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La desconfiture de Goliath
- Pré-édition
- Transcription, Modernisation et Annotation : Valentin Perrin
- Encodage : Milène Mallevays
TragedieTragédie francoisefrançaise
MDL1550
La Desconfiture de Goliath, Joachim de Coignac
par Valentin Perrin
L’auteur
On sait peu de chose sur la vie de Joachim de Coignac, sinon qu’il était d’origine berrichonne1 et né probablement dans les années 1520. Par la suite, il devint pasteur protestant, séjourna en Suisse – où il fit publier sa satire Des faitz et gestes du pape Jules III en 1551 à Lausanne et La Desconfiture de Goliath la même année à Genève – puis officia comme pasteur de Thonon2 et Grenoble. Il mourut vers 1580 à Lausanne3.
Outre les œuvres citées, il fit publier un recueil de ses poésies, Le Bastion et rempart de Chasteté à l'encontre de Cupido et de ses armes avec plusieurs épigrammes, à Lyon en 1550.
Contexte de publication de la pièce
La Desconfiture de Goliath, sous-titrée « tragedie francoise », fut imprimée en 1551 à Genève. Qu’un auteur français fasse imprimer son œuvre en Suisse n’a rien d’anodin à cette époque : la République de Genève était, depuis les ordonnances ecclésiastiques de Calvin en 1541, l’épicentre de la pensée réformée et un foyer culturel vers lequel convergeaient les plus grands penseurs et auteurs réformés. L’œuvre est ainsi intimement liée aux conflits religieux de l’époque, comme le signale d’emblée la dédicace au roi Édouard VI d’Angleterre, explicitement choisi en tant que souverain réformé, luttant contre Rome et la papauté : « Vous estant Roy et en jeunesse tendre, / Avez voulu diligemment entendre, / À repurger voz païs et provinces / Du monstre grand, qui PAPAUTÉ se nomme4 ».
La pièce marque en outre un jalon important dans la renaissance de la tragédie en France. Certes, cette pièce partage de nombreux traits génériques avec les mystères, mais le choix de Coignac de sous-titrer sa pièce « tragédie » témoigne d’une volonté de retour au genre antique qui, par son caractère pionnier, marque une étape importante dans la progressive émergence du genre de la tragédie humaniste : Coignac est en effet seulement le deuxième auteur à se revendiquer ainsi du genre de la tragédie, après Théodore de Bèze, qui avait fait imprimer Abraham sacrifiant un an auparavant, en 1550, et deux ans avant la Cléopâtre captive d’Étienne Jodelle (1553).
Histoire de la réception, point sur la critique récente
La pièce de Joachim de Coignac a longtemps été considérée comme une œuvre médiocre et mineure, notamment parce que son registre de langue est volontairement courant voire prosaïque, et sa versification simple : Raymond Lebègue la qualifiait par exemple de « pseudo-tragédie », lui reprochant son mélange des genres et des registres5. De fait, la pratique de la tragédie de Joachim de Coignac ne ressemble pas à celle qui devait, un siècle plus tard, être théorisée par les auteurs classiques. En raison d’une approche téléologique, la critique du XXe siècle, suivant les travaux fondateurs de Lebègue, a méprisé l’œuvre de Joachim de Coignac, en la jugeant à l’aune des productions ultérieures. Cela explique sa piètre fortune éditoriale : quoique le texte de 1551 soit accessible en version numérique sur Gallica, aucune édition moderne de la pièce n’a été publiée et elle est par exemple omise de l’anthologie La Tragédie à l’époque d’Henri II et de Charles IX 6, dont le premier tome inclut pourtant l’Abraham sacrifiant de Théodore de Bèze. Pour la même raison, la pièce est souvent exclue des corpus d’études de la tragédie au XVIe siècle, Céline Fournial notant par exemple que « malgré son sous-titre de tragédie [La Desconfiture de Goliath] a les caractéristiques d’un mystère7 ».
Au cours des dernières décennies toutefois, la pièce a bénéficié d’un regain d’intérêt en raison d’un décloisonnement générique dans l’étude des pièces du XVIe siècle. Surtout, la pièce de Coignac a été envisagée à nouveaux frais par un ensemble de travaux sur le théâtre protestant et ses rapports avec les guerres de religion, notamment dans la thèse de Ruth Stawarz-Luginbühl qui a permis de réinscrire La Desconfiture de Goliath dans un ensemble de tragédies huguenotes, qui auraient en commun de présenter un « théâtre de l’épreuve8 ». Coignac a ainsi été plus souvent étudié aux côtés des autres dramaturges protestants liés à Genève – Théodore de Bèze, Louis des Masures – notamment par Julien Gœury9, Louise Frappier10, Corinne Meyniel11 ou encore Jean-Claude Ternaux12. Signalons aussi le travail de Bénédicte Louvat-Molozay13 sur la mise en musique de La Desconfiture de Goliath, puisque la pièce inclut une partition pour le chant du cantique final.
Sources, influences, modèles
La principale source de la tragédie est bien entendu la Bible. La tragédie tire son argument de l’Ancien Testament, où le combat de David contre Goliath est relaté en I Samuel, 17. L’influence chrétienne est toutefois loin de s’arrêter là : plusieurs répliques sentencieuses laissent percevoir des réminiscences des Psaumes, extrêmement importants dans la pratique protestante – ils étaient lus, récités et chantés. Ce sont notamment les traductions de Clément Marot qui circulaient largement dans les milieux genevois depuis les années 154014. Le Nouveau Testament est également une source majeure, conformément à la lecture typologique en vogue chez les Chrétiens de l’époque, consistant à lire dans l’Ancien Testament des indices et préfigurations de la venue future du Messie. Cela se remarque notamment à des reprises de proverbes de l’Évangile, comme la sentence maintes fois répétée lors de l’épisode 5, « À Dieu n’y a rien difficile », qui est tirée de Luc 1:37.
À l’inverse, il semble que l’influence de Théodore de Bèze ait somme toute été limitée, selon Ruth Stawarz-Luginbühl : « Rien ne permet d’affirmer que Coignac se serait directement inspiré de la tragédie de Bèze, les deux pièces étant d’une facture très différente — malgré la proximité chronologique et géographique de leur genèse15 ». On sait que Théodore de Bèze et Joachim de Coignac furent présents à Genève à peu près à la même période, au début des années 1550, et qu’ils partageaient une même foi réformée que leurs pièces avaient pour but de transmettre, néanmoins il semble que Coignac ne se soit pas inspiré de la forme de l’Abraham sacrifiant.
L’influence des dramaturges et théoriciens antiques sur cette œuvre semble également limitée. Pour Jean-Claude Ternaux, la pièce se rattache à la pratique antique de la tragédie si l’on se place du point de vue du héros éponyme Goliath :
Toutefois, le renversement de fortune que subit Goliath n’est pas le résultat d’une erreur (« hamartia17 ») comme le préconisait Aristote, mais le fait d’une inexorable Providence divine qui n’est guère assimilable à la conception antique du fatum. Si Goliath est le héros de la pièce – comme le suggère le titre –, sa trajectoire n’a rien de commun avec les déchéances des héros antiques : à aucun moment son destin ne suscite la pitié du public, il est logiquement puni par Dieu, dont Abinadab suggère qu’il a laissé Goliath s’élever pour mieux enseigner les conséquences de son impiété :
Je croy que DIEU avoit compris
De laisser ce Goliath croistre,
Et tellement se mescognoistre,
Qu'il mesprise DIEU et les hommes :
Pour à nous, qui son peuple sommes,
Declairer son jugement juste,
Et son bras puissant et robuste,
En abattant ce grand Payen18
Dans le sort du héros, il n’y a pas à proprement parler de « tragique » – le mot avait déjà, au XVIe siècle, son double sens de genre littéraire et d’événement funeste – puisque l’axiologie de la pièce insiste sur la justice de la Providence : tout est bien qui finit bien. Le renversement de fortune dont est victime Goliath obéit ainsi à une logique très éloignée de la dramaturgie des tragédies antiques. Notons en outre que Coignac n’applique pas du tout la division en cinq actes préconisée par Horace, pas plus que sa conception du decorum – adéquation entre le rang noble d’un personnage et le registre soutenu de son discours. Ainsi David (l’oint du Seigneur, le futur roi d’Israël et l’auteur légendaire des Psaumes) peut-il proférer de virulentes insultes à l’encontre de Goliath :
Je te ramentoy
Que ta puante et orde bave
Tellement ton mal-heur aggrave (p. 62)
À l’inverse Joachim de Coignac est tributaire de la tradition des mystères, genre qui naît au siècle précédent19 et dont l’influence sur les dramaturges huguenots – Théodore de Bèze, Antoine de La Croix, Louis Des Masures – est certaine. Coignac en reprend le mètre court – octosyllabe, par opposition aux décasyllabes et alexandrins préférés par les auteurs de tragédies humanistes parisiennes tels que Jodelle ou La Taille. Toutefois, comme le remarque Jean-Claude Ternaux20, cette pièce est marquée par l’influence des mystères sans en être elle-même exactement un : La Desconfiture de Coignac est une pièce très courte, et si le tragique n’exclut pas un registre de langue parfois prosaïque (Goliath : « Que dira ce jeune folet ? / Je t'apprendray bien, mignolet, / S'il te falloit parler ainsi. / Tu es mort21 »), le registre comique à proprement parler est en revanche absent, alors que l’une des caractéristiques du mystère réside dans cette alliance du comique et du tragique.
Résumé
La pièce n’est pas découpée en actes, en revanche une didascalie « Pause. » découpe plusieurs épisodes, supposant un changement de lieu entre chacun :
Épisode 1 : Prologue de Goliath, qui exhorte les « Israëlites » à un combat singulier. Saül se lamente que personne n’ose combattre Goliath, Abner avoue en avoir peur.
Épisode 2 : David se présente aux portes du camp israélien pour porter des vivres à ses frères aînés. Joab le reconnaît comme étant le fils de Jessé, un berger. Tandis que ses frères combattent, David est encore trop jeune et garde le bétail, pourtant il fait montre d’un singulier courage et est le seul qui accepterait de défier Goliath.
Épisode 3 : David retrouve ses frères, Héliab, Abinadab et Samma, leur offre ses victuailles, ils passent à table.
Épisode 4 : Goliath fait irruption sur scène et provoque à nouveau les Israéliens. Dans la même scène mais dans un lieu qu’il faut supposer différent22, les compagnons de David se lamentent de la puissance de Goliath, mais David se propose de l’affronter. Sobal lui apprend que le roi Saül donnera sa fille en mariage et exemptera d’impôts celui qui aura combattu Goliath. Son frère ainé Héliab se moque de David, beaucoup trop jeune et frêle pour pouvoir défier Goliath.
Épisode 5 : Cédar, Médan et Omar se réjouissent d’avance de la défaite d’Israël et des exactions qu’ils vont pouvoir commettre sur son peuple : viols, pillages ; Goliath raille les prophètes israéliens. David adresse ensuite une prière à Dieu pour qu’il lui donne la force de vaincre Goliath – ce long monologue a une fonction chorale, ce qui se remarque au passage à l’heptasyllabe. De l’autre côté de la scène, Goliath sort de sa tente. Abner éprouve le courage de David : leur dialogue est scandé par la répétition, comme un refrain, de la sentence « À Dieu n’y a rien difficile ».
Épisode 6 : Le roi Saül déplore son impuissance face à Goliath. Abner se présente à la cour pour lui parler de David. Saül est d’abord sceptique, mais devant l’insistance d’Abner il accepte de recevoir David. David assure le roi de sa victoire future. Saül offre à David ses meilleures armes, une somptueuse armure, et sa propre épée, mais David refuse tout, car il se trouve alourdi et encombré et n’a pas l’habitude d’utiliser de telles armes : il préfère ne se servir que de sa fronde. David demande que tout le peuple prie pour lui, ce qu’ordonne Saül.
Épisode 7 : Le Héraut d’armes annonce le combat prochain de David contre Goliath. Samma, Abinadab, Abisur et Heliab entendent le héraut, et se demandent si Dieu n’a pas laissé Goliath les dominer jusqu’à présent seulement pour mieux manifester son pouvoir en causant sa déchéance. Tous se regroupent pour une Exhortation à prier, menée par le prophète Samuel. Une prière exhorte les Israéliens à respecter Dieu et élever leur descendance dans le respect des saintes écritures.
