’un Parthe legerléger la siflantesifflante quadrélequadrelle189

Vers les murs d’Amphion, pour scavoirsavoir si toujourtoujours

1740Ils fremissentfrémissent de voir tant de gentsgens à l’entouralentour

Ou si Bacche a changé (Bacche qui le conserve)

Le rameau d’Apollon en celuycelui de Minerve190.

J’en suis en grand émoyémoi pour mes freresfrères germains,

Car ou les noirs objets et fantômes sont vains,

1745Ou leurs chefs ennemysennemis auront en bref commune

(Dieux, détornezdétournez ce mal) quelque grande infortune.

La Nuitnuit caligineuse191 avec son bandeau noir

AvoitAvait encortinéencourtiné ce terrestre manoir

Et le somme porté sur l’aisleaile du silence

1750AvoitAvait les animaux rangé soubzsous sa puissance,

Quand deux tristes objets, deux fantômes hydeuxhideux

De mes freresfrères meurtris s’offrirent à mes yeux,

Plus martelezmartelés de coups et de playesplaies cruelescruelles

Que le Cielciel n’est semé de brillantes chandéleschandelles.

1755Soudain mon cueurcœur fremitfrémit d’une glaceuse peur192,

Mon visage perdit le sang et la couleur,

Je trésaillytressaillis d’éfroyeffroi, et quand j’y pense encore

L’horreur mon poil herissehérisse et mon teinteint décolore.193

MESSAGER.

OÔ triste evenementévénement, ô maison ruinée,

1760OÔ palais desolédésolé, ô meremère infortunée, !194

--- F7r° ---

Indomptable destin, que tu es rigoureux,

Que tu verses de maux, cruel, en mesmesmêmes lieux.

ANTIGONE.

Dieux, que vienviens-je d’ouirouïr ?

MESSAGER.

Maudite convoitise

De gouverner l’estatétat d’une terre soumise.

1765C’est toytoi seule, c’est toytoi, damnable ambition,

Qui causes tous ces maux.

ANTIGONE.

Ô triste vision,

Ce n’estoitétait pas en vain,. disDis, dydis, tu me borrélesbourrèles,

Messager, dydis soudain tes piteuses nouvelles,

DyDis moy-moi, ne celecèle rien,. leLe camp Adrasteanadrastéen

1770S’est -il rendu Seigneurseigneur du pays Dirceandircéen ?

A-ilt-il ThebesThèbes destruitdétruit ?

MESSAGER.

DestruitDétruit ? L’éforteffort suprémesuprême

Des ThebainsThébains l’a vaincu et saccagé luymémelui-même.

ANTIGONE.

Quel grand mal est-ce donc ?

MESSAGER.

Sur les vostresvôtres le sort

Est tombé.

ANTIGONE.

Ô malheur, ! doncDonc Polynice est mort.

MESSAGER.

1775Mais bien pis,. sansSans germains vous estesêtes, Antigone,

Iocaste195 sans fils, sans Royroi nostrenotre coronecouronne.

ANTIGONE.

QuoyQuoi ! ilsIls sont morts tous deux ?

MESSAGER.

Tous deux sont citoyens,

Par la main l’un de l’autre, aux champs Plutoniensplutoniens.

ANTIGONE.

OÔ rages, ô fureurs, ô discorde importune,

1780OÔ traistressetraîtresse EnyonÉnyo, ô traistressetraîtresse fortune. !

Hé ! n’avoientN’avaient les malheurs survenus à foison

Assez infortuné d’OedipeŒdipe la maison

Sans la fouler encor de recharges cruelles,

Sans la troubler encor par des pertes nouvelles ?

1785DepecheDépêche, conte moy-moi leur mort.

MESSAGER.

Les camps haineux196

CommencoientCommençaient leurs fureurs sanglantes, quand eux deux,

Superbement montezmontés sur des coches de guerre,

--- F7v° ---

Bruyant plus que ne fait de Jupin le tonnerre,

VindrentVinrent s’entrechoquer de si roides efforts,

1790EstantsÉtant également et adextres et forts,

Que tous deux, nonobstant les vaines resistancesrésistances

De leurs foiblesfaibles harnois, s’outrérentoutrèrent de leurs lances,.

PlustostPlutôt que je ne dis ils furent trebucheztrébuchés,

PlustostPlutôt que je ne dis ils furent accrochezaccrochés

1795Pied-Pieds contremontcontre-mont aux chars qui, privezprivés de conduite,

Les alloientallaient attrainnantattraînant d’une contraire fuite.

Leur fouet alloitallait pendant inutile en leur main,

Leur bois meurtrier gravoitgravait le rivage Thebainthébain

Au gré de leurs chevaux, qui libres en leur peine

1800Qui çaçà qui là [guidoientguidaient]197 leurs guides par la plaine.

C’estoitétait grande pitié de voir bondir à bas

Leurs chefs tout mutilezmutilés, tout hideux d’un amas

De sang boüeuxboueux, de sang qui d’une rouge trace

PassementoitPassementait des champs la poudreuse sur-facesurface.

ANTIGONE.

1805OÔ Fortunefortune sans yeux, ô sort plein de malheur,

OÔ Destindestin sans pitié, ô Dieuxdieux pleins de rigueur. !

Mort, ô mort, où es -tu ? Où ta rage mutine ?

Que ne m’affole affoles-tu, didis, faucefausse Libitine ?

QuoyQuoi ! Pourra bien encor ton homicide dard

1810M’espargnerépargner malheureuse ?, Espargnerépargner ce viellardvieillard,

CestCet aveugle chetifchétif qui jour et nuit t’appelle

Pour terminer sa vie et sa douleur cruelle,

Puis quePuisque tu as ravi, borrellebourrelle, ses enfansenfants,

Dignes d’un sort meilleur, et de plus heureux ans ?

1815OÔ quelle cruauté, ! àÀ ceux qui ont envie

--- F8r° ---

De prolonger leurs jours, tosttôt elle osteôte la vie,

Et ceux -là qui en elle ont leur seul reconfortréconfort

Ne sentent que bien tard son sepulchralsépulcral effort.

Ce n’estoitétait pas en vain, mes freresfrères, que vos ombres,

1820Nageant devant mes yeux, me donnoientdonnaient des encombres,

Ce n’estoitétait pas en vain qu’un soupçon continu

Me faisoitfaisait presagirprésager ce malheur advenu.

He ! mereMère que je plainplains, pauvre meremère dolente,

C’est or’ qu’on vous verra flechirfléchir impatiente

1825Sous le faix desastreuxdésastreux, c’est ore que je crains

Qu’un malheur tout nouveau n’échappe de vos mains.

 ! queQue je connoisconnais bien, que je connoisconnais bien ore

Qu’entre tous les malheurs, execrableexécrable Pandore,

Desquels traistreusementtraîtreusement ta detestabledétestable main

1830Jadis envenima tout nostrenotre genre humain,

Il n’y avoitavait poison nyni peste plus cruelle

Que le hautain desirdésir du sceptre qui pointelle

Les follastresfolâtres esprits, dont les desseins trop hauts

Causent en trebuchanttrébuchant un abysmeabîme de maux. !

CHEURCHŒUR.

1835La fortune, coutumierecoutumière

À se jouer des humains

Qu’elle asservit enperiereemperière

Sous ses vacilantesvacillantes mains,

De ses temeritéstémérités fieresfières

1840Plus qu’en nul autre accident

Rend le pouvoir evidentévident

Aux occurrences guerrieresguerrières.


--- F8v° ---

Elle se peine, adversaire

En tous ses deportemensdéportements,

1845À rendre un effet contraire

À cil de nos jugemensjugements,

Mais beaucoup plus en la guerre,

Où ceux qu’on jugeoitjugeait plus forts

Par inesperezinespérés éfortsefforts

1850Vaincus trébuchent en terre.

 

Souvent l’ameâme outrecuidée

Elle dechassedéchasse la là-bas

De cil qui ja en Idéeidée

TenoitTenait la depouilledépouille au bras,

1855Et celuycelui qui plus se doute

D’estreêtre en la cargue défait

Est cil à qui éleelle fait

Mettre son hayneuxhaineux en route.

 

Les superbes Argolides,

1860En grand nombre bien plus forts,

PensoientPensaient voir les BeotidesBéotides

Tomber aux premiers éfortsefforts.

En finEnfin reduitsréduits aux extrémesextrêmes

Par l’heur, guide du ThebainThébain,

1865Ils ont connu mais en vain

Le sort tomber sur euxmesmeseux-mêmes.

--- G1r° ---

Antigone, apresaprès avoir par la continue de ses soupirs et plaintes exhalé une bonne partie de la douleur qu’elle avoitavait conceuconçue en son cueurcœur pour la mort de ses freresfrères, commande au soldat qui a assisté à la bataille de luylui reciterréciter tout au long comme les ThebainsThébains ont obtenu victoire sur les Argiens, à celle fin de tromper ses ennuysennuis et recevoir quelque allegementallègement, entendant la defaittedéfaite de ceux qui, par leur trop volontaire assistance198, ont causé la ruine et desastredésastre des siens. Ayant donc le soldat fait un assez ample discours de la bataille à l’avantage des ThebainsThébains, Antigone, avertie que le corps de son frerefrère Polynice, par le commandement de CreonCréon, est exposé à la mercymerci des bestesbêtes sauvages, deliberedélibère de l’aller reconoitrereconnaître entre les morts, et de luylui celebrercélébrer ses funeraillesfunérailles.

ANTIGONE, MESSAGER

ANTIGONE.

ToujourToujours de boulets blancs au sein du froid moulés199

L’OrgiainOrgien et CeresCérès n’ont les chefs affolés,

L’air toujours ne se trouble, et toujours oragée

1870N’est la perse moiteur du sepulcresépulcre d’ÆgéeÉgée200,

Mais, las, toujours le sort, le destin, et toujours

Les astres rigoureux vont desastrantdésastrant nos jours.

--- G1v° ---

Que me sert que d’Argos les phalanges vaincues

Sanglantent de leurs corps nos campagnes velues ?

1875ThebesThèbes, que me sert -il qu’ayant les Cieuxcieux amysamis

Tu ayesaies mis à sac tes hautains ennemysennemis

Si mes nobles germains, las, si mes pauvres freresfrères

Ont receureçu mesmemême sort que tes fiers adversaires ?

OÔ regret ! Aux sujets des trophés triumphauxtriomphaux,

1880Aux Roisrois se dresseront des buchersbûchers funerauxfunéraux,.

ThebesThèbes s’ésjouiraéjouira pendant que toytoi, desertedéserte,

Malheureuse maison, tu gemirasgémiras ta perte,.

Les gransgrands seront dolents, et les moindres joyeux,

Car ceux-là sont vaincus, ceux cy-ci victorieux.

1885OÔ le grand crevecueurcrève-cœur de voir que la Fortunefortune,201

Fortunant les vassausvassaux, les Princesprinces infortune !

Ainsi le foudre ardantardent dont les puissantes mains

Du grand DodoneanDodonéen estonentétonnent les humains

EspargneÉpargne les valonsvallons pour canonercanonner la crope,

1890D’Osse, de PelionPélion, d’Olympe, ou de MeropeMérope,

Ainsi l’éforteffort mutin des gousiersgosiers haleneushaleineux

LachezLâchés par Hippotade hors du roc caverneuscaverneux,

Pardonnant à l’arbreau nouvelet qui à peine

LeveLève son chef plus haut que l’herbe de la plaine,

1895EbrancheÉbranche les cyprescyprès, rompt les pins montueusmontueux

Qui leurs fronts chevelus pinaclent jusque jusqu'aux cieux202.

Mais, dydis moy-moi, pour tromper la douleur qui me geinegêne,

Messager, conte moy-moi la défaite Argieneargienne.

MESSAGER.

Proche des hautes tours que sans art de massonmaçon

1900Le harpeur charme-roc bastitbâtit par sa chanson

--- G2r° ---

S’estendétend, comme scavezsavez, une fort large plaine

Que ceint le bras moiteux du bon veillardvieillard IsmeneIsmène,

Et qu’Asop’ porte-jonc, abbreuvoirabreuvoir des trouppeaustroupeaux,

EngresseEngraisse du limon de ses fangeuses eaux.