Épisode 8 : David, après avoir prononcé une dernière prière, s’avance vers le camp des Philistins. Ces derniers s’amusent de le voir approcher sans armure ni épée. David et Goliath échangent insultes et bravades, puis David décoche un coup de fronde, tue Goliath puis le décapite. David explique que Dieu lui a donné la force de l’emporter et que tous ses adversaires connaîtront de même la vengeance divine : Omar et les Philistins, apeurés, prennent la fuite.
David, investi d’une autorité nouvelle, ordonne aux soldats de les poursuivre.
La pièce se conclut par le Cantique des filles d’Israël, chanté, qui annonce l’accession future de David au trône d’Israël.
Personnages
David : jeune berger, fils de Jessé, il se porte volontaire pour combattre Goliath au nom de Dieu et d’Israël, et l’abat malgré son apparente infériorité physique.
Goliath : capitaine des Philistins, il est décrit comme un « monstre » que personne ne peut vaincre au combat. Il est accompagné d’un hallebardier, qui prend soin de ses armes.
Saül : roi d’Israël. Il apparaît plutôt en retrait, mais ne manifeste pas d’hostilité envers David, il essaye au contraire de l’aider à mener à bien son combat.
Abner : colonel d’Israël, il commande les soldats.
Doeg, Asael, Joab, Sobal, Seba : soldats israéliens.
Cedar, Medan, Omar : soldats Philistins, aux ordres de Goliath.
Le héraut d’armes : porte-parole chargé d’annoncer le combat entre David et Goliath et d’exhorter les Israéliens à prier pour David.
Ebal, Abisur : israéliens.
Samuel : prophète qui a permis à Saül d’accéder au pouvoir et qui peut voir l’avenir. Il est décrit comme le « pasteur de l’Église d’Israël » (pasteur a ici le sens de gardien, guide, selon son origine pastor, signifiant berger).
Les filles d’Israël : chœur qui chante le cantique final.
Représentations, dramaturgie
On ne connaît pas de représentation de La Desconfiture de Goliath, mais on sait que le théâtre réformé genevois pouvait être joué devant des assemblées à des fins d’édification religieuse23, dans le temple ou sur le parvis, à la manière des mystères.
La fonction religieuse, voire rituelle, de cette pièce transparaît d’ailleurs assez nettement dans sa dramaturgie : on note la présence de nombreux « refrains », des sentences que les personnages répètent plusieurs fois. Par exemple à la page 52, on note de nombreuses répétitions de « Je prie… », qui n’ont guère d’efficacité dramatique mais ne sont pas sans rappeler les oraisons de la liturgie chrétienne. On relève également au fil de la pièce de nombreuses exhortations à prier, en plus d’une prière intégrale prononcée par Samuel et du cantique chanté qui vient clore la pièce : ici comme dans les tragédies de Bèze et Des Masures, « Les prières et les chants (…) prennent une place prépondérante24 ».
Dès lors, on peut supposer que cette pièce pouvait être jouée dans un lieu de culte, elle avait en tout cas, comme le suggère Corinne Meyniel, « une valeur sacramentelle25 » et impliquait un public actif, ce que l’on voit aux nombreuses exhortations, qui s’adressent aussi bien aux personnages qu’à l’audience, dans un mélange des niveaux qui est hérité de l’univers des mystères et moralités. Comme le précise C. Meyniel : « Les tragédies de Bèze, Coignac, La Croix et la trilogie de Louis Des Masures relèvent comme le théâtre médiéval d’un théâtre de la participation, où le spectateur n’est pas séparé de ce qu’il voit sur scène, ni symboliquement ni affectivement26. » Dans cette perspective, les nombreux anachronismes qui irritaient tant Raymond Lebègue et lui faisaient considérer cette tragédie comme maladroite prennent tout leur sens, en rapprochant le monde de l’Ancien Testament de la réalité vécue par l’assemblée : le roi d’Israël propose ainsi d’affranchir celui qui vaincra Goliath « De tout tribut, gabelle et taille27 » ce qui fait bien entendu référence à des impôts de l’Ancien Régime, tandis que le Héraut d’armes propose de chanter « Pseaumes et cantique28 » – ce qui est anachronique puisque la légende voudrait que les psaumes aient été composés… par David une fois qu’il fut devenu roi. Par ces syncrétismes assumés – que l’on repérait également dans la peinture religieuse de l’époque – le monde de la fiction est mêlé au monde réel, afin d’abolir le plus possible la rupture entre scène et salle, dans un idéal liturgique de communion : « Le prophète invite à la pénitence dans un lexique si quotidien, en ayant recours à un anachronisme si flagrant, qu’on a peine à imaginer alors une séparation entre la scène et l’assistance29 ».
La scénographie qui se dégage du texte correspond à ces convictions religieuses, dans la continuité des pratiques théâtrales des XIVe et XVe siècles30 : il faut supposer un décor minimal permettant de figurer plusieurs lieux différents, puisqu’ils changent lors des pauses – on passe des abords du camp des Philistins à celui des Israéliens, des appartements du roi à la tente des frères de David, puis ce dernier part quérir Goliath non loin de sa tente. Les personnages présents au même moment sur scène peuvent se trouver en plusieurs lieux différents : on voit ainsi Goliath prononcer des invectives en sortant de sa tente, et les Israéliens réagir à ses paroles sans que Goliath ne les entende : il faut supposer une certaine distance qui permette ce genre d’aparté, ou plutôt comprendre que la conception de l’espace scénique n’a rien de naturaliste – un décor minimal peut représenter des lieux à l’envi et les distances réelles sont abolies, de même qu’il n’y a pas lieu de chercher une unité de temps, les différentes pauses faisant fi du temps écoulé entre les épisodes. C. Meyniel suggère que « L’auteur a écrit sa tragédie pour une scène à ‘mansions’ et les deux camps opposés, cantonnés chacun dans une portion d’espace, ne quittent jamais le plateau31. » Cette pratique, héritée du théâtre des mystères, consistait à matérialiser deux maisons (« mansions ») aux deux extrémités de la scène, qui représentaient les camps respectifs des deux camps. Lorsque ceux-ci interagissaient, ils se retrouvaient dans un espace médian et indéterminé, au milieu du plateau32.
Leçon biblique et guerres de religion
L’épître dédicatoire au roi Édouard VI situe d’emblée l’enjeu de la pièce au cœur des conflits religieux de l’époque, en ne laissant pas de doute quant à la clef de lecture de la pièce : le Pape est comparé à Goliath (« Du monstre grand, qui PAPAUTÉ se nomme33 »), tandis qu’un parallèle est établi entre Édouard VI et David :
Roy fleurissant, excellant & tresdigne,
Qui fait avez une œuvre autant insigne
Qu'il en fut onc, et à celle semblable
Que fit David, et non moins admirable34
Cette lecture n’est pas de l’invention de Coignac : « Le thème du combat de David contre Goliath est d’ailleurs rapidement devenu un lieu commun pour les huguenots menant la guérilla contre le pouvoir qui soutenait l’orthodoxie catholique35 ». Dès lors, le triomphe du petit contre le grand, de l’opprimé contre le pouvoir tyrannique, représente pour les huguenots la victoire en laquelle ils doivent espérer face à l’oppression du roi de France catholique. Pour soutenir cette lecture, il importe de montrer David l’emportant non pas en raison de sa force ou de son intelligence, mais exclusivement par la volonté de Dieu. Comme l’a fait remarquer C. Meyniel36, David est décrit comme particulièrement frêle, jeune et inexpérimenté, tandis que Goliath est extrêmement puissant, voire terrifiant : le but est de démontrer la toute-puissance de Dieu, qui peut prendre pour serviteur même le plus humble berger et renverser un colosse. David insiste sur ce point : il ne tire aucune gloire personnelle de son exploit, lequel est entièrement imputable à Dieu, de même que les autres personnages caractérisent par leurs discours sa faible constitution physique, Abner remarquant : « Vois-tu ce jeune blondelet, / Qui a le chef blanc comme lait37 ? ».
Pour donner du courage aux protestants, victimes de persécutions, la pièce insiste sur le parallèle avec le peuple d’Israël, opprimé par Goliath :
Comment aurons-nous asseurance
Au milieu de tant d'ennemis ?
Il semble que DIEU nous a mis
Pour tout jamais en oubliance38
La déréliction apparente n’est ainsi qu’une manière pour Dieu d’éprouver ses croyants, et de faire s’élever leurs ennemis seulement pour mieux les faire déchoir par la suite. C’est en cela que la tragédie de La Desconfiture de Goliath présente un « théâtre de l’épreuve39 » et exhorte les huguenots à poursuivre leur combat face à Goliath qui, dans cette version appuyant le parallèle avec le pape, voudrait forcer les Israéliens à adopter un culte perverti : « Or est le temps, que par dure contreinte, / Je leur feray adorer les images40 ». À en croire ses paroles, Goliath est le chef des Philistins, ce qui marque une prise de distance avec le récit biblique, dans lequel il n’était qu’un soldat géant, une bête de combat au service des cités philistines, mais cet écart permet de forcer la comparaison avec le pouvoir royal tyrannique et la papauté :
moy, qui suis grand maistre
Et grand seigneur, et qui suis tant puissant ?
Vous me devez pour un dieu recognoistre,
Quand mon pouvoir je vous fay apparoistre,
Et que mon nom est par tout fleurissant.
Soyez à moy un peuple obeissant,
Gardant ma loy ainsi que je la garde :
Et quand cela je seray cognoissant,
Je vous prendray tous en ma sauvegarde41.
La formule « Vous me devez pour un dieu recognoistre » est particulièrement éloquente à ce titre, puisqu’elle manifeste l’un des principaux griefs des protestants contre les catholiques, à savoir la multiplication des intercesseurs entre Dieu et les croyants, ainsi que l’audace du pape, qui s’octroie des prérogatives réservées à un Dieu – notamment concernant le commerce des indulgences.
Ainsi, si certaines scènes peuvent paraître bavardes ou redondantes – notamment les déplorations des Israéliens, puis leurs louanges – il faut resituer leur fonction dans un contexte probablement rituel, à tout le moins certainement religieux, qui en font une « prière collective, étroitement inspirée du modèle genevois de la confession des péchés42 », permettant à une communauté assistant à la représentation de se resouder et de reprendre espoir dans l’adversité.
Bibliographie
À TRESTRÈS-HUMAIN, ET TRESTRÈS-MAGNANIME ROYROI EDOUART VI.EDOUARD VI PAR LA GRACEGRÂCE DE DIEU, ROYROI d'Angleterre, etc.
Joachim de-Coignacde Coignac, S.
Quand du combat fut faite l'entreprise
Entre les Deux, David qui peu se prise,
Et Goliath qui tousjourstoujours se vantoitvantait :
DesjàDéjà sacré David pour lors estoitétait
5RoyRoi d'Israël : desjàdéjà de l'huile sainte,
Par SamuëlSamuel estoitétait sa face teinte :
Aussi de vrayvrai ce fut œuvre royale,
De grande foyfoi, et de vertu egaleégale.
Combien qu'il fustfût encoresencore jeune enfant,
10Si fit-il là un acte triomphant,
Bien digne d'estreêtre en celebrecélèbre memoiremémoire.
Ainsi de vous n'est pas moindre la gloire,
RoyRoi fleurissant, excellant et tresdignetrès digne,
Qui fait avez une œuvre autant insigne
15Qu'il en fut onc, et à celle semblable
Que fit David, et non moins admirable :
Dont tous bons cœurs vous ont en grand' estime.
--- 4 ---Et pour cela (ô RoyRoi tresmagnanimetrès magnanime,
Et treschrestientrès chrétien) à presentprésent je dediedédie
20À vostrevotre Nom ce traicttrait de TragedieTragédie.
Non que de vous soit digne ma facture,
Mais pour autant qu'il n'est cas en nature
Lequel soit mieux à l'autre ressemblant,
Comme le vostrevôtre est pareil, et semblant
25Et en grandeur, et en heureux profit
A celuycelui là que David le RoyRoi, fit.
Il est bien vrayvrai que le RoyRoi tresillustretrès illustre
VostreVotre feu PerePère, à ce faictfait donna lustre :
Et fut pour lors excellantexcellent et utile
30Le commancercommencer, en cas tant difficile :
Mais vous avez l'entreprinseentreprise, à fin deuedue,
La gracegrâce à DIEU, heureusement rendue.
Vous estantétant RoyRoi et en jeunesse tendre,
Avez voulu diligemment entendre,
35Par le conseil de plusieurs de vozvos Princes,
À repurger vozvos païspays et provinces
Du monstre grand, qui PAPAUTÉ se nomme :
Et qui reçoit pour chef et pour RoyRoi, l'homme
D'iniquité. Ce grand Monstre terrible,
40Lequel souloitsoulait43 de son regard horrible
EspouvanterÉpouvanter quasi toute la terre,
Chassé avez du païspays d'Angleterre.
Heureux le RoyRoi, qui a Princes et DuczDucs
Bien enseignez, et tresbientrès bien entenduzentendus
--- 5 ---45En l'EscritureÉcriture, et en pure doctrine
De l'EvangileÉvangile et de la LoyLoi divine !
Et doublement font les Princes heureux,
Qui ont leur RoyRoi tant preux et valeureux,
Qu'il se gouverne avec sa RepubliqueRépublique,
50Par le conseil du Prince EvangeliqueÉvangélique.
Or pleustplût à DIEU que tous autres estatzÉtats,
CommunautezCommunautés, Empereurs, PotentatzPotentats,
Princes et Rois eussent fait entreprise,
Qui feustfût au-tantautant au profit de l'EgliseÉglise,
55ComeComme la vostrevôtre ! Il en est un grand nombre,
Qui ont trop peur de recevoir encombre
Par cestecette bestebête , et par plusieurs qui font
Par elle induitzinduits à faire ce qu'ilzils font.
L'esprit leur faut, le cœur aux piezpieds leur tombe,
60Aussi poureuxpeureux qu'une simple colombe :
Crainte les tient, vaine peur les estonneétonne,
S'il est besoingbesoin d'exposer leur coronnecouronne
Pour JESUSJÉSUS Christ le souverain monarque,
Duquel ilzils ont et l'enseigne, et la marque.
IlzIls vont disant, Que cestecette male BesteBête,
Portant en chef coronnecouronne à triple crestecrête,
On voidvoit souvent infinizinfinis maux commettre,
Quand le SEIGNEUR ainsi le veut permettre
Pour exercer sa divine justice,
70Et pour tenir les siens en exercice.
Cela est vrayvrai, je le saysais, et confesse :
--- 6 ---Ce nonobstant, si ne faut ilfaut-il qu'on cesse
De louer DIEU, et enluyen lui se fier,
Son Nom benirbénir, son Nom glorifier,
75Et de sa FoyFoi faire confession
Chacun de nous en sa vocation.
Or est le temps que DIEU le toutpuissanttout puissant,
Veut redresser le sceptre fleurissant
De sa Parole : afin qu'on restablisserétablisse
80En son entier tout par tout son service.
Mais l'AntechristAntéchrist doulentdolent, et envieux
Du bien d'autruyautrui comme le Serpent vieux,
En tous endroitzendroits tel qu'il est se descœuvredécœuvre,
Pour empescherempêcher un tant excellent œuvre.
85Que fera il, quand de l'enfer les portes,
Pour l'empescherempêcher ne font pas assesassez fortes?
DIEU veut regnerrégner maugré son aversaireadversaire.
PrincipautezPrincpautés, servez en cestcet affaire
À L'ETERNEL, servez à JÉSUS CHRIST :
90En vozvos païspays recevez son EscritÉcrit :
Donnez faveur, donnez logis prospereprospère
De son EgliseÉglise au tressainttrès saint ministereministère.
S'il est dressé, ne le laissez abatreabattre,
PlustostPlutôt mourir : il vaut trop mieux combatrecombattre
95Et employer les moyens que DIEU donne,
Pour soustenirsoutenir une cause tant bonne.
Qui se feindra de se mettre en devoir,
D'autre moyen DIEU saura bien pourvoir,
--- 7 ---Pour achever son œuvre commencée :
100Et d'iceluyicelui44 sera tosttôt renversée
La seigneurie et toute la maison,
Qui aura creintcraint la BesteBête sans raison.
NostreNotre SEIGNEUR feutfut mis en sepulturesépulture :
Mais au tiers jour il fit belle ouverture
105Du monument, en despitdépit des gensd'armesgens d’armes :
Qui n'ont pas seusu empécherempêcher par leurs armes
Que JESUSJÉSUS CHRIST ne soit resuscité.
Ainsi vidvit-on, un temps fut, VeritéVérité
Ensevelie en tenebresténèbres profondes :
110Et le tumbeautombeau gardoientgardaient bestesbêtes immondes,
En la façon à elles usitée.
Or à presentprésent elle est resuscitéeressuscitée,
Ayant en main un glaive à deux trenchanstranchants,
Bien esmouluzémoulu, et tous deux bien trenchanstranchants :
115Glaive aiantayant vie, et de telle vertu,
Que l'AntechristAntéchrist en est jà tant battu,
Qu'il en enrage : et ce pendant s'efforce
De massacrer par cautellecautèle, ou par force
Cruellement cestecette noble pucelle,
120Qui VeritéVérité par son droit nom s'appelle.
Mais le SEIGNEUR l'a rendue tant forte,
Quand l'ennemyennemi la pense quasi morte,
ApresAprès l'avoir en Aquilon feruëférue :
Que tout soudain elle s'est apparuëapparue
125En Occident, plus que par-avant vive,
--- 8 ---FrescheFraiche, en bon poinctpoint, et de beauté naïve.
Et, qui plus est, la divine Nature
De cestecette gente et noble creäturecréature,
Telle luylui est du SEIGNEUR ordonnée,
130Qu'elle n'est point par tormenstourments estonnéeétonnée :
Plus elle endure et plus est assaillie,
Moins la voidvoit-on creintivecraintive ou defailliedéfaillie :
Membres et corps luylui voidvoit-on renforcer,
Quand on la veut violer et forcer :
135Comme il appert au bon Duc de Saxonne
Jean FredericFrédéric : qui sommistsoumit sa personne
Pour la defensedéfense et tresheureuxtrès heureux maintien
De l'EvangileÉvangile, et du peuple ChrestienChrétien.
Plus on le cuide avoir debilitédébilité,
140Plus est constant en son adversité :
Lequel veincuvaincu, demeure le veinqueurvainqueur :
Car on n'a seusu luylui distraire le cœur,
De son SEIGNEUR, nyni pour belle semonce,
NyNi pour la mort, laquelle on luylui annonce
145Trois fois d'un an. Prince de foyfoi tresampletrès ample,
DIEU t'a esleuélu, pour nous donner exemple
De confesser constamment et sans feinte,
La veritévérité de sa ParolleParole sainte.
Le DIEU vivant, DIEU qui nous fait tous estreêtre
150VueilleVeuille ses dons et ses gracesgrâces accroistreaccroître
TousjoursToujours en toytoi, et sa forte vertu,
Tant que ton cœur ne soit point abattu :
--- 9 ---EstantÉtant tout seursûr de l'eternelleéternelle vie,
Qui ne te peut jamais estreêtre ravie.
On voit aussi, qui est cas merveilleux,
En Allemagne, en ces jours perilleuxpérilleux,
Pleins de dangiersdangers et persecutionspersécutions :
Le CREATEURCRÉATEUR, ses benedictionsbénédictions
Tant amplement dessus les siens estendreétendre,
160Qu'on ne leur vidvit onc mieux leur devoir rendre
À frequanterfréquenter les sermons ardammentardemment,
Et rejetterrejeter les abuzabus constamment.
Que dirons-nous des nobles conducteurs,
Bons conseilliersconseillers, et prudensprudents senateurssénateurs,
165Qui constamment la VeritéVérité cognueconnue,
En leurs païspays ont tousjourstoujours soustenuesoutenue ?
DeliberezDélibéré, pour assaut ou menace,
À l'AntechristAntéchrist ne donner lieu neni placе :
Ne luylui complaire en chose aucune, et point
170À sa fureur ne cedercéder un seul poinctpoint.
Entre lesquelzlesquels est la ville de BERNE,
Qui ses subjetzsujets et ses terres gouverne
Si prudemment, et de telle constance,
Que l'on voidvoit bien la divine assistance
175Donner faveur à leur gouvernement :
Et ce pourtant qu'ilzils marchent rondement
Soit à garder purité de doctrine,
Soit à tenir equitééquité, la divine
En paix et guerre, et en toutes façons.
--- 10 ---180Comme leur Ourse à garder ses Oursons
Est eschaufféeéchauffée, ainsi sont les BERNOIS45
ArdansArdents et prestzprêts de prendre leurs harnois46 :
Et employer toute leur grand' puissance,
Et tous les biens dont ilzils ont jouissance,
185Pour conserver cestecette doctrine pure,
Puisée au fonsfond de la sainte EscritureÉcriture.
Et de ZURICH le cœur tant excellantexcellent,
Qu'il ne fut onc nyni timide nyni lent
A maintenir et garder son bon droit :
190Plus que jamais est ferme en cestcet endroit,
Et magnanime. Ô cœurs d'hommes vaillansvaillants,
Bons defenseursdéfenseurs, vertueux assaillansassaillants !
DIEU vous maintienne et vous doint47 tout bonheur
Pour soustenirsoutenir sa gloire et son honneur.
GENEVE aussi, ville tant renommée
Par l'univers, d'estreêtre bien reformée,
Et tel avoir en ses EglisesÉglises ordre,
Que l'enuieuxennuyeux n'y fait quasi que mordre :
L'effecteffet parfait de son excellantexcellent nom,
200RespondRépond tresbientrès bien à son bruit et renom.
Et tant s'en faut qu'elle vueilleveuille fleschirfléchir,
Que tous les jours on la voit enrichir
Des dons de DIEU, et tousjourstoujours prospererprospérer :
Tant qu'on ne peut autrement espererespérer
205Des estrangiersétrangers, et de ses citoyens
Ensemble unizunis par les divins moyens,
--- 11 ---Que leur bon cœur, et leur grande asseuranceassurance,
Ne soit conjointe avec perseverancepersévérance.
D’autres assez j’en pourroispourrais bien nommer,
210Et MACDEBOURG, et les villes de mer,
Qui toutes ont desservydesservi gransgrands louanges,
De non avoir repris les dieux estrangesétranges.
Mais, à vrayvrai dire, et pour au poinctpoint venir,
DIEU vous veut Sire, en noznos jours tant benirbénir,
215Qu'il a voulu un tel chef d'œuvre faire
Par vostrevotre main, que le plus adversaire,
En est troublé. Le Pape je vueil dire,
Qui de ce faictfait en son cœur ne peut rire.
Comment ? dit il, alors que l’on pensoit,
220Qu'il n'y auroitaurait en nulle part qui soit
Homme hardi, d'oser ouvrir la bouche,
Pour dire mot contre ce qui m'attouche :
Plus grand malheur, et trop plus evidentévident
M'est advenu soudain en Occident,
225Par les exploitzexploits d'un qui est jeune RoyRoi,
Qui tout mon cas a mis en desarroydésarroi :
Et en peu d'heure a seusu tant avancer,
Que mes efforsefforts sont à recommencer :
Et, qui plus est, ses prudensprudents ConseilliersConseillers
230Sont plus constansconstants et fermes, que pillierspiliers.
Or si le Pape en est bien esbaïébahi,
Tant plus en est tout bon cœur esjoui,
Et loue DIEU l'Eglise universelle
--- 12 ---D'un tel effecteffet : lequel tant fort excelle,
235Que l'on en voidvoit les foiblesfaibles animezanimés,
La DIEU mercymerci, et les forsforts confirmezconfirmés.
Le ToutpuissantTout Puissant, le CreateurCréateur du monde,
Qui conduisoitconduisait de son David la fondefronde,
Et qui tousjourstoujours puis apresaprès se servit
240Du jeune RoyRoi et PropheteProphète David :
VueilleVeuille de vous tant se servir (ô Sire)
Que de son FILS le royaume et l'empire
Soit fleurissant, en grand' perfection,
En vostrevotre regnerègne et domination :
245Et tant en vous, avec vozvos ans accroisse
Ses riches dons, que par tout on cognoisse
En nostrenotre temps, que de l'Eglise sienne
Il a le soingsoin : comme de l'ancienne
Il se monstramontra excellent defenseurdéfenseur,
250Contre le fier et sanglant oppresseur.
L’hystoirehistoire de la presenteprésente TragedieTragédie, est contenue au 17.17ème chap. du premier livre de Samuel.
--- 14 ---
Les personnages.
GOLIATH, capitaine des Philistins. SAÜL, RoyRoi d’Israël. ABNER, Colonel d’Israël. DOEG, soldat de Saül. DAVID.LA DESCONFITUREDÉCONFITURE DE GOLIATH,
TragedieTragédie.
GOLIATH.
Long temps y a que je vayvais assaillant,
De jour en jour, de vous le plus vaillant,
CouhartzCouards HebrieuxHébreux : mais nully ne s'avance.