1905, des PelopiensPélopiens les puissances guerrieresguerrières

AvoientAvaient posé le camp, et dressé leurs banieresbannières,

Camp si gros et nombreux que l’œil de toutes- parts

Ne decouvroitdécouvrait que fer, que chevaux, que soldards.

OncquesOnques de tant d’espicsépis ne fut la plaine blonde

1910Quand logée au lyonLion est la lampe du monde,

OncquesOnques tant de formisfourmis on ne vit, de moissons203

Provides faire amas en leurs creuses maisons

Qu’on voyoitvoyait formillerfourmiller de guerriers Argolidesargolides,

Tout à l’entour des flancs des tours Agenoridesagénorides.

1915Somme ils se prometoientpromettaient, tant ils se sentoientsentaient forts,

Pouvoir chasser les Dieuxdieux de leurs celestescélestes forts.

Du Princeprince des flambeaux l’Auroreaurore avant-courrierecourrière

À peine avoitavait du jour annoncé la lumierelumière,

Si qu’à peine s’estoientétaient dérobezdérobés à nos yeux

1920Tous les debilesdébiles raizrais des chandéleschandelles des Cieuxcieux204

Que ja par l’ennemyennemi les machines poussées

AlloientAllaient bouleversant nos murailles forcées,

Dont nos gens (ne voulant comme lascheslâches soldards

Se couver casaniers sous l’aisleaile des ramparsremparts)

1925Soudain trévaillammenttrès vaillamment sortirent hors des portes,

Où ils n’eurent si tostsitôt raliérallié leurs cohortes

Que les camps ennemysennemis, l’un de l’autre prochains,

S’apprestentapprêtent à se joindre, et à venir aux mains.

--- G2v° ---

Lors l’airain tortueux, qui par l’oreille entoneentonne205

1930Au cueurcœur des plus couards les fureurs de BeloneBellone,

Commence à cleronerclaironner. Si tostSitôt ne fut donné

Le signal du combat que Mars enfelonéenfélonné

Les precipiteprécipite au fer, aux meurtres, au carnage,

Tout ainsi qu’un torrent dont la roideur ravage

1935Tout l’honneur des valonsvallons, ou qu’un foudre poussé206

Hors du sein grommelant de Jupin courroucé.

La campagne fremitfrémit soubssous la foule guerriereguerrière,

De traits lancezlancés le jour ombrage sa lumierelumière,207

L’avantgardeavant-garde s’avance, et les deux osts soudain

1940S’attaquent fer à fer, traits à traits, main à main.

Jamais mieux on ne vit contrefaits les tonnerres

NyNi les foudres d’estéété, tant les forts cymeterrescimeterres208,

En martelant le fer comme brillants éclairs,

FaisoientFaisaient jaillir le feu des targues et bouclers.

1945Les coups accravanteurs des foudroyantes masses

FaisoientFaisaient d’un tel chapplischaplis craqueter les cuirasses

Qu’il sembloitsemblait qu’à ce coup les quatre premiers corps209

RenouveloientRenouvelaient mutins leurs antiques discords.

Les squadronsscadrons aux scadrons, le fer au fer se meslemêle,

1950L’on detranchedétranche, l’on fend, l’on hache pesle-meslepêle-mêle

Et hommes et chevaux,. laLa durtédur'té des plastrons,

Des mailles, des cuissots, des crestezcrêtés morions

Ne peut si bien sauver de l’orage et tempestetempête

Des coups, le sein, les bras, les cuisses, et la testetête

1955Qu’un monde de soldardssoldats, tous moulus et froissezfroissés

À ce dur entrechoc, ne fussent terrassezterrassés,

--- G3r° ---

Plus menu que du ciel ne tombe la dragée

Dont nostrenotre Dieudieu pampré voit sa plante outragée.

Ja la terre commence à se paver de morts,210

1960Et les membres esparsépars, detronquezdétronqués de leurs corps,

À nager dans le sang qui, coulé de leurs veines,

En fleuve tiede-chauttiède-chaud bouillonnoitbouillonnait par les plaines.

Le ThebainThébain, qui combat pour soysoi, pour sa Citécité,

Pour ses biens, sa famille, et pour sa liberté,

1965Brise tout, froisse tout, aymantaimant mieux sur la prée,

Que de cedercéder d’un pas, vomir l’ameâme pourprée211 :.

Et le PelopienPélopien, l’Argolide mutin

S’encourage aux travaux, avide du butin,

S’offre aux coups, au perilpéril, et à la mort certaine

1970Pour un douteux espoir d’une proyeproie incertaine.

La mesléemêlée s’asprit212 et de tant plus que Mars

Par son fer outrageux moissonne de soldards213

La discorde se rend d’autant plus violente,

L’assaut plus furieux, la rage plus bouillante.

1975L’on ne voit que soldats par piles et monceaux,

L’un sur l’autre tombant sous les pieds des chevaux,

L’on n’oit que cris hautains, que clameurs effroyanteseffrayantes214

Dont l’air va estonnantétonnant les voutesvoûtes tournoyantes.

Les superbes guerriers du bord Inachieninachien,

1980Qui jusque jusqu'alors avoientavaient du peuple Ogigienogygien

Ignoré la vertu et qui à leur puissance

Ne pensoientpensaient rencontrer si forte resistancerésistance,

Redoublent leurs efforts, augmentent leur fureur,

PoussezPoussés par un despitdépit de voir tant de valeur

--- G3v° ---

1985En ceux qui, inegauxinégaux quant aux forces nombreuses,

Se rendoientrendaient plus qu’egauxégaux en forces valeureuses.

Des nostresnôtres MenecéMénécé, Chromis, HipséeHypsée, ӔmonÉmon,215

Et des leurs Capané, Tydé, HippomedonHippomédon,216

(Comme aux peuples des champs les tigres effroyables)

1990Au vulgaire sans nom se rendoientrendaient redoutables,

Mais sur tous Amphiare, interpreteinterprète des Dieuxdieux,217

Faisant rouler subit son coche impetueuximpétueux

Sur le corps des mouransmourants, bruit, tempestetempête, furonefuronne

Et, plus que tout son camp, seul nostrenotre camp estonneétonne218.

1995Contre ses dards aigus le fer n’est assez fort,.

Ses coups en tous endroisendroits font penetrerpénétrer la mort

Bien que d’un gorgeraingorgerin soit la testetête encerclée,

Le chef morionné, l’echineéchine encorceléeencorselée,

Car son maistremaître Apollon, le guidant inhumain219,

2000Fait qu’en vain un seul trait n’échappe de sa main :.

AsseuréAssuré de mourir, à la mort il se gettejette,

Il frappe, il blesse, il tue, et tuant il souhaittesouhaite,

Pour pouvoir obvier à son infameinfâme sort,

D’acqueriracquérir par le fer une honorable mort.

2005Advint qu’estantétant d’Adrast’ les esquadresescadres rompues

Elles furent soudain des Arges secourues,

Mais maint y accourut qui de ses ans le cours

En secourant autruyautrui termina sans secours.

Là de leurs chefs Tydé mourut et PeriphantePériphante,220

2010Et des nostresnôtres HipséHypsé, et le vaillant Gyante,.

Tydé par MenalipMénalip221 mourut d’un coup de dard,

PerphantePer'phante, par MnecéM'nécé, d’un estoc et poignard,

Gyant’ par Amphiar’ d’une fierefière quadrelle,

--- G4r° ---

Hypsé par Capané d’une lance cruelle.

2015Les EumenidesEuménides sœurs, trois monstres Avernauxavernaux,222

Sorties du profond des maretsmarais Stygiauxstygiaux

Pour la GreceGrèce accabler, dardoientdardaient impetueusesimpétueuses

De leurs flambeaux souffrezsoufrés les flamesflammes veneneusesvénéneuses,

FaisoientFaisaient claquer leurs fouëtsfouets parmyparmi les bataillons,

2020SecoüoientSecouaient dans le sein des lascheslâches legionslégions

Leurs chefs encolevrezencouleuvrés, leur soufflant au courage

La rancueurrancœur, le courroux, la vengeance et la rage.

Tout estoitétait en fureur, tout estoitétait en discord,

Tout resonoitrésonnait le meurtre et l’horreur de la mort,

2025Et en tous les endroits de nos champs Beotidesbéotides

D’Atrope se trouvoienttrouvaient les cizeauxciseaux homicides223 :.

C’estoitétait horreur de voir les soldats (comme loups

AcharnezAcharnés aux troupeaux) s’entreacablerentre-accabler de coups,224

Se froisser, se meurtrir, et se tirer habiles

2030L’ameâme parmyparmi le fer des armes inutiles.

L’un, voulant dechargerdécharger un coup de coutelas,225

EstonnéÉtonné voit perdu et son glaive et son bras,

Et l’autre, cependant qu’à tuer il s’appresteapprête,

Perd tronqué par le col et son ire et sa testetête.

2035Les uns on blesse au chef, les autres dans le sein,

Les uns n’ont plus qu’un pied, les autres qu’une main,

L’un va perdant son sang par sa playeplaie mortelle,

Cestuy-cyCestui-ci ses boyaux, celuycelui-là sa cervelle.

Bref, d’éforteffort mutuel les forcenezforcenés soldards

2040Font tant plouvoirpleuvoir de coups d’espéépé', d’espieuépieu, de dards,

Qu’il n’y a cil qui n’ait de la guerre sanglante,

EmprainteEmpreinte sur le corps, quelque marque evidenteévidente.

--- G4v° ---

CestuyCestui, navré à mort et ne pouvant courir

À son meurtrier, ne veut sans vengeance mourir,

2045Ains pour donner un coup toute sa force assemble

Et, chargeant son voisin, tue et meurt tout ensemble.

CestCet autre, ayant vuidévidé les arconsarçons du courtaucourtaud,

Se sent pris à l’estrieuétrier, ne peut remonter haut,

Ains miserable,misérable suytsuit son cheval qui en lesselaisse

2050Le meinemène par le pied au millieumilieu de la presse.

Cestuy cyCestui-ci qui couard pense fuyrfuir l’assaillant

Tombe mort aussi tosttôt226 qu’un gendarme vaillant,

Et celuy celui-, pendant qu’à l’un la vie il emble,

Se voit chargé de cinq ou de six tout ensemble,

2055Qui de tous les costezcôtés le foudroyentfoudroient de coups.

Il se couvre, il se targue, et, les soustenantsoutenant tous,

Se defenddéfend comme il peut, jusque jusqu'à ce que ravie

LuyLui soit d’un mesmemême coup la vaillance et la vie.

Quelque foisQuelquefois, à l’écart un trait d’arc des combats,

2060Se venoientvenaient rafrechirrafraîchir quelques Argides las

Qui avoientavaient belliqueux jusque jusqu'à perte d’haleine

Enjonché de nos gens la rougissante pleineplaine,

Mais, estantétant aussi tostaussitôt des nostresnôtres apperceusaperçus,

L’on chargeoitchargeait à grands coups si fierementfièrement dessus

2065Qu’on voyoitvoyait (plus subit qu’un vent qui tourbillonne

N’enleveenlève les festusfétus des lieux qu’il environne)

Tous leurs corps estendusétendus, et leur fer abaissé

Dont ils avoientavaient le dos de nos champs herisséhérissé.227

IcyIci d’un fort effort des uns la force on force,

2070Là des moins forts forcezforcés l’on renforce la force.228

--- G5r° ---

D’un mémemême ost un squadronscadron se defentdéfend, l’autre assaut,

L’un se monstremontre vaillant, à l’autre le cueurcœur faut,.

Ore on voit renverser une troupe Thebainethébaine

Ore on voit trebuchertrébucher une troupe Argienneargienne,.

2075CyCi foiblefaible est le ThebainThébain, là il est le plus fort,

L’ennemyennemi tue icyici, là il est mis à mort.