VostreVotre renom s'en va tout defaillantdéfaillant,
5Car vous allez de crainte tressaillant :
Chacun de vous craint le fer de ma lance.
User souliez autrefois de ventance48,
Et si faisiez de paroles merveilles :
Mais au besoingbesoin, avec vostrevotre jactance,
10Vous avez peur et baissez les oreilles.
Qu’est il besoingbesoin que le camp se travaille,
Quand seul à seul vous vueil livrer bataille ?
Vienne Saül, vostrevotre RoyRoi tant hardi :
Il est bel homme et d'assez bonne taille,
15Mais luylui et vous n'estesêtes tous que canaille.
S'il y venoitvenait, pour certain je vous dydis,
Que d'un seul coup le rendroyerendrait estourdyétourdi,
Tant bien je suis exercité en guerre49 :
VostreVotre renom s’en va abastardyabâtardi,
20Rien ne valez qu'à labourer la terre.
--- 16 ---
EsperezEspérez vous en DIEU, qu'il vous delivredélivre
De ce mortel assaut que je vous livre ?
Vous vous trompez : DIEU n'a de vous soucysouci.
SouzSous mon pouvoir il vous conviendra vivre,
25Et mes statuzstatus, editzédits et loixlois ensuivre,
Si de mon gré je vous prenprends à mercymerci.
Ne pensez pas qu'il soit jamais ainsi,
Que des humains DIEU ait ne soingsoin ne cure :50
TousjoursToujours le fort rend le foiblefaible transi,
30S'il n'en advient autrement d'aventure.
HebrieuxHébreux couhartscouards, poureuxpeureux, craintifzcraintifs, infamesinfâmes
Non hommes JuifzJuifs, mais plustostplutôt Juives femmes
Le RoyRoi Saül envoyez tosttôt à moymoi
Me faire hommage, et vozvos seigneurs et dames
35Se soumettanssoumettant de biens, de corps et d'âmes
À recevoir entieremententièrement ma loyloi :
Et je serayserai vostrevotre souverain RoyRoi.
Ou autrement serez tous desconfizdéconfits :
Et ne pourra vous en garder la foyfoi,
40Que vous avez à DIEU et à son Fils.
SAÜL.
CestCet outrageux qui se fie en sa force,
En son orgueil perseverepersévère, et s’efforce
De plus en plus noznos gens espouvanterépouvanter :
--- 17 ---Quand je le voyvois et ses propozpropos j'escouteécoute,
45De grand frayeur la chair me tremble toute,
C'est grand horreur que de l'ouyrouïr vanter.
Depuis le jour qu'il vint en grand' audace
Se descouvrirdécouvrir, en usant de menace,
L'ost est troublé pour son regard hideux :
50Chacun le creintcraint comme la mal-encontre,
CreignantCraignant tomber devant luylui par rencontre
En la bataille, où tout est hazardeuxhasardeux.
ABNER.
Que ferons-nous? faudra il endurer
Ce mal-heureuxmalheureux contre DIEU murmurer
55Sans que nully de nous tous s'y oppose ?
Il luylui faudroitfaudrait resisterrésister constamment,
Et contre luylui batailler vaillamment :
Mais de ma part entreprendre ne l'ose.
Si nous n'avons de DIEU quelque moyen,
60Pour resisterrésister à ce cruel PayenPaïen,
C'est fait de nous et de toutes noznos bandes :
Car son orgueil voyons continuer,
Et de noznos gens le cœur diminuer,
Pour la frayeur de ses menaces grandes.
DOEG.
65LàsLas que fera l'armée IsraëliteIsraélite,
Quand les seigneurs et les soldatzsoldats d'esliteélite
--- 18 ---Sont estonnezétonnés51 par ce grand glorieux !
Il est puissant, et de grandeur extresmeextrême,
Bien equippééquipé, et bien armé de-mesmede même,
70Et à le voir semble tout furieux.
S'il se jettoitjetait à travers de l'armée,
En sa fureur ardanteardente et enflammée,
Ce seroitserait fait de nous, à mon semblant :
Car je ne saysais qui voudroitvoudrait faire testetête,
75Pour resisterrésister à cestecette male bestebête ,
Tant est pour luylui chacun de nous tremblant.
DAVID.
Je voyvois des gens. C'est de l'armée
La sentinelle bien armée :
Ce sont les soldatzsoldats de la garde,
80Qui font le guet.
ASAEL.
On nous regarde.
Qui est-là ? attenattends-là.
JOAB.
Demeure.
DAVID.
Demeuré suis en la bonne heure,
--- 19 ---Ne me doutez en nulle sorte :
Des vivres en ce camp j’apporte
85À mes trois freresfrères tresvaillanstrès vaillants,
Entre les premiers assaillansassaillants
De tout ce presentprésent excercite.
Ah je suis bon IsraëliteIsraélite :
D'avantage je dydis en somme,
90Qu'il n'y a pas en ce camp homme,
Lequel ait plus que moymoi d'envie
D'exposer son bien et sa vie,
De DIEU pour la Parole sainte.
JOAB.
C'est assez, cheminez sans creintecrainte,
95Venez avant : je le cognois,
C'est un jeune Beth-lehennois
Fils de Jessé vieil homme, sage :
Et lequel est, par long usage,
En Israël bien esprouvééprouvé.
100Ce bon viellardvieillard d'ans aggrauéaggravé,
A huicthuit enfansenfants : trois à la guerre,
Quatre bons laboureurs de terre.
Cestuy-cyCelui-ci est le moindre d'aageâge,
Qui entretient le pasturagepâturage :
105Bon fils, je le cognoyconnais assez.
DAVID.
Puis que mes freresfrères cognoissezconnaissez,
Vous qui avez cognuconnu mon perepère :
--- 20 ---Mes amis, font ilzils bonne cherechère ?
ASAEL.
OuyOui, la gracegrâce à DIEU, tresbonnetrès bonne,
110Quant au regard de leur personne :
Mais au reste, toutes les bandes
Sont en sollicitudes grandes
De Goliath terrible, et fier :
Qui s'est osé glorifiërglorifier
115De nous presenterprésenter le combat
Seul à seul, pour fin du debatdébat,
Et pour eviteréviter la bataille :
Mais il n'y a nul qui l'assaille,
Tant il est hideux et terrible.
DAVID.
120Il n'est rien à DIEU impossible :
S'il luylui plaistplaît il nous aidera,
Et du GeantGéant delivreradélivrera
Ceux qui auront en luylui fiance,
Pour l'amour de son alliance,
125Laquelle noznos pechezpéchés surmonte.
ASAEL.
À dire vrayvrai, ce nous est honte
Et à toute la nation,
Que nul des enfansenfants de Sion
N'ose ce glorieux attendre.
DAVID.
130QuelcunQuelqu’un l'oseroitoserait entreprendre,
--- 21 ---Si DIEU luylui en touche le cœur :
Qui sera du GeäntGéant veinqueurvainqueur,
Pour venger l'injure et le blasmeblâme,
Que ce meschantméchant, qui tant nous blasmeblâme,
135A sur le SEIGNEUR entrepris.
JOAB.
DIEU facefasse qu'il y soit surpris,
Et que vous en soyez propheteprophète.
DAVID.
Ainsi de bon cœur je souhaite,
Pour l'advancementavancement de sa gloire :
140DIEU facefasse son pouvoir notoire
Contre les pervers et meschansméchants.
Je m'en vayvais à travers ces champs
Droit au camp, mes freresfrères trouver :
DIEU nous vueilleveuille tous conserver,
145Et à tous nous facefasse mercуmerci.
ASAEL.
Nous le prions, qu'il soit ainsi,
HELIAB.
VoicyVoici David.
ABINADAB.
--- 22 ---VoicyVoici mon frere.
SAMMA.
VoicyVoici David.
DAVID.
DIEU, qui temperetempère
150Les hautzhauts cieux et la terre basse,
Vous doint52, mes freresfrères chers, sa gracegrâce,
Selon sa divine promesse.
HELIAB.
David, en toytoi tousjourstoujours accroisse
Ses dons L'ETERNEL. Qui te meinemène ?
DAVID.
155Vivres icyici je vous ameineamène,
LesquelzLesquels mon perepère vous envoyeenvoie.
HELIAB.
DIEU luylui doint53 tousjourstoujours au cœur joyejoie,
Au bon homme vieux, et santé.
ABINADAB.
Or DIEU luylui doint54 felicitéfélicité.
160Comment se porte sa personne ?
DAVID.
DIEU mercymerci en santé tresbonnetrès bonne :
Lequel par moymoi vous fait savoir,
Que si vous faites bon devoir
En cestecette guerre jà tissue,
165De quoyquoi DIEU vous doint55 bonne issue,
Qu'il en sera en ses ans vieux,
--- 23 ---Plus qu'il ne feutfut onques, joyeux.
Car jamais il ne feutfut en terre
Une plus raisonnable guerre,
170Pour la defensedéfense du paispays :
Parce que sommes envahis
Par incirconcizincirconcis, infidelesinfidèles.
Nous avons tresjustestrès justes querelesquerelles
En cestecette tresjustetrès juste defensedéfense,
175Pour maintenir en asseurenceassurance
De la LoyLoi le saint ministereministère,
Ainsi comme dit nostrenotre perepère :
Et pour la preservationpréservation
De nostrenotre generation,
180Nourrie de DIEU en la creintecrainte.
SAMMA.
David dit vrayvrai, la cause est sainte,
Pour laquelle nous combattons.
HELIAB.
C'est assez, plus n'en debattonsdébattons :
La chose est toute manifeste.
DAVID.
185Or çà, de presenterprésenter il reste
Au Colonel ces dix fromages,
LesquelzLesquels sont faitzfaits des pasturagespâturages
Du bestailbétail que j'ayai tant gardé.
HELIAB.
À qui l'as-tu recommandé ?
--- 24 ---190Qui en fait maintenant la garde ?
DAVID.
C'est un serviteur qui le garde,
À qui j'en ayai donné la charge.
Approchez vous, que l'on deschargedécharge
Ces victuailles.
SAMMA.
À vostrevotre aise.
ABINADAB.
195Nous ne creignonscraignons rien de mesaisemésaise,
DIEU nous gardgard’ de noznos ennemis.
DAVID.
Mon perepère dix pains y a mis,
Du bœuf salé, et des chastagneschâtaignes
Qui croissent au-tourautour des montagnes,
200Fromages, beurre, poires, pommes.
ABINADAB.
DIEU mercymerci bien-aises nous sommes.
GOLIATH.
Vous d'Israël en paroles hardizhardis
Et arrogansarrogants, mais au faictfait estourdizétourdis
Et trescouharstrès couards, de cœur failli et laschelâche :
--- 25 ---205Où est le bruit des orgueilleux editzédits,
DesquelzDesquels souliez braver au temps jadis,
Quand à fuir un chacun de vous taschetâche ?
C'est deshonneurdéshonneur, et reprochable tache
À tout jamais à vostrevotre nation :
210Je vous deffiedéfie, et contre vous je crache,
Vous despitantdépitant, et tous ceux de Sion.
J'ayai surmonté tant de Seigneurs et Princes,
Les Gouverneurs de maintes gransgrands provinces :
Aussi je suis un Prince valeureux.
215Et vous HebrieuxHébreux, par trop foiblesfaibles et minces,
EschapperezÉchapperez mes griphesgriffes et mes pinces ?
De le penser vous estesêtes mal-heureuxmalheureux.
Puis que sur vous mon courroux rigoreuxrigoureux
Est embrasé, et que vous ayai en ire :
220Je vous rendrayrendrai tristes et doloreuxdouloureux,
Pour vous monstrermontrer s’on me doit contredire.
DAVID.
Ô le meschantméchant blasphemateurblasphémateur,
BlasphemantBlasphémant DIEU le CreateurCréateur,
Son peuple saint, et son EgliseÉglise !
SOBAL.
225Le voyez vous comme il se prise ?
Il est terrible et redoutable.
SEBA.
C'est une chose espouvantableépouvantable,
--- 26 ---D'entendre comme il nous menace.
D’où luylui procedeprocède telle audace,
230De nous mesprisermépriser en ce poinctpoint ?
DAVID.
Le blasphemateurblasphémateur ne croit point,
Que DIEU ait des siens le soucysouci :
Tant il est vain56 et endurcyendurci
En son ignorance, et malice.
235Ô DIEU sois nous doux et propice,
Contre ce mal-heureuxmalheureux follatrefolâtre,
Incirconcis et idolatreidolâtre,
Qui taschetâche de nous englouttirengloutir !