Somme, aspreâpre fut le choc et aspreâpre le carnage

Avant que l’un sur l’autre euteût aucun avantage,

Tant de Mars incertain s’alloitallait jouant le sort,

2080Relevant le plus foiblefaible, abbaissantabaissant le plus fort.229

Qui a veuvu quelque foisquelquefois sur les vagueuses plaines230

Un esquif agité des contraires haleneshaleines

De l’Autanautan et du Nortnord, comme diversement

Errant ore il suit l’un, or’ l’autre souflementsoufflement ?

2085Le sud ne l’haa si tostsitôt pour dépiter Borée

Fait prendre le chemin du froid Hyperborée

Qu’il rebrosserebrousse soudain, forcé par l’Aquilonaquilon

Vers les peuples bruslezbrûlés du celestecéleste brandon.

Ore il vient, ore il fuit, et ores il carole,

2090Chancelant incertain vers l’un et l’autre Polepôle,

Et ore il se tient coycoi, quand les mutins éfortsefforts

Des deux AeoliensÉoliens sont egalementégalement forts,

JusquesJusque l’un d’eux, ayant dedans sa bouche enflée

Ses forces retenu, d’halenehaleine redoublée

2095BouffiBouffit si fort l’assaut, le boursoufle, et l’émeut

Qu’il en demeure maistremaître et le meinemène où il veut :.

Tout de mesmemême, au millieumilieu de la cargue inhumaine

La victoire aux deux camps inclinoitinclinait incertaine,

--- G5v° ---

Pour laquelle obtenir l’un et l’autre jalousjaloux

2100RenforcoitRenforçait courageux et son cueurcœur et ses couscoups.

Ores d’un brave éforteffort nos phalanges hardies

ContraingnoientContraignaient reculer les troupes ennemyesennemies,

Ores reprenant cueurcœur les mesmesmêmes legionslégions

Nous ployoientployaient sous l’éforteffort de leurs oppressions,

2105Et or’ des deux costezcôtés les opposezopposés gendarmes

CombatoientCombattaient en leur rancrang de si égales armes

Que l’on n’euteût sceusu juger lesquels estoientétaient pour lors,

Tant Mars estoitétait esgalégal, plus foiblesfaibles ou plus forts.

VoilaVoilà comme aux deux camps la victoire douteuse

2110BalancoitBalançait en sa main la palme glorieuse,231

Noble prisprix du vainqueur, quand ThebesThèbes au secours

De ses preux combatanscombattants soudain fit de ses tours

Descendre furieux mille nouveaux gendarmes

Qui, frais et prompts aux coups, au travail, et aux armes,

2115VindrentVinrent faucerfausser à jour les plus forts esquadronsescadrons

Des ennemysennemis recreusrecrus, envoyant les tronçons

Des fresnesfrênes232 éclatezéclatés, et des piques rompues

Jusque Jusqu'au milieu de l’air où se forment les nues.

Ce fut lors que l’on vit les Arges trebuchertrébucher,

2120Ce fut lors que Charon, des enfers le nocher,

S’émerveilla de voir tant d’ombres malheureuses

Que nos dextres chassoientchassaient aux ondes stygieuses.

Ja l’ennemyennemi ne peut nos charges soustenirsoutenir,

Ja Adraste ne scaitsait quelle route tenir

2125ParmyParmi son camp confus, ne pouvant ses banieresbannières

Rejoindre, et ralierrallier en leurs places premierespremières.

--- G6r° ---

Le plus vaillant d’entre eux recule en chamaillant,

Le cueurcœur nous croitcroît tant plus qu’il leur va defaillantdéfaillant,.

Nous les suyvonssuivons de presprès, et de forces unies

2130Nous redoublons si fort desurdessus eux nos furies

Qu’en finenfin tout d’un beau coup (soit qu’ils fussent contraints

De changer en deux pieds leurs espésépé's à deux mains,

Les bras n’en pouvant plus, soit qu’en telles alarmes

Plus seursûr leur futfût des pieds le secours que des armes)

2135Ils prindrentprirent la garite233, et Dieu scaitsait si nos gens

Se monstrérentmontrèrent alors hatifshâtifs et diligensdiligents

À poursuir234 les fuyards. Par ce piteux desordredésordre,

À tant d’Inachiens l’on fit le sable mordre

Qu’ils tomboienttombaient en fuyant au champ Labdacienlabdacien235

2140Plus espaisépais que ne voit le peuple Arcadienarcadien

En bas greslergrêler de glands quand l’Aquilonaquilon evanteévente

Les sommets chevelus des forestsforêts d’ErimantheÉrimanthe.

ANTIGONE.

Tu ne dis rien des grands. Adraste est -il point mort ?

MESSAGER.

Adraste par la fuite a evitéévité le sort

2145Avec peu de ses gens, restant tout seul des Princesprinces

Qui ont, peuplant nos champs, depeuplédépeuplé leurs Provincesprovinces.

ANTIGONE.

Ils sont tous morts ?

MESSAGER.

Tous, tous, et possible d’eux tous,

Par les chiens et corbeaux ja les membres dissous,236

Fors d’Amphiare à qui n’haa point estéété ravie237

2150Par les glaives Thebainsthébains comme aux autres la vie,

Ains, comme il combatoitcombattait, et alloitallait terrassant

Nos plus braves soldardssoldats, la terre en mugissant

Dessous luylui s’est ouverte (ô monstre !) jusque jusqu'au centre

Et l’a serré vivant aux gouffres de son ventre.

--- G6v° ---

ANTIGONE.

2155OÔ prodige. !

MESSAGER.

Ce creux s’est fait pourcepour ce qu’alors

S’alloientallaient desanimantdésanimant aux deux camps tant de corps

Que Mercure n’euteût peupu sur les rivages sombres,

Guider sans ce chemin la foullefoule de tant d’ombres.

ANTIGONE.

Et mes freresfrères, comment ? Ont ja receureçu leurs corps

2160Les funebresfunèbres honneurs qui se doivent aux morts ?

MESSAGER.

Polynice est encore estenduétendu sur la terre.

ANTIGONE.

 ? ! D’où vient qu’au cercueil ses cendres l’on n’ensereenserre ?

MESSAGER.

CreonCréon ne le veut pas,. CreonCréon, qui n’a mercymerci

D’aucun de ses parents, veut qu’il demeure ainsi.

ANTIGONE.

2165CreonCréon le veut ? Privé donc vous serez, mon frerefrère,

Puis quePuisque CreonCréon le veut, de l’honneur mortuéremortuaire ?

Puis quePuisque CreonCréon le veut, mon frerefrère, vous aurez

Pour sepulchresépulcre les flancs des bestesbêtes des forestsforêts ?

, bons Dieuxdieux ! estEst-ce vous, royale genituregéniture,

2170Que doivent les ThebainsThébains laisser sans sepulturesépulture ?

Est-ce de vous mon frerefrère, helashélas !, est-ce de vous

Que doivent en vos champs se repaistrerepaître les loups ?

CreonCréon, quel juge es -tu ? Hé ! Quelle est ta justice

Qui injuste te rend punissant l’injustice ?

2175Si PolnicePol'nice a mesprismépris, aussi PolnicePol'nice est mort.

N’est -il assez punypuni d’avoir receureçu la mort

Qu’encor tu veux contraindre (ô rancueurrancœur inhumaine !)

Son corps sans sentiment d’en resentirressentir la peine ?

--- G7r° ---

Or fayfais tant que voudras obeirobéir à tes dits,

2180Charge tant que voudras de peine tes editsédits,

Si n’aura le pouvoir ta defencedéfense, de faire

Qu’Antigone delaissedélaisse à inhumer son frerefrère.

J’irayirai, j’irayirai chercher vostrevotre corps, mon Germaingermain,

Je vous irayirai dresser un tombeau de ma main.

2185Hé ! PourroitPourrait bien souffrir AntigonAntigon' qu’en ce monde

FutFût l’Ombreombre de son frerefrère errante et vagabonde,

Pour n’avoir recueilli et posé en repos

Par un juste devoir la cendre de ses os ?

CHŒUR.

Sus ThebesThèbes, sus jeunesse238

2190Ore exempte d’oppresse,

EchaufonsÉchauffons les autels

Des immortels.

 

EmeusÉmus de nos miseresmisères,

De leurs dextres severessévères

2195Ils déchargent ailleurailleurs

La pesanteur.

 

Nous estionsétions miserablesmisérables

Si leurs mains favorables

N’eussent par leurs secours

2200Sauvé nos tours.


--- G7v° ---

Afin que la memoiremémoire

PerpetuePerpétue leur gloire

De nous avoir soumis

Nos ennemysennemis,

 

2205Quand sera écoulée

De l’an la course aisléeailée,

Qu’on honore toujourtoujours

Un pareil jour,

 

Auquel l’on renouvelle

2210Leur louange immortelle,

ChantansChantant odes et vers

En tons divers,

 

Car ils ont de leur gracegrâce

D’Argos punypuni l’audace,

2215Par eux est en seurtésûr'té

NostreNotre Citécité.

 

Plus nos champs ne fremissentfrémissent,

Plus ils ne se herissenthérissent

Du fer injurieux239

2220De nos haineux.


--- G8r° ---

PercezPercés par nostrenotre lame,

Les uns ont vomyvomi l’ameâme,240

Les autres ont dispos

TornéTourné le dos.

 

2225Ainsi, bien que sanglante,

ThebesThèbes est triumphantetriomphante,

Ayant eu ses soldarssoldards

Le champ de Mars,

 

Bien que les PelopidesPélopides,

2230De bourgeois homicides,

LuyLui ayentaient dessus l’œil

Gravé le dueildeuil,

 

Si que, demy demi-desertedéserte,

Elle pleure la perte

2235De ses nourriçonsnourrissons morts

DessurDessus ses bords.

 

OÔ amesâmes vertueuses

Qui avez courageuses

Par belliqueux éfortsefforts

2240Laissé vos corps,


--- G8v° ---

Qu’à jamais vostrevotre gloire

Soit peinte en la memoiremémoire,

Et vos meritesmérites veus241

Par nos nepveusneveux.

 

2245Soyez favorisées

Aux plaines ElyséesÉlysées,

Qu’à jamais en repos

Gisent vos os,

 

Qu’à jamais l’Ambroisieambroisie

2250Douce vous rassasie

Et le nectar des Cieuxcieux,

Boisson des Dieuxdieux.

ACTE 5V.242

Iocaste, se voyant privée de l’un et l’autre de ses fils, se laisse tellement surmonter à la tristesse que facilement son ameâme donne entreeentrée au desespoirdésespoir, auquel elle estoitétait desjadéjà aucunement disposeedisposée par la continuelle souvenance tant des crimes commis par elle et OedipeŒdipe (si crime se doit nommer ce qui se fait par ignorance) que par la facheusefâcheuse importunité des calamitezcalamités passeespassées, de sorte que, ayant les furiesFuries devant les yeux, apresaprès avoir accusé de cruauté les Celestescélestes, comme autheursauteurs de toutes ses miseresmisères, elle appelle à son secours les puissances infernales, les invitant --- H1r° --- à la geinergêner, torturer, et precipiterprécipiter au profond de leurs abysmesabîmes, où elle espereespère devoir estreêtre plus heureuse que d’achever en ce monde, apresaprès tant de traverses, le cours de sa miserablemisérable vie.

IOCASTE.

Puissances de là -bas, affreuses Deitésdéités

Du tenebreuxténébreux sejourséjour, Tyranstyrans Acherontésachérontés

2255Qui hydeuxhideux de l’obscur d’une noire tiare

SoubzSous un sceptre enfumé faites du creux TenareTénare243

L’horreur trembler d’horreur, toytoi, mausademaussade Pluton,

RoyRoi des gouffres ardansardents de StixStyx, et PhlegetonPhlégéton,

ToyToi, Roinereine à triple- chef, dont l’essence est tripl’triple-une

2260En terre, en l’Orque, au Cielciel, Diane, HecateHécate, Lune,244

Sus, à l’aydeaide, accourez, et d’un sanglant secours

Terminez d’Iocaste et le dueildeuil et les jours.

Sus, sus, puis quepuisque d’en haut, la puissance ne l’aydeaide,

Venez, Dieuxdieux souterrains, sus, venez à son aide.