Bon DIEU, faites l'en repentir,
240Nous donnant contre luylui secours !
SOBAL.
Des promesses de DIEU le cours,
Me font avoir bonne esperanceespérance.
SEBA.
Comment aurons-nous asseuranceassurance
Au milieu de tant d'ennemis ?
245Il semble que DIEU nous a mis
Pour tout jamais en oubliance,
Sans penser à son alliance,
Quand ce diable de Golia,
Jà quarante jours il y a,
250Ne cesse de nous deffierdéfier,
Tant il est orgueilleux et fier :
--- 27 ---Et nul de toute nostrenotre race
N’ose luylui resisterrésister en face,
C’est trop pour creindrecraindre la moitié.
DAVID.
255DIEU, s'il luylui plaistplaît, aura pitié
De nous ses povrespauvres serviteurs.
Mais qui sont ces blasphemateursblasphémateurs,
Que tant il les nous faille creindrecraindre ?
Il n'est plus le temps de se feindre :
260Il se faut employer aux armes,
Puis quePuisque DIEU est DIEU des alarmes,
De qui procedeprocède la victoire.
SOBAL.
CesteCette raison est peremptoirepéremptoire,
Pour se devoir aventurer.
DAVID.
265Nous nous devons là asseurerassurer.
Mais dittes moydîtes-moi, Quel bien aura
Qui ce GeäntGéant desconfiradéconfira,
DelivrantDélivrant de ce vituperevitupère
Tout Israël ? De moymoi, j'espereespère
270Que j'en pourroyepourrais à bout venir.
SOBAL.
Ton desirdésir DIEU vueilleveuille benirbénir,
Et te facefasse bien prospererprospérer.
DAVID.
En luylui seul nous faut espererespérer.
--- 28 ---Qui est ce maudit infideleinfidèle,
275Incirconcis, dur et rebelerebelle,
Qui ainsi mespriseméprise l'armée
Du DIEU vivant, tant estimée
De son Nom pour la grand' vertu ?
SOBAL.
CeluyCelui qui l'aura combatucombattu,
280Le RoyRoi fort riche le fera,
Et sa fille luylui donnera,
Qui est comme la neige blanche :
Et si fera sa maison franche
De tout tribut, gabelle et taille.
DAVID.
285Je luylui livreraylivrerai la bataille,
Si l'on m'en donne le creditcrédit.
C'est un Philisthiën maudit,
Lequel je ne creincrains, nyni ne doute,
HELIAB.
QuoyQuoi ? que dis-tu, David ?
DAVID.
J'escouteécoute
290Du Philisthiën la ventance.
HELIAB.
Tu es tant plein d’outrecuidance,
Que tu as laissé tes oueillesouailles,
Pour t'en venir faire merveilles
De jaser parmyparmi les gens-d'armesgens d’armes :
--- 29 ---295Pour voir des esquadronsescadrons les armes,
Tu es venu expresexprès icyici,
Ainsi qu'un enfant sans soucysouci :
Je cognoyconnais bien ta mauvaistiémauvaiseté.
DAVID.
Je vous prie par amitié,
300Mon frerefrère, escoutezécoutez ma raison :
Je n'ayai pas laissé la maison,
Sans avoir en ce camp affaire.
Vous savez qu'il me convient faire
Ce, que mon perepère me commande :
305Et de ce que je leur demande,
C'est une chose manifeste.
On voit le GeäntGéant, qui moleste
Par reproches et par blasphemeblasphème
Les serviteurs du DIEU supresmesuprême :
310Je ne le pourroyepourrais endurer.
HELIAB.
Tu ne peux en ta peau durer,
Tant tu es legerléger et vollagevolage :
MesmesMêmes au temps de ton jeune aageâge,
TousjoursToujours as estéété temerairetéméraire.
315Que fais-tu de l'art militaire,
Pour entreprendre telle chose ?
Retire toytoi, et te repose.
PenseroisPenserais-tu avoir moyen
De resisterrésister à ce PayenPaïen,
--- 30 ---320Contre lequel, de nostrenotre race
Nully n'ose monstrermontrer la face ?
Retire toytoi, fol, insensé.
DAVID.
Mon frerefrère est bien fort courroucé :
ToutesfoisToutefois je suis tout confus,
325De voir un si laschelâche refus :
Et si ne deliberedélibère point
De m'en deporterdéporter en ce poinctpoint.
CEDAR.
Victoire, victoire, c'est fait :
Tout Israël sera deffaitdéfait.
330En briefbref nous les saccagerons,
Et prisonniers les meneronsmènerons,
Pour en faire tout à noznos guises.
MEDAN.
Leurs belles femmes seront prises,
Pour en prendre tous noznos delizdélits
335Dedans noznos chambres et noznos litzlits,
Du tout à nostrenotre fantasiefantaisie.
OMAR.
Leur chevance sera saisie,
--- 31 ---Or, argent, habitzhabits précieux :
Et de leurs vins delicieuxdélicieux,
340Boirons d'autant, à tasse pleine.
CEDAR.
Il fait bon avoir Capitaine,
Qui soit aux assauxassauts le premier,
À veincrevaincre tousjourstoujours coustumiercoutumier,
Comme Goliath nostrenotre Prince :
345Lequel est en meintemainte province,
Pour sa grand' force redouté.
Il a si fort espouvantéépouvanté
D'Israël le peuple mutin,
Que nous en aurons le butin
350Avant que le soleil se couche.
MEDAN.
Tout soudain qu'il ouvre la bouche
Pour parler, un chacun d'eux tremble,
Ainsi que la fueillefeuille du Tremble.
GOLIATH.
GentilzGentils causeurs, mensongiersmensongers, babillarsbabillards,
355Que maintenant vozvos ProphetesProphètes raillarsraillards,
Ne sont venuzvenus vous delivrerdélivrer de creintecrainte ?
Par leurs escrizécrits, leurs papiers, et brouillars
Juger les faut seditieuxséditieux paillarspaillards,
Qui vont preschantprêchant quelque parole sainte :
360Mais tout cela n’est qu'une ruse feinte,
Pour colorer leurs cauteleux langages.
--- 32 ---Or est le temps, que par dure contreintecontrainte,
Je leur ferayferai adorer les images.
Estimez-vous tous vozvos ProphetesProphètes, estreêtre
365Mieux entendus que moymoi, qui suis grand maistremaître
Et grand seigneur, et qui suis tant puissant ?
Vous me devez pour un dieu recognoistrereconnaître,
Quand mon pouvoir je vous fayfais apparoistreapparaître,
Et que mon nom est par tout fleurissant.
370Soyez à moymoi un peuple obeissantobéissant,
Gardant ma loyloi ainsi que je la garde :
Et quand cela je serayserai cognoissantconnaissant,
Je vous prendrayprendrai tous en ma sauvegarde.
Mais en vozvos loixlois si estesêtes obstinezobstinés,
375Mieux vous vaudroitvaudrait onc n'avoir estéété neznés :
Tous vous ferayferai mourir de mort cruelle.
Mon seul regard vous rend tous estonnezétonnés57,
Comme larrons à mourir condamnezcondamnés :
Qui est le DIEU qui prentprend vostrevotre querelle ?
380En cestecette guerre et bataille mortelle,
Point n'en y a : vous le voyez assez :
Car au besoingbesoin, en temps dur et rebelle,
Sans nul secours il vous a delaissezdélaissés.
DAVID.
Nous sommes environnezenvironnés
--- 33 ---385De noznos mortelzmortels adversaires,
LesquelzLesquels se sont adonnezadonnés
De nous estreêtre à mort contraires :
Bien meritentméritent noznos offenses
Par ces cruelzcruels ennemizennemis,
390Que sans aucunes defensesdéfenses
Soyons en ruïne58 mizmis.
Mais la divine bonté,
Pour donner à son Nom gloire,
Au temps de l'adversité
395D'Israël aura memoiremémoire.
À luylui nous avons adresse,
N'ayant autre part recours,
Pour l'amour de sa promesse,
AttendansAttendant de luylui secours.
400SEIGNEUR, nous portons ta marque,
Et invoquons ton saint Nom :
Te recognoissantreconnaissant Monarque,
Digne d'excellent renom.
Pourtant à toytoi seul retourne
405De nostrenotre salut l'honneur :
De nous donc ce mal destournedétourne,
Ô souverain Gouverneur.
Goliath qui tant se vante
De tout ce camp desconfiredéconfire,
410S'il venoitvenait à son attente
Il pourroitpourrait bien alors dire :
--- 34 ---Où est maintenant leur DIEU,
Auquel ilzils ont eu fiance ?59
Ô SEIGNEUR, ne donne lieu
415À sa folle deffiancedéfiance !
De son orgueil et blasphemeblasphème,
SEIGNEUR, faites la vengencevengeance
En cestecette saison extremeextrême,
Et nous donnez allegenceallégance :
420Et nous nous convertirons,
En amendant nostrenotre vie,
Et ton saint Nom benironsbénirons
Maugré de Satan l'envie60.
Quelque chose qu'il advienne
425En la vie et en la mort,
En la seule bonté tienne
Nous avons nostrenotre confort.
Au ciel nous esperonsespérons vivre
En toute felicitéfélicité,
430Pour cela nous volonsvoulons suivre
IcyIci bas ta volonté.
Par ainsi je deliberedélibère
À Goliath de combattre,
Ce non-obstantnonobstant que mon frerefrère
435M'en a pensé quasi battre.
Puis que le SEIGNEUR m'appelle,
Pour servir à son honneur :
J'aime mieux estreêtre rebelle
--- 35 ---À mon frerefrère, qu'au SEIGNEUR.
GOLIATH.
440Sorti je suis de ma royale tente,
Soir et matin des jours y a quarante,61
Pour vous venir au combat deffierdéfier :
Mais de mon corps la vertu excellente,
Vous a rendu la vie froide et lente,
445Tant qu'à bon droit me doydois glorifier,
Que je me puis en mon seul bras fier
Et en ma force, ayant en briefbref victoire
En-contre vous : dont je suis desjàdéjà fier,
Et me sera une immortelle gloire.
ABNER.
450A'-vous ouyouï62 ce mal-heureuxmalheureux,
Qui cuide estreêtre tant valeureux,
Et qui tant se fie en sa force ?
DAVID.
Le fol outrecuidé, s'efforce
De nous tirer en deffiancedéfiance
455De DIEU, en qui avons fiance,
À fin que DIEU nous abandonne.
DOEG.
Cela grandement nous estonneétonne,
Qu'il a si longuement duré :
Et DIEU l'a tousjourstoujours enduré,
--- 36 ---460Sans nous donner secours aucun.
DAVID.
DIEU en fera sortir quelcunquelqu’un,
Qui luylui r'abaisserarabaissera sa brave63.
Quand je voyvois que tant fort il brave
En injures et en reproche,
465Je cognoyconnais que sa fin approche :
DIEU le permet esleverélever haut,
Pour luylui donner apresaprès le saut
Tout à un coup, comme j'espereespère.
DOEG.
Et de tant plus qu'il perseverepersévère
470À nous injurier d'audace,
Nous creignonscraignons son horrible face :
Car nous ne savons plus que faire.
DAVID.
Il faut espererespérer au contraire
De tout le jugement charnel :
475Le SEIGNEUR, le DIEU eterneléternel
Au besoingbesoin ne nous laissera.
DOEG.
Qui est celuycelui qui combattra
Contre ce GeäntGéant invincible ?
DAVID.
N'est il pas mortel et passible ?
480Moy mesmeMoi-même je vueilveux entreprendre
Seul contre luylui le combat prendre,
--- 37 ---Ayant espoir en DIEU, qui baille
La victoire de la bataille
À qui luylui plaistplaît.
ABNER.
A'-vous ce cœur ?64
DAVID.
485OuyOui, et pense estreêtre veinqueurvainqueur
Au plaisir de DIEU.
ABNER.
DIEU le facefasse
Par sa bonté et digne gracegrâce.
A'-vous tousjourstoujours ce cœur ?
DAVID.
OuyOui.
ABNER.
Me voilà du tout resjouyréjoui.
490À DIEU n'y a rien difficile.
Ce n'est pas comme des humains.
DAVID.
Tout luylui est aisé et facile.
ABNER.
À DIEU n'y a rien difficile.
DAVID.
Il fortifie le debiledébile,
495Contre les pervers inhumains.
ABNER.
A DIEU n'y a rien difficile :
--- 38 ---Ce n'est pas comme des humains.
DAVID.
Où il luylui plaist mettre les mains,
Nul pouvoir ne peut resisterrésister :
500Nous en avons exemples maintzmaints,
AusquelzAuxquels il nous faut insister.