2265C’est trop, c’est trop vescuvécu, c’est trop prestéprêté le chef

Aux rigueurs du destin, au desastredésastre, au méchef.

Il est temps que plongée en vos nuictsnuits eternelleséternelles

J’esgareégare les ennuysennuis, et les peines cruélescruelles

Qui me vont torturant plus que de vos enfers

2270Les roues, les fourneaux, les genesgênes et les fers.

Aussi bien dezdès long tempslongtemps mes forfaits, mes incestes

DevoientDevaient avoir sentysenti vos vengencesvengeances funestes.

--- H1v° ---

Sus donc Diresdires d’enfer, sus Ragesrages, sus Demonsdémons,

Sus dogue à trois gousiersgosiers245, Hydreshydres, Larveslarves, dragons,

2275Et si monstres plus fiers se recelentrecèlent dans l’onde

Des abysmesabîmes profonds du nombril de ce monde,

Venez, et inventez pour me combler de maux,

Bourreaux industrieux, des supplices nouveaux.

DemonsDémons, que tardez -vous ? Que tardetardes -tu, MegereMégère,

2280EngenceEngeance d’AcheronAchéron, que tu ne viens legerelégère

Me saccader d’horreurs ? N’attenattends que proferezproférés

Soient des juges d’en bas les rigoureux arrestsarrêts.

Non non, tu me verras de ta geolegeôle cruelle

Plus digne milemille fois, milmill’ fois plus criminelle

2285Que le fils de Japet, que ThiphéTyphé coronal246

Et chef outrecuidé du squadronscadron Gigantalgigantal,247

Bien que l’un ait du Cielciel robé le feu suprémesuprême

Et l’autre ait conjuré de forcer le Cielciel mémemême,

Plus que cil qui de l’air imita le canon,

2290Plus que l’amant deceudéçu par la feinte Junon,

Plus encor que Titye, et SisipheSisyphe ÆolideÉolide,

Que le pervers Tantal’, que la race Belidebélide,

Parque de tant d’épousépoux, ainçois plus que tous ceux

Que tu geinesgênes -bas de tormenstourments angoisseux.

2295N’ay ai-je produit EdipeŒdipe, EdipeŒdipe creaturecréature

Odieuse aux humains, detestabledétestable à Naturenature,

Qui monstreusement né a de monstres divers,

Plus hideux que sa Sphinx, infecté l’univers ?

N’ay ai-je du sceptre orné sa dextre sanguinéresanguinaire,

2300Toute sanglante encor du meurtre de son perepère ?

--- H2r° ---

OedipeŒdipe produisant, j’ayai produit son forfait,

Ses crimes sont à moi. Hé ! Ne l’ayai-je pas fait

Gendre de son ayeulaïeul, corrival à son perepère,

PerePère de ses germains, et de ses enfansenfants frerefrère ?,

2305EnfansEnfants morts par leurs mains, dignes de leurs parents,

Qui ont destruitdétruit Argos et Thebe’Thèbe’ en differentsdifférends. ?

 ! queQue dis-je ? C’est moymoi qui ayai fait ce carnage,

Eux estantétant seulement ministres de ma rage.

Et je respire encorencore ? Et encorencore à mes yeux

2310Se presententprésentent du jour les rayons odieux ?

OÔ flamme, ô Amphitrite, ô Cielciel, ô Terreterre, ô foudre,

Air, abymeabîme, tempestetempête, engloutyengloutis, mets en poudre

Ce corps incestueux. S’il n’est digne que l’eau,

L’air, la terre, ou le feu luylui serve de tombeau,

2315Terre, crevasse toy-toi, fendfends ton sein que je tombe

Aux palus infernaux, ma legitimelégitime tombe.248

Songes -tu, Iocaste ? Hé ! n’appercois N’aperçois-tu pas

Que rien pour tes propos n’advanceavance ton trespastrépas ?

Si nul des elemenséléments a de ta mort envie,

2320Resteras -tu pourtant chetivechétive encorencore en vie ?

MonstreMontre au feu sans sa flameflamme, à Ops sans ses caveaux,

À l’air sans sa tempestetempête, à la mer sans ses eaux,

Que tu peux t’allegeralléger, et que ta main borrellebourrelle

Peut étouferétouffer ta vie, et ta peine cruélecruelle.

2325OÔ Cielciel injurieux, ô felonfélon JuppiterJupiter

Qui si bien du destin qu’on ne peut eviteréviter

ScaisSais couvrir ta rigueur, ayant devant ma face

Permis s’entretuer les surjonssurgeons de ma race,

--- H2v° ---

Tu éloignes de moymoi ta fureur, et ne veux

2330(Tant tu m’es indulgent !) que je meure comme eux,.

OÔ celestecéleste afronteuraffronteur, tu ne veux que je meure

Et tu me fais mourir mille fois en une heure.249

Est-ce ainsi que tu scaissais, dydis, trompeur éhonté,

Du voile de pitié masquer ta cruauté ?

2335Va, gardetoy-toi des dartsdards250, serre bien ta tempestetempête

Et tes feux éclatants pour orager le festefaîte

Des palais élevezélevés, ou des pins sourcilleux251

Dont le superbe front va menaçant tes Cieuxcieux,

Je n’en ayai cure aussi. Hé ! pourPour l’ameâme dissoudre

2340D’avec ce corps chetifchétif, qu’ayai-je affaire de foudre ?

Qu’ayai-je affaire sinon d’un glaive dans la main

Qui de cent coups mortels me poignardant le sein

Me facefasse vomir l’ameâme, et me rende affranchie252

Des rigueurs du destin, et de ta tyrannie ?

2345Penses -tu m’empecherempêcher ? La vie, si tu veux,253

Tu me peux bien osterôter, mais la mort tu ne peux,

La mort est en nos mains, la mort est toujours presteprête

De guider les humains au rivage de LetheLèthe.

Qui veut mourir il meurt, et en vain luylui veut-on

2350Fermer l’Orque beantbéant, repaire d’Alecton,

Où Dis tient cour ouverte et laisse à chacun boire

L’oublieuse boisson de sa grand cave noire.

Sus, meurmeurs donc, Iocaste, et montre au Cielciel avoir

Malgré ses vains éfortsefforts la mort en ton pouvoir.

2355CaÇà, çaçà, fatales sœurs, çaçà, cizeliereciselière Atrope,

FayFais cesser ces fuzeauxfuseaux,. susSus, qu’on me dévelopedéveloppe

--- H3r° ---

Et de corps et d’ennuysennuis,. ClotonClothon, tu perds le temps

De penser prolonger le filet de mes ans.

Il faut qu’Iocast’ meure, et qu’Iocaste mémemême,

2360La parque l’épargnant, soit parque de soymémesoi-même.

Ja l’HerebeÉrèbe m’attend, ja les spectres hideux

Et fantômes erranserrants violentent mes yeux.

Courage donc, mon bras, sus, dextre auxiliaire,

FidéleFidèle à mes desseins, prenprends ce fer salutaire,

2365Et, d’un sanglant office, ouvre de milemille coups

Ce flanc prodigieux, porte-fils, port-espouxporte-époux.

Fin de la Tragedietragédie.

[44] Déverser (lat. baccia ou bachia : vase), ici des injures.
[45] V. 1-6. Le Soleil observe le monde (Ovide, Mét., IV, 228 : mundi oculus) ; il voit et entend tout (Homère, Il., III, 277), éclairant de ses feux tous les travaux humains (Virgile, Én., IV, 607). Ronsard qualifie le soleil de « grand œil de Dieu » (XIII, p. 226) et de « tout-voyant » (X, p. 35).
[46] Les quatre éléments, constituant les forces divinisées de la nature, ont été nommés dans le Discours liminaire, v. 67-68.
[47] Tantôt appelé « Latonien » ou « Latonide » (comme fils de Léto ou Latone), tantôt « Délien » (car né sur l’île de Délos), désigné comme astre du jour parcourant le ciel (« cocher ») ou auteur de telle ou telle prouesse (« vainqueur de Python »).
[48] V. 83-98. Le thème de la lutte des Géants et des Titans contre les dieux, si souvent évoqué à la Renaissance, illustre le châtiment promis aux mutins et, plus généralement, à ceux qui cèdent au péché d’orgueil. On peut donc en faire une lecture politique ou morale. Garnier l’a traité à deux reprises (Marc Antoine, 1400-1409 ; Antigone, 423-427).
[49] La Sicile, avec ses trois promontoires.
[50] Herbes sacrées (lat. verbenæ).
[51] Comprendre : Rendre célèbre par ma mort le royaume d’Ogygès, fondateur légendaire de Thèbes.
[52] Cf. Garnier, Porcie, 931-932 : « … et dans son sang humide / Bourrellement lavé leur dextre parricide. »
[53] Variante de l’ horresco referens (Én., II, 204), très fréquent dans la tragédie. Cf. Garnier, Les Juives, 59 : « Le poil m’en dresse au chef, j’en frissonne d’horreur. »
[54] Enfantement (lat. partus). Amphiarée s’adresse en pensée à Iocaste.
[55] V. 157-160. C’est plus communément le Soleil qui est témoin des humains et qui se détourne, saisi d’horreur, quand ils commettent leurs forfaits. Comme il est question ici du « monstrueux hyménée » d’Œdipe, implicitement commis dans l’ombre, c’est la Lune, « œil de la nuit » (Ronsard, XVIII, p. 70), qui se retire. Robelin reproduira à peu près ce passage dans sa Taphiodacrye (str. 36 : « Ô crime, ce fut lors… »), pour déplorer la mort de Du Monin, assassiné en pleine nuit.
[56] Fleuve au sud de Thèbes, associé un peu plus bas à l’Ismène, fleuve voisin.
[57] Le sphinx de Thèbes (subst. fém. en lat.).
[58] Les Grecs en général, la race des Atrides en particulier, qui aurait été fondée par Pélops. Les Pélopiens sont aussi appelés Pélopides un peu plus loin.
[59] Voir Junod, p. 61, note 17.
[60] L’hésitation graphique ou phonique entre eu et u, surtout devant la consonne r, est fréquente (Gougenheim, p. 17-18). Voir également la rime des v. 2243-2244.
[61] TI : Qui. Est-ce l’ancien qui complément accusatif, très archaïque à la fin du XVIe siècle (Gougenheim, p. 91) ? Faut-il lire « Qu’y » ?
[62] Cadmos est l’ancêtre des Thébains, fils d’Agénor, mais aussi parfois présenté comme fils d’Ogygès. La ville de Thèbes sera désignée plus loin comme « séjour cadméen » (v. 939) ou « bords agénorides » (v. 1378).
[63] V. 223-228. Le héros au combat ne redoute rien tant que d’être privé de sépulture. La malédiction des corps abandonnés est une constante de la poésie homérique (Il., I, 4-5 ; IV, 237 ; VIII, 380 ; XI, 453-454 ; XIII, 104, 832 ; XVII, 240-241 ; XXI, 122-123 ; XXII, 42, 335-336 ; XXIII, 183 ; Od., III, 258-260). Voir aussi Virgile, Én., X, 559-560. Pour la poésie moderne : Ronsard (IX, p. 5 ; XIV, p. 161 ; XV, p. 64 ; XVI, p. 294 (Franciade, IV, 1056-1058) ; XVII, p. 402, 411) ; Garnier, Cornélie, 1567-1568 ; Antigone, 2003, 2634-2635 (« aux corbeaux… / Et aux loups charogniers ») ; Les Juives, 2065-2066.
[64] Possible faute d’impression. Il faut peut-être lire : « Échauffée en l’esprit… » ou « Échauffé son esprit… »
[65] Évocation de la ruine de Troie : vaines prédictions de Cassandre (qui était « Phrygienne » par sa mère, selon Homère) ; insouciance des Troyens ou « Teucres » (Teucer était l’ancêtre de la famille de Priam) ; destruction de la ville (« Dardanides murs ») et de ses tours (les « Pergames »).
[66] Cf. Garnier, Cornélie, 443-446 ; La Troade, 1983-1988.
[67] Une seule syllabe. Se prononce [da].
[68] V. 261-270. Déploration habituelle de l’argent corrupteur, qu’on rencontre notamment dans la bouche de Créon (Sophocle, Antigone, 280-314). Cf. Garnier, La Troade, 2629-2632 ; Bradamante, 183-196.
[69] Cf. Virgile, Én., IV, 569 : «  Varium et mutabile semper femina ». Amphiarée va poursuivre son réquisitoire contre les femmes et ses imprécations contre la sienne jusqu’à la fin du monologue.
[70] V. 291-292. Sur la femme comparée à la mer, voir Érasme, adage 1148 ( Ignis, mare, mulier, tria mala). La Péruse paraphrase cet adage (Médée, 519-524).
[71] V. 297-302. Allusion aux « Thraciennes dames » dont parle Du Bartas (S, V, 199-202), après avoir évoqué l’« amitié » que la muge témoigne à l’égard de son « mari ». Robelin donnera d’ailleurs l’exemple de la muge un peu plus loin. Pour le sacrifice des Thraciennes, Thévenin renvoie, dans son commentaire de Du Bartas, à Élien, Pomponius Mela et Hérodote (Bjaï, p. 577). – « dans les sépulcres sombres ». Cf. Garnier, La Troade, 433 : « inhumés dans les sépulcres sombres ».
[72] Traduction de l’ invida natura de Lucrèce (De natura rerum, I, 322).
[73] Verbe tr. veuver ou vever, d’un emploi rare, construit sur le latin viduare.
[74] V. 335-338. L’exemple de la tourterelle, qui reste veuve, est également pris à Du Bartas (Judit, IV, 302-304 ; S, VII, 584-586). Ronsard avait consacré un sonnet aux lamentations de la « pensive tourterelle » (VII, p. 185-186), auquel Thévenin fait allusion (Bjaï, p. 607).
[75] V. 339-342. Cf. Du Bartas, S, V, 195-198. – « Thétys marinière ». Ronsard parle du « sein de Thétys la vieille marinière » (V, p. 204).
[76] Hécate est désignée ici comme « noire compagne » d’Hadès, le « Roi Ténarien », parce qu’elle est aussi divinité infernale. Elle est dite "à triple nom » parce qu’on l’identifie à Artémis et à Sémélé, d’où son surnom de « Trivia » (Ovide, Mét., II, 416) ou de « Triformis diva » (Horace, Odes, III, 22). Cf. La Péruse, Médée, 195 : « Hécate aux trois noms » ; Garnier, Cornélie, 1828 : « Hécate triple en noms, et triple en déités »  ; Hippolyte, 1137 : « Hécate Triviane » ; Antigone, 2520 : « Nous invoquons Hécate en trois noms réclamée ».
[77] Cf. La Péruse, Médée, 578 : « Junon la nocière ».
[78] V. 385-388. Ce sinistre présage rappelle celui de Créon chez La Péruse (Médée, 575-576 : « … sur mon palais le hibou se lamente… ») ou celui d’Hippolyte chez Garnier (Hippolyte, 239-250 : « … le hibou n’a jamais / Cessé de lamenter… Les tours de ce château noircissent de corbeaux /… sépulcraliers oiseaux, / … Et croassant sur moi m’accompagnent toujours »).
[79] Mot inusité. Peut-être faut-il lire « cailloueux », forme rare mais attestée.
[80] Cf. Du Bartas, Judit, II, 436 : « … où tenaillée d’effrois, / Tu mourras sans mourir chaque jour mille fois ». Cette idée d’une vie qui est mort, expression un peu surfaite pour évoquer une peine durable, est d’un usage fort commun : Ronsard, XVI, p. 231 (Franciade, III, 1260) ; Garnier, Hippolyte, 410 ; Les Juives, 1369-1370.
[81] V. 411-414. L’expédition contre Thèbes a lieu en été. Il est fait allusion chez Stace à la chaleur et à la sècheresse qui accablent les belligérants (Théb., IV, 680-738). Jocaste reproche à Polynice et à ses troupes de ruiner les moissons (Sénèque, Phéniciennes, 561 : «  segetesque adustas sternis »).
[82] Le soleil (« cocher Latonide ») quitte la constellation des Gémeaux (« Bessons ») le 20 juillet. On est au cœur de l’été.
[83] Verbe non repris : « Et qu’assisté de Mars ton valeureux effort [s’aigrisse également] ».
[84] On peut comprendre : avant la fin de l’année (lunaire) en cours.
[85] V. 431-436. Ce développement sur la justice distributive des dieux figure chez Garnier (Antigone, 2086-2091).
[86] La graphie se conforme au latin augur.
[87] Qui a la consistance de la terre cuite (lat. testu).
[88] Comme fils de Sémélé, elle-même fille de Cadmos, Bacchus-Dionysos était, par lien filial, protecteur de Thèbes.
[89] Ni est ici mot négatif isolé (Gougenheim, p. 247).
[90] Manifestation de la puissance divine. On sait que le Zeus d’Homère peut d’un froncement de sourcil faire frémir l’Olympe (Il., I, 528-530). Ulysse se fait aussi obéir en fronçant le sourcil (Od., IX, 468 ; XII, 193). Cf. Garnier, Hippolyte, 1212 ; Bradamante, 96.
[91] Amphion a construit les remparts de Thèbes au son de sa lyre. Il sera désigné plus loin comme « maçon sans outil » (v. 556) et comme « harpeur charme-roc » (v. 1900).
[92] Célèbre propos d’Aristote sur l’amitié (Éthique à Nicomaque, IX, 8, 2), repris par Diogène Laërce, V, 20.
[93] La première rencontre de Tydée et Polynice, leur querelle, puis leur réconciliation grâce à l’intervention d’Adraste, sont longuement décrites par Stace (Théb., I, 408-481).
[94] Cf. Stace, Théb., II, 364-366 : «  Tydea jam socium coeptis, jam pectore fido aequantem curas, tantus post jurgia mentes vinxit amor… » (Tydée, qui se conforme à présent à ses desseins, qui partage à présent ses soucis d’un cœur fidèle, tant est grande l’amitié qui les unit depuis leur querelle…).
[95] Cf. Érasme, adage 3405 : Amicus certus in re incerta cernitur.
[96] V. 537-544. Adynaton habituel, qui fait songer à la ferveur de Cléopâtre chez Garnier (Marc Antoine, 533-538).
[97] Une telle réplique permet commodément de changer de sujet, avec plus ou moins de fermeté. Cf. Garnier, Bradamante, 1535 : « Laissons là ces propos… » Parfois, elle suggère avec délicatesse de réprimer une émotion (Les Juives, 691 : « Laissez donc ce propos. »).
[98] Être seul face à face avec lui.
[99] Héraclès a accompli ses douze travaux sous les ordres de son cousin Eurysthée, roi de Tyrinthe.
[100] Cf. Garnier, Antigone, 1714-1715 : « Ils avaient amené les peuples Argiens, / Les troupes de Mégare et les Mycéniens. »
[101] V. 583-598. Cf. Garnier, Cornélie, 23-24 : « Méchante Ambition, des courages plus hauts / Poison enraciné… » ; Antigone, 596-598 : « Que l’ardente ambition / Nous cause d’affliction… »
[102] Allusion aux ruses déployées par Jupiter pour se venger d’Ixion, qui était épris de Junon.
[103] V. 623-736. Cette longue tirade orgueilleuse où Étéocle se compare aux dieux se retrouve dans beaucoup de tragédies. On songe à plusieurs héros de Garnier : César (Cornélie, 1303-1362), Octave (Marc Antoine, 1356-1375), Nabuchodonosor (Les Juives, 181-204). De tels morceaux de bravoure se conforment plus ou moins aux élans d’Atrée marchant à l’égal des dieux (Sénèque, Thyeste, 885-889), qui ont tant marqué la scène à la Renaissance.
[104] Le moindre des plaisirs d’un roi vaut largement de risquer sa vie.
[105] Comprendre : … de l’agitation insignifiante, qui ne produit que de la poussière, des gens ordinaires.
[106] « Fronçant le sourcil » : se reporter aux v. 475-477.
[107] Théâtre des grands combats primitifs, en particulier de la lutte des Géants et des Titans contre Zeus.
[108] Borée, dieu du vent du nord, avait pour femme une des filles d’Érechthée, roi légendaire d’Athènes.
[109] Opposition entre l’Aonie, nom ancien de la Béotie, et le mont Cyllène en Arcadie, lieu de naissance d’Hermès, inventeur de la lyre, qu’il céda à Apollon.
[110] Parmi les amours de Zeus : Europe, Léda, Danaé.
[111] abject.
[112] Comprendre : Le pouvoir royal est comme une fonction (« lieu ») que deux personnes (« deux corps ») ne peuvent occuper en même temps.
[113] TI : Pol. On corrige.
[114] Il faut compter « Oui » pour deux syllabes. De même plus bas (v. 824, 826).
[115] Topos, en fait d’origine biblique, du pouvoir royal qui, aussi soudain que fragile, fait d’un berger un roi très puissant et d’un empereur un pauvre laboureur (Ronsard, IX, p. 158). Du Bellay (VI, p. 218) parle de celui qui voit le ciel « sa houlette en sceptre lui changer. »
[116] V. 859-882. La fin de l’Âge d’or, avec la fuite d’Astrée et de la « constante foi », a fait place à l’âge du « fer meurtrissant », à la « guerre dure » et à la « fraude ». Cette évocation, avec sa part de nostalgie, a été souvent reprise à la Renaissance (Ronsard, VI, p. 205-208 ; VIII, Hymne de la Justice, p. 47-72 ; IX, p. 23), y compris au théâtre (La Péruse, Médée, 949-954 ; Garnier, Porcie, 725-790).
[117] Quant et soi : avec elle.
[118] outrage-t-il.
[119] Ton olive. Cf. Stace, Théb., II, 389-390 : « Ramus manifestat olivae legatum ».
[120] <IOCASTE, ISMÈNE>
[121] V. 913-918. « Toujours de sa beauté… toujours… toujours… » Ce type d’évocation des changements de fortune, à caractère consolatoire et se référant le plus souvent à la nature, s’inspire d’Horace (Odes, II, 9 : « Non semper imbres nubibus… »). Voir par exemple Ronsard (IV, p. 133-134 ; V, p. 165-166) et, pour le théâtre, Garnier (Porcie, 1213-1222 ; Marc Antoine, 149-164).
[122] L’épidémie (« venin ») qui a décimé Thèbes (« séjour cadméen ») était un châtiment infligé par Apollon (« Pythien ») après le meurtre de Laïos.
[123] Selon Hygin (Fables, 67, 6  ; 242, 3), c’est Ménécée, père de Jocaste, qui se sacrifie à la demande de Tyrésias pour que l’épidémie de peste soit vaincue. Chez Euripide (Phéniciennes, 911-1018) et chez Stace (Théb., X, 616-782), la victime consentante est le fils de Créon, qui se nomme aussi Ménécée. Robelin suit donc ici Hygin.