SAÜL.
J'avoyeavais espoir de secours recevoir,
De Goliath pour veincrevaincre le pouvoir :
Mais je voyvois bien que le plus-fort l'emporte.
505DequoyDe quoi me sert la louange et l'honneur
Sur Israël chef estreêtre, et Gouverneur,
Quand au besoingbesoin je n'ayai qui me conforte !
J'avoyeavais éleuélu les plus-fortzplus forts du païspays,
Mais les plus-fortzplus forts sont les plus esbaizébahis
510En cestecette dure et tres-aspretrès âpre saison.
Si DIEU avoitavait aucun soucysouci des hommes,
En ce dangierdanger, où à presentprésent nous sommes,
Jà exaucé il eusteût nostrenotre oraison.
Qui est celuycelui ?
NADAB.
C'est Abner, Sire.
SAÜL.
515Demande luylui qu'il me veut dire,
S'il n'y a que bonnes nouvelles.
NADAB.
Abner, les nouvelles sont elles
Meilleures que ces jours passez ?
ABNER.
OuyOui, meilleures.
NADAB.
C'est assez.
520Sire, Abner m'a dit qu'il apporte
Bonne nouvelle.
SAÜL.
Ouvre la porte,
Et le fayfais entrer.
ABNER.
DIEU vous facefasse
TousjoursToujours prospererprospérer par sa gracegrâce,
NostreNotre cher Sire.
SAÜL.
Capitaine
525Abner, DIEU te gardgard’ ! qui te meinemène ?
Y a ila-t-il rien de desarroydésarroi ?
ABNER.
Non autre, tres-souveraintrès souverain RoyRoi.
Mais j'ayai trouvé un jeune enfant,
En beauté de corps triomphant :
--- 40 ---530Et semble de hardyhardi courage,
Et d'assez suffisant corsage65,
Pour combattre son adversaire.
Il est assez puissant, pour faire
ResistanceRésistance à son ennemyennemi :
535Car il n'est point homme endormyendormi,
À ce que j'en ay peu cognoistreconnaître.
Il se dit assez puissant estreêtre,
Pour combattre ce grand baveur
Goliath.
SAÜL.
C'est quelque réveurrêveur,
540Par-adventureaventure.
ABNER.
Non est, Sire,
À mon jugement : je desiredésire
Que vous le voyezvoyiez. Il me semble
À l'ouyrouïr parler, qu'il ressemble
Son homme de-bien, bien appris.
545Il semble compagnon de prisprix,
Sage, prudent, plein de vertu.
Il n'a point le cœur abatuabattu,
C'est un vaillant jeune homme.
SAÜL.
OuyOui !
Et bien, Abner, qu'il soit ouyouï :
550Faites le venir. Il peut estreêtre
--- 41 ---Que DIEU, par luylui veut apparoistreapparaître
Garde d'Israël en ce temps.
ABNER.
Certes en ce poinctpoint je pretensprétends,
Si DIEU plaistplaît, qu'il en adviendra :
555Au besoingbesoin DIEU ne nous faudra,
Voyant ce jeune personnage.
Et entendant le tesmoignagetémoignage
Qu'il donne de sa foyfoi, je croycrois
Qu'il est homme de grande foyfoi,
560Plein de l'esprit de DIEU. En somme,
C'est un tres-honnestetrès honnête jeune homme :
DIEU le doint66 tousjourstoujours prospererprospérer.
SAÜL.
Vous m'en faites bien espererespérer,
Donnez ordre que je le voyevoie.
ABNER.
565Bien, Sire : soudain j'y envoyeenvoie.
Vois-tu ce jeune blondelet,
Qui a le chef blanc comme lait ?
Dy luylui que le RoyRoi le demande.
NADAB.
Tout ainsi que le RoyRoi commande,
570Seigneur Colonel, je ferayferai,
Et l’homme luylui amenerayamènerai.
Le RoyRoi estoitétait fort esbaïébahi,
Mais Abner l'a tout resjouyréjoui.
--- 42 ---Aussi bien sont subjetzsujets les Princes
575Aux passions, comme les minces :
Espoir, creintecrainte, douleur ou joyejoie,
Ont aussi bien en leur cœur voyevoie.
Aucune-fois ilzils sont en creintecrainte,
L'autre-fois la peur est esteinteéteinte,
580Et en son lieu espoir survient :
Soudain apresaprès crainte revient,
Ayant deboutédébouté esperanceespérance.
Ainsi souvent douleur s'avance,
Et joyejoie dehors est chassée :
585ApresAprès, la joyejoie est [pourchassée]67,
Et quand icelle joyejoie tourne,
La douleur de l'homme destournedétourne.
Tous les Seigneurs des nations,
Sont subjetzsujets à ces passions,
590Aussi bien comme les petits,
Qui sont à eux assubjettizassujettis.
Compagnon, le RoyRoi nostrenotre Sire,
Pour vostrevotre proffitprofit, vous fait dire,
Que vous veniez à luylui parler.
DAVID.
595Je suis bien contant d'y aller.
Abner y est-il point ?
NADAB.
OuyOui.
DAVID.
--- 43 ---Je ne suis donc point esbaïébahi,
Si le RoyRoi veut parler à moymoi.
Je saysais bien que c'est.
NADAB.
Nul esmoyémoi
600De ce cas il ne vous faut faire :
Il n'y a sinon bon affaire,
N'en ayez creintecrainte ne soucysouci.
DAVID.
Aussi n'ayai-je pas, DIEU mercymerci.
RoyRoi d'Israël, DIEU vous conforte
605Par son pouvoir, et sa main forte,
Par qui tout RegneRègne est soustenusoutenu.
SAÜL.
Tu sois icyici le bien venubienvenu,
Mon fils, mon amyami : DIEU nous facefasse
Par sa misericordemiséricorde et gracegrâce,
610VeincreVaincre noznos mortelzmortels ennemizennemis.
DAVID.
Sire, ne soyons point remizremis,
À nully le cœur ne deffailledéfaille :
MoyMoi seul je livreraylivrerai bataille
À ce PhilisthinPhilistin infideleinfidèle,
615Au DIEU des armées rebelle,
Pour mal-encontre luylui bailler.
SAÜL.
Comment pourras-tu batailler
--- 44 ---Contre Goliath, fait aux armes
Dés saDès sa jeunesse, et aux alarmes,
620Qui se treuvetrouve tousjourstoujours premier,
ToyToi qui n'es ainsi coustumiercoutumier
Des guerres, et es jeune enfant ?
DAVID.
RoyRoi, en majesté triomphant,
De resisterrésister à luylui j'espereespère.
625Gardant les brebizbrebis de mon perepère,
L'autre jour encor' n'y a gueresguère,
Au milieu des vertes fougeresfougères
Vint à moymoi le LyonLion bruyant,
Et ravit un mouton fuyant,
630Lequel je luylui feifis tosttôt laisser.
Et à moymoi se vint adresser
Le LyonLion, cerchantcherchant de m'offendre :68
Mais je me seusu tant bien defendredéfendre,
Que je le rue mort par terre.
635L'Ours aussi de si presprès je serre,
Que je luylui en ayai autant fait.
Ainsi sera par moymoi deffaitdéfait
Goliath, qui a tant bravé,
Et folementfollement s'est élevé
640Contre du DIEU vivant l'armée,
Des armes du SEIGNEUR armée.
DIEU qui m'a donné la puissance
De resisterrésister à la nuisance
--- 45 ---Du LyonLion fier et violent,
645Et de l'Ours autant insolent,
Me delivreradélivrera de la main
De ce PhilisthinPhilistin, inhumain :
Et desjàdéjà me promet le cœur,
Que je serayserai de luylui veinqueurvainqueur.
SAÜL.
650Mon fils, tu as cœur merveilleux.
DIEU te vueilleveuille ses dons accroistreaccroître,
Te donnant que sur l'orgueilleux
Tu puisses demeurer le maistremaître :
En cela faisant apparoistreapparaître,
655Qu'il a de nous la garde prise.
Va en bonne-heure. DIEU vueilleveuille estreêtre
Avec toytoi en cestecette entreprise.
ABNER.
Je croycrois que DIEU le fera fort,
En luylui donnant pouvoir et force,
660Pour resisterrésister au dur effort
Du Philisthiën : qui s'efforce
De nous donner mortelle estorce69.
DIEU nous fera gracegrâce et mercymerci :
La promesse de DIEU me force,
665De m'en persuader ainsi.
DAVID.
DIEU a delivrédélivré noznos parensparents
Souvent, de ruine mortelle :
--- 46 ---Et par miracles apparensapparents,
A gardé son peuple fidelefidèle.
670La promesse de DIEU est telle,
Que de nous le SAUVEUR naistranaîtra :
Pour la seuresûre garde d'icelle,
Son secours nous apparoistraapparaîtra.
SAÜL.
Quand secours plus je n'attendoyeattendais
675N'en voyant aucune apparence,
Et à l'heure que je cuidoyecuidait
En avoir perdu l'asseuranceassurance :
DIEU me remet en esperanceespérance,
Me retirant de desespoirdésespoir.
680Nous aurons en briefbref allegeanceallégeance,
J'en ayai maintenant bon espoir.
ABNER.
Il reste de prendre les armes,
Pour se preparerpréparer au combat.
DOEG.
On soustientsoutient ainsi les alarmes.
ABNER.
685Il reste de prendre les armes.
DOEG.
Le mieux equippééquipé des gens-d'armesgens d’armes,
Le moins armé souvent abbatabat.
ABNER.
Il reste de prendre les armes,
--- 47 ---Pour se preparerpréparer au combat.
DAVID.
690Je suis content sans nul debatdébat,
D'essayer ces armes luisantes,
Si elles me seront duisantes70 :
Mais je n'en essayayessayai jamais.
SAÜL.
Il-enIl en faut user des-ormaisdésormais,
695Si tu veux frequenterfréquenter la guerre,
Pour jetterjeter l'ennemyennemi par terre.
De mes armes te vueilveuille armer :
On ne les sauroitsaurait estimer,
Elles sont d'acier fin battu.
DAVID.
700J'en serayserai tantosttantôt revesturevêtu,
On verra que ce pourra estreêtre.
SAÜL.
CeingCeins mon espéeépée à ta senestre71,
Qui a un merveilleux taillant :
Maintenant monstremontre toytoi vaillant.
705Il le fait bon voir quand il marche.
ABNER.
Faites encore une démarche.
DOEG.
Vous voilà maintenant en poinctpoint,
À presentprésent ne vous creignezcraignez point.
DAVID.
--- 48 ---Je me treuvetrouve trop empeschéempêché :
710Il semble qu'on m'a attaché
À cestecette grande cymeterrecimeterre,
Et que je soyesois icyici enferre,
Et en prison en ce harnois.
Quant à moymoi, je ne m'y cognoisconnois :
715Mais s'il venoitvenait à me frapper,
Je ne pourroispourrais pas eschapperéchapper.
Et quand eschapperéchapper je pourroyepourrais,
Si est-ce que je ne sauroyesaurais72,
Ainsi empestréempêtré, nul offendre73.
DOEG.
720Si se doit-on bien mieux defendredéfendre,
Quand on est seurementsûrement armé.
DAVID.
Je n'ay jamais accoustuméaccoutumé
D'estreêtre en ce poinctpoint vestuvêtu de fer.
Non, non, je me vueilveux descoifferdécoiffer.
725Je ne vueilveux plus porter l'armet74,
Je me gastegâte tout le sommet75.
CesteCette rapiererapière est trop pesante,
Elle seroitserait à moymoi nuisante.
Ce halecret76 aussi m'empeschéempêche.
730OstezÔtez vous, que je m'en despeichedépêche.
J'ayai icyici la meilleure fondefronde,
Qui soit au demeurant du monde,
J'en saysais bien tirer DIEU mercymerci :
--- 49 ---Et mon gros bastonbâton, que voicyvoici,
735Me servira en cestcet affaire.
Je vous prie laissez moylaissez-moi faire,
Et, si DIEU plaistplaît, vous verrez rage.
SAÜL.
Tu as un merveilleux courage,
DIEU te doint77 faire faction,
740Par sa grand’benedictiongrand’ bénédiction,
Qui puisse servir à sa gloire.
Va, DIEU te doint78 avoir victoire :
Le SEIGNEUR te soit guide et garde.
DAVID.
Je me metzmets en la sauvegarde
745Du SEIGNEUR : c'est luylui qui m'envoyeenvoie.