[124] En dépit de… : par ressentiment à l’égard de Sémélé, princesse thébaine, aimée de Zeus, et de son fils Bacchus-Dionysos, né de leur union.
[125] « Fer outrageux ». Cf. Garnier, Porcie, 473, 1528 ; Cornélie, 1168.
[126] Autre manière de désigner Thèbes. Dircé était princesse thébaine au temps d’Amphion.
[127] Se reporter au v. 395.
[128] Comprendre : … qu’à présent nous ne soyons pas incapables de supporter ses assauts. La substantivation à partir du verbe appresser est rare.
[129] Les Argiens. Inachos était une divinité primitive régnant au pays d’Argos.
[130] L’amour de la patrie, magnifié par le célèbre vers d’Horace (Odes, III, 2, 13 : « Dulce et decorum est pro patria mori ») qui fait écho aux exhortations d’Hector (Homère, Il., XV, 496), est une constante de la poésie héroïque ou tragique : Du Bartas, Judit, IV, 248 (« à la chère patrie ») ; Garnier, Porcie, 587 (« sa chère patrie »), 589 ; Cornélie, 1128 (« notre patrie est chère »)  ; La Troade, 403-406 (« sa douce patrie ») ; Antigone, 790 (« votre chère patrie »). Robelin évoquera encore plus loin « l’aimable patrie » (v. 1264), puis l’« innocente patrie » contre laquelle Héra manifeste sa rancœur (v. 1616).
[131] TI : Il vient. La conjonction, apparemment nécessaire, manque.
[132] TI : « Alons le ouy parler ».
[133] Comprendre : La mère n’est pas en sécurité là où…
[134] Sanctuaire chypriote où l’on vénérait Aphrodite, mais aussi son fils Éros, réputé facétieux.
[135] V. 1067-1090. Cette évocation des « douleurs passées » de Thèbes au temps de Cadmos, depuis le jour où il partit à la recherche de sa sœur Europe jusqu’au jour où furent anéantis les soldats nés des dents du dragon qu’il avait tué, était faite également par le chœur chez Sénèque, au moment où de nouveaux malheurs menaçaient la patrie (Œdipe, 709-750). On la trouve également chez Garnier (Antigone, 596-655).
[136] Avare. Allusion aux mauvaises récoltes, d’où la famine.
[137] V. 1079 : « l’épargnante Cérès ». Au début de l’Œdipe roi de Sophocle (25-27), le grand prêtre fait savoir à Œdipe que le fléau qui frappe Thèbes atteint aussi les troupeaux et les fruits de la terre, d’où la famine. De même, au début de l’Œdipe de Sénèque, il est dit que Cérès refuse de donner ses fruits bien que la moisson soit mûre (49-51 : « Denegat fructum Ceres adulta… ») ; un peu après, le chœur signale que, victimes du fléau, la campagne a perdu sa verdure et la vigne ses rameaux (156-158).
[138] Le mot dent était de genre neutre (lat. dens, masc.).
[139] infecte.
[140] <IOCASTE, ISMÈNE, MESSAGER>
[141] V. 1138-1144. Le « triste sacrifice » que Jocaste a fait faire rappelle celui de Créon chez La Péruse (Médée, 579-582), mais surtout celui qu’évoque Tirésias dans l’Œdipe de Sénèque, qui suscite les mêmes « prodiges » : l’« hostie » se met à « cornicher la troupe » («  corpus… sacros petit cornu ministros », 379-380) ; le vin se mue « en sang » (« libata Bacchi dona permutat cruor », 324) ; le sang ne coule pas (« versus retro… multus sanguis… redit », 349-350) ; les « intestins » sont « sans ordre » (« natura versa est », 371) ; les « flammes » du feu sont « opposées » et « divisées » (« ignis in partes duas discedit et se scindit unius sacri discors favilla », 321-323), ce dernier signe annonçant l’affrontement d’Étéocle et Polynice.
[142] Diminutif de corner, donner des coups de corne. Manifestement peu usité.
[143] Le terme, au sens de caillots, est attesté.
[144] Souvenir de Niobé, épouse d’Amphion, dont les fils furent tués par Apollon.
[145] Emploi très archaïque du pronom sujet atone (Gougenheim, p. 69). De même au v. 1211.
[146] V. 1169-1186. L’arrivée de Jocaste au milieu du combat est à peu près relatée dans les mêmes termes chez les auteurs. Stace parlait d’une femme échevelée, aux yeux farouches, magnifiée par le malheur, pareille à une Euménide (Théb., VII, 474-478). Sénèque voyait en Jocaste une furie, volant comme une flèche, entraînée comme une barque par un vent furieux (Phéniciennes, 427-430). Garnier, qui compare Jocaste à une « Ménade », qui emprunte à Sénèque l’image de la flèche (« trait volant »), puis parle d’un « navire poussé » par le vent du nord, semble être la source directe de Robelin. « – Qui a vu… Il voit… » Cette tournure emphatique, qui permet d’amples comparaisons, figure chez Du Bartas (Judit, I, 359-373 ; IV, 333-337) et Garnier (Les Juives, 1971-1977).
[147] Eu(h)an était un des cris poussés par les bacchantes (lat. euhans).
[148] L’accueil. Le mot sera repris au v. 1218.
[149] <IOCASTE, POLYNICE, ISMÈNE>
[150] Le h n’est pas aspiré (Gougenheim, p. 28).
[151] V. 1216-1223. Pour étreindre son fils, Jocaste lui demande de se débarrasser de ses armes et de son harnachement. Cf. Sénèque, Phéniciennes, 467-473 ; Garnier, Antigone, 686-692.
[152] Opposition entre la lumière du Soleil (Titan) et le monde des ténèbres (pays des Cimmériens).
[153] Comprendre : Je serais dédommagée de…
[154] Traduction du « gelidus… tremor » de Virgile (Én., II, 120-121).
[155] Encombrier (3 syllabes) : ennui ou malheur.
[156] L’appel au sentiment patriotique de Polynice, également présent chez Garnier (Antigone, 790), donnera lieu un peu plus loin à une longue tirade. Se reporter au v. 1014.
[157] Comprendre : Si, chez Étéocle, l’exercice du pouvoir (« sceptre »), qui requiert en permanence (« éternel ») foi et constance, avait su corriger (« méliorer » : 4 syllabes) son penchant (« son… naturel ») pour la trahison…
[158] Comprendre : Et même l’eau de tous les océans…
[159] V. 1291-1294. Cf. Sénèque (Phéniciennes, 586-587) : « Ut profugus errem ? Semper ut patria arcear… » ; Garnier, Antigone, 842-846 : « Serai-je donc toujours errant parmi le monde… ? »
[160] Hésitation très commune entre o et ou (Gougenheim, p. 17). On trouvera crope pour croupe au v. 1889.
[161] V. 1297-1300. Chez Sénèque (Phéniciennes, 595-597), Polynice se plaint d’être soumis aux durs caprices d’une épouse fortunée (« arbitria thalami dura felicis ») et d’être traité en valet (« lixa ») par son beau-père Adraste. Robelin évacue l’allusion à Adraste et renforce l’image négative d’une épouse qui est non seulement arrogante mais aussi asservissante. Le portrait d’Argia, épouse de Polynice, est plutôt flatteur si l’on s’en tient à Stace. Selon Hygin (Fables, 72, 2), elle aurait accompagné Antigone pour donner une sépulture à Polynice, mais à l’arrivée des gardes elle se serait enfuie (« profugit »).
[162] Cf. Sénèque, Phéniciennes, 598 : «  In servitutem cadere de regno grave est » ; Garnier, Antigone, 860-861.
[163] Aire (air’ avec élision), mot parfois masculin : étendue, surface.
[164] On peut comprendre : Va combattre en Marmarique et en Cyrénaïque (bords méditerranéens), ou alors va remplir de gémissements les espaces voisins, réputés heureux ( Libya ? Arabia felix  ?).
[165] V. 1320. Traduction du « Parthus levis » de Sénèque (Médée, 710). Garnier parle des « Parthes prompts » (Antigone, 1473). L’habileté des Parthes à décocher des flèches en se retournant, tout en battant en retraite, est évoquée par Virgile (Géorg., III, 31). Robelin reprendra l’expression au v. 1738.
[166] V. 1323-1339. Même appel au sentiment patriotique et surtout à la sauvegarde du « chef-d’œuvre » d’Amphion chez Sénèque (Phéniciennes, 565-571). Garnier (Antigone, 816-823) est plus dépendant que Robelin du texte de Sénèque.
[167] Cruel cimeterre : ce terme, pris tardivement à l’italien, peut-être d’origine persane, ne cadre pas bien avec l’épopée antique mais, en raison de la forme de l’arme, il symbolise la violence sanguinaire. Ronsard évoque le « Turc et sa grand cimeterre » (XIII, p. 272). Chez Garnier, le vieux chevalier Aymon est armé d’une « lance » et d’un « cimeterre » (Bradamante, 450). Ronsard met un « cimeterre au fourreau » de Francus (XVI, p. 254, Franciade, IV, 224), mais dans les éditions postérieures il le lui remplace par une « épée à la gaine émaillée ». Robelin reprend le terme au v. 1942.
[168] Comme en franchise : en pensant y trouver asile.
[169] Graphie attestée, surtout en poésie. Reprise au v. 1879. Même rime « étoffés » / « trophés » chez Garnier (Marc Antoine, 1722-1723).
[170] Traduction du horret de Virgile (Én., XI, 601-602 : « ferreus hastis horret ager »). Cette vision d’une campagne hérissée de lances se retrouve chez tous les poètes épiques (Ronsard, IX, p. 8 ; Du Bartas, Judit, I, 33 ; Garnier, Cornélie, 1677  ; Antigone, 534, 798 ; Les Juives, 2137…). Elle reviendra deux fois chez Robelin (2067-2068, 2217-2219).
[171] Mars toujours douteux : cf. Sénèque, Phéniciennes, 626 : « Martis incerti ».
[172] Trad. de Sénèque, Phéniciennes, 632-633 : « Praemium incertum petis, certum scelus ».
[173] V. 1433-1436. Même appel à l’amour fraternel qui conduira au remords chez Sénèque, Phéniciennes, 640-641 : « Hunc quem vincere infelix cupis cum viceris, lugebis. »
[174] Sénèque parle de dix mois (Phéniciennes, 535-536 : « Per decem mensum graves uteri labores… »). Cf. Garnier, Antigone, 778 : « … par les flancs où neuf Lunes vous fûtes ».
[175] V. 1513-1515. Image de la cruauté, d’origine virgilienne (Én., IV, 367 : « … Hyrcanaeque admorunt ubera tigres »), souvent reprise.
[176] Roi des Lestrygons, géants cannibales dont les compagnons d’Ulysse furent victimes (Od., X, 105-132).
[177] Il ne s’agit pas de la sœur de Penthée mais des deux sœurs de sa mère. Toutes trois ont participé à sa mise en pièces (Ovide, Mét., III, 719-731).
[178] L’affrontement annoncé entre Jocaste et Étéocle n’est évidemment pas rapporté, car il ne pourrait que reproduire celui qui a eu lieu dans l’acte précédent. En définitive, Jocaste a rencontré ses fils en deux temps : d’abord seule avec Étéocle à l’acte II (v. 623-858) ; puis face à Polynice, en compagnie d’Ismène, à l’acte III (v. 1193-1556). Dans ce second entretien, Ismène n’intervient que pour une ponctuation finale douloureuse. Robelin ne met pas les deux frères face à face. Au contraire, chez Sénèque, Jocaste affronte ses deux fils dans une seule et même scène, parlant à chacun, mais le plus longuement à Polynice, qui répond ; la scène s’achève par un bref et dur échange entre les deux frères. Dans l’Antigone de Garnier, Étéocle ne figure pas au nombre des « entreparleurs ». Toutefois, dans la longue scène où Jocaste affronte Polynice (v. 656-935), il semble qu’Étéocle assiste de loin à l’entretien (v. 692-694).
[179] V. 1557-1652. Un tel hymne à Bacchus, protecteur de Thèbes, figurait chez Sénèque (Œdipe, 403-508) et se retrouve chez Garnier (Antigone, 403-467). Bacchus est invoqué sous de nombreux noms et surnoms, énumérés en partie par Ovide (Mét., IV, 11-17). Ces qualificatifs ornent les dithyrambes anciens (Horace, Odes, I, 18) et modernes (Ronsard, V, p. 53-76 ; VI, p. 176-190). Plusieurs qualificatifs bartasiens dans cet hymne : v. 1579, « un pin qui baise les nues » (cf. S., VII, 12 : « un pin baise-nue ») ; v. 1587, « l’astre enfante-couleurs » (cf. S., IV, 8 : « l’astre enfante-jour ») ; v. 1620, « ton géniteur lance-foudre » (cf. Uranie, 32 : « grand Dieu lance-foudre »). – V. 1597-1600. Cf. La Péruse, Œuvres poétiques, p. 175 : « Les forts naissent des forts… / Le lion du lion… »
[180] Qualificatifs habituels de Bacchus-Dionysos. « Bromien » : bruyant ; « Bassare » : couvert d’une peau de renard ; « Eubolien »  : sage. Un peu plus bas : « Denis » (transcription du grec Dionysos).
[181] Héra était vénérée dans l’île de Samos. La strophe suivante rappelle comment, par jalousie, elle fit disparaître Sémélé, la mère de Dionysos (Ovide, Mét., III, 253-315).
[182] <ANTIGONE, MESSAGER>
[183] V. 1653-1656. Chez Sénèque (Phéniciennes, 370-371), c’est Jocaste qui rappelle, en recourant pareillement à l’image des saisons, que trois ans se sont écoulés entre le début du règne d’Étéocle et le retour de Polynice : « Bruma ter posuit nives et tertia jam falce decubuit Ceres… » Cf. Garnier, Antigone, 511 : « Jà depuis trois moissons de ville en ville il [Polynice] erre. »
[184] Le Styx (Virgile, Géorg., IV, 480 : «  noviens Styx interfusa »).
[185] C’est un constat et non un reproche. Ismène est restée auprès de la reine Jocaste sa mère, alors qu’Antigone a quitté le monde pour accompagner son père dans l’errance. Ismène apparaît comme une princesse plutôt discrète et soumise (Sophocle, Antigone, 49-68).
[186] Le principe de vie, selon la métaphysique aristotélicienne.
[187] Autrement dit : Tant que l’air (dont « Junon » représente l’élément divinisé) pourra mouvoir (« peine ») sans difficulté (« sans peine ») mes poumons (« mol évente-cœur »)… Formulation bien lourde pour dire : Tant que je vivrai…
[188] Constellation du Chien au cœur de l’été (Virgile, Géorg., II, 353 : « Canis aestifer »).
[189] Flèche. Mot importé récent (it. quadrello). On le trouve chez Ronsard dès 1555 (VI, p. 226).
[190] Le laurier d’Apollon, symbole de gloire et de victoire, par opposition à l’olivier d’Athéna, symbole de paix. Le laurier couronnait également Bacchus-Dionysos.
[191] Inquiétante et ténébreuse à la fois (lat. caligo, caliginosus). Trad. de la « caliginosa nocte » d’Horace (Odes, III, 29, 30).
[192] Cf. Garnier (Porcie, 2003 ; Antigone, 776 : « je frémis de la glaceuse peur… »). Se reporter au v. 1253.
[193] Se reporter au v. 152.
[194] Cf. Garnier, Hippolyte, 1849-1851 : « Ô maison désolée… Ô Phèdre infortunée… »
[195] Quatre syllabes, d’où la nécessité de conserver la graphie.
[196] V. 1785-1804. Cette intervention du messager, à la requête d’Antigone, évoque une fois pour toutes et de façon évasive l’affrontement mortel d’Étéocle et Polynice. Chez Garnier au contraire, le messager, poussé par Jocaste et Antigone, concentre tout son récit sur la lutte fratricide (v. 1008-1193). Garnier suit de près la Thébaïde de Stace (XI, 136-573), en évacuant toutefois les aspects surnaturels.
[197] TI : « Guidoit ».
[198] On peut comprendre : par leur engagement pour le moins irréfléchi.
[199] V. 1867-1870. Même topos qu’au v. 913-918. L’allusion à la mer Égée renvoie surtout à La Péruse (Médée, 765-768) et aux modèles ronsardiens. L’image particulière de la « grêle » qui frappe l’« alme Cérès » et le « chef de Bacchus » est utilisée par Garnier pour décrire les « coups d’estoc et de taille » qu’échangent Étéocle et Polynice (Antigone, 1142-1145).
[200] L’« Orgien » désigne Bacchus-Dionysos, célébré par les bacchanales (lat. orgia). Comprendre : La grêle ne frappe pas toujours les vignes et les moissons, la mer Égée (de couleur bleutée) n’est pas toujours agitée par la tempête.
[201] V. 1885-1896. Cette déploration de la fortune qui frappe surtout les rois figure chez Garnier (Porcie, 151-198), avec les mêmes images (v. 187-190) : « Jupin » (le « grand Dodonéen » chez Robelin) qui épargne les « vallons », les « Aquilons » (« Hippotade » chez Robelin) qui ne s’en prennent jamais aux « arbrets » (à l’« arbreau » chez Robelin).
[202] Action de la foudre par Zeus (« Dodonéen ») et des vents par Éole (« Hippotade », fils d’Hippotès).
[203] V. 1911-1914. Virgile comparait les Troyens apprêtant leurs bateaux pour conquérir l’Italie à un bataillon de fourmis en pleine activité, engrangeant pour l’hiver (Én., IV, 402-407). Garnier compare lui aussi les armées de Scipion qui s’activent en vue du combat à de « caverneux Fourmis », sortant « de leur creux » pour « fourrager » (Cornélie, 1599-1604).
[204] V. 1917-1920. Le début du jour (Virgile, Én., X, 241 : « Aurora… veniente ») marque habituellement l’engagement des combats (Du Bartas, Judit., III, 97 ; VI, 225), mais peut aussi permettre de mesurer l’étendue du désastre après la bataille (Garnier, Porcie, 1588-1590).
[205] V. 1929-1932. « L’airain tortueux… ne fut donné le signal du combat. » De même chez Sénèque, Phéniciennes, 389  : «  aera jam bellum cient ». Cette bruyante ouverture des hostilités est un topos des récits épiques. Cf. Virgile, Én., VI, 165 : « aere ciere viros Martemque accendere cantu. »
[206] L’image du torrent qui dévaste les cultures est fréquente dans les récits épiques pour évoquer le ravage des armées. On la trouve dans la poésie antique (Homère, Il., V, 87-92 ; XI, 492-495  ; XVI, 389-392 ; Virgile, Én., II, 304-308, 496-499 ; XII, 523-525…) et moderne (Ronsard, VII, p. 71 ; XVI, p. 326-327 (Franciade, IV, 1806-1810) ; Garnier, Porcie, 1039-1044 ; Bradamante, 36-40, 1335-1340).
[207] Cf. Virgile, Én., XI, 610-611 : «  fundunt… tela… caelumque obtexitur umbra. »
[208] Se reporter au v. 1361.
[209] Cf. Du Bartas, Judit, VI, 230-232 : « Qu’il semble qu’à ce coup tous les quatre éléments /… / Se rebrouillent, mutins, en l’antique discorde. »
[210] Le verbe « paver » traduit dans ce type d’emploi le latin sterno, qui signifie à la fois joncher et paver. Cf. Ronsard, I, p. 86 : « De morts tu paves la place… » ; IX, p. 5 ; XVII, p. 21.
[211] « Vomir l’âme pourprée ». Traduction littérale de Virgile, Én., IX, 349 : « Purpuream vomit ille [Rhétus] animam ». Les auteurs modernes usent de cette image saisissante, avec parfois quelques variantes : Ronsard, III, p. 63 ; Garnier, Cornélie, 1933 ; Marc Antoine, 1090, 1999 ; La Troade, 2648 ; Antigone, 1185, 1744, 2690. Robelin reprendra l’expression aux v. 2222 et 2343.
[212] Inf. s’asprir (lat. aspero) : devenir plus rude.
[213] L’assimilation du guerrier au moissonneur vient d’Homère (Il., XI, 67-69). Voir notamment Ronsard (V, p. 205  ; VII, p. 72 ; VIII, p. 287-288 ; XVI, p. 328, Franciade, IV, 1841-1849) ; Du Bartas, Judit, V, 477-480 ; Garnier, Porcie, 806-808 ; Cornélie, 197-198, 1753-1754) – « fer outrageux » : se reporter au v. 982.
[214] Cf. Du Bartas, Judit, I, 75  : « On n’entend rien partout que cris épouvantables » ; Garnier, Marc Antoine, 89-90 : « On ne voit que chevaux, qu’armes étincelantes, / On n’oit qu’un son hideux de troupes frémissantes. »
[215] Garnier (Antigone, 1014-1017) évoque sommairement les pertes survenues dans la lutte contre Thèbes. Il cite notamment quatre des Sept (Tydée, Hippomédon, Capanée et Amphiarée). Dressant un pareil bilan, Robelin cite Capanée, Tydée et Hippomédon, avant d’évoquer plus longuement le sort d’Amphiarée, auquel il a donné une place importante au début de sa tragédie. Comme Garnier, il ne cite pas Parthénopée, le dernier des Sept. Tous les personnages nommés sont évidemment chez Stace.
[216] Par souci de la prosodie, Robelin supprime le e final des noms propres devant consonne. De même, plus bas.
[217] V. 1991-2004. Les faits héroïques qu’Amphiarée accomplit avant son ensevelissement, avec l’aide d’Apollon, sont amplement décrits par Stace (Théb., VII, 690-770). – « son maître Apollon le guidant ». Cf. Théb., VII, 752-753 : « Ipse… telis pariterque ministrat habenis Delius. » – « … par le fer une honorable mort » : dans le Discours funèbre qu’il lui consacrera en 1587 (p. 6), Robelin dira de même du duc de Joyeuse qu’il fut « Content… D’endurer par le fer une honorable mort. »
[218] Comprendre : Il provoque à lui seul plus de stupeur dans nos rangs que tout son camp réuni.
[219] De façon prodigieuse.
[220] V. 2009-2014. Ce second relevé des pertes, en distinguant toujours le camp thébain et le camp argien, n’ajoute rien d’intéressant. Robelin évoque à nouveau la mort de Tydée, sans doute parce qu’il l’avait mis en scène à l’acte Ier. D’autres personnages, comme Périphas ou Gyas, ne sont apparemment cités que pour produire un effet d’accumulation.
[221] Il s’agit plutôt de Mélanippe (Stace, Théb., VIII, 718). Erreur de l’auteur ou faute de l’imprimeur  ?
[222] V. 2015-2022. Chez Stace, les Euménides sont constamment présentes pour durcir les combats, surtout Tisiphone, qui agit d’abord à sa guise, puis demande l’aide de sa sœur Mégère au moment de l’affrontement entre les deux frères (Théb., XI, 57-118). Robelin se contente ici, sans détails, de suggérer la fureur infernale du conflit.
[223] Garnier (Porcie, 214) parle des « ciseaux meurtrissants » de la Parque.
[224] « … comme loups / Acharnés aux troupeaux ». Cette image, pour évoquer un affrontement inégal et cruel, renvoie à l’épopée antique (Homère, Il., XVI, 352-355 ; Virgile, Én., II, 355-358). On la retrouve chez Du Bartas (Judit, I, 53-56 ; S, V, 936-938) et Garnier (Porcie, 1459-1460 ; Cornélie, 1748-1750 ; Bradamante, 78-79 ; Les Juives, 497-498).
[225] V. 2031-2058. « L’un… Et l’autre… Cestui… Cet autre… Cestui-ci… Et celui-là… » Succession habituelle des petits tableaux macabres accompagnant la description des combats. Cf. Du Bartas, Judit, V, 331-344 : « L’un gît ici sans chef, l’autre se traîne… » ; Garnier, Porcie, 1533-1534 : « L’un a les bras tronqués… L’autre… » ; Cornélie, 1761-1770 : « Aux uns vous eussiez vu… »
[226] Aussi rapidement qu’un…
[227] V. 2067-2068. Se reporter aux v. 1409-1410.
[228] « … fort effort… la force on force, / … moins fort forcés l’on renforce la force ». Jeu de mot sur les assonances que l’on trouve notamment chez Du Bellay (IV, p. 113 : « En ton effort sa force fortifie ») et Ronsard (XV, p. 38 : « … si des Muses l’effort / Force après nous les efforts de la Mort) ».
[229] La présence d’une divinité survolant le combat et longtemps indécise renforce le caractère épique du récit. Cette divinité peut être simplement la Fortune ou alors Zeus-Jupiter, comme dans l’affrontement d’Achille et Hector (Homère, Il., XXII, 209-212) ou d’Énée et Turnus (Virgile, Én., XII, 725-726). Mais l’indécision peut aussi provenir de Mars (Én., VII, 540). C’est ici le cas. – « Mars incertain » : se reporter au v. 1424.
[230] V. 2081-2096. L’évolution incertaine des armées est comparée longuement ici aux mouvements d’un bateau soumis dans la tempête à des vents opposés. Image semblable chez Du Bartas (Judit, II, 53-58 : « Tout ainsi qu’une nef que l’Autan et Borée… Sur le dos de Neptune à son gré la promène ») et Garnier (Porcie, 1548-1554 : « Comme on voit sur la mer, quand deux vents irrités… De contraires fureurs… »).
[231] Cf. Ronsard, XVI, p. 328 (Franciade, IV, 1839-1840) : « … Victoire, qui pendait / Douteuse au ciel, les combats regardait » ; Du Bartas, Judit, III, 199-200 : « … la faveur divine / Ne sait de quel côté douteuse elle s’incline. »
[232] Javelots, fabriqués en bois de frêne (lat. fraxinus).
[233] « Prendre la garite » (la guérite) : chercher refuge.
[234] Verbe ayant même sens que poursuivre, plutôt utilisé dans le langage juridique.
[235] Sur le terrain tenu par les Thébains (Labdacos, roi de Thèbes, était petit-fils de Cadmos).
[236] V. 2147-2148. Se reporter aux v. 223-228.
[237] V. 2149-2154. L’ensevelissement d’Amphiarée suit le récit de Stace (Théb., VII, 794-823) – « la terre en mugissant » : cf. Théb., VII, 796 : « mugit jam… campus. »
[238] V. 2189-2252. Ce chant d’action de grâce après la victoire, qui célèbre les dieux, honore les bourgeois morts et promet une commémoration annuelle, figure chez Garnier (Antigone, 1622-1705), plus ou moins inspiré de Sophocle (Antigone, 100-161). Garnier est plus précis dans l’évocation des batailles, rappelant de hauts faits (Capanée, Amphiarée), reprenant diverses comparaisons (sanglier, faucheur). Certains vers de Robelin (2193-2208) font vraiment écho à ceux de Garnier (1628-1633, 1682-1687).
[239] V. 2217-2219. Se reporter aux v. 1409-1410.
[240] Se reporter au v. 1966.
[241] vus.
[242] La mention « ACTE 5V » est sur le feuillet H1r° dans l'imprimé, à cause d'une erreur d'impression. Nous l'avons replacée avant l'argument pour cette édition.
[243] « Creux Ténare ». L’expression est également prononcée par Jocaste après la mort de ses fils chez Garnier (Antigone, 1994).
[244] Se reporter aux v. 350-351. – « dont l’essence est triple-une » : cf. Du Bartas, S., I, 75 : « une essence triple-une ».
[245] « Dogue à trois gosiers ». L’expression, pour qualifier Cerbère, est chez Ronsard (XIV, p. 116). Traduction du « Cerberus trifaux » (Virgile, Én., VI, 417).
[246] Forme ancienne pour colonel. Typhée (ou Typhon) est parfois vu comme le premier des Géants.
[247] V. 2285-2294. L’évocation des suppliciés célèbres des enfers est toujours un grand moment tragique. Robelin évoque successivement Prométhée, Typhon, Salmonée, Ixion, Tityos, Sisyphe, Tantale, Danaos et ses filles. Soit le héros accablé préfère ce spectacle au monde terrestre qui lui inspire des remords, comme c’est le cas pour l’ombre de Thyeste (Sénèque, Agammemnon, 12-21), soit il appelle de semblables châtiments sur lui (Sénèque, Phèdre, 1229-1236) ou sur d’autres (Sénèque, Médée, 744-749). Pour le théâtre moderne, voir La Péruse, Médée, 481-498 ; Garnier : Porcie, 45-66 ; Cornélie, 1837-1839 ; Hippolyte, 117-120 ; Antigone, 172-176.
[248] V. 2315-2316. « Terre, crevasse-toi… » : pour cet antique et théâtral désir d’ensevelissement, dans la cadre d’imprécations lancées contre soi-même, voir Homère (Il., IV, 182 ; VI, 464 ; VIII, 150 ; XVII, 416-417), Virgile (Én., IV, 24) ou Sénèque (Œdipe, 868-870). Dans la poésie moderne, Du Bartas, Judit, I, 287-288 : « … terre, crevasse-toi, / Et dans ton sein ombreux, béante, engloutis-moi » ; Ronsard, XVI, p. 174 (Franciade, III, 50-51). – « fends ton sein » : cf. Garnier, Hippolyte, 2181 : « O Terre, crève-toi, crève-toi, fends ton sein… »
[249] Pour ce type d’hyperbole, se reporter aux v. 395 et 1000.
[250] On peut comprendre : Réserve tes dards pour d’autres occasions.
[251] V. 2336-2338. « Palais élevés… pins sourcilleux… superbe front » : cf. Ronsard, I, p. 32 : « … les villes et les forts, / Droit élevant un front audacieux / Et un sourcil qui menace les cieux » ; Du Bartas, Judit, I, 113-114 : « Son palais qui semblait d’un front audacieux / Et mépriser la terre et menacer les cieux » ; Garnier, Marc Antoine, 1414-1416 : « C’est comme un grand palais ou quelque haute tour, / Qui lève le sourcil sur les maisons d’autour ». L’image du pin, autre symbole de démesure et de provocation, est également fréquente dans les comparaisons (Ronsard, II, p. 47 : « pins audacieux » ; VII, p. 27 : « … comme un grand pin croissant » ; VIII, p. 32 : « Comme un pin élevé… » ; Garnier, Les Juives, 172 : « Les pins, qui croissent si haut… »).
[252] Se reporter au v. 1966.
[253] V. 2345-2349. Considérations proches de celles d’Œdipe (Garnier, Antigone, 149-154) et de Phèdre (Hippolyte, 862-864).