En son Nom je me metzmets en voyevoie :
Tant seulement je vous supplie,
Faites que tout Israël prie
Pour la garde de ma personne,
750Et que DIEU le pouvoir me donne
De veincrevaincre ce grand adversaire.
SAÜL.
Je proposoyeproposais ainsi de faire.
Ainsi sera fait sans demeure :
Va hardiment en la bonne heure.
755Abner, faites par tout crier,
Que l’on s'assemble pour prier,
Pour celuycelui qui s'en va combattre :
--- 50 ---Qu'il puisse la fierté rabattre
Du GeäntGéant, qui fait ce desordredésordre.
ABNER.
760Sire, je vayvais y donner ordre.
LE HERAUT D'ARMES.
On vous fait à tous assavoir,
Qu'il y a un vaillant jeune homme,
Qui va le combat recevoir
765De Goliath, qui tant nous somme.
Priez DIEU, que tout ainsi, comme
Ce mal-heureuxmalheureux l'a blaspheméblasphémé,
Que nostrenotre combatantcombattant assomme
Ce blasphemateurblasphémateur difformé.
770Assemblez-vous donques au lieu,
Où l’on fait prièreprières publique,
Pour ensemble prier à DIEU,
Qu'il garde nostrenotre RepubliqueRépublique :
ChantansChantant en PseaumesPsaumes et cantique,
775En langue de tous entendue :
Afin que le cœur s'y applique,
Et gloire en soit à DIEU rendue.
ABISUR.
--- 51 ---Qui est l'homme tant animé,
D'oser ce combat entreprendre ?
EBAL.
780Il en sera bienestimébien estimé.
ABISUR.
Qui est l'homme tant animé ?
EBAL.
Le herauthéraut, l'a-ila-t-il point nommé ?
N'est-il possible de l'entendre ?
ABISUR.
Qui est l'homme tant animé,
785D'oser ce combat entreprendre ?
EBAL.
À cela que je puis entendre,
C'est un jeune Beth-lehennois.
SAMMA.
C'est mon frerefrère, je le cognois.
ELIAB.
Pour vrayvrai c'est David nostrenotre frerefrère :
790En son vouloir il perseverepersévère,
De l'empescherempêcher il n'est possible.
ABINADAB.
Aussi il ne seroitserait loisible,
De luylui en osterôter le courage.
Laissons à DIEU faire l'ouvrage,
795Que par luylui il a entrepris.
Je croycrois que DIEU avoitavait compris
--- 52 ---De laisser ce Goliath croistrecroître,
Et tellement se mescognoistreméconnoître,
Qu'il mespriseméprise DIEU et les hommes :
800Pour à nous, qui son peuple sommes,
DeclairerDéclarer son jugement juste,
Et son bras puissant et robuste,
En abattant ce grand PayenPaïen,
Par un contemptible moyen,
805Contre le jugement charnel.
ELIAB.
Je prie au SEIGNEUR Eternel,
Qu'il le facefasse bien prospererprospérer.
SAMMA.
Il nous en faut bien espererespérer :
Le SEIGNEUR luylui soit bonne garde.
ABINADAB.
810Je prie au SEIGNEUR qu'il le garde,
Et que nous tous en ayons joyejoie.
EBAL.
Je prie à DIEU qu'il le convoyeconvoie :
DIEU te maintienne, mon amyami.
ABISUR.
DIEU vueilleveuille que de l'ennemyennemi
815Il retourne victorieux.
EBAL.
Le Tout-puissant, du glorieux
BlasphemateurBlasphémateur, luylui doint79 victoire.
ABISUR.
Approchons-nous de l'oratoire,
Là où pour prier on s'assemble :
820Afin de prier tous ensemble
De mesmesmêmes motzmots et mesmemême cœur,
Qu'il soit de l'ennemyennemi veinqueurvainqueur.
Plaise au SEIGNEUR de faire ainsi,
Par sa gracegrâce et digne mercymerci.
SAMUEL.
825Il nous convient, mes amizamis et mes freresfrères,
Humilier tous au DIEU de noznos perespères,
NostreNotre bon DIEU et Seigneur souverain :
En le priant que son regard serainserein,
Par devers nous retourner il luylui plaise :
830Nous pardonnant nostrenotre vie mauvaise,
En la faveur du SEIGNEUR nostrenotre maistremaître,
Du peuple Ebrieuhébreux qui doit au monde naistrenaître,
Pour estreêtre seul du monde le SAUVEUR.
Et qu'il luylui plaise en la mesmemême faveur
835Du RedempteurRédempteur, et pour sa propre gloire,
Nous ottroyeroctroyer sur ce GeäntGéant victoire.
<LE HERAUT D’ARMES, ABISUR, EBAL, SAMMA, HELIAB, ABINADAB>
DIEU Tout-puissant, triomphant, Eternel,
De ton haut ciel et ThrosneTrône supernel80,
--- 54 ---EntenEntends icyici au fait de ton EgliseÉglise :
840EntenEntends et voyvois en quel estatétat l'ont mise
NozNos ennemizennemis, qui sont aussi les tiens.
Car c'est pourtant que81 tu nous entretiens
En ta Parole, et en ton ordonnance,
Et que voulons garder ta convenance,
845Que des malins nous sommes assaillizassaillis.
DesjàDéjà souvent nous fussions defaillizdéfaillis,
Tant ilzils nous ont enuahizenvahis rudement,
Si ta bonté ne nous eut promptement
Donné secours. Nous confessons aussi,
850Que nous avons offensé ta mercymerci,
Et ta bonté, en faisant au contraire
De ta Parole et LoyLoi tres-salutairetrès salutaire :
En mesprisantméprisant tes serviteurs fidelesfidèles,
AusquelzAuxquels souvent avons estéété rebelles,
855Quand sont venuzvenus annoncer ta Parole.
Nous confessons que nostrenotre vie folle,
Et mal-heureusemalheureuse, et meschanteméchante, et maudite,
Pour noznos pechez et noznos fautes, meritemérite
Que nous soyons entieremententièrement deffaitzdéfaits.
860Mais, Ô SEIGNEUR, la gracegrâce tu nous fais
Que nous souffrons pour la juste defensedéfense
De ta LoyLoi sainte, et non pour nostrenotre offense.
Et cestcet honneur, et ce bien nous fais-tu,
Comme il appert82, non pour nostrenotre vertu :
865Mais pour-autantpour autant que nous advouonsavouons d'estreêtre
--- 55 ---Le peuple tientiens, qui ne veut recognoistrereconnaître
Autre que toytoi pour son DIEU, ô Seigneur :
Et ne veut point avoir autre enseigneur,
Que toytoi, Seigneur, neni LoyLoi sinon la tienne,
870Et que l'honneur à toytoi seul en revienne.
Or est-il vrayvrai, DIEU tout-puissant, combien
Que tu nous fais cestcet honneur, et ce bien
Inestimable, et qu'on neni peut comprendre :
Si sommes-nous, toutesfoistoutefois, à reprendre
875De jour en jour et en chacun instant,
Sans nous pouvoir excuser : non-obstantnonobstant
Que noznos pechezpéchés ne sont telztels, ne si gransgrands
Que ceux des GentzGens83, qui nous sont denigransdénigrants.
Mieux nous vaudroitvaudrait estreêtre tousjourstoujours à naistrenaître
880Que tant meschansméchants, et tant mal-vivansmal vivant estreêtre
Que ces PayensPaïens, qui sont noznos ennemizennemis,
Entre lesquelzlesquels il est à tous permis
D'idolatreridolâtrer, de paillarder aussi.
BriefBref, leur cœur est tant faux et endurcyendurci,
885Qu'ilzils n'ont desirdésir de corriger leur vie :
Mais, qui pis est, ilzils ont plustostplutôt envie
De persister contre leur conscience,
À mesprisermépriser ta divine science.
Ô Dieu, bon Dieu, nous ton peuple et tes hommes
890Par ta mercymerci, si telztels pas nous ne sommes,
Point en cela ne nous justifions,
Et en nostrenotre œuvre encor' moins nous fions :
--- 56 ---Car trop souvent de faictfait et de pensée,
Ta grand' bonté nous avons offensée,
895Ton ire aussi tant fort nous irritons,
Que tout l'enfer à bon droit meritonsméritons :
Autre guerdon84 de toytoi n'a meritémérité,
NyNi autre bien, nostrenotre fragilité.
ParquoyPar quoi, SEIGNEUR, icyici nous confessons,
900Et devant toytoi tous nous recognoissonsreconnaissons,
Si tu vouloisvoulais en nous regard avoir :
Que nous n'avons neni moyen neni pouvoir
De nous oser monstrermontrer devant ta face,
Pour obtenir de toytoi pardon et gracegrâce :
905Car noznos pechez, et nostrenotre conscience,
Nous ont causé frayeur et deffiancedéfiance,
En nous venant devant toytoi accuser,
Dont ne pouvons en rien nous excuser :
Et nous savons que tu es juste Juge,
910Qui ne reçois excuse ou vain refuge.
Pour cestecette cause, à ta misericordemiséricorde
Nous recourons. Ô Seigneur DIEU, accorde
NostreNotre pardon au Nom du MESSIAS,
Et du Sauveur, lequel promis nous as :
915Au Nom duquel et par ton alliance,
Tant nous avons en toytoi par luylui fiance,
Que nous savons qu'on ne nous sauroitsaurait nuire
En ce qui peut à nostrenotre salut duire85 :
Quand bien seroyentseraient noznos corps reduireréduire en cendre
--- 57 ---920NozNos ennemizennemis, cerchantcherchant de nous offendre86,
Dont ne faut ilfaut-il que d'eux nous ayons crainte.
Mais, ô Seigneur, de ta Parole sainte
Le ministereministère, entre nous florissant,
SeroitSerait deffaitdéfait par ce loup ravissant :
925Et en son lieu relevée l'idole,
Au grand mesprismépris de ta sainte Parole :
Et de ton Nom la digne renommée,
Par ce PayenPaïen tant sera blaspheméeblasphémée,
Ayant livré à la mort tous les perespères,
930Qu'il contreindroitcontraindrait les enfansenfants et les mères
À vouloir faire aux images honneur,
Et mesprisermépriser de ta LoyLoi la teneur,
S'il advenoitadvenait que fustfût victorieux
Par -dessus nous, ce GeäntGéant furieux.
935Ô CreateurCréateur, ton EgliseÉglise à toytoi crie
À ce besoingbesoin, et tres-ardammenttrès ardemment prie,
Pour l'entretien de la pure doctrine
De ta Parole, et de ta LoyLoi divine,
Que ton plaisir soit de la regarder :
940Et à presentprésent te plaise la garder,
Que le cruel tyran ne l'engloutisse.
FayFais, ô Seigneur, que plustostplutôt il perissepérisse,
Et que David le renverse par terre,
Pour mettre fin à cestecette dure guerre.
945Et quand sera tellement consolée,
Ta povrepauvre EgliseÉglise à présent desoléedésolée,
--- 58 ---DIEU tres-benintrès bénin, que par ta grand' vertu
Ce fier GeäntGéant soit mort et abbattuabattu :
Nous benironsbénirons ton Nom et ta hautesse,
950Et chanterons tes louanges sans cesse
Cent fois le jour : et plus, s'il est possible,
CelebreronsCélèbrerons ton pouvoir invincible,
En enseignant à noznos enfansenfants petizpetits,
D'estreêtre tousjourstoujours de t'offenser creintifzcraintifs :
955Et nourrissant nostrenotre posteritépostérité
En ton service, et en la veritévérité
Manifestée en la sainte EscritureÉcriture,
Pour les induire à prendre soingsoin et cure
De recognoistrereconnaître à jamais ton pouvoir,
960Et ta bonté : et DIEU ne recevoir
Autre que toytoi, laissant tous dieux estrangesétranges,
Et de prescherprêcher et chanter tes louanges.
DAVID.
Si j'estoyeétais entre les mains
Prisonnier lié de corde
965Des ennemizennemis inhumains,
Et à leur miséricorde :
J'aimeroisaimerais mieux, toutesfoistoutefois,
Endurer tourment extremeextrême :
Et mourir dix mille fois,
970Que d'offenser DIEU supremesuprême :
--- 59 ---Que de servir aux images,
Puis que DIEU dueildeuil en reçoit,
Ne que faire telztels hommages,
À creäturecréature qui soit.
975Ainsi, pour sauver ma vie,
Je ne craincrains glaives trenchanstranchants
Pour resisterrésister à l'envie
Des infidelesinfidèles meschansméchants.