AU LECTEUR.

JE m’estonneétonne (, amyami lecteur), qu’à presentprésent se trouvent des hommes qui, transporteztransportés de trop grande affection envers l’antiquité, estiment non seulement les anciens poëtespoètes estreêtre inimitables mais, qui plus est, rien ne pouvoir sortir des recentsrécents qui meritemérite d’estreêtre sacré à l’immortalité sans l’aydeaide et favorable secours des antiques. Comme si nature, meremère commune des humains, avoitavait laissé butiner ses plus riches thresorstrésors à ses enfansenfants aisnezaînés sans avoir fait aucune reserveréserve de ses raritezraretés à nous autres infortunezinfortunés cadets, rendus indignes par nostrenotre posterieurepostérieure naissance d’avoir en succession hereditairehéréditaire autre chose que la superfluité de l’heureuse --- H3v° --- abondance des vieux. Mais ce qui plus me donne de merveilles est que parmyparmi les meilleurs esprits qu’enfante nostrenotre France (j’appelle France toutes les Provincesprovinces ausquellesauxquelles est commun le langage Françoisfrançais) s’en trouvent quelques -uns tellement coiffezcoiffés de cestecette opinion que pour rendre leurs escritsécrits plus recommandables ils les farcissent d’inventions conceuesconçues par les anciens qui ont traictétraité mesmemême subjetsujet, je dis avec si superstitieuse observation254 que l’on les jugeroitjugerait plustotplutôt livres traduits que nouveaux poëmespoèmes. De dire qu’iceux soient astraintsastreints à ce par une defiancedéfiance de ne pouvoir produire d’eux-mesmesmêmes chose qui puisse despiterdépiter les ans, je ne scauroissaurais le me persuader, veuvu que leurs escritsécrits portent asseuréassuré tesmoignagetémoignage qu’ils ne seroientseraient moins heureux à inventer avec subtilité, qu’ils se monstrentmontrent excellents à disposer avec artifice, et manifester les conceptions d’autruyautrui avec paroles bien choisies et esloignéeséloignées de la façon de parler du vulgaire. De sorte que, à mon jugement, cela ne se peut imputer sinon à cestecette trop grande affection qui ne les permet tant soit peu sortir hors des vestiges de l’antiquité, si ce n’estoitétait (ce que toutesfoistoutefois je ne pense) qu’iceux, refuyantsrefuyant le labeur, aymentaiment mieux pour construire leur bastimentbâtiment spirituel se servir d’une matierematière desjadéjà preparéepréparée et presteprête à mettre en œuvre que de se peiner à en polir et preparerpréparer de l’autre. Or quandquant --- H4r° --- à moymoi, bien qu’il n’y euteût que trop de bois couppécoupé en la forestforêt des Grecs pour faire ma charge, et que, ayant desirdésir de traictertraiter des miseresmisères de la maison d’OedipeŒdipe, j’eusse peu (pour former un discours tragictragique) me servir de Sophocle en ses deux OdipesŒdipe et en son AntigoneAntigone, d’Euripide en ses PhenissesPhéniciennes, et d’ÆschyleEschyle en sa Tragedietragédie des sept à ThebesSept à Thèbes, ou bien de SenequeSénèque255 entre les latinsLatins, si est -ce que, tenant pour asseuréassuré qu’il n’y a esprit si sterilestérile et si manque de toute acuité naturelle qui ne puisse de soysoi avoir quelques gentilles apprehensionsappréhensions (s’il a tant soit peu frequentéfréquenté les Muses), j’ayai mieux ayméaimé, par mon artifice tel quel, façonner de tout point ce petit poëmepoème que de mendier l’industrie d’un plus adroit ouvrier pour luylui former l’ameâme, qui n’est autre que l’invention sans laquelle faucementfaussement je me jacteroisjacterais luylui avoir donné essence256. Joint que meritoirementméritoirement je pourroispourrais estreêtre reputéréputé imposteur, voulant me prevaloirprévaloir d’un enfant supposé pour un fils naturel et né legitimementlégitimement en France, car bien que de prime face il pourroitpourrait estreêtre pris pour un du pays, estantétant habillé à la Françoisefrançaise, si est -ce que, levant la robberobe qui luylui feroitferait dementirdémentir le lieu de son origine, soudain apparoistroitapparaîtrait un estrangerétranger, Grec de nation, qui, rougissant de l’impudence de son perepère adoptif, seroitserait contraint se confesser redevable de son estreêtre à la GreceGrèce et à --- H4v° --- moymoi seulement de ses accoustrementsaccoutrements et parures. VoilaVoilà donc pourquoypourquoi j’ayai voulu ne me servir du labeur d’autre que de moymoi à le parfaire tout tel qu’il est, à celle fin de l’obliger à moymoi seul, tant de son essence que de son ornement exterieurextérieur, comme aussi j’advoueavoue et confesse franchement devoir estreêtre à moymoi seul imputées toutes ses imperfections. Or ayai-je à t’avertir, amyami lecteur, que tu trouveras quelquefois des choses qui te sembleront repugnantesrépugnantes et contraires, à ce que tu auras leulu ailleurs, comme d’Iocaste que je dis estreêtre fille de MenyceMénécée, laquelle plusieurs tiennent estreêtre fille de CreonCréon257, et autres choses semblables touchant l’histoire, dont je te prie n’en juger temerairementtémérairement, ains croire que je n’ayai rien mis en avant (fors ce que par dispencedispense poëtiquepoétique j’ayai ourdyourdi pour l’embellissement de l’euvreœuvre) dont je n’ayeaie bons et suffisants autheursauteurs pour garants. Que si tu remarques quelque vice et defautdéfaut touchant la tissure d’iceluyicelui, tu le me pourras imputer, mais je te prie que ce soit avec autant de modestie que tu en desireroisdésirerais en ceux qu’il te plairoitplairait constituer juges et censeurs de tes ouvrages, ce que je m’asseureassure tu feras aysémentaisément si tu consideresconsidères que les imperfections d’un poëmepoème, pour grandes qu’elles soient, ne sont rien au prix du meritemérite de celuycelui qui, poussé d’un louable desirdésir, tachetâche te donner contentement par la communication de ses œuvres. À DieuAdieu.

[254] Comprendre : … et je dirais même que c’est avec une application tellement scrupuleuse que l’on les jugerait…
[255] Œdipe (Œdipus), 1061 v. ; Les Phéniciennes (Phoenissae), fragment 1 (v. 1-362), fragment 2 (v. 363-664). Les Phoenissae portaient aussi le titre de Thebais.
[256] Comprendre : J’ai préféré me servir de mon seul « artifice », plutôt que d’utiliser, tout en le niant ouvertement (« faussement », « jacter »), l’« industrie » ou « invention » d’un plus « adroit » que moi.
[257] La tradition qui fait de Jocaste la fille de Créon et non sa sœur vient de Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 64, 1.