Car je suis certain et seur,
980Qu'il n'est à DIEU difficile,
Contre le sort aggresseuragresseur
De renforcer le debiledébile87.
Et quand par la rude espéеépée
De ce GeäntGéant tant hautain,
985Ma testetête seroitserait couppéecoupée,
De salut je suis certain.
Martyr et tesmoingtémoin sera
De l'Essence supernelle,
Qui en guerre finira
990Ses jours pour cestecette querelle :
Ainsi que le prisonnier
Qui tourmenstourments et mort endure,
PlustostPlutôt que de renier
DIEU, qui est sa garde seuresûre.
995Et qui de juste defense
Au besoingbesoin ne veut user,
Il commet mortelle offense
--- 60 ---Et ne s'en peut excuser :
Non plus que celuycelui qui nie
1000Pour la creintecrainte des tourmenstourments,
La divinité beniebénie,
Et ses bons enseignemensenseignements.
ToutesfoisToutefois le cœur meditemédite
Que le fier veincuvaincu sera,
1005Non pas pour le mien meritemérite,
DIEU pour son Nom le fera :
Car digne je n'en suis point,
Je le saysais et le confesse,
DIEU ne faudra en ce poinctpoint
1010À sa divine promesse.
CEDAR.
J'en voyvois un en la plaine basse,
Qui s'avance de bonne gracegrâce,
Comme s'il se vouloitvoulait esbattreébattre.
MEDAN.
Il semble qu'il vueilleveuille combattre,
1015Et ne porte harnois neni lance.
OMAR.
Si Goliath sur luylui se lance,
TantostTantôt vous en verrez la fin.
CEDAR.
C'est quelc’unquelqu’un qui n'est pas trop fin :
Il est encore jeune enfant.
MEDAN.
1020La mouschemouche contre l'elephantéléphant
Veut entreprendre le combat.
OMAR.
PlustostPlutôt finira le debatdébat,
Ainsi sont folzfous noznos ennemizennemis :
Leur temeritétémérité les a mis
1025En noznos mains, et leur race toute,
Il n'en faut plus avoir de doute.
LE HALEBARDIER DE GOLIATH.
Monseigneur, je voyvois là un homme,
Qui s'en vient tout droit à nous, comme
S'il vouloitvoulait combattre.
GOLIATH.
Qu'il vienne :
1030Il sentira la force mienne,
S'il y vient.
LE HALEBARDIER.
Il y vient tout droit.
GOLIATH.
Mieux ailleurs estreêtre luylui vaudroit.
Où vas-tu ? dydis.
DAVID.
Je vienviens à toytoi,
Qui fais tant du fier et du brave,
GOLIATH.
1035Que dis-tu?
DAVID.
Je te ramentoyramentais88,
Que ta puante et orde89 bave
Tellement ton mal-heurmalheur aggrave,
Qu'il te faut mourir de ma main :
ToyToi, qui faisoisfaisais du prince grave,
1040Ne seras en vie demain.
GOLIATH.
Tu es un fol outrecuidé,
Qui n'es à peine hors de page90 :
Je pense que tu as cuidé
Que je fusse un chien de village,
1045Qui oses un tel personnage
Avec un bastonbâton approcher.
Aujour-d'huyAujourd’hui je ferayferai partage
Aux oiseaux, de ta propre chair.
DAVID.
Tu viens à moymoi en l'asseuranceassurance
1050De ta force, et de tes armeuresarmures,
Harnois, bouclier, rapiererapière, lance,
Sur-quoySur quoi ta vie tu asseuresassures :
Et je vienviens à toytoi en ce lieu,
Pour te donner la defiancedéfiance
1055Au Nom du SEIGNEUR, nostrenotre DIEU,
En qui j'ayai toute ma fiance.
Au Nom du grand DIEU des alarmes,
Qui est le DIEU de noznos armées,
--- 63 ---De noznos bandes et de noznos armes,
1060Lesquelles tu as tant blasméesblâmées :
Au Nom de la divine Essence,
Laquelle tu vas denigrantdénigrant,
Pour donner à tous cognoissanceconnaissance
Que le Nom du SEIGNEUR est grand.
1065Pour tes blasphemesblasphèmes inhumains,
Aujour-d'huyAujourd’hui je te frapperayfrapperai :
DIEU te livrera en mes mains,
Et la testetête te coupperaycouperai :
Et de l'armée PhilisthinePhilistine,
1070Je donneraydonnerai les corps aux bestesbêtes :
Pour vostrevotre folie maligne,
De ce tourment dignes vous estesêtes.
Du SEIGNEUR est cestecette bataille,
AU SEIGNEUR mesmemême tu te prensprends :
1075Pour-tantPourtant DIEU puissance nous baille
Contre ce que tu entreprensentreprends.
Tu fais au SEIGNEUR DIEU la guerre,
Car c'est luylui qui est nostrenotre chef :
PourcePour ce tu tomberas par terre,
1080En vengencevengeance de ce meschefméchef91.
Ainsi tout le peuple verra,
Que l’homme pervers et injuste
Avec ses armeuresarmures cherra92,
Combien qu'il soit fort et robuste :
1085Et que DIEU donne la victoire,
--- 64 ---Quand il veut, sans charnel moyen.
Ainsi, DIEU monstreramontrera sa gloire,
Sur toytoi infideleinfidèle PayenPaïen.
GOLIATH.
Que dira ce jeune foletfollet ?
1090Je t'apprendrayapprendrai bien, mignolet,
S'il te falloitfallait parler ainsi.
Tu es mort.
DAVID.
Non suis, DIEU mercуmerci,
Orgueilleux, grand accariastreacariâtre.
Si tu es un fier idolatreidolâtre,
1095Penses-tu qu'il n'y ait personne,
Qui de ta brave ne s'estonneétonne ?
J'espereespère que de cestecette pierre,
Je te renverserayrenverserai par terre :
Si DIEU plaistplaît, par-myparmi le visage
1100De ton grand vilain personnage,
À-tourÀ tour de bras je donneraydonnerai,
Et le front je t'enfoncerayenfoncerai.
La voilà par terre, la bestebête.93
Il me luylui faut couppercouper la teste,
1105Puis apresaprès la laisser courir.
PayenPaïen, il te convient mourir :
Maintenant de ta propre espéeépée,
Te sera la testetête couppéecoupée.
Comme cestecette rapiererapière tranche !
--- 65 ---1110VoicyVoici la principale branche
De l'arbre, qui feutfut tant superbe :
Maintenant le tronc est sur l'herbe,
Ainsi comme une bestebête morte.
Il se ventoitvantait de sa main forte,
1115De son armeurearmure reluisante,
Et de sa rapiererapière pesante :
Mais au besoingbesoin luylui ont faillyfailli.
Le voylàvoilà donques defaillydéfailli,
Et voicyvoici la grand’ testetête folefolle,94
1120Qui avoitavait espoir en l'idole :
Or en a il estéété deceudéçu.
Le glorieux avoitavait conceuconçu,
Et si avoitavait fait entreprise,
De ruïner95 la vrayevraie EgliseÉglise.
1125Où est maintenant l'arrogance
Du mal-heureuxmalheureux blasphemateurblasphémateur,
Son orgueil, et outrecuidenceoutrecuidance,
Dont il estoitétait si grand venteurvanteur ?
Le faux perjureparjure, le menteur,
1130PensoitPensait bien avoir la victoire :
Mais le souverain CREATEURCRÉATEUR
A r'abaisserabaissé sa vaine gloire.
Il nous menaçoitmenaçait de destruiredétruire
Le cours de la Parole sainte,
1135Et pensoitpensait bien de nous induire
--- 66 ---Par flateriesflatteries, ou par creintecrainte,
À prendre la sienne loyloi feinte :
Mais DIEU qui n'a peur de surprise,
Par une merveilleuse atteinte,
1140A renversé son entreprise.
CeluyCelui qui faisoitfaisait tant du brave,
N'a plus neni vie neni vertu :
Avec son orgueilleuse bave,
Le voilà mort et abatuabattu.
1145Ainsi sera tousjourstoujours battu,
Qui à DIEU voudra contredire.
Armes ne valent un festufétu96,
Pour luylui resisterrésister en son ire.
Ainsi les obstinez meschansméchants,
1150Qui n'ont point DIEU en leur pensée,
S'en iront à-basà bas trebuschanstrébuchants,
Leur ruïne97 s'est advancéeavancée.
La Divinité offensée,
Ne laissera point impunizimpunis
1155Les malins, et trouppetroupe insensée,
Qui de foyfoi ne se sont munizmunis.
BeneitBéni soit le Nom glorieux,
Le Nom tresexcellenttrès excellent et digne
De L'ETERNELÉTERNEL victorieux,
1160Qui a fait acte tres-insignetrès insigne,
AbbatantAbattant la rage maligne
De l'infideleinfidèle violantviolent :
--- 67 ---Sans fin, de l'Essence divine,
Soit loué le Nom excellantexcellent.
OMAR.
1165Il est advenu autrement,
HelasHélas, que nous n’avons cuidé !
Nous avons bien fait folementfollement,
Que nous n'avons plustostplutôt vuidé.
Allons nousAllons-nous-en, prenons la fuite,
1170Que nous n'ayons plus grande suite.
DAVID.
Vous d'Israël, allez apresaprès,
Ne les laissez pas eschapperéchapper :
SuyvezSuivez les, tenez les de-presde près,
Et ne cessez point de frapper
1175Jusques à ce que bien secouzsecous98,
À vozvos piedzpieds trebuschenttrébuchent de coups.
ABNER.
AmizAmis, suivons nostrenotre victoire,
Et poursuyvonspoursuivons noznos ennemizennemis,
Et rendons-en à DIEU la gloire,
1180Qui entre noznos mains les a mis.
Loué soit le DIEU tout-puissant,
En gloire à jamais fleurissant.
--- 68 ---
Venez simplement ornées,

Vous assembler en ce lieu,

Filles d’Israël bien nées,

Et vous monstrezmontrez enseignées

En toute crainte de Dieu.
--- 69100 ---DIEU nous a donné matierematière
De celebrercélèbrer son renom,
1185Ne demeurez pas arrierearrière :
Car cestecette journée entiereentière,
Est dediéedédiée à son Nom.
BenieBénie soit l'excellence
De nostrenotre DIEU tant humain,
1190Qui a brisé l'insolence,
Et la dure violence
De ce GeäntGéant inhumain.
Saül en a veincuvaincu mille,
David dix mille : et icyici
1195En ce combat difficile,
Il s’est monstrémontré fort habile,
Et bon combatantcombattant aussi.
Il meritemérite qu'on luylui facefasse
Un beau triomphant charroycharroi :
1200Car il est de bonne gracegrâce,
Et monstremontre bien à sa face,
Qu'il est digne d'estreêtre RoyRoi.
Si ne feustfût cestecette victoire,
Nous serions tous esperduséperdus :
1205Il ne seroitserait plus memoiremémoire
D'Israël nyni de sa gloire,
Et noznos biens seroyentseraient perdus.
Nous ne pourrions en l'EgliseÉglise
De DIEU, la Parole ouyrouïr :
--- 70 ---1210NyNi en sa gracegrâce promise,
En l'EscritureÉcriture comprise,
Ensemble nous resjouyrréjouir.
Et aussi noznos pucellagespucelages,
Que gardons à noznos maris
1215Au jour de noznos mariages :
Par les furieux outrages
Des soldatzsoldats , seroyentseraient perizpéris.
Fille du RoyRoi, estrenéeétrenée
Du plus bel amyami de tous,
1220Bien-heureuseBienheureuse la journée,
En laquelle feustesfûtes née,
D'avoir David pour espouxépoux.
Il est bien savant et sage,
En son parler, gracieux :
1225De beau et plaisant corsage :
Et, qui plus est, d'avantage,
Il a la faveur des cieux.
De maintes gracesgrâces tres-bellestrès belles,
DIEU a David adorné
1230Pour resisterrésister aux rebelles :
Et pour servir aux fidelesfidèles,
Il est ainsi guerdonné101.
Et aussi tresbientrès bien il use
Des dons, dont il est doué :
1235Puis que point il n'en abuse,
C'est gracegrâce de DIEU infuse :
--- 71 ---Le SEIGNEUR en soit loué.
Louée soit la puissance
Du CreateurCréateur eterneléternel,
1240Qui nous donne jouissance
De grande resjouissanceréjouissance,
Et de plaisir solennel.
JUGES. V.
Ainsi perissentpérissent, Seigneur, tous tes ennemizennemis : et ceux qui l'aiment, soyentsoient comme le Soleil quand il sort en sa force